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Histoire littéraire des femmes françoises/4/4

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Par une Société de Gens de Lettres
Chez Lacombe (Volume 4p. 49-58).

LETTRE IV.

Votre intention, Madame, eſt que je vous entretienne de toutes les femmes qui ont écrit dansMadame de Richebourg. notre langue, quelque foibles que ſoient leurs productions ; c’eſt ce qui m’engage à vous parler de Mad. de la Garde de Richebourg. Les perſonnes qui ont connu cette femme, doutent même qu’elle ſoit Auteur des Ouvrages qui ont paru ſous ſon nom ; mais ce n’eſt pas à moi à les lui enlever, puiſque perſonne ne les reclame. Il eſt vrai qu’ils ne ſont pas de nature à flatter l’ambition d’un homme de Lettres : ce ſont d’anciens Romans Eſpagnols, qui avoient déjà été traduits en françois, & que notre Auteur, ou celui qui lui a prêté ſa plume, a remis dans un ſtile plus moderne. À l’égard de la perſonne de Madame de Richebourg, elle n’étoit pas d’un état à être fort connue dans le monde. Je crois que ſon mari s’occupoit de Minéralogie, & étoit employé dans des mines. Pluſieurs ont cru qu’il avoit eu beaucoup de part aux Ouvrages de ſon épouſe, dont le ton & la converſation répondoient peu, dit-on, au mérite d’une femme qui ſait écrire.

Les Aventures de Dom Ramire de Roxas &Ramire & Léonor. de Dona Léonor de Mendoce ſont un des Romans Eſpagnols, dont je viens de vous parler. Je vous préviens, Madame, que vous ne trouverez rien de bien intéreſſant dans les récits, rien de bien varié dans les détails, rien de neuf dans les ſituations ; mais vous voulez connoître le ſtile de Mad. de Richebourg, je vais tâcher de vous ſatisfaire. Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/70 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/71 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/72 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/73 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/74 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/75 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/76 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/77 malheureux, que ſa maîtreſſe & ſon rival ont mis dans cet état. Il raconte à ſes Bienfaiteurs l’hiſtoire déplorable de ſes amours. Un Amant rebuté qui forme de nouvelles chaînes ; ſa maîtreſſe d’abord infidelle, puis jalouſe qu’un Amant l’abandonne ; cette jalouſie qui la porte à faire aſſaſſiner cet Amant ; ce ſont là les traits principaux que préſentent les aventures de l’homme bleſſé.

Don Ramire & Don Felix arrivent à Valence. Le premier objet qui s’offre à leurs regards, eſt un jeune homme de bonne mine, vêtu en Berger, qui, ſous le nom d’Anfriſe, ſe plaint poëtiquement des rigueurs de Beliſarde. Il prend nos Voyageurs pour deux Bergers ; & leur parle de ſon ingrate Bergere. On apprend que l’amour lui a dérangé l’eſprit, & lui a ſait adopter ces viſions de bergerie.

Cependant Dona Léonor, que Don Ramire croit infidele à Madrid, ſe trouve je ne ſçais comment, eſclave en Barbarie. Rachetée par un Religieux de la Rédemption, elle revient en Eſpagne ; & le rival prétendu que Don Ramire a aſſaſſiné dans la chambre de Léonor, eſt le frere de cette belle ; il eſt vivant ; & la maîtreſſe de Don Ramire lui eſt toujours fidelle. Il vole à ſa rencontre, lui jure un éternel amour, l’épouſe ; & ce mariage eſt célébré par une Comédie, imprimée à la fin du Roman. Elle eſt intitulée, Arlequin Subdélégué de l’Amour ; & c’eſt tout ce qu’il ſuffit que vous en ſçachiez.

Je ſuis, &c.