Histoire littéraire des femmes françoises/4/1
HISTOIRE LITTÉRAIRE DES FEMMES FRANÇOISES.
LETTRE PREMIERE.
Ce ne ſont des évenemens par eux-mêmesMémoires de Madame de Staal. bien importans ; c’eſt la maniere de les raconter, qui fait, Madame, tout le mérite des Mémoires de Madame de Staal, écrits par elle-même. Il eſt difficile de s’énoncer avec plus de netteté, de juſteſſe, & de pureté, ni d’une maniere plus noble & plus naturelle. Elle n’emploie ni tours, ni figures, ni tout ce qui s’appelle invention. Frappée vivement des objets, elle les rend, pour me ſervir de ſes expreſſions, comme Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/22 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/23 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/24 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/25 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/26 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/27 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/28 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/29 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/30 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/31 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/32 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/33 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/34 m’en tenir, non ſeulement ſur cela, mais ſur beaucoup d’autres choſes : car en ſe connoiſſant bien, on connoit le genre humain ; chacun pouvant trouver en ſoi, l’abrégé du monde entier. Je crois donc avoir acquis, plus que je n’ai perdu. Je le ſens même ; & le préjugé contraire eſt tellement vaincu, qu’il n’oſe plus paroître. Travaillez auſſi à vous en défaire entiérement ; & goûtons le plaiſir de tromper le ſort qui nous perſécute, en faiſant notre bien du mal qu’il nous a préparé ».
Une remarque fort ſinguliere dans l’amour de Madame de Staal & du Chevalier de Meſnil, c’eſt que jamais ils ne s’étoient vus : leur priſon à la Baſtille ſe trouva placée l’une à côté de l’autre : ils le ſçurent, ſe parlerent, s’entendirent, s’aimerent ; & le Lieutenant de Roi, qui lui-même étoit fort amoureux de Madame de Staal, ſe chargea de remettre les lettres de part & d’autre.
Je ſuis, &c.