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Histoire romaine (Dion Cassius)/Livre I (fragments)

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Notions géographiques sur l’Italie ancienne[modifier]

Le nom d’Ausonie n’appartient proprement, comme l’écrit Dion Cocceianus, qu’au pays des Aurunces, situé entre celui des Campaniens et celui des Volsques, le long de la mer. Plusieurs ont pensé qu’elle s’étendait jusqu’au Latium, ce qui fit appeler Ausonie l’Italie entière.

II. Αὐσονία δὲ (3) κυρίως, ὡς Δίων γράφει ὁ Κοκκειανός (4), ἡ τῶν Αὐρούγκων (5) γῆ μόνη λέγεται, μέσον Καμπανῶν καὶ Οὐόλσκων (6) παρὰ θάλασσαν κειμένη. Συχνοὶ δὲ καὶ μέχρι τοῦ Λατίου Αὐσονίαν εἶναι ἐνόμισαν· ὥστε καὶ πᾶσαν τὴν Ἰταλίαν ἐκ τούτου Αὐσονίαν κληθῆναι (7).

1. M. A. Mai a rapproché ce début de celui de Denys d'Hal. A. R. I, 8 : Άρχομαι ουν τήζ ίστοριαζ άπω τών παλαιοτάτών μύθων, κτλ.

2. Tout en donnant la leçon que j'adopte, M. A. Mai déclare qu'il a longtemps penché pour une autre, qui parait assez probable : « Ita edidi ut dictio esset continua sensusque loci, uti nunc se habct, concinnior. Sed tamen valde arbitrabar statuendam esse pausam post παρελάβομεν. Tum ordiendum a capite τήν χώραν ταύτην, κτλ., ita ut hoc revera sit initium historioe Dionis post prooemium, quanquam Eclogarius nonnisi imperfectum comma conservaverit. »

3. (Exc. Val. IV. R. p. 4), tiré des scholies d'Is. Tzetzès, sur la Cassandre de Lycophron, v. 44. Cf. les mêmes schol. v. 615, et J . Tzetzès, Chil. V, v. 580 582. 4. Comme dans Sébastien, d'après la plupart de ses Ms. G. Müller donne aussi l'article, quoiqu'il manque dans les siens : il a été suivi par Sturz. Reimar lit Κοκκειανόζ, d'après Selden et Patter. H. de Valois, qui omet aussi l'article, écrit Κοκκηιανόζ, également admissible. Cf. Suidas au mot Διων. Deux Ms. de G. Müller, Vit. t et Ciz., portent Κοκειανόζ, un autre, Vit. 2 Κοκκιανόζ, et un quatrième, Vit. 3, Κωκιανόζ.

5. Cf. Bochart, Chanaan, p. 651, C, la note de Reimar sur le changement de Auson en Auron., d'où Auronci = Aurunci, et les Auteurs cités.

6. D'après les Extraits du Vatican, xvi et xviii, A. M. p. 148-1 50. L'ancienne leçon Ούολκων a été maintenue par B. de Valois, Rcimar et Sturz : elle a été justement changée en Ούόλσκων, par Kiessling, dans J. Tzetzès, Chil. v, v. 581. Cf. Strabon, V, p. 158, éd. Casaub. 1587. Βόλουσκοι, dans un autre fragment du Vatican, A. M. p. 528, et dans Appien n, 3-5, ne diffère que par la substitution du B à la diphthongue ου de Ούόλουσκοι, adopté par Denys d'Hal. A. R. VIII, en plusieurs endroits, et par Plutarque, Coriol. viii, xii, xxvi et suiv.

7. Les mots Αύσονιαν κληθήναι ont été ajoutés par Sébastien d'après deux de ses Ms. Ils ne se trouvent pas dans ceux de G. Müller: un de ces derniers, Vit. 2, omet même tout le passage ώστε και πάσαν - κληθήναι. Ailleurs (schol. in v. 6J 5) , Tzetzès dit : Ώστε έκ τούτου τινέζ και πάσαν τήν Ίταλιαν [Αύσονιαν κληθήυαι] φασιν où il faut remarquer l'addition d’ Αύσονιαν κληθήυαι par Sébastien, d'après trois de ses Ms. Quoique cette addition ne soit pas conürmée par les siens, G. Müller adopte la même leçon.

A l'ancienne leçon άπʹ αύτήζ, je substitue, d'après le second passage de Tzetzès, έκ τούτου.

3[modifier]

Les Liguriens habitent la côte maritime, depuis la Tyrrhénie jusqu’aux Alpes et au pays des Gaulois, comme le rapporte Dion.

III. Οἱ (8) γάρ Λίγυες (9) τὴν παραλίαν ἀπὸ Τυρσηνίδος (10) μέχρι τῶν Ἄλπεων καὶ ἄχρι Γαλατῶν νέμονται, ὥς φησι (1) Δίων.


8. (Exc. Val. R. p. 5), tiré des scholies d'Is. Tzctzès sur la Cassandre de Lycophron, v. 1312.

9. Comme dans Sébastien, d'après le Ms. du Vatic. 972, et dans G. Müller, au lieu de οί δέ, donné par B. de Valois, Reimar et Sturz.

10. Au lieu de Τυρσηνιδοζ. Sur ce remplacement du σ par le ρ, cf. Fr. viii, au mot Τυρρηνία, et Fr. ix, au mot Τυρρηνών.


1. Dans G. Müller, ὦζ φασι, d'après deux de ses Ms. , Vit. 1 et Ciz., à cause de ce qui suit : Δίων καί ἄλλοι άκριβέστατοι ίστορικοί, συγγραφεἶζ τε καί γεωγράφοζ.

4[modifier]

Les Iapyges et les Apuliens sont établis sur les bords du golfe Ionien. Les peuples de l’Apulie sont, suivant Dion, les Peucétiens, les Poedicules, les Dauniens, les Tarentins et les habitants de Cannes. La plaine de Diomède est située aux environs de l’Apulie Daunienne.

IV. Οἱ γὰρ Ἰάπυγες (2) καὶ Ἄπουλοι (3) περὶ τὸν Ἰόνιον κόλπον οἰκοῦσιν (4). Ἀπούλων δὲ ἔθνη (5), κατὰ τὸν Δίωνα, Πευκέτιοι (6), Ποιδίκουλοι (7), καὶ Δαύνιοι, καὶ Ταραντῖνοι, καὶ Κάνναι. Διομήδους πεδίον (8) ἔστι περὶ τὴν Ἀπουλίαν (9) τῶν Δαυνίων. Η δε Μεσσαπια και Ιαπυγια (10) υστερον Σαλεντια (11), ειτα Καλαβρια εκλήθη. Η δε Αργυριππα (12), πολις του Διομήδουζ, μετεκλήθη Απούλοιζ Αρποι (13).

1. Dans G. Müller, ὦζ φασι, d'après deux de ses Ms. , Vit. 1 et Ciz., à cause de ce qui suit : Δίων καί ἄλλοι άκριβέστατοι ίστορικοί, συγγραφεἶζ τε καί γεωγράφοζ.

2. (Exc. Val. VIH, R. p. 5), tiré des scholies d'Is. Tzetzès sur la Cassandre de Lycophron, v. 603.

3. Άπούλοι dans deux Ms. de G. Müller, Vit. 2 et 3, et dans Eudocie ; Άπούλιοζ dans deux autres, Vit. 1 et Ciz.

4. Au lieu de περι - οικουσιν, C. Müller, d'après deux de ses Ms., Vit. l et Ciz., lit : Περι τον Ίινιον κολπον, περι τήν Άπουλιαν οικουσιν.

5. Comme dans G. Müller, d'après deux de ses. Ms., Vit. 2 et 3, au lieu de τό ἓθνοζ, donné par H. de Valois. Sébastien lit Άπούλων δε ἔθνοζ, ainsi qu'Eudocie.

6. Πευκέντιοι dans deux Ms. de G. Müller, Vit. 1 et Ciz.

7. Πεδικούλοι dans les mêmes Ms. Strabon les appelle Ποίδικλοι, liv. VI, p. 191, éd. Casaub. 1587. J'adopte la leçon qui se rapproche le plus de celle de Strabon : elle est confirmée par Pline, B. N. II. 16.

8. Strabon, I. 1. p. 196 : Και το πεδιον και αλλα πολλα δεικνυται τήζ Διομήδου εν τουτοιζ τοἳζ τόποιζ δυναστειαζ σημεἵα.

9. Άπουλαν, dans B. de Valois et Reimar. J'ai suivi Sébastien et G. Müller, d'après les meilleurs Ms. Cf. aussi Strabon, I. 1.

10. Μεσαπύγη et Ίαπύγη , dans H. de Valois. Reimar et Sturz. Sébastien, d'après trois de ses Ms., lit Μεσααπια και Ίαπυγια. Ceux de G. Müller, à l'exception d'un seul, Vit. 3, qui porte Ίαπυγια, concordent avec l'ancicnne leçon ; il a pourtant adopté celle de Sébastien; mais en écrivant, comme je le fais d'après Strabon, I. 1., Μεσσαπια, au lieu de Μεσαπια.

11. Cette leçon, adoptée par Potter et Selden, est confirmée par les Ms. de G. Müller. H. de Valois donne Σαλατια, qui sc rapproche beaucoup de Σαλαντια du Ms. Barocc. Sébastien lit : Σελεντια.

5[modifier]

La Messapie et l’Iapygie reçurent plus tard le nom de Salentie et celui de Calabre. La ville de Diomède, Argyrippe, changea aussi le sien et fut appelée Arpi par les Apuliens.

Là, où se trouve maintenant Chôné, était une contrée nommée primitivement Oenotrie : Philoctète vint s’y fixer après la destruction d’Ilion, comme le disent Denys, Dion Cocceianus et tous ceux qui ont écrit l’histoire des Romains.

Évandre, fondateur de Pallantium (av.1330 J.-C.)[modifier]

Evandre, né en Arcadie, partit de Pallantium avec une troupe de ses compatriotes, pour aller établir une colonie ; il fonda sur les bords du Tybre une ville qui, de nos jours, forme une partie de Rome : elle reçut le nom de Pallantium, en mémoire de la ville d’Arcadie qui s’appelait ainsi : dans la suite, ce nom perdit un "lamda" et un "nu"

Arrivée d’Énée en Italie ; rois Albains (av.1270 J.-C.)[modifier]

Cinquante-cinq ans s’étaient écoulés depuis Hercule, lorsqu’Énée, après la prise de Troie, vint, comme nous l’avons dit, en Italie, dans le pays des Latins. Il aborda près de Laurente, appelée aussi Troie, sur les bords du fleuve Mumicius, avec son fils Ascagne ou Ilus qu’il avait eu de Créuse. Là, tandis que ses compagnons mangeaient l’ache, ou la partie la plus dure des pains qui leur servaient de tables (ils n’en avaient pas une seule) ; une truie blanche s’élança de son vaisseau vers un mont, qui prit d’elle le nom de Mont Albain. Elle mit bas trente petits, présage certain qu’au bout de trente ans, les descendants d’Énée seraient maîtres de ce pays, où ils exerceraient une domination mieux établie. Guidé par ce présage, il mit un terme à sa vie errante, immola cette truie et se prépara à bâtir une ville.

Latinus ne le permit pas : il fit la guerre ; mais il fut vaincu et donna la main de Lavinie, sa fille, à Enée qui fonda une ville et la nomma Lavinia. Latinus et Turnus, roi des Rutules, s’arrachèrent mutuellement la vie, en combattant l’un contre l’autre : Énée devint roi. A son tour, il succomba près de Laurente, dans une guerre contre ces mêmes Rutules et le Tyrrhénien Mézence : Lavinie, son épouse, était alors enceinte. Ascagne, fils de Créuse, régna : il remporta une victoire décisive sur Mézence qui, après avoir refusé de recevoir des ambassadeurs, lui avait déclaré la guerre et voulait soumettre à un tribut annuel tous les états de Latinus. Les Latins grandirent en nombre et en puissance : lorsqu’arriva la trentième année, indiquée par la truie mystérieuse, ils dédaignèrent Lavinium et bâtirent une autre ville, appelée Albe la Longue, c’est-à-dire "Leukên Makran", à l’occasion de cette truie qui fit donner aussi à une montagne voisine le nom de Mont Albain. Les tatues des dieux, emportées de Troie, retournèrent seules à Lavinium. Après la mort d’Ascagne régna, non pas Iule, son fils ; mais Silvius, fils d’Énée et de Lavinie, ou suivant d’autres, Silvius, fils d’Ascagne. Silvius eut pour fils le second Énée ; celui-ci Latinus ; Latinus Capys ; Capys Tiberinus ; Tiberinus Amulius ; Amulius Aventinus.

Jusqu’à présent il a été question d’Albe et des Albains : ici commence l’histoire de Rome. Aventinus eut deux fils, Numitor et Amulius, qui détrôna Numitor et tua Aegeste, son fils, à la chasse. Quant à la sœur d’Aegeste, fille du même Numitor et qui s’appelait Silvia ou Rhéa Ilia, il en fit une prêtresse de Vesta, pour l’astreindre à la virginité : il craignait un oracle qui avait prédit qu’il serait assassiné par les enfants de Numitor. Il fit donc périr Aegeste et consacra sa sœur à Vesta, afin qu’elle restât fille et sans enfants ; mais étant allée chercher de l’eau dans un bois consacré à Mars, elle devint enceinte et mit au monde Romulus et Rémus. La fille d’Amulius sauva Ilia par ses prières : les deux jumeaux furent remis au berger Faustulus, mari de Laurentia, pour être jetés dans le Tibre. Sa femme, récemment accouchée d’un enfant mort, les recueillit et les nourrit. Devenus grands, Romulus et Rémus gardaient des troupeaux dans les terres d’Amulius : ils tuèrent quelques bergers de leur aïeul Numitor et se virent, dès lors, en butte à mille pièges. Rémus fut pris : aussitôt Romulus courut annoncer la captivité de son frère à Faustulus qui, à son tour, s’empressa de tout raconter à Numitor. Celui-ci finit par reconnaître en eux les enfants de sa fille. Romulus er Rémus, à la tête d’une troupe nombreuse, massacrèrent Amulius, rendirent à Numitor, leur aïeul, la royauté d’Albe, et commencèrent à bâtir Rome : Romulus alors était âgé de dix-huit ans. Avant cette grande Rome, élevée par Romulus, près de la demeure de Faustulus, sur le mont Palatin, une autre qui avait la forme d’un carré, fut fondée par Rémus et Romulus, beaucoup plus anciens.

Romulus et Rémus, fondateurs de Rome[modifier]

Dion dit au sujet des Tyrrhéniens : "Je devais placer dans cette partie de mon ouvrage ce que je viens de raconter sur ce peuple : je rapporterai de même, dans le moment convenable, tels et tels autres faits qui, amenés par la suite de ma narration, pourront en orner le tissu. Il suffira d’en faire autant pour toutes les digressions qui seront nécessaires ; car je compose, suivant mes moyens, une histoire complète des Romains : pour les autres peuples, je me bornerai à ce qui aura quelque rapport avec cette histoire."

10[modifier]

Il n’est donné à l’homme ni de tout prévenir, ni de trouver un moyen d’éviter ce qui doit nécessairement arriver. De cette jeune fille naquirent les vengeurs du crime d’Amulius.

11[modifier]

La discorde éclata entre Rémus et Romulus. Les Romains bannirent le meurtrier de Rémus.
Pour certains hommes, les positions les plus critiques sont moins dangereuses que la prospérité.
Ils s’instruisirent eux-mêmes et ils instruisirent les autres.

Ceux qui se vengent n’arrivent jamais à une satisfaction complète, à cause du mal qu’ils ont d’abord souffert ; et ceux qui redemandent à un homme plus puissant qu’eux ce qu’il leur a ravi, bien loin de l’obtenir, perdent souvent même ce qui leur restait encore.

An de Rome 1 (753 av. J.-C.)[modifier]

12[modifier]

Romulus, traçant sur le mont Palatin la figure de Rome qu’il allait fonder, attacha au même joug un taureau et une génisse : le taureau penchait hors de l’enceinte, du côté de la plaine ; la génisse penchait du côté de la ville. Par ce symbole, Romulus exprimait le vœu que les hommes fussent redoutables aux étrangers, les femmes fécondes et vouées aux soins domestiques. Il prit ensuite, hors de l’enceinte, une motte de terre qu’il jeta en dedans, et il demanda aux dieux que Rome grandit aux dépens des autres peuples.

Combat des Romains et des Sabins ; Hersilie ; An de Rome 7 (747 av. J.-C.)[modifier]

13[modifier]

Hersilie et les autres femmes de la même nation, à la vue des Romains et des Sabins rangés en bataille, accourent du mont Palatin, tenant leurs enfants dans leurs bras : plusieurs étaient déjà nés. Elles s’élancent soudains dans l’espace placé entre les deux armées : tout dans leurs paroles, tout dans leurs actions excite la pitié ; elles se tournent tantôt vers les uns, tantôt vers les autres, en s’écriant : "Que faites-vous, ô nos pères ? Que faites-vous, ô nos époux ? Jusques à quand combattrez-vous ? Jusques à quand dureront vos haines réciproques ? Réconciliez-vous avec vos gendres ; réconciliez-vous avec vos beaux-pères ? Au nom de Pan, épargnez vos enfants ; au nom de Quirinus, épargnez vos petit-fils. Ayez pitié de vos filles, ayez pitié de vos femmes. Si votre haine ne peut s’éteindre, si le délire s’est emparé de vous et vous égare, commencez par nous massacrer, nous pour qui vous combattez ; frappez, égorgez d’abord ces enfants : quand les noms les plus saints, quand les liens du sang ne vous uniront plus, vous n’aurez pas à craindre le plus grand des malheurs ; celui de donner la mort, vous aux aïeux de vos enfants ; vous aux pères de vos petits-fils." A ces mots, elles déchirent leurs vêtements et découvrent leur sein et leur flanc : les unes heurtent les épées nues ; les autres se précipitent sur ces épées avec leurs enfants. A ce spectacle, Romains et Sabins versent des larmes : ils renoncent au combat et entrent sur-le-champ en pourparlers, dans ce lui même, qui reçut, à cette occasion, le nom de Comitium.

Le peuple romain est divisé en tribus[modifier]

14[modifier]

Tribu, signifie le tiers, ou la troisième partie. Les gardes de Romulus, au nombre de trois mille, comme le rapporte Dion dans le premier livre de son histoire, furent divisés en trois parties appelées tribus ou "trittuas" que les Grecs nommaient aussi "phulas". Chaque tribu fut partagée en dix curies ou phrontistéries. (Cura, chez les latins, a la même signification que "phrontis"). Les citoyens, compris dans la même tribu, se réunissaient pour s’occuper de leurs intérêts communs. En Grec, les Curies s’appellent "phatriai" et "phatriai", c’est-à-dire hétéries, confréries, associations, collèges, à cause du droit accordé à tous les membres d’exprimer ou de mettre au jour leur avis, en toute liberté et sans crainte. De là encore, le nom de "phrateres" donné aux pères, aux parents et aux instituteurs de la même tribu : peut-être aussi fut-il tiré du mot latin Frater, qui signifie frère.

Il y a une grande différence entre établir de nouvelles tribus et donner un nom particulier à celles qui existaient déjà.

Conduite despotique de Romulus envers le sénat ; Ans de Rome 18 à 39 (736 à 715 av. J.-C.)[modifier]

15[modifier]

Romulus se montrait plein de dureté envers le Sénat et agissait en véritable tyran à son égard : il rendit aux Véiens leurs otages, de sa propre autorité et sans le consulter, ce qui arrivait souvent. Les Sénateurs en témoignèrent du mécontentement ; Romulus irrité leur adressa des reproches sévères et finit en disant : "Pères conscrits, je vous ai choisi, non pour me commander, mais pour recevoir mes ordres."

Numa ; son règne comparé à celui de Romulus ; An de Rome 40 (714 av. J.-C.)[modifier]

16[modifier]

Numa, en sa qualité de Sabin, avait demeure sur le mont Quirinal ; le siège de son gouvernement était situé dans la voie Sacrée. Il se tenait souvent dans le voisinage du temple de Vesta : quelquefois il habitait la campagne.

Dion dit : "Je m’applique à écrire toutes les actions mémorables des Romains, en temps de paix et en temps de guerre ; de telle manière qu’eux-mêmes et les autres peuples n’aient à regretter l’absence d’aucun fait important."

Cet historien ajoute : "Les Romains se civilisèrent d’eux-mêmes, aussitôt qu’ils connurent le culte des dieux. Par là, ils vécurent entre eux et avec les autres peuples dans une paix profonde, durant tout le règne de Numa. Ce prince et Romulus furent regardés comme un présent du ciel : ceux qui connaissent à fond l’histoire des Sabins affirment qu’il naquit le jour même de la fondation de Rome. Grâce à ces deux rois, cette ville fut bientôt puissante et sagement constituée : le premier (il devait en être ainsi dans un État nouveau) lui apprit les arts de la guerre, le second les arts de la paix, et Rome excella dans les uns et les autres.

17[modifier]

La plupart des hommes méprisent les choses qui se rapprochent de leur nature, ou qui sont sans cesse auprès d’eux ; parce qu’ils ne les croient pas au-dessus de leur propre mérite. Au contraire, ils montrent une crainte religieuse pour celles qui, placées loin de leurs regards ou s’écartant de leur nature, paraissent avoir une grande supériorité. Numa le savait bien : aussi consacra-t-il aux Muses un lieu particulier.

Janus[modifier]

18[modifier]

Suivant Dion, historien de Rome, un ancien héros, appelé Janus, reçut pour prix de son hospitalité envers Saturne la connaissance de l’avenir et du passé : voilà pourquoi les Romains le représentent avec deux visages. Ils ont donné son nom au mois de janvier et placé dans ce mois le commencement de l’année.


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