Histoire littéraire des femmes françoises/4/12
LETTRE XII.
Je ne connois rien d’imprimé de Madame leMad. le Marchand. Marchand, que le Conte de Boca, inſéré dans un Recueil publié en 1735, ſous le titre de Nouveaux Contes Allégoriques. Cette femme, morte il y a pres de vingt cing ans, a laiſſé quelques autres Ouvrages manuſcrits, qu’elle liſoit à ſes amis, en leur demandant, ſur ſes productions, le ſecret le plus inviolable. Elle étoit fille de Joſeph François Duché, de l’Académie des Inſcriptions & Belles-Lettres, & Auteur de pluſieurs Ouvrages dramatiques, tels que les Tragédies de Jonathas, d’Abſalon & de Débora, Piéces ſaintes, qu’il avoit faites pour Saint Cyr, & qui furent jouées auſſi ſur la ſcène françoiſe. Nous avons encore de lui quatre Opéra, dont le meilleur eſt Iphigénie.
La fille de M. Duché lui a fait honneur par ſon eſprit, ſes talens & ſon goût pour l’étude, Elle joignoit à ces qualités heureuſes, toutes celles qui rendent une femme aimable & eſtimable. Elle avoit épouſé M. Le Marchand de la Méry, Receveur-général des Domaines & Bois de la Généralité de Soiſſons ; elle étoit en ſociété avec beaucoup de gens d’eſprit, & a compoſé pluſieurs Ouvrages en différens genres, quoiqu’elle ne craignît rien tant ; que la réputation de femme Auteur ; auſſi n’a-t’elle fait imprimer, comme je l’ai dit, que le Roman de Boca ; encore ne parut-il pas ſous ſon nom. Mais quoique le Recueil où il ſe trouve, s’annonce pour être d’un M. D ***, il est bien véritablement de Madame Le Marchand.
Boca, fils d’un Sculpteur de Lima, élevé dans l’art de ſon pere, après la mort de ſes parens, s’occupe pour gagner ſa vie, à faire de petites Boca, Conteboëtes d’yvoire. Pluſieurs inconnus viennent ſucceſſivement en acheter, & les lui payent au-delà de ce qu’il en demande. Il cache en différens coffres, l’argent qu’il reçoit ; mais toutes les fois qu’il en veut prendre pour ſon uſage, il ne trouve, au lieu d’argent, que des mouches & des fourmis. Un jour qu’il avoit réſolu de ſe défaire de ces coffres, dont la vue augmentoit ſon chagrin, il vit, en les ouvrant, dans l’un une baguette d’ébène, qu’il mit dans ſa poche ; dans l’autre, un oiſeau d’une beauté merveilleuſe, qui ſortoit d’une coque. L’oiſeau vole dans la chambre ; il eſt attaqué par une araignée d’une groſſeur extraordinaire ; il fait un cri ; & ils diſparoiſſent l’un & l’autre. Etonné de ce prodige, Boca veut tirer ſa baguette ; il trouve ſa poche pleine de piéces d’or ; il remet cet argent dans un coffre ; & chaque jour pareil bonheur lui arrive. Après un certain tems, il va pour prendre toutes ces ſommes ; mais elles ſont changées en un billet, par lequel on lui ordonne de voyager vers l’Orient, & de marcher toujours devant lui pour devenir heureux. L’humanité, dont on lui fait un devoir indiſpenſable, doit en être le moyen.
Boca s’embarque & fait voile pour l’Iſle de Java. La navigation fut heureuſe ; mais voulant ſe rendre au Japon, il ne trouva point de vaiſſeau pour le tranſporter. Ici, la puiſſance de la féerie lui préſente un petit oiſeau qu’il ſuivit toujours ſur le rivage, & qui lui ſervit de guide juſqu’à ce qu’il ſe fût élancé, comme lui, dans un léger eſquiſ, rempli d’oiſeaux qui faiſoient la manœuvre. Toutes les commodités de la vie s’y rencontrent. Enfin la nacelle prend terre ; & Boca ſe voit dans le plus beau pays du monde. Il éprouve pluſieurs aventures qui tendent à l’arrêter en chemin, contre l’ordre exprès de l’Oracle, de marcher toujours ; mais tréſors, délices, plaiſirs, rien ne le tente ; il n’enviſage que l’ordre du Ciel qu’il doit accomplir. Quelle fut ſon épouvante, lorſque s’avançant à des cris douloureux, il vit une jeune femme charmante, que deux hommes lioient à un arbre ! La pitié le fait voler au ſecours de l’infortunée ; & les deux hommes levant le bras ſur lui, pour l’immoler, demeurent immobiles. Boca ſe raſſure, & délivre, à leurs yeux, la belle inconnue, qui lui dit en ſouriant : » Boca, que peux-tu craindre ; ne t’eſt-il pas preſcrit d’être humain ? Suis-moi ; tu vas paſſer par ta derniere épreuve ». À la douceur de ſes paroles, Boca la prit pour une Divinité ſecourable, de qui dépendoit ſa deſtinée. La derniere épreuve eſt un peu violente ; on le fait paſſer par des bois affreux, où Boca, l’invincible Boca, s’évanouit de laſſitude & de frayeur. À ſon réveil, il ſe trouve dans un Palais, dont la beauté fait honneur à l’imagination de la Fée qui le décrit : on ne vit jamais rien de plus voluptueux que les jardins. L’aimable inconnue avoit diſparu. C’eſt-là qu’il apperçoit une ſtatue d’un travaille divin. Son attitude étoit des plus touchantes & marquoit une extrême douleur. Boca frappé d’admiration, s’écrie dans ſon tranſport : qui t’a placée dans cette ſolitude ? La haine & Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/190 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/191 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/192 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/193 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/194 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/195 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/196 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/197 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/198 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/199 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/200 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/201 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/202 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/203 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/204 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/205 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/206 de la force de ceux de Madame d’Entrecauſſe Bérat.
Mademoiſelle de Montmort a fait des Dialogues,Mlle de montmort une Comédie d'Héraclite & Démocrite, & un Roman intitulé Relation de l’Iſle de Borneo. Elle s’expliquoit auſſi aiſément en Italien qu’en François.
On a imprimé à Toulouſe, des Poeſies de Mademoiſelle Mademoiſelle d’Ouvrier. d’Ouvrier. C’eſt tout ce qu’il ſuffit de connoître de cette Demoiſelle Auteur.
On a de Madame la Marquiſe du Pleſſis-Belliere, Mad. du Pleſſis-Belliere. un Recueil de Sonnets en bouts-rimés, ſur la mort de ſon Perroquet.
Je ſuis, &c.