Aller au contenu

Histoire littéraire des femmes françoises/4/3

La bibliothèque libre.
Par une Société de Gens de Lettres
Chez Lacombe (Volume 4p. 34-48).

LETTRE III.

Mad. de Fontaines.Ce que j’ai pu apprendre de Madame la Comteſſe de Fontaines, c’eſt, Madame, qu’elle étoit la fille du Marquis de Givri, ancien Commandant de Metz ; qu’elle a épouſé M. le Comte de Fontaines ; qu’elle a laiſſé deux enfans, un garçon & une fille, qui vivoient en 1767 ; & qu’elle eſt morte vers l’année 1748. Nous avons d’elle deux petits Romans fort eſtimés, intitulés Aménophis & la Comteſſe de Savoye.

Aménophis.Une Reine de Libie avoir ſept fils, dont un des plus jeunes, nommé Aménophis, inſenſible aux plaiſirs de la Cour, paſſoit les jours entiers dans les forêts à pourſuivre les bêtes féroces. S’étant égaré par hazard, il ſe trouva ſur le bord de la mer ; & tout occupé de ſes triſtes penſées, il promenoit ſes regards ſur les flots, lorſqu’une planche du débris de quelque navire jetta preſqu’à ſes pieds un homme qu’il crut mort ; mais s’en étant approché, il remarqua qu’il reſpiroit encore, & s’empreſſa de le ſecourir. Ses ſoins ne ſurent pas inutiles ; l’Etranger ouvrant les yeux à la lumiere, remercia ſon Bienfaiteur d’un ton de voix affectueux, qu’une phiſionomie noble & agréable rendoit encore plus attendriſſant. L’ayant ſait tranſporter dans une de ſes maiſons de campagne, il en fit bientôt ſon ami le plus fidele, & ſon compagnon inſéparable. Il apprit qu’il s’appelloit Ménécrate, & étoit fils du Roi de l’Iſle du Soleil ; que cette Iſle étoit ſoumiſe à Philocoris, Grand-Prêtre du Temple du Soleil, homme Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/55 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/56 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/57 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/58 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/59 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/60 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/61 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/62 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/63 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/64 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/65 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/66 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/67 mettre le ſien, fit ſeulement écrire, qu’un Chevalier ſe déclaroit défenſeur de la Comteſſe de Savoye ; & auſſitôt il alla dans une endroit écarté de la Ville, où il avoit laiſſé ſes armes ». La fermeté du Comte de Pancallier ne ſe démentit point dans cette occaſion. Perſuadé que la valeur & non la juſtice, décideroit du ſort du combat, il ſe prépara à ſoutenir ſon crime. Il mépriſa même un ennemi qui ne vouloit pas ſe nommer. On demande à la Comteſſe ſi elle remettoit ſes intérêts au Chevalier inconnu, qui offroit de les ſoutenir. La Princeſſe tira une bague de ſon doigt, & en la donnant à celui qui étoit chargé de ſavoir ſa volonté, elle lui commanda de la porter à ſon Protecteur, comme un aveu qu’elle faiſoit de lui, & le préſage de ſa réuſſite. La victoire demeura long-tems incertaine ; enfin Mandoce irrité de trouver tant de réſiſtance, preſſa ſi vivement ſon Adverſaire, qu’il le fit tomber à ſes pieds, bleſſé à mort. Tout le monde applaudit par de grands cris, au triomphe de Mandoce ; & Pancallier ayant fait ſigne qu’il vouloit parler, déclara, avant que de mourir, ſa trahison, & juſtifia la Comteſſe par le récit de tous ſes crimes. Mandoce diſparut après ſa victoire, pour ne pas expoſer la Princeſſe à de nouveaux ſoupçons, qui auroient pu être très-dangereux pour elle, & lui laiſſa ignorer à qui elle avoit de ſi grandes obligations. Ce ne fut qu’après la mort de ſon mari arrivée peu de tems après, qu’il ſe découvrit à elle, en lui préſentant la bague, préſage de ſon triomphe. L’Hymen couronna l’ardeur & la conſtance de leurs feux.

Je ſuis, &c.