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Histoire romaine (Dion Cassius)/Livre LIX

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Le règne de Caligula[modifier]

Voilà ce que la tradition a rapporté de Tibère ; il eut pour successeur Caius, fils de Germanicus et d’Agrippine, surnommé Germanicus et Caligula, comme je l’ai dit. Il avait laissé l’empire à Tibère, son petit-fils ; mais Caius, ayant envoyé le testament au sénat par l’intermédiaire de Macron, le fit casser par les consuls et par d’autres sénateurs apostés à cet effet, sous prétexte que le testateur n’avait pas sa raison, puisqu’il remettait le gouvernement à un enfant à qui les lois ne permettaient pas encore l’entrée du sénat. Caius donc, pour l’instant, dépouilla cet enfant de l’empire ; plus tard, quoique l’ayant adopté, il le fit tuer. Tibère avait cependant, dans les écrits qu’il laissa, consigné la même intention de plusieurs manières, afin de lui donner par là plus de force, et tous avaient été, sur le moment, lus par Macron au sénat. Mais aucune prescription ne prévaut contre l’ingratitude et contre la puissance d’un successeur. Tibère eut le sort qu’il avait fait à sa mère, sauf cette exception, toutefois, qu’il ne paya à personne aucun des legs faits par elle, tandis que les siens furent soldés à tous, excepté à son petit-fils. C’est ce qui prouva, non moins que le reste, que toute l’affaire du testament était un coup monté contre le jeune prince. On aurait pu, sans doute, ne pas le rendre public (Caius n’en ignorait pas les clauses) ; mais, comme bien des gens les connaissaient, et que, dans le premier cas, c’était sur lui, au lieu que, dans le second, c’était sur le sénat, à ce qu’il semblait du moins, qu’en retombait le blâme, il préféra faire annuler le testament par ce corps plutôt que de le supprimer.

De plus, en payant aux autres Romains tous les legs de Tibère, comme si c’eût été de ses propres deniers, Caius s’acquit auprès de la multitude une certaine réputation de magnanimité. Aussitôt après avoir, en compagnie du sénat, assisté aux exercices des prétoriens, il leur distribua leur part des legs, s’élevant à environ deux cent cinquante drachmes, et il y ajouta une somme égale ; il paya au peuple onze millions deux cent cinquante mille drachmes (cette somme formait le montant du legs qui lui était fait) et, en plus, les soixante drachmes par tête, qui ne lui avaient pas été données lorsqu’il prit la toge virile, avec addition de quinze autres drachmes pour l’intérêt. Il solda à la garde urbaine, aux Vigiles, aux corps régulièrement levés qui servaient hors de l’Italie, et à tous les soldats légionnaires dans les petites villes, les sommes qui leur revenaient, c’est-à-dire environ cent vingt-cinq drachmes à chaque garde urbain et quatre-vingt-cinq à tous les autres. Il en fut de même pour le testament de Livie. Il en acquitta tous les legs, en sorte que, s’il eût convenablement dépensé le reste de l’argent, on l’eût regardé comme un prince magnanime et magnifique. Quelques-unes de ces dépenses, il est vrai, furent faites par crainte du peuple et des soldats, mais la plupart le furent de son propre mouvement ; car ce ne fut pas seulement à eux, mais encore aux simples particuliers, qu’il paya les sommes léguées par Tibère et même par son aïeule. Ses dépenses sans borne pour les histrions (il les rappela immédiatement), les chevaux, les gladiateurs et autres amusements de cette espèce épuisèrent bien vite ses trésors malgré leur immensité, et prouvèrent que, même en cela, sa conduite n’avait été que légèreté et manque de jugement. Bien qu’il eût trouvé cinq cents millions sept mille cents drachmes, ou quatre-vingt millions deux mille cinq cents, selon d’autres historiens, dans le trésor, en moins de trois ans il ne lui en restait plus rien, et, dès l’année suivante, il eut besoin de sommes énormes.

Il en usait de même en tout, pour ainsi dire. Après s’être, dans les premiers temps, montré populaire au point de ne rien prescrire au peuple ni au sénat par édit et de ne pas se donner les titres ordinaires aux princes, ses manières devinrent monarchiques au point que certains titres qu’Auguste, pendant un si long règne, n’avait acceptés qu’avec peine, et qui ne lui avaient été décernés qu’un à un par décrets successifs, titres dont Tibère refusa même complètement quelques-uns, il les prit tous en un seul jour. Il ne différa que pour celui de Père de la patrie, et encore ne tarda-t-il pas à se l’attribuer aussi. Le plus porté des hommes aux plaisirs de l’amour, il prit en haine une femme qu’il avait ravie à son fiancé et d’autres qu’il avait arrachées des bras de leurs maris, une seule exceptée qui, elle aussi, eût infailliblement éprouvé son aversion s’il eût vécu plus longtemps. Après des marques d’une piété sans borne envers sa mère, ses sœurs et son aïeule Antonia (après l’avoir proclamée Augusta et prêtresse d’Auguste, il lui décerna en une seule fois tous les privilèges des Vestales) ; quant à ses sœurs, il décida qu’elles auraient ces mêmes privilèges des Vestales, que, dans les jeux du cirque, elles occuperaient une place pareille à la sienne, qu’elles seraient comprises dans les vœux exprimés chaque année par les magistrats et par les pontifes, pour le salut du prince et du peuple, et que les serments prêtés pour le maintien de son pouvoir auraient lieu également pour leur prospérité ; il traversa la mer pour recueillir lui-même de sa propre main les ossements de sa mère et de ses frères morts, les rapporta à Rome et les déposa dans le monument d’Auguste, revêtu de la toge prétexte et entouré de licteurs comme dans une cérémonie triomphale. Il annula tous les décrets portés contre eux, punit tous ceux qui leur avaient voulu du mal, et rappela ceux qui avaient été exilés à leur sujet ; après une telle conduite, il devint le plus impie des hommes envers son aïeule et envers ses sœurs : il réduisit son aïeule, qui lui avait adressé certains reproches, à la nécessité de se donner volontairement la mort, et relégua, après les avoir toutes déshonorées, deux de ses sœurs dans une île ; la troisième mourut auparavant. Il avait demandé au sénat pour Tibère, qu’il appelait son aïeul, les distinctions accordées à Auguste ; comme elles ne furent pas immédiatement décrétées (les sénateurs, en effet, ne supportant pas de conférer des honneurs à Tibère et n’osant pas le noter d’infamie, attendu qu’ils ne connaissaient pas bien encore le caractère du jeune prince, différaient tout jusqu’à son arrivée), il se contenta de lui décerner l’honneur d’une sépulture aux frais de l’État, et, rapportant de nuit le corps à Rome, l’exposa, le matin, aux regards du public. Il prononça son oraison funèbre, de manière à faire moins l’éloge du défunt qu’à rappeler au peuple le souvenir d’Auguste et celui de Germanicus, et à se comparer lui-même à eux.

Il était en tout d’une telle inconséquence que, non seulement il imita, après les avoir critiquées, les débauches et les cruautés de Tibère, mais que même il les surpassa et ne fit rien de ce qu’il louait en lui. Après l’avoir le premier insulté, le premier outragé, au point que les autres, dans l’espoir de se rendre agréables à Caius, usaient à l’égard de Tibère d’une liberté de langage téméraire, il lui prodigua les louanges au point d’en punir quelques-uns pour leurs paroles. Il haïssait également les uns, à cause de leurs injures, comme ennemis de Tibère, et les autres, qui lui donnaient des éloges, comme ses amis. Bien qu’il eût aboli les accusations de lèse-majesté, il n’en fit pas moins périr un fort grand nombre de personnes pour ce crime. Après avoir, disait-il, renoncé à tout ressentiment à l’égard de ceux qui s’étaient ligués contre son père, sa mère et ses frères, et avoir brûlé leurs lettres, il fit mettre à mort beaucoup de personnes d’après ces mêmes lettres : il avait bien, en effet, anéanti quelques lettres, non pas celles qui, écrites de la main même des coupables, renfermaient une preuve convaincante, mais celles qu’il avait fait transcrire. En outre, après avoir dans le principe, défendu qu’on lui élevât aucune statue, il alla jusqu’à se consacrer des images ; après avoir refusé un décret portant qu’on offrirait des sacrifices à sa fortune et même avoir fait graver officiellement ce refus, il se fit bâtir des temples où on lui immola des victimes comme à un dieu. Il aimait tantôt la compagnie, tantôt la solitude. Il se fâchait quand on lui demandait quelque chose et quand on ne lui demandait rien. Il y avait des affaires auxquelles il se portait avec une grande promptitude, d’autres auxquelles il mettait une grande nonchalance. Il dépensait l’argent avec profusion et l’amassait par des voies basses et sales. Il repoussait et accueillait pareillement ceux qui le flattaient et ceux qui lui parlaient librement. Il laissa plusieurs grands coupables impunis et livra au supplice plusieurs innocents. Il usa envers ses amis de caresses comme d’outrages sans borne. Aussi ne savait-on ni quel langage ni quelle conduite tenir avec lui ; ceux qui réussissaient le devaient plutôt au hasard qu’à leur prudence.

Tel était l’empereur à qui les Romains furent alors livrés, en sorte que les actes de Tibère, bien que passant pour cruels, furent aussi loin de ceux de Caius que la conduite d’Auguste l’avait été de celle de Tibère. Tibère, en effet, gouvernait lui-même, il n’employait les autres que comme ses ministres et conformément à ses desseins : Caius se laissait gouverner par des conducteurs de chars et par des gladiateurs ; il était l’esclave des danseurs et de tous les gens qui vivent de la scène. Ainsi il avait toujours à ses côtés, même en public, Apelles, le plus fameux tragédien de l’époque. Par suite, l’empereur de son côté, les histrions de l’autre, se portèrent impunément à tous les excès où peut aller l’audace de gens de cette sorte, quand ils ont le pouvoir. Il fournissait et établissait lui-même en toute occasion avec la plus grande somptuosité ce qui se rapportait à leur art, et il forçait les préteurs et les consuls d’en faire autant ; de sorte qu’il ne se passait presque pas de jour où il n’y eût quelque spectacle. D’abord il se contentait de les voir et de les entendre, de leur témoigner son approbation ou son mécontentement comme un simple spectateur ; un jour même, irrité contre ses adversaires, il ne vint pas aux jeux. Mais, dans la suite, il alla jusqu’à imiter les histrions et à lutter avec plusieurs d’entre eux : il se fit conducteur de chars et gladiateur ; il dansa et il joua la tragédie. C’étaient là ses occupations pour ainsi dire continuelles ; une fois même, ayant convoqué les principaux sénateurs bien avant dans la nuit comme pour une délibération d’une haute importance, il dansa devant eux.

L’année donc de la mort de Tibère et de son avénement à l’empire, il prodigua d’abord des paroles flatteuses aux sénateurs, en présence des chevaliers et de quelques plébéiens réunis dans la curie : il promit d’exercer l’autorité en commun avec eux et de faire tout ce qui leur plairait, disant qu’il était leur fils et leur nourisson. Il était alors âgé de vingt-sept ans moins cinq mois et quatre jours. Puis il délivra ceux qui étaient détenus en prison, au nombre desquels se trouvait Q. Pomponius qu’on y avait tourmenté sept ans entiers à la suite de son consulat ; il abolit aussi les accusations de lèse-majesté qu’il voyait peser si lourdement sur Rome, et, réunissant tous les dossiers laissés par Tibère, il les livra au feu, du moins il le prétendit : « Je l’ai fait, ajouta-t-il, afin que, lors même que je voudrais un jour à toute force conserver du ressentiment contre quelqu’un à cause de ma mère ou de mes frères, je sois dans l’impossibilité de le punir ». Loué pour cette conduite, et parce qu’on espérait de lui plus de véracité que de tous les autres, sa jeunesse, à ce que l’on croyait, le rendant incapable de duplicité soit dans sa pensée, soit dans son langage, il augmenta encore l’espérance générale en ordonnant que les fêtes des Saturnales dureraient cinq jours, et en ne prenant de ceux qui recevaient du blé de l’État qu’une obole au lieu d’une drachme qu’ils lui donnaient pour les sigillaires. On décréta que Proclus et Nigrinus, alors en charge, lui feraient immédiatement place au consulat, et qu’ensuite il en exercerait les fonctions tous les ans. Mais il n’accepta pas, non plus, ces honneurs ; seulement, quand Proclus et Nigrinus eurent accompli les six mois pour lesquels ils avaient été nommés, il consentit alors à être consul avec Claude, son oncle paternel, pour collègue : celui-ci, en effet, rangé jusqu’alors dans la classe des chevaliers, et envoyé comme député à Caius au nom de l’ordre équestre, après la mort de Tibère, fut alors pour la première fois, bien qu’âgé de quarante-six ans, fait à la fois consul et sénateur. Aussi Caius passa-t-il pour avoir agi avec bonté en cette occurence, et, dans une harangue aux sénateurs en prenant possession du consulat, il s’éleva contre chacun des vices qu’il reprochait à Tibère et fit, en son propre nom, des promesses telles, que le sénat, craignant que les sentiments du prince ne vinssent à changer, rendit un décret portant que cette harangue serait lue tous les ans.

Ensuite Caius, revêtu de la toge triomphale, fit la dédicace du temple d’Auguste ; des enfants patriciens, ayant tous leur père et leur mère, chantèrent un hymne en son honneur, en compagnie de jeunes filles de même condition ; un banquet fut donné aux sénateurs et à leurs femmes, ainsi qu’au peuple, et il y eut des spectacles de toute sorte. On y fit des jeux de musique, des chevaux luttèrent deux jours, vingt fois le premier et vingt-quatre le second, à cause du jour natal de l’empereur ; car c’était le dernier jour du mois d’août. Caius renouvela cette mesure en maintes autres circonstances selon son bon plaisir. Auparavant, en effet, il n’y avait pas plus de douze luttes ; cette fois, on tua quatre cents ours avec un nombre égal d’autres bêtes de Libye ; les enfants patriciens représentèrent la cavalcade troyenne, l’empereur fut amené en pompe sur un char tiré par six chevaux, ce qui n’avait jamais eu lieu. Néanmoins ce ne fut pas lui qui donna le signal aux conducteurs de chars ; il regarda les jeux d’une place d’honneur, au milieu de ses sœurs et du collège des prêtres d’Auguste. Afin que personne n’eût le moindre prétexte pour ne pas venir au théâtre (il était affligé quand on y manquait ou qu’on sortait au milieu du spectacle), il suspendit tous les procès et interdit les deuils ; de sorte qu’il était permis aux veuves de se remarier avant le temps prescrit, excepté en cas de grossesse. En outre, pour qu’on pût s’y rendre avec facilité et qu’on n’eût pas l’embarras de le saluer (auparavant ceux qui rencontraient l’empereur en chemin le saluaient), il défendit de le faire désormais. Il permit aussi à quiconque le voudrait d’assister aux spectacles sans chaussures, coutume de la plus haute antiquité, observée parfois, en été, dans les tribunaux, pratiquée souvent par Auguste lui-même dans les assemblées pendant l’été et abandonnée par Tibère. Des coussins furent alors pour la première fois placés sur les bancs des sénateurs, pour qu’ils ne fussent pas assis sur le bois nu, et il leur fut accordé de porter, pour venir au théâtre, des chapeaux thessaliens, afin de ne pas être incommodés par le soleil. Quand parfois il était trop brûlant, on se servait, au lieu du théâtre, du Diribitorium où l’on établissait un plancher. Tels furent les actes de Caius pendant son consulat de deux mois et douze jours ; car il abandonna le reste des six mois à ceux qui avaient été auparavant désignés pour cette charge.

À la suite d’une maladie à laquelle il ne succomba pas, il fit mourir Tibère, bien que celui-ci eût déjà pris la toge virile, qu’il eût été nommé prince de la jeunesse et enfin adopté par lui, accusant le jeune homme d’avoir souhaité et d’avoir espéré sa mort. À partir de ce moment, Caius versa le sang d’une foule d’autres personnes. Après avoir donné à Antiochus, fils d’Antiochus, la Commagène, que son père avait possédée, et, de plus, les parties maritimes de la Cilicie ; après avoir rendu à la liberté Agrippa, descendant d’Hérode (il avait été jeté dans les fers par Tibère), et l’avoir rétabli dans le royaume de son aïeul, il ne se contenta pas de dépouiller son frère, ou même son fils, des biens paternels, il alla jusqu’à l’égorger. Il n’en écrivit rien au sénat, chose qu’il fit mainte autre fois dans la suite. Tibère périt comme ayant tramé un complot contre l’empereur à l’occasion de sa maladie ; un plébéien, P. Afranius Potitus, pour avoir, par une sotte flatterie, promis, non seulement de son plein gré mais encore avec serment, de renoncer à la vie, si Caius revenait à la santé ; un chevalier, Atanius Sécundus, pour avoir annoncé qu’il se ferait gladiateur, au lieu de l’argent qu’ils espéraient recevoir du prince pour avoir voulu donner leur vie en échange de la sienne, furent contraints d’exécuter leur promesse, afin de ne point se parjurer. Ce fut là la cause de leur mort ; quant à M. Silanus, beau-père de Caius, qui n’avait fait ni promesse ni serment, mais dont la vertu et la parenté lui étaient devenues un fardeau, quand il se vit, pour ce motif, en butte aux outrages, il se donna lui-même la mort. Tibère, en effet, avait accordé à Silanus une telle estime qu’il ne voulait jamais décider les causes qui lui venaient en appel de Silanus et qu’il les lui renvoyait toutes. Caius, au contraire, lui faisait toute sorte d’affronts, bien que, plein de considération pour sa personne, il le nommât une brebis d’or ; et, pour empêcher qu’on lui demandât le premier son avis, honneur que son âge et sa dignité lui valaient de la part de tous les consuls, il abolit la coutume en vertu de laquelle un consulaire donnait son avis le premier ou le second, suivant qu’il plaisait à celui qui avait mis aux voix la proposition, et il établit que tous opineraient, comme les autres sénateurs, selon l’ordre dans lequel ils avaient exercé leur charge. Ensuite, ayant répudié la fille de Silanus, il épousa Cornélia Orestilla, qu’il ravit à Calpurnius Pison, son fiancé, pendant les fêtes mêmes du mariage, auquel il assistait. Puis, avant qu’il se fût écoulé deux mois, il les bannit l’un et l’autre sous prétexte qu’ils avaient commerce ensemble, et comme Pison, à qui il avait permis d’emmener dix esclaves, en demandait davantage, il lui accorda d’en prendre autant qu’il le voudrait, ajoutant : « Ce sera autant de soldats que tu auras à côté de toi ».

L’année suivante furent en charge M. Julianus et P. Nonius, du nombre des consuls désignés. Le serment sur les actes de Tibère ne fut pas prêté, et c’est pour ce motif qu’aujourd’hui encore il n’a pas lieu (personne, en récitant la formule du serment, ne le mentionne au nombre des empereurs) ; quant à ceux d’Auguste et de Caius, le reste se passa comme d’usage, seulement on jura de préférer le prince et ses sœurs à soi-même et à ses enfants, et on fit des vœux pour tous pareillement. Le premier jour des calendes de janvier, un esclave, du nom de Machaon, monta sur le pulvinar de Jupiter Capitolin, et là, après une foule de prédictions sinistres, il égorgea un petit chien qu’il avait apporté avec lui et se donna lui-même la mort. Voici maintenant ce que Caius fit de beau et de louable. Il publia, à l’exemple d’Auguste, tous les comptes de finances qui ne l’avaient pas été depuis la retraite de Tibère, et vint au secours des victimes d’un incendie qu’il avait éteint avec l’aide des soldats. Comme l’ordre équestre était considérablement réduit, il fit venir les plus nobles et les plus riches citoyens de toutes les parties de l’empire, même du dehors de l’Italie, pour les y enrôler, et il accorda à plusieurs d’entre eux de porter le costume de sénateur avant d’avoir exercé aucune des charges qui donnent entrée au sénat, avec l’espoir d’obtenir la dignité sénatoriale : auparavant, en effet, ce privilège était, à ce qu’il semble, réservé aux citoyens de race patricienne. Ces mesures furent approuvées de tous : au contraire, les comices par centuries et les comices par tribus, rétablis par l’abrogation des règlements de Tibère à ce sujet ; l’impôt du centième supprimé, des distributions de tessères dans un combat gymnique qu’il donna, et la délivrance de la plupart des lots marqués à ceux qui les avaient attrapées, furent autant de choses agréables aux gens de basse condition, mais affligeantes pour les hommes sensés qui pensaient que, si on remettait les magistratures au pouvoir du peuple, si on épuisait l’argent du trésor, si on tarissait les revenus de toute espèce, il en résulterait une foule de malheurs.

10[modifier]

Voici maintenant des mesures qui furent blâmées de tous pareillement. Il poussa un nombre considérable de citoyens à se faire gladiateurs. Il les contraignit à combattre soit un contre un, soit en masse, comme dans une bataille rangée, chose dont il avait cette fois demandé l’autorisation au sénat, ce qui ne l’empêcha pas de faire en dehors des formes légales tout ce qui lui plaisait et de mettre à mort, outre une foule d’autres citoyens, vingt-six chevaliers qui avaient, partie mangé leur fortune, partie combattu sans raison comme gladiateurs. L’horreur venait moins du nombre des victimes, quelque horrible qu’il fût, que du plaisir extrême que lui causaient ces massacres, et de son insatiable avidité de voir couler le sang. Dans sa cruauté, un jour qu’on manquait de criminels condamnés aux bêtes, il donna l’ordre de saisir quelques-uns des spectateurs assis sur les bancs du théâtre et de les leur jeter ; et, pour qu’ils ne pussent ni s’écrier ni se plaindre de cette violence, il leur fit préalablement couper la langue. Il força un chevalier illustre à combattre comme gladiateur, sous prétexte qu’il avait outragé sa mère Agrippine ; et, le chevalier ayant été vainqueur, il le livra aux accusateurs et le mit à mort. Le père de ce chevalier, qui n’avait commis aucun crime, fut, ainsi que bien d’autres, enfermé dans une cage et y périt. Caius célébra ces jeux d’abord dans les Septa, qu’on avait creusés en entier et remplis d’eau, afin d’y amener, en tout, un navire ; il les célébra ensuite dans un autre endroit où il démolit plusieurs grands édifices pour mettre à la place un échafaudage ; car il dédaignait le théâtre de Taurus. Ces entreprises, de même que ses dépenses et ses meurtres, lui attirèrent la haine publique, et il y ajouta en réduisant Macron et Ennia, malgré l’amour de l’une et les bienfaits de l’autre qui seul avait contribué par ses efforts à lui donner l’empire, à la nécessité de se donner volontairement la mort, bien qu’il eût confié à Macron le gouvernement de l’Égypte, et en les couvrant d’une infamie dont la plus grande part retomba sur lui ; car, entre autres choses, il reprochait à Macron d’avoir été un instigateur de débauches. Beaucoup de personnes furent, par suite, mises à mort, les unes après condamnation, les autres avant même d’avoir été jugées, sous prétexte des parents et des frères du prince, et des citoyens qui avaient péri à leur occasion, mais, en réalité, à cause de leurs richesses, car le trésor était épuisé, et rien ne suffisait à Caius. Les instruments de ces accusations étaient, soit de faux témoins, soit les lettres que Caius avait autrefois déclaré avoir brûlées. Pour d’autres, ce fut la maladie dont l’empereur avait été attaqué l’année précédente et la mort de sa sœur Drusilla qui causèrent leur perte ; car pour avoir, pendant ces jours-là, donné un festin, salué quelqu’un, ou même pris le bain, on était livré au supplice.

11[modifier]

Drusilla eut pour mari M. Lépidus, mignon et amant à la fois de l’empereur, mais Caius aussi avait commerce avec elle : à sa mort, qui arriva alors, son mari fit son éloge et son frère l’honora d’une sépulture aux frais de l’État : les soldats prétoriens avec leur chef, ceux des chevaliers qui servaient dans l’armée, défilèrent autour de son tombeau, et les enfants patriciens représentèrent la cavalcade troyenne ; enfin, tous les honneurs qui avaient été accordés à Livie lui furent décernés : elle eut une place parmi les immortels ; elle fut représentée en or dans la curie ; la statue de Vénus, sur le Forum, reproduisit Drusilla dans une figure de grandeur égale à celle de la déesse et qui devait recevoir les mêmes hommages ; on lui bâtit une chapelle particulière, et vingt prêtres, hommes et femmes, furent attachés à son culte ; les femmes jurèrent par elle toutes les fois qu’elles attestaient quelque chose avec serment ; une fête semblable à celle des jeux Mégalésiens était célébrée le jour de sa naissance, et sénateurs et chevaliers étaient invités à un banquet. On lui donna alors le nom de Panthée, et elle obtint les honneurs divins dans toutes les villes. Un sénateur, Livius Géminius, jura qu’il l’avait vue monter au ciel et prendre rang parmi les dieux, appelant la malédiction sur lui-même et sur ses enfants, s’il mentait, et invoquant le témoignage des autres dieux et celui de Drusilla elle-même ; il reçut deux cent mille drachmes pour cette attestation. Tels furent les honneurs décernés par Caius à Drusilla ; il voulut aussi que les jeux qui devaient alors avoir lieu ne fussent célébrés ni à l’époque fixée par la loi, si ce n’est pour la forme, ni qu’ils le fussent une autre fois. Tout le monde était pareillement accusé, soit qu’on se fût réjoui, parce qu’on avait montré du contentement, soit qu’on eût par quelque acte témoigné de la peine ; c’était un crime de ne pas la pleurer, car elle était femme, et de la pleurer, parce qu’elle était déesse. Un seul exemple permet d’apprécier tout ce qui se passa alors : un homme fut mis à mort par Caius, pour avoir vendu de l’eau chaude, comme coupable d’impiété.

12[modifier]

Quelques jours écoulés, il épousa Lollia Paulina, dont il força le mari, Memmius Régulus, à la lui fiancer afin de ne pas la prendre, contrairement aux lois, sans qu’elle lui eût été fiancée. Bientôt ensuite il la répudia à son tour. Sur ces entrefaites, il fit don à Soémus du royaume d’Arabie Iturée ; à Cotys, de la Petite-Arménie, et ensuite de quelques parties de l’Arabie ; à Rhymétalcès, des possessions de Cotys ; et à Polémon, fils de Polémon, du royaume de ses pères ; le tout, en apparence, en vertu d’un sénatus-consulte, assis dans le Forum, sur la chaise curule, au milieu des consuls et du haut de son tribunal, protégé par des voiles de soie, selon le rapport de quelques historiens. Quelque temps après, ayant aperçu quantité de boue dans une ruelle, il commanda qu’on la mît dans le manteau de Flavius Vespasien, qui était alors édile et chargé de la propreté des ruelles. Ce fait, dans le moment, passa inaperçu ; mais, plus tard, Vespasien ayant trouvé le trouble et la confusion dans les affaires et y ayant rétabli l’ordre, il sembla que la chose n’était pas arrivée sans la volonté des dieux, et que Caius lui avait publiquement confié le soin de remédier à l’état de la ville.

13[modifier]

Ensuite, pendant un nouveau consulat, il défendit que le flamine de Jupiter jurât dans la curie (alors encore, comme sous Tibère, on jurait individuellement), et lui-même, en entrant en charge, et, ce qui est plus remarquable encore, en en sortant, jura du haut de son tribunal ni plus ni moins que les autres magistrats. Il exerça le consulat pendant trente jours, tout en accordant six mois à L. Apronius, son collègue, et eut pour successeur Maximus Sanquinius, préfet de la ville. Ces jours-là et les suivants, un grand nombre des premiers citoyens moururent condamnés (beaucoup de ceux qui avaient été relâchés furent punis pour les mêmes délits pour lesquels Tibère les avait fait jeter en prison), comme aussi un grand nombre de simples citoyens périrent dans les combats de gladiateurs. Rien n’était à l’abri des massacres ; car, loin d’accorder désormais aucune faveur à la multitude, Caius se plaisait à faire tout le contraire de ce qu’elle voulait. Aussi se montrait-elle, de son côté, empressée à contrarier tous les désirs du prince ; on pouvait entendre et voir ce qu’en pareilles circonstances sont capables de dire et de faire un homme en colère et une foule luttant contre lui. La partie, néanmoins, n’était pas égale entre eux : les uns n’avaient de puissance que leurs paroles ou les gestes qui exprimaient leurs sentiments ; tandis que Caius faisait périr un grand nombre de ses adversaires, arrachant les uns des places d’où ils regardaient le spectacle, faisant saisir les autres à leur retour du théâtre. La principale cause de sa colère, c’était qu’on ne venait pas avec empressement aux spectacles (comme parfois il s’y rendait à une heure autre que celle qui avait été annoncée, et entrait au théâtre tantôt avant le jour, tantôt après midi, le peuple était fatigué de ces tracasseries), et aussi parce qu’on n’applaudissait pas constamment tous ceux qu’il aimait et que quelquefois même on leur préférait ceux qu’il haïssait. De plus, il était vivement irrité de ce que le peuple, dans les acclamations en son honneur, l’avait appelé Jeune Auguste ; il y voyait non une félicitation d’être arrivé jeune à l’empire, mais un reproche de ce qu’à son âge il était investi d’un si grand pouvoir. Il agissait ainsi constamment ; un jour même il dit au peuple en le menaçant tout entier à la fois : « Plût aux dieux que vous n’eussiez qu’une seule tête ! » Alors, comme il s’était livré à ses emportements habituels, la plèbe impatientée négligea le spectacle, se tourna contre les délateurs, et les réclama longtemps à grands cris. Caius, irrité, sans rien répondre à cette demande, s’en alla en Campanie, après avoir confié à d’autres le soin de célébrer les jeux. Étant ensuite revenu pour le jour natal de Drusilla, il amena la statue de la déesse dans le cirque sur un char tiré par des éléphants et donna pendant deux jours un spectacle gratuit au peuple : le premier jour, il y eut, outre les courses de chevaux, cinq cents ours égorgés ; le second, un pareil nombre de bêtes de Libye mises à mort ; il y eut aussi, dans plusieurs endroits à la fois, des combats au pancrace. Le peuple fut convié à un banquet, les sénateurs et leurs femmes reçurent des présents.

14[modifier]

Il commit tous ces meurtres à la fois, comme réduit à la dernière pauvreté, et imagina un autre moyen que voici de se procurer de l’argent. Il vendait à un prix tout à fait exorbitant les gladiateurs qui survivaient aux consuls, aux préteurs et aux autres citoyens, non seulement lorsqu’ils y étaient consentants, mais même en imposant, dans les jeux du cirque, à quelques-uns, qui s’y refusaient absolument, l’obligation de ce marché, surtout à ceux que le sort se trouvait avoir désignés pour cela (deux préteurs, d’après son ordre, tirèrent, comme cela se pratiquait autrefois, à qui donnerait les combats de gladiateurs), se tenant lui-même assis devant la haste, poussant lui-même les enchères. Une foule de personnes arrivant d’autres lieux achetaient ces gladiateurs, attendu surtout que Caius permit à qui voulait d’en avoir un plus grand nombre que ne l’autorisait la loi, et que souvent lui-même il se rendait au milieu d’eux ; en sorte que les uns, par besoin de gladiateurs, les autres dans la pensée d’être agréables au prince, la plupart de ceux qui passaient pour riches dans le désir de dépenser sous ce prétexte une partie de ce qu’ils possédaient, afin de mettre leur vie en sûreté en devenant plus pauvres, achetèrent à grand prix. Malgré cela, il n’en fit pas moins, dans la suite, périr par le poison ceux de ces gladiateurs qui avaient le plus d’habileté et le plus de renommée. Il fit la même chose pour les chevaux et pour les cochers de ses adversaires. Il était, en effet, si grand partisan de la faction qui portait le costume grenouille et que, pour cette raison, on appelait les Verts de la couleur de leur costume, qu’aujourd’hui encore on appelle, du nom de ce prince, Champ de Caius le lieu où cette faction exerçait ses attelages. Il allait même jusqu’à prier à souper un de ses chevaux, nommé Incitatus, à lui servir de l’orge dorée, et à lui donner à boire du vin dans des coupes d’or ; de plus, il jurait par le salut et la fortune de ce cheval, et promettait même de le créer consul, chose qu’il n’aurait pas manqué de faire, s’il avait vécu plus longtemps.

15[modifier]

On avait décrété, afin de se procurer de l’argent, que tous ceux qui survivaient des citoyens ayant eu l’intention de léguer quelque chose à Tibère, le donneraient en mourant à Caius ; c’est lui qui proposa un sénatus-consulte à ce sujet, pour pouvoir paraître ne pas contrevenir aux lois en recevant des héritages et des legs de cette nature, vu qu’il n’avait alors ni femme ni enfants. Pour le moment, il s’appropria purement et simplement, de sa propre autorité et sans aucun décret, tous les legs faits par des centurions, depuis le triomphe de son père, à d’autres qu’à l’empereur. Comme ces moyens étaient encore insuffisants, il imagina une troisième manière de se procurer de l’argent. Un sénateur, Cn. Domitius Corbulon, voyant que, sous Tibère, les routes avaient été mal entretenues, ne cessait d’en poursuivre les curateurs, et s’était même, par ces instances, rendu odieux au sénat. Caius se servit de lui pour chercher querelle à tous ceux qui avaient pris soin des routes et avaient reçu de l’argent pour les réparer, et, vivants ou morts, il leur infligea une amende, à eux et à ceux qui avaient été chargés de cette entreprise sous leurs ordres, comme n’ayant rien dépensé. Corbulon, en raison de cette conduite, obtint alors le consulat, mais, plus tard, sous Claude, il fut mis en accusation et il eut à rendre ses comptes. Claude, en effet, non seulement ne réclama pas les sommes dues, mais, de plus, il restitua, partie aux dépens du trésor public, partie aux dépens de Corbulon lui-même, les sommes payées par ceux qui avaient encouru l’amende. Mais cela n’eut lieu que plus tard ; pour le moment, chacun d’eux, et, pour ainsi dire, tous les autres habitants de Rome furent en quelque sorte dépouillés, et aucun, du moins de ceux qui possédaient quelque fortune, ne fut à l’abri de ces exactions, homme ou femme. Car, s’il laissait la vie à quelques gens d’un âge avancé, Caius, en leur donnant les noms de pères, de mères et d’aïeuls, prélevait, de leur vivant, le revenu de leurs biens, et, après leur mort, s’emparait de leur héritage.

16[modifier]

Jusque-là il avait toujours mal parlé de Tibère en toute circonstance et devant tous ; loin de punir, soit en son nom privé, soit au nom de l’État, les censures dirigées contre lui, il y prenait plaisir au contraire ; mais alors, étant entré dans le sénat, il se répandit en éloges sur ce prince et en accusations contre les blâmes injustes, à son avis, tant du sénat que du peuple. « Moi, dit-il, qui suis empereur, il m’est permis de le faire ; mais vous, non seulement vous commettez une injustice, mais encore une impiété, en montrant de tels sentiments envers celui qui a été autrefois votre chef ». Passant ensuite en revue chacun de ceux qui avaient péri sous son règne, il fit voir, à ce qu’il lui semblait du moins, que les sénateurs avaient causé la perte de la plupart d’entre eux ; les uns par des accusations, les autres par de faux témoignage, tous parce qu’ils avaient rendu les décrets de condamnation. Ces reproches, puisés dans ces mêmes écrits qu’il avait autrefois, disait-il, brûlés, furent lus par ses affranchis ; puis il ajouta : « Si donc Tibère a commis quelque injustice, vous ne deviez, ni, de son vivant, le combler d’honneurs, ni, par Jupiter ! changer d’avis sur des choses souvent dites et décrétées par vous. C’est vous qui avez tenu envers lui une conduite insensée, et qui avez tué Séjan en le corrompant par l’orgueil dont vous l’avez enflé ; ce qui ne me laisse rien de bon à espérer de vous ». À la suite de ces paroles, il introduisit Tibère, qui lui disait : « Tout ce que tu as dit est juste et vrai ; ainsi donc, point d’amitié, point de compassion pour aucun d’eux. Tous te haïssent, tous souhaitent ta mort ; ils te tueront, s’ils le peuvent. Ne songe pas non plus à rien faire pour leur être agréable, et ne t’inquiète pas de leurs propos ; regarde ton plaisir et ta sûreté comme la suprême justice. De la sorte, tu n’éprouveras aucun mal et tu jouiras de tous les plaisirs ; en outre, tu seras honoré d’eux, qu’ils le veuillent ou qu’ils ne le veuillent pas. Si tu agis autrement, il ne t’en reviendra rien en réalité ; tu recueilleras, en apparence, une vaine gloire qui ne te procurera aucun avantage, et tu périras ignominieusement victime de leurs complots. Aucun homme, en effet, ne se laisse volontairement commander : tant qu’il craint, il révère celui qui est plus fort que lui ; croit-il que son chef est le plus faible, il se venge de lui ». Caius, après avoir, par ce discours, ramené la coutume des accusations de lèse-majesté, le fit aussitôt graver sur une plaque de bronze, et sortit précipitamment de la curie ; puis, le même jour, il se retira dans la région suburbaine. Quant au sénat et au peuple, ils furent dans une grande crainte, se souvenant des injures qu’ils avaient, en bien des circonstances, proférées contre Tibère, et songeant quelles paroles ils venaient d’entendre dans la bouche du prince et quels discours ils entendaient auparavant. Sur le moment, la surprise et le découragement les empêchèrent de rien dire et de rien répondre ; mais, s’étant de nouveau rassemblés le lendemain, ils se répandirent en éloges sur la franchise et la piété de l’empereur et lui rendirent d’humbles actions de grâce pour ne pas leur avoir ôté la vie : on décréta que, chaque année, à pareil jour que celui où cette harangue leur avait été lue, et au jour des fêtes sur le Palatin, des sacrifices seraient offerts à sa clémence, tandis que sa statue en or serait menée au Capitole au milieu d’hymnes chantés par les enfants des plus hautes familles. On lui accorda aussi le petit triomphe, comme s’il eût vaincu des ennemis. Voilà les honneurs qui lui furent pour lors décernés ; dans la suite, à toute occasion, pour ainsi dire, on y ajouta de toutes les façons.

17[modifier]

Mais Caius dédaigna cette pompe : il ne voyait rien de grand à faire marcher un cheval sur la terre ferme ; il désira, pour ainsi dire, traverser la mer à cheval, en jetant un pont entre Putéoles et Baules. Cet endroit, en effet, est en face de la ville de Putéoles, dont il est distant de vingt-six stades. Pour former le pont, des bateaux furent, les uns réunis, les autres construits exprès ; car ceux qu’on put rassembler en si peu de temps ne suffirent pas, bien qu’on eût mis en réquisition tous ceux qu’il fut possible de se procurer ; ce qui causa une grande famine dans l’Italie et surtout à Rome. On ne se contenta pas de joindre les deux rives pour livrer un passage, mais on ménagea des lieux de repos et de séjour où coulait de l’eau potable. Ces préparatifs achevés, Caius revêtit la cuirasse d’Alexandre, à ce qu’il prétendait, et par-dessus une chlamyde de soie couleur pourpre, ornée de nombreuses pierreries de l’Inde, ceignit une épée, se couvrit d’un bouclier et se couronna de chêne ; puis, après un sacrifice à Neptune et à quelques autres dieux, et à l’Envie, de peur qu’il ne s’élevât, disait-il, contre lui quelque influence jalouse, il entra sur le pont du côté de Baules, menant avec lui une multitude de soldats, tant à cheval qu’à pied, et fondit sur la ville comme s’il eût fondu sur des ennemis. Après s’y être reposé le lendemain, comme à la suite d’une bataille, il revint par le même pont, sur un char, vêtu d’une tunique tissue d’or ; il était traîné par les chevaux qui, dans les jeux, remportaient le plus souvent la victoire. Entre autres simulacres de dépouilles, il était suivi par Darius l’Arsacide, un des otages que les Parthes avaient alors donnés à Rome. Ses amis et ses familiers l’accompagnaient sur des chars, en vêtements palmés, ainsi que l’armée et le reste de la foule, parés chacun d’une façon particulière. Il fallait bien, à la suite d’une pareille expédition et d’une telle victoire, haranguer son armée : il monta donc sur une tribune construite, elle aussi, sur les bateaux, au milieu du pont, releva d’abord par des paroles magnifiques la grandeur de ses entreprises ; puis donna à ses soldats des louanges pour les fatigues qu’ils avaient supportées et pour les dangers qu’ils avaient courus, leur disant, entre autres choses, qu’ils avaient la gloire d’avoir marché sur la mer. Ensuite il leur donna de l’argent en récompense de ces exploits ; après quoi, il demeura lui-même sur le pont, comme il l’aurait fait dans une île, avec son armée sur d’autres vaisseaux tout autour, où le reste du jour et la nuit entière se passèrent en festins, éclairés par une lumière éclatante qui sortait et du pont même et des montagnes. Ce lieu ayant la forme d’un croissant, le feu se voyait de tous côtés, comme sur un théâtre, en sorte qu’on ne s’apercevait nullement de l’obscurité ; car il voulut faire de la nuit le jour, comme de la mer la terre. Gorgé de nourriture et plein de vin, il précipita de dessus le pont quantité de ses amis dans la mer, fit tomber dans les flots quantité de soldats en marchant sur eux avec des vaisseaux armés d’éperons, en sorte qu’il y en eut quelques-uns qui périrent, car le plus grand nombre, quoiqu’ils fussent ivres, parvinrent à se sauver. La raison en est que la mer demeura unie et calme, non seulement durant l’établissement du pont, mais aussi durant les autres opérations. Caius ne manqua pas d’en tirer vanité, disant que Neptune avait eu peur de lui ; il n’épargna pas non plus les railleries contre Darius et contre Xerxès, et cela pour avoir jeté un pont sur une étendue de mer bien plus grande qu’ils ne l’avaient fait.

18[modifier]

Voilà quelle fut la fin de ce pont, qui causa aussi la mort de beaucoup de monde. Car, après s’être épuisé pour le construire, Caius médita la perte d’un bien plus grand nombre de citoyens, dont il convoitait les richesses. Il connaissait les causes et en son particulier et avec le sénat entier. Le sénat aussi en jugeait seul quelques-unes, sans pourtant juger souverainement ; il y avait même souvent appel de sa juridiction. Les sentences du sénat étaient publiées d’une façon différente, mais les noms de ceux que Caius avait condamnés étaient affichés, comme s’il eût craint qu’ils restassent inconnus. Les uns étaient mis à mort dans la prison, les autres étaient précipités du Capitole, d’autres prévenaient le supplice en se tuant eux-mêmes. Il n’y avait, en effet, pas de sûreté, même pour ceux qui étaient bannis ; beaucoup périssaient soit en chemin, soit dans l’exil. Il n’est nul besoin de fatiguer inutilement les lecteurs de détails minutieux sur les autres victimes : mais Calvisius Sabinus, l’un des premiers sénateurs, qui arrivait alors de la Pannonie dont il avait été gouverneur, et sa femme Cornélia, ayant été accusés (on reprochait à Cornélia d’avoir visité les postes et d’avoir assisté aux exercices militaires), n’attendirent pas leur sentence et la prévinrent en se donnant la mort. Titius Rufus fit la même chose, pour avoir, prétendait-on, dit que le sénat avait des sentiments autres que ceux qu’il manifestait. Un certain Junius Priscus, préteur, fut accusé sous quelques autres prétextes et mis à mort parce qu’on le croyait riche. Caius, apprenant que Priscus ne possédait rien qui valût le faire mourir, laissa échapper, à son sujet, une parole surprenante : « Il m’a trompé, dit-il, il est mort inutilement, car il pouvait vivre ».

19[modifier]

Parmi ceux qui furent alors mis en accusation, Domitius Afer se tira d’un danger imprévu par un bonheur encore plus étrange. Caius était irrité contre lui, entre autres motifs, parce que, sous Tibère, il avait traduit en justice une parente de sa mère Agrippine, à propos de quoi celle-ci, l’ayant un jour rencontré et ayant appris qu’il s’était dérangé de sa route par honte, le fit appeler et lui dit : « Rassure-toi, Domitius, ce n’est pas toi qui es coupable à mes yeux, c’est Agamemnon ». Mais, dans la circonstance présente, Domitius ayant élevé au prince une statue, avec une inscription où il était marqué que Caius, à l’âge de vingt-sept ans, était dans son second consulat, celui-ci s’en irrita, comme si on lui eût fait un reproche de sa jeunesse et de sa contravention aux lois ; sur l’heure même, à raison de ce fait pour lequel l’auteur s’attendait à recevoir une récompense, il traduisit Domitius devant le sénat et lut un long discours contre lui ; car, entre autres prétentions, Caius avait celle de l’emporter sur tous les orateurs, et il s’efforça de surpasser aussi Domitius qu’il savait être fort éloquent. Il n’aurait pas manqué de le faire exécuter à mort, pour peu qu’il eût cherché à rivauser avec lui. Mais, loin de rien répondre, loin de se justifier, Domitius, feignant d’admirer l’éloquence du prince et d’en être frappé, et reprenant un à un tous les chefs d’accusation, comme s’il eût été auditeur et non accusé, se mit à donner des éloges à Caius. Ensuite, quand la parole lui fut donnée, il eut recours aux supplications et aux gémissements ; enfin, il tomba à terre, et, couché sur le sol, implora Caius en homme qui craint l’orateur plus que le prince. Celui-ci, en voyant ce spectacle et en entendant ces paroles, fut transporté de joie, persuadé qu’il avait vaincu Domitius par la magnificence de son discours ; et, tant pour cette considération qu’en faveur de Calliste, son affranchi, qu’il considérait et à qui Domitius aussi rendait de grands respects, il oublia sa colère. Dans la suite, Calliste lui ayant reproché d’avoir pu mettre Domitius en accusation, il lui répondit : « Il était de mon devoir de ne pas priver le public d’un pareil discours ». Domitius donc fut sauvé pour s’être laissé convaincre de manquer d’éloquence ; mais L. Annius Sénèque, qui surpassait en sagesse tous ses contemporains à Rome et bien d’autres hors de Rome, faillit périr, non qu’il eût commis ou qu’il semblât avoir commis aucune faute, mais parce que, dans le sénat, en présence de l’empereur, il avait bien plaidé. Caius toutefois révoqua l’ordre déjà donné de le mettre à mort, persuadé par une des femmes avec qui il avait commerce que Sénèque était atteint de consomption et ne tarderait pas à succomber.

20[modifier]

Pour revenir à Domitius, Caius le nomma consul sur-le-champ, après avoir déposé les consuls alors en charge, parce qu’ils n’avaient pas annoncé de supplications à l’occasion de son jour natal, bien que les préteurs eussent donné, en son honneur, les jeux du cirque et des chasses, ce qui se pratiquait tous les ans, et parce que, en mémoire des victoires remportées par Auguste sur Antoine, ils avaient célébré la fête accoutumée. Afin d’accuser les consuls, Caius voulut se faire passer comme le descendant d’Antoine, plutôt que comme celui d’Auguste ; il dit même à ses confidents habituels que les consuls seraient coupables de toutes les façons, quelle que fût leur conduite, soit qu’ils immolassent des victimes en souvenir de la défaite d’Antoine, soit qu’ils s’abstinssent d’offrir des sacrifices en souvenir de la victoire d’Auguste. Ce fut le motif pour lequel il les destitua le même jour, après avoir auparavant brisé leurs faisceaux ; destitution qui produisit une impression si vive sur l’un des deux consuls qu’il se donna la mort. Quant à Domitius, il fut nommé collègue du prince, en apparence par le peuple, en réalité par le prince lui-même. Caius, en effet, avait rendu au peuple ses comices ; mais, comme ils se montraient (attendu que depuis longtemps ils avaient perdu l’habitude de la liberté) indifférents pour ce qui touchait à leurs intérêts, et surtout comme il ne se présentait pour les charges que le nombre de candidats à élire, ou que si, parfois, leur nombre était plus grand, ils traitaient les uns avec les autres, l’apparence de gouvernement républicain était sauvée, sans que pour cela il y en eût aucune réalité. Aussi Caius lui-même les supprima-t-il de nouveau. À partir de ce moment, tout le reste fut réglé comme sous Tibère : il y eut tantôt quinze préteurs élus ; d’autres fois il y en eut un de plus ou un de moins, selon le nombre des candidats. Telle fut la conduite de Caius en ce qui concerne les comices ; il se montrait en somme si méfiant et si soupçonneux sur toute chose, qu’il exila l’orateur Sécundus Carinas, pour avoir déclamé, en manière d’exercice, un discours contre les tyrans. Le gouverneur de l’Afrique se trouvant être Pison, fils de Plancine et de Cn. Pison, Caius craignit que Pison, poussé par la noblesse de ses sentiments, ne tentât quelque mouvement, surtout quand il allait avoir à sa disposition des forces nombreuses, composées à la fois de citoyens et d’étrangers, il divisa en deux la province, afin de donner à un autre chef les soldats et les Numides qui en font partie, et cette division a été maintenue jusqu’à présent.

21[modifier]

Caius (déjà, pour ainsi dire, tout l’argent qu’il avait pu se procurer, tant à Rome que dans le reste de l’Italie, n’importe d’où ni comment, était épuisé ; il n’avait plus aucun moyen suffisant, ni même aucun moyen possible d’en avoir là, et ses dépenses lui causaient une gêne excessive), Caius, dis-je, marcha contre la Gaule, sous prétexte que les Germains, ces ennemis de Rome, commençaient à remuer, mais, en réalité, dans le dessein de piller aussi l’argent de la Gaule et de l’Espagne, qui étaient florissantes. Néanmoins il n’annonça pas ouvertement son départ : il s’en alla dans un faubourg, d’où il partit tout à coup, emmenant avec lui un grand nombre d’histrions et de gladiateurs, des chevaux, des femmes, tout un attirail complet de mollesse et de luxe. Arrivé en Gaule, il ne fit de mal à aucun ennemi (car, immédiatement après s’être avancé un peu au-delà du Rhin, il retourna sur ses pas ; puis, étant parti comme pour marcher contre la Bretagne, il revint des bords mêmes de l’Océan, et fit éclater son irritation contre ceux de ses lieutenants qui avaient obtenu quelques succès), et traita, dans la plupart des circonstances, les peuples soumis, les alliés et les citoyens avec une grande cruauté. Ici, ce sont les propriétaires qu’il rançonne sous tous les prétextes ; là, ce sont des présents magnifiques que lui apportent, soi-disant de leur plein gré, les particuliers et les villes. Des hommes sont livrés à la mort, accusés les uns de révolte, les autres de conspiration contre lui. Le crime commun de tous, c’était d’être riches. En vendant lui-même les biens de ses victimes, il en retirait bien plus d’argent ; car tout le monde était, par la raison que j’ai donnée, forcé de toute façon d’acheter ces objets un prix beaucoup plus élevé que leur valeur. C’est ainsi qu’il alla chercher, pour les mettre à l’encan, les joyaux les plus beaux et les plus précieux de l’empire, vendant avec les objets la gloire de ceux qui en avaient autrefois fait usage. Il accompagnait chacun d’eux de ces paroles : « Ceci appartenait à mon père, ceci à ma mère, cela à mon aïeul, cela à mon bisaïeul ; ceci vient d’Égypte et appartenait à Antoine, c’est un fruit de la victoire d’Auguste ». En même temps il indiquait par suite de quelle nécessité la vente avait lieu, en sorte que personne n’osait paraître riche, et, avec l’objet, il livrait sa propre dignité.

22[modifier]

À tout cela, il ne gagnait rien et continuait ses dépenses habituelles (il donna des spectacles à Lyon), et entre autres celles qui regardaient les légions ; car il rassembla jusqu’à deux cent mille soldats, suivant quelques historiens, et deux cent cinquante mille, suivant d’autres. Il fut sept fois, autant de fois qu’il le voulut, proclamé imperator par eux, sans avoir remporté la victoire dans aucun combat et sans avoir tué un ennemi. Il fit, il est vrai, enchaîner un petit nombre d’ennemis dont il s’était emparé par ruse, mais il perdit une grande partie de ses soldats, tuant les uns homme par homme et massacrant les autres en masse. Ayant un jour vu un groupe soit de captifs, soit d’autres gens, il donna l’ordre d’égorger tout, depuis le chauve jusqu’au chauve, comme dit le proverbe. Une autre fois qu’il jouait aux dés, informé qu’il manquerait d’argent, il demanda l’état de la Gaule, et, après avoir commandé de mettre à mort les plus riches habitants, il revint trouver ses compagnons de jeu : « Vous, leur dit-il, vous vous disputez quelques drachmes ; moi, je viens d’en ramasser à peu près soixante millions ». Il fit donc mourir ces hommes, sans qu’ils lui en eussent donné aucun sujet, et l’un d’entre eux, par exemple, Julius Sacerdos, citoyen d’une grande fortune, mais dont les richesses n’étaient pas tellement considérables qu’on dût attenter à sa vie, périt néanmoins à cause de son nom. C’est ainsi que tout se faisait sans forme de justice. Quant à la plupart des autres, je n’ai nul besoin de citer leurs noms ; je ne parlerai que de ceux dont l’histoire réclame une mention. Ici, c’est Lentulus Gétulicus, illustre, entre autres titres, pour avoir dix ans gouverné la Germanie, que l’empereur fait tuer, parce qu’il s’est concilié la bienveillance des soldats ; là, c’est le fameux Lépidus, son amant et son mignon, mari de Drusilla, qui avait eu, conjointement avec lui, commerce avec ses autres sœurs et avec Agrippine et Livilla ; Lépidus, à qui il avait permis de demander les charges dix ans avant l’âge légal, Lépidus son successeur désigné à l’empire, qu’il fait mettre à mort. À l’occasion de ce meurtre, il distribue de l’argent aux soldats, comme s’il eût vaincu des ennemis, et envoie à Rome trois poignards à Mars Vengeur. Ses sœurs, pour avoir eu commerce avec Lépidus, furent reléguées dans des îles du Pont, à la suite d’une lettre au sénat dans laquelle il les accusait d’impiété et de libertinage. Il remit à Agrippine les os de Lépidus dans une aiguière, avec ordre de la porter à Rome en la tenant, toute la route, sur son sein. De plus, comme on avait auparavant, évidemment à cause de lui, rendu beaucoup de décrets honorifiques pour ses sœurs, il défendit d’accorder aucune distinction à aucun de ses parents.

23[modifier]

Voilà ce qu’il écrivit alors au sénat, comme s’il venait d’échapper à une grande conspiration ; il feignait d’ailleurs, dans d’autres circonstances, d’être en butte à des dangers et de vivre au milieu des angoisses. À cette nouvelle, les sénateurs lui décernèrent le petit triomphe et lui envoyèrent à ce sujet, avec d’autres députés tirés au sort, Claude, qu’ils avaient désigné par leurs suffrages : Caius s’en irrita, au point qu’il défendit de nouveau de rien accorder à ses parents, soit un éloge, soit un honneur, quel qu’il fût, se figurant qu’on ne l’honorait pas en proportion de son mérite. Il considérait comme rien tout ce qu’on lui donnait ; il se fâchait quand on lui décernait de faibles distinctions, prétendant que c’était faire peu de cas de lui ; il se fâchait également quand ces distinctions étaient importantes, disant qu’on lui enlevait la faculté d’obtenir les autres. Il ne voulait pas que l’on crût permis au sénat de prendre, comme une autorité supérieure, aucune mesure tendant à honorer le prince, ou qu’il fût au pouvoir de ce corps de lui accorder quelque distinction comme à un inférieur ; ce fut même souvent le motif qui poussa Caius à critiquer plusieurs des résolutions du sénat, comme tendantes non à augmenter l’éclat de sa gloire, mais à diminuer sa puissance. Malgré cette manière de voir, il ne laissait pas de s’irriter lorsque cette compagnie semblait avoir porté quelque décret peu en rapport avec son mérite ; tellement il était insensé et tellement on avait peine à le satisfaire. Prenant donc ces députés pour des espions, il ne les reçut pas tous, mais seulement quelques-uns d’entre eux, qu’il choisit, et renvoya les autres avant d’entrer en Gaule ; ceux même qu’il admit furent traités sans distinction d’aucune espèce ; il eût même fait mourir Claude, n’eût été son mépris pour la grande stupidité qui, chez celui-ci, était en partie naturelle, en partie l’effet d’un calcul. Une seconde députation, plus nombreuse que la précédente (un de ses griefs contre la première avait été son petit nombre), étant venue lui annoncer que beaucoup de distinctions lui avaient été décernées, il la reçut avec plaisir et alla au-devant d’elle, ce qui lui valut de nouveaux honneurs. Mais cela eut lieu plus tard. Pour le moment, il répudia Paulina, sous prétexte qu’elle était stérile, mais, en réalité, parce qu’il était las d’elle, afin d’épouser Milonia Césonia, avec qui il avait eu d’abord un commerce adultère et dont il voulut alors faire son épouse, afin que, attendu qu’elle était grosse, elle lui donnât un enfant au bout de trente jours. Les habitants de Rome étaient tourmentés de tout cela ; ils l’étaient en outre par les procès qui leur étaient intentés à l’occasion de leurs rapports tant avec les sœurs de Caius qu’avec ceux qu’il avait fait mourir ; procès si nombreux que des édiles et des préteurs avaient été forcés d’abdiquer leur charge, pour se soumettre à un jugement. Dans le même temps, la chaleur vint se joindre à ces maux : son intensité fut si excessive qu’on alla jusqu’à couvrir le Forum de voiles. Parmi les exilés de cette époque fut Tigellinus Sophonius, banni comme ayant été l’amant d’Agrippine.

24[modifier]

Mais ces misères étaient moins pénibles pour les Romains que l’attente d’un accroissement de cruauté et d’intempérance de la part de Caius, surtout parce qu’on apprit qu’il était intimement lié avec les rois Agrippa et Antiochus, comme avec des professeurs de tyrannie. Aussi, sous son troisième consulat, personne, ni tribun ni préteur, n’osa convoquer le sénat ; Caius n’avait pas de collègue, non qu’il se fût arrangé pour cela, comme quelques-uns le croient, mais parce que, celui qui avait été désigné étant mort, il n’avait pas été possible d’en nommer en si peu de temps un autre à sa place en l’absence de Caius. Les préteurs, à qui appartient ce soin en l’absence des consuls, auraient dû s’occuper de tout cela ; mais la crainte de paraître usurper les attributions de l’empereur les empêcha de remplir aucune de leurs fonctions. et les sénateurs en foule, étant montés au Capitole, y offrirent des sacrifices, vénérèrent le siège de Caius, et, de plus, déposèrent dans le temple, suivant l’usage en vigueur du temps d’Auguste, de l’argent, comme s’ils l’eussent remis au prince lui-même. Cette cérémonie eut pareillement lieu l’année suivante. Pour la présente année, les sénateurs se réunirent après cela dans la curie, sans avoir été convoqués par qui que ce fût ; ils n’y firent rien et passèrent tout le jour en éloges de l’empereur et en vœux pour sa personne ; car, comme ils ne l’aimaient pas et qu’ils ne désiraient pas sa conservation, ils consacraient plus de temps à témoigner leur amour et leurs vœux dans l’intention de dissimuler leur pensée intime. Le troisième jour, qui était consacré aux prières, on se réunit en vertu d’une convocation faite par tous les préteurs en commun, mais sans prendre aucune résolution ni alors, ni plus tard, jusqu’à ce que, le douzième jour, on annonça que Caius avait abdiqué le consulat. Pour lors, les consuls désignés pour lui succéder, étant entrés en charge, en accomplirent les fonctions : on décréta, entre autres choses, que le jour natal de Tibère et celui de Drusilla seraient célébrés comme celui d’Auguste. La société de l’orchestre célébra des jeux et donna un spectacle pour la dédicace d’une statue de Caius et de Drusilla, élevée en leur honneur. Tout cela se faisait en vertu d’une lettre de Caius ; car, toutes les fois qu’il voulait faire décréter une mesure, il en écrivait quelques mots au sénat en corps, la plus grande partie aux consuls ; parfois même il donnait ordre de lire sa lettre dans la curie. Voilà ce que fit la société de l’orchestre.

25[modifier]

Sur ces entrefaites, Caius, ayant mandé Ptolémée, fils de Juba, et appris qu’il était riche, le fit mourir, puis, assemblant le peuple, il lui jeta d’un lieu élevé quantité d’argent et d’or, dont le pillage causa la mort de plusieurs personnes ; car, au rapport de quelques historiens, on y avait mêlé de petits morceaux de fer. Ensuite, ayant livré au supplice Bétellinus Cassius, il força Capiton, son père, qui n’était ni coupable ni accusé, d’assister à l’exécution. Celui-ci ayant demandé s’il lui était au moins permis de fermer les yeux, Caius ordonna de le mettre également à mort.

26[modifier]

Le ministre de toutes les cruautés de Caius était un certain Protogène, qui portait sans cesse partout avec lui deux livrets, dont l’un avait nom Épée et l’autre Poignard. Ce Protogène entra un jour dans l’assemblée du sénat, comme pour un tout autre motif, et tous les sénateurs, ainsi que cela était naturel, lui adressant la parole et lui prenant la main, il attacha sur Scribonius Proculus un regard perçant : « Toi aussi, dit-il, tu me salues, toi qui hais tant l’empereur ? » À ces mots, les sénateurs présents entourèrent leur collègue et le mirent en pièces. [lacunes] [Les sénateurs décrétèrent des jeux en l’honneur de Caius, une haute tribune dans la salle même des délibérations, afin que personne ne pût atteindre jusqu’à lui, et des soldats pour veiller, même au milieu d’eux, à sa sûreté ; ils adoptèrent aussi une résolution en vertu de laquelle ses statues devaient avoir des gardes. Transporté de joie par cette conduite du sénat, Caius renonça à sa colère, et, avec toute l’étourderie d’un jeune homme, lui adressa quelques bonnes paroles. Pomponius, accusé de conspiration contre lui, fut absous, parce qu’il avait été trahi par un ami ; quant à la maîtresse de Pomponius, n’ayant, malgré la torture, rien avoué, non seulement il ne lui fit aucun mal, mais encore il la récompensa par de l’argent. Les éloges que lui valurent ces actes de clémence, éloges inspirés, les uns par la crainte, les autres par la vérité, et] les noms de héros et de dieu qui lui furent donnés troublèrent fortement sa raison. Déjà, en effet, auparavant, il souhaitait qu’on le prît pour quelque chose de plus relevé qu’un homme, et il prétendait avoir commerce avec la Lune et être couronné par la Victoire ; il feignait aussi d’être Jupiter, et se vantait, par suite de cela, d’avoir habitude avec un grand nombre de femmes et principalement avec ses sœurs. D’autres fois il était Neptune, parce qu’il avait jeté un pont sur une grande étendue de mer ; il personnifiait aussi Hercule, Bacchus, Apollon et les autres divinités, non seulement les dieux, mais aussi les déesses. Souvent encore il devenait Junon, Diane, Vénus. En effet, suivant le nom de divinité qu’il prenait, il prenait aussi tout l’extérieur approprié au personnage [afin de paraître lui ressembler]. Un jour, on le voyait dans un équipage efféminé, une coupe et un thyrse à la main ; un autre jour, il avait un air mâle, et portait une massue et une peau de lion [ou bien un casque et un bouclier]. Parfois le menton lisse, il se montrait ensuite avec de la barbe ; parfois il tenait un trident, d’autres fois il lançait la foudre. Il ressemblait à la vierge [chasseresse ou bien à la vierge] guerrière, et, un instant après, il se transformait en femme. Voilà jusqu’où il poussait le soin de varier la manière dont sa robe tombait, ses cheveux postiches et ses coiffures ; il voulait paraître tout autre chose qu’un homme [et un empereur]... Un Gaulois l’ayant vu un jour rendre d’une haute tribune des oracles, sous la figure de Jupiter, se prit à rire. Caius le fit appeler et lui demanda : « Que penses-tu de moi ? » Celui-ci lui répondit (je rapporterai ses paroles mêmes) : « Que tu es un grand extravagant ». Le Gaulois n’eut aucune punition, car ce n’était qu’un cordonnier ; tant il est vrai que de pareils caractères supportent plus aisément la liberté de langage chez des gens du commun que chez des gens constitués en dignité. Tels étaient les accoutrements qu’il prenait, lorsqu’il voulait se faire passer pour dieu, et alors on lui adressait des supplications, des prières et des sacrifices appropriés ; dans les autres circonstances, il se rendait en public vêtu de soie, et, la plupart du temps, dans l’appareil d’un triomphateur.

27[modifier]

Il embrassait peu de monde et ne présentait à la vénération des sénateurs que la main ou le pied ; aussi ceux qu’il embrassait lui rendaient des actions de grâce en plein sénat, bien que, chaque jour, il embrassât les danseurs aux yeux de tous. [Quoi qu’il en soit, ces honneurs, qui lui étaient rendus comme à un dieu, l’étaient non seulement par la multitude et par des gens habitués à flatter sans cesse, mais] aussi par les citoyens jouissant de la considération générale. Ainsi, L. Vitellius, qui ne manquait ni de noblesse ni d’esprit, Vitellius qui s’était illustré dans le gouvernement de la Syrie (entre autres actes brillants de son administration, ayant trouvé Artabanus qui, voyant qu’on avait laissé impunie son attaque contre la Médie, menaçait aussi la Syrie, il le frappa d’épouvante en se portant tout à coup à sa rencontre comme il était déjà sur le bord de l’Euphrate, l’amena à des pourparlers et le força de sacrifier aux images d’Auguste et de Caius, après lui avoir accordé des conditions de paix avantageuses aux Romains et avoir reçu ses enfants en otages) ; ce Vitellius, dis-je, fut mandé par Caius, qui avait l’intention de le faire mourir (les Parthes ayant chassé leur roi, on l’en rendit responsable, attendu qu’on le haïssait par jalousie et qu’on le persécutait par crainte, [car, pour Caius, les hommes supérieurs lui étaient à charge, et leurs succès lui faisaient craindre des embûches] ) ; Vitellius, cependant, échappa au danger en se contrefaisant pour paraître moins grand que sa gloire, en tombant aux pieds du prince, en pleurant à chaudes larmes, en lui prodiguant les honneurs divins, en l’adorant, et enfin en promettant, s’il obtenait la vie, d’immoler des victimes à l’empereur. Par ces artifices, il adoucit l’empereur et se le rendit favorable au point, non seulement d’échapper au danger, mais même de prendre rang parmi ses plus intimes amis. Un jour que Caius, qui prétendait avoir commerce avec la Lune, lui demanda s’il voyait la déesse lorsqu’elle couchait avec lui, Vitellius baissa les yeux tout tremblant, comme s’il eût été ébahi, puis, un instant après : « Ce n’est qu’à vous autres dieux, ô maître, qu’il est permis de se voir les uns les autres ». À partir de ce moment, Vitellius en vint à surpasser par ses flatteries les autres courtisans.

28[modifier]

[Caius se fit élever à Milet, dans la province d’Asie, un temple avec enceinte sacrée. La raison qu’il donna du choix de cette ville fut que Diane avait déjà pris Éphèse, Auguste Pergame, et Tibère Smyrne ; mais le vrai motif, c’est qu’il désirait s’approprier un temple vaste et magnifique que les Milésiens construisaient en l’honneur d’Apollon. Pour le moment, il alla jusqu’à construire, dans Rome même, des temples en son honneur, un en vertu d’un décret du sénat, un autre sur le Palatin, en vertu de sa propre autorité.] Il se bâtit, en effet, un pied-à-terre dans le Capitole, pour habiter, disait-il, avec Jupiter ; mais, dédaignant d’avoir le second rang dans cette demeure et reprochant au dieu de s’être à l’avance emparé du Capitole, il se fit construire en hâte un autre temple sur le Palatin, et voulut transformer la statue de Jupiter Olympien en sa propre image. Mais, n’ayant pu y réussir, le vaisseau qui avait été construit pour effectuer ce transport fut consumé par la foudre, et des éclats de rire se firent entendre chaque fois qu’on s’approcha pour toucher à la statue, il s’emporta en menaces contre Jupiter, et s’érigea une autre statue. Une tranchée, qu’il pratiqua au travers du temple de Castor et Pollux, dans le Forum Romain, lui ouvrit, au milieu des deux statues, un passage pour aller au Palatin, afin que, comme il le disait, les Dioscures fussent ses portiers. Le titre, qu’il prit, de Flamine Dial lui donna lieu de s’adjoindre, comme prêtres, Césonia, sa femme, Claude et d’autres citoyens riches, de chacun desquels il reçut deux cents cinquante drachmes sous ce prétexte. Il s’offrit à lui-même des sacrifices, et prit son cheval pour collègue de son sacerdoce. Chaque jour, des oiseaux rares et d’un grand prix lui étaient immolés. Il répondait au bruit du tonnerre par un tonnerre mécanique, et aux éclairs par des éclairs ; quand la foudre était tombée, il lançait une pierre contre le ciel, en répétant à chaque fois ce mot d’Homère : « Enlève-moi ou je t’enlèverai ». [Césonia lui ayant donné une fille au bout de trente jours de mariage, il revendiqua l’enfant comme née par une faveur divine, se vantant d’être, en si peu de jours, devenu époux et père ; il porta au Capitole cette fille, à qui il donna le nom de Drusilla, la déposa sur les genoux de Jupiter, comme si ce dieu en eût été le père avec lui et remit à Minerve le soin de la nourrir.] Or ce dieu, ce Jupiter ([c’étaient les noms qu’il se fit donner en dernier lieu, si bien qu’il est ainsi désigné dans plusieurs décrets), malgré de tels actes, n’en cherchait pas moins à se procurer de l’argent par des moyens honteux et avec la plus affreuse avidité]. Pour ne parler, en effet, [ni des denrées, ni des auberges, ni des procès, ni des jugements, ni des artisans, ni des esclaves rapportant un salaire à leurs maîtres], ni des autres choses du même genre, dont [aucune ne] fut exempte d’impôt ; ces logements ouverts dans le palais même, où il établissait, pour les prostituer, les femmes des premiers citoyens et les enfants des plus illustres familles, bénéficiant sur tous à raison de ce commerce auquel les uns se livraient de leur plein gré, les autres malgré eux, de peur d’être considérés comme rebelles à ses ordres, comment les passer sous silence ? [Néanmoins ces désordres n’affligeaient pas trop les plébéiens, qui se réjouissaient, au contraire, des débauches du prince et en même temps de ce qu’]il se roulait sans cesse lui-même sur des monceaux d’or et d’argent ramassé par de telles voies. [Malgré cela, une loi dure au sujet des impôts, écrite sur une plaque blanche en caractères très fins et suspendue très haut, afin qu’il ne fût pas possible de la lire et que, par ignorance de ce qui était défendu et de ce qui était prescrit, un grand nombre encourussent les peines portées, souleva le peuple, qui accourut aussitôt en hâte dans le cirque et fit entendre des cris menaçants.

29[modifier]

Tandis donc qu’il s’abandonnait à toute sorte de folies, Cassius Chéréas et Cornélius Sabinus, bien que tribuns des cohortes prétoriennes, conspirèrent contre lui. Plusieurs prirent part à la conjuration et eurent connaissance de ce qui se passait ; de ce nombre étaient Calliste et le préfet du prétoire, mais ce furent Chéréas et Sabinus qui agirent. Chéréas était un homme de mœurs antiques, il avait un sujet particulier d’être irrité contre Caius ; Caius, en effet, l’appelait efféminé, bien qu’il fût, au contraire, le plus courageux des hommes, et il lui donnait pour mot d’ordre lorsque c’était son tour de venir le prendre, ou Cupidon, ou Vénus, ou quelque autre nom semblable. Un présage avait, peu de temps auparavant, averti Caius de se garder de Cassius. Ses soupçons s’étant portés sur C. Cassius, alors gouverneur de l’Asie, attendu qu’il descendait du fameux Cassius, qui avait assassiné César, il se le fit amener chargé de chaînes ; mais le Cassius dont parlaient les dieux, c’était Chéréas. Un Égyptien, un certain Apollonius, prédit l’événement dans son pays ; envoyé à Rome à raison de cette prédiction, il fut amené à l’empereur le jour qui devait être celui de sa mort, mais son affaire ayant été ajournée comme celle d’un homme qui sera sous quelques jours livré au supplice, il conserva la vie. Voici comment la chose s’exécuta. Caius célébrait une fête sur le Palatin et donnait un spectacle ; pendant ce temps, il mangeait et buvait lui-même et traitait les autres ; Pomponius Sécundus, alors consul, portait les mets à sa bouche, assis aux pieds du prince, et se baissant à chaque instant pour les embrasser. Lorsqu’ensuite Caius voulut danser et jouer la tragédie, Chéréas et les conjurés n’attendirent plus ; mais, observant le moment où Caius sortait du théâtre pour regarder des enfants des plus nobles familles de la Grèce et de l’Ionie, qu’il avait fait venir pour chanter un hymne composé en son honneur, ils le tuèrent dans un passage étroit où ils le saisirent. Caius étant tombé, aucun de ceux qui étaient présents ne conserva plus de retenue, on perça cruellement son cadavre de coups ; quelques-uns allèrent même jusqu’à manger de sa chair. Sa femme et sa fille furent immédiatement égorgées.

30[modifier]

Caius, après s’être conduit de la sorte durant l’espace de trois ans, neuf mois et vingt-huit jours, apprit, par les faits mêmes, qu’il n’était pas dieu. Ceux qui étaient présents rappelaient la parole adressée par lui au peuple : « Plût aux dieux que vous n’eussiez qu’une seule tête », lui montrant par là qu’il n’avait, lui, qu’une seule tête, mais qu’ils avaient, eux, plusieurs bras. Comme les gardes prétoriennes s’agitaient et couraient çà et là, demandant qui avait tué Caius, Valérius Asiaticus, personnage consulaire, imagina un moyen merveilleux de les apaiser, en montant sur une hauteur, exposé à tous les regards, et en s’écriant à haute voix : « Plût aux dieux que ce fût moi qui l’eusse tué ». En effet, les prétoriens étonnés cessèrent le désordre.


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