Histoire littéraire des femmes françoises/4/6
LETTRE VI.
Il faut ſuppoſer, Madame, que nos PélerinsHiſtoire de Troçuclo. ſont déjà à Tolede.
Périandre ne ſe laſſoit point de tenir ſa vue fixée ſur cette Ville : le ſon de pluſieurs inſtrumens ſe fit entendre dans les valons qui l’environnent ; » & les Pélerins virent venir, vers l’endroit où ils étoient, pluſieurs troupes de jeunes filles plus belles que le Soleil. Elles étoient vêtues en Villageoiſes ; & la ſerge de Cuença ſembloit ſur elles avoir plus de brillant, que le ſatin de Florence. La ſimplicité de leurs vêtemens, que relevoient les roſes, les jaſmins, & les amarantes dont ils étoient parſemés, avoit quelque choſe de plus galant, que les parures les plus magnifiques de la Cour. Elles avoient des coliers de Corail & de Perles, d’où pendoient de petites médailles d’or & d’argent, ſur leſquelles étoient empreints différens hiérogliphes de l’amour. Toutes avoient une grace admirable dans leur marche qu’elles faiſoient en danſant ; & les inſtrumens en régloient les mouvemens & la cadence. Autour de chacune de ces troupes de filles, marchoient de jeunes garçons de Village, leurs parens ou leurs amis, tous vêtus d’une toile fine & blanche ; les uns battoient du tambourin ou, jouoient de la flûte les autres pinçoient le luth ou faiſoient raiſonner la guitarre ; & ces différens ſons ſe réuniſſant en un ſeul, il s’en formoit une harPage:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/90 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/91 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/92 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/93 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/94 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/95 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/96 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/97 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/98 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/99 de mes malheurs, répliqua Ruperte, ne ſubſiſtant plus, il emporte avec lui ſon crime dans le tombeau ; & j’abandonne au Ciel le ſoin de l’en punir. L’amour commit ce crime, Madame, dit Glorian ; l’amour ne demande qu’à rétablir le dommage qu’il vous a fait ; & ſi vous n’êtes point un corps fantaſtique, certifiez-le moi en m’acceptant pour votre époux. Donnons-nous la main, lui répartit la tendre Ruperte ; & vous ſerez bientôt aſſuré que loin d’être l’ombre de votre pere, je ſuis cette malheureuſe veuve, que le ſeul Clorian pouvoit conſoler ». Les domeſtiques de Clorian furent témoins de la foi du mariage qu’on ſe donna dans le lieu même, on devoit ſe paſſer une ſcéne ſanglante. Ils virent auſſi le champ de bataille ſe changer, par l’entremiſe d’un Paſteur qu’on envoya chercher, en un lit nuptial que l’Amour dreſſa de ſes propres mains. «
C’eſt ainſi que nos Péſerins trouvoient de tems en tems, ſur la route, de quoi égayer leur dévotion, Ils arriverent enſina Rome ou le Prince de Dannemarck s’étoit rendu, & et le bruit de la beauté d’Auriſtelle avoir attiré de France le Duc de Nemours. Ces deux rivaux ne manquent pas de ſe battre ; mais leurs prétentions s’évanouiſſent bientôt par la connoiſſances qu’ils ont de la qualité de Périandre & d’Auriſtelle & par celle de leur amour. La mort ſubite du Roi de Tile, frere de Perſile, met ſin à cette aventure. Périandre engagea ſa foi à la belle Sigiſmonde ; & le Saint Pere célébra cet illuſtre mariage.
Flore & Blanche-fleur
Je ne ſerai, Madame, que parcourir trés-rapidement les Aventures de Flore & Blanche-fleur, autre Roman Eſpagnol, traduit en françois par Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/101 Page:Histoire litteraire des femmes francoises tome 4.djvu/102 & avoient appris que Blanche-fleur étoit dans les Etats du Roi Maure, auquel ils déclarent la guerre. Flores, qui commandoit les Mahometans, eſt fait priſonnier. Le Duc de Milan l’envoye à Frédéric, ainſi que Blanche-fleur qui étoit auſſi tombée entre ſes mains. Les choſes étoient en cet état, lorſque Fatime, femme du Roi Maure, fit demander une conférence au Duc de Milan. Elle lui apprend l’aventure de Perſius & de Topacie ; & lui découvre que ſa captive eſt leur fille. L’Empereur en eſt bientôt informé, & reconnoît Blanche-fleur pour ſon héritiere. Fatime avoit paſſé à ſa Cour pour conſtater cette reconnoiſſance par des preuves authentiques, qu’elle avoit eues de Topacie. Elle retourne dans les Etats du Roi ſon époux, après avoir donné ſon conſentement au mariage de Flores & de Blanche-fleur, & reçu, comme eux, le Baptême. Elle trouve, en arrivant, Felice & toute ſa Cour convertis à la ſoi chrétienne.
En ſuppoſant que Madame de Richebourg ſoit l’Auteur des Romans qui ont paru ſous ſon nom, elle n’auroit que le mérite d’avoir mis dans un François plus moderne, d’anciennes traductions des mêmes Ouvrages, déjà connus dans notre langue. On lui attribue auſſi les Aventures de Clamade & de Clarmonde, traduites de l’Eſpagnol, ainſi que la Veuve en puiſſance de Mari, où ſe trouve une Comédie intitulée le Caprice de l’Amour : mais rien n’eſt ſi incertain que cette propriété.
Je ſuis, &c.