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Histoire romaine (Dion Cassius)/Livre XLII

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Comment Pompée, défait en Thessalie, s’enfuit en Égypte et périt[modifier]

Tel fut donc cette bataille. Et Pompée désespéra aussitôt de tous ses projets, et il ne tint plus aucun compte de sa propre valeur, ni de la multitude des troupes qui lui restaient, ni du fait que la fortune change souvent après un laps de temps ; alors qu’auparavant il était toujours d’un caractère fort jovial et d’un optimisme à toute épreuve. La raison en était qu’en ces occasions il se trouvait habituellement sur un pied d’égalité avec son ennemi et que par conséquent il ne considérait pas la victoire comme allant de soi ; il supputait les deux issues possibles des événements quand il était encore calme et qu’il n’était pas encore rempli d’inquiétude ; il se préparait au pire. Ainsi il n’était pas forcé de céder aux désastres et pouvait facilement reprendre le combat ; mais cette fois, comme il avait voulu prouver qu’il vraiment supérieur à César, il n’avait pris aucune précaution. Par exemple, il n’avait pas placé son camp dans un lieu approprié, et n’avait prévu aucune retraite pour lui-même en cas de défaite. Et alors qu’il aurait pu retarder l’action et ainsi l’emporter sans combat, — puisque son armée continuait à augmenter chaque jour et qu’il avait des provisions en abondance, se trouvant dans un pays presque entièrement ami et étant également maître des mers, — néanmoins, que ce soit de sa propre décision, parce qu’il comptait vaincre quoi qu’il arrive, ou parce que sa main fut forcée par ses associés, il avait engagé le combat. C’est pourquoi, dès qu’il fut vaincu, il fut fort terrifié et n’eut aucun plan opportun ni aucun espoir assuré pour faire face de nouveau au danger. C’est ce qui arrive quand le malheur frappe inopinément un homme contrairement à toutes ses prévisions : son esprit est mortifié et sa raison est frappée de panique, de sorte qu’il devient le plus mauvais juge de ce qu’il doit faire. Les raisonnements n’ont aucune place avec la crainte ; s’ils occupent la première place, ils poussent hardiment l’autre dehors, mais s’ils ont la seconde place, ils ont le dessous.

Et Pompée qui n’avait prévu aucune des possibilités, se retrouva nu et sans défense, alors que, s’il avait pris ses précautions, il aurait pu, peut-être, tout regagner tranquillement sans problèmes. Un grand nombre de ses soldats avait survécu et il pouvait compter sur d’autres forces qui n’étaient pas de peu d’importance. Surtout, il possédait de grandes sommes d’argent et était maître de toute la mer, et les villes de ce pays et celles de l’Asie lui étaient dévouées même dans son malheur. Maintenant comme il avait perdu ce en quoi il avait le plus confiance, à cause de la crainte qui le saisissait à ce moment-là, il ne fit aucune utilisation des ressources qu’il possédait, mais il quitta le camp aussitôt et se sauva avec quelques compagnons à Larissa. Il n’entra pas dans la ville, malgré la demande des habitants, parce qu’il craignait en recevoir des blâmes ; mais il leur demanda de rejoindre le vainqueur et il prit lui-même des provisions, descendit vers la mer, et s’éloigna sur un navire marchand vers Lesbos, pour rejoindre son épouse Cornélia et son fils Sextus. Après les avoir pris à bord, il n’entra pas non plus dans Mytilène, mais il partit pour l’Égypte, espérant obtenir des secours de Ptolémée, roi de ce pays. C’était le fils de ce Ptolémée qui avait reçu plus tôt la royauté de ses mains, par l’intermédiaire de Gabinius, et en échange de ce service Ptolémée avait envoyé une flotte pour aider Pompée. J’ai entendu dire, en effet, que Pompée pensa même fuir chez les Parthes, mais je ne peux pas le confirmer. Cette race était si détestée des Romains depuis que Crassus avait fait son expédition contre eux, et surtout de Pompée, parce qu’il était lié à Crassus, qu’ils avaient même emprisonné leur ambassadeur qui était venu demander de l’aide, bien que ce fut un sénateur. de plus Pompée n’aurait jamais supporté dans son malheur de supplier son ennemi le plus acharné pour avoir ce qu’il n’avait pas obtenu dans son bonheur.

Il se dirigea alors vers l’Égypte, pour les raisons mentionnées plus haut, et, après avoir navigué le long du rivage jusqu’à la Cilicie, il alla de là à Pelusium, où Ptolémée avait son camp, car il faisait la guerre à sa sœur Cléopâtre. Mettant les bateaux à l’ancre, il envoya quelques hommes pour rappeler au prince la faveur qu’il avait faite à son père et pour lui demander l’autorisation de débarquer sous certaines garanties ; il n’essaya pas de débarquer avant d’obtenir la garantie de sa sécurité. Ptolémée ne lui fit aucune réponse, parce que c’était toujours un enfant, mais quelques Égyptiens ainsi que Lucius Septimius, un romain qui par le passé avait servi sous Pompée et qui, devenu l’associé de Gabinius, avait été laissé par celui-ci avec quelques troupes pour garder Ptolémée, vinrent sous le couvert de l’amitié ; mais ils conspiraient avec impiété contre lui et par leur acte ils apportèrent la malédiction sur eux-mêmes et sur toute l’Égypte. Non seulement ils périrent eux-mêmes peu de temps après, mais les Égyptiens, pour leur part, furent livrés d’abord pour être des esclaves de Cléopâtre, qu’ils détestaient particulièrement, et plus tard ils furent inscrits comme sujets de Rome.

Alors, Septimius et Achillas, le commandant en chef, et ceux qui étaient avec eux déclarèrent qu’ils recevraient avec plaisir Pompée : ils faisaient cela pour pouvoir plus facilement le tromper et le capturer. Ainsi ils renvoyèrent ses messagers, après que certains leur aient souhaité bonne chance, et ensuite les conspirateurs eux-mêmes s’ embarquèrent sur des petits bateaux et se dirigèrent vers lui. Après de nombreuses salutations amicales, ils le prièrent de venir sur leurs bateaux, déclarant qu’en raison de sa taille et de l’eau peu profonde un bateau ne pouvait pas venir jusqu’à la terre et que Ptolémée était très désireux de le voir promptement. C’est pourquoi, alors que tout ses amis le suppliaient de ne pas le faire, il changea de bateau, faisant confiance dans ses hôtes et disant simplement : "celui qui se rend chez un tyran est son esclave, même si ses pas sont libres." Quand il arriva près de la terre, craignant que s’il rencontrait Ptolémée il puisse être sauvé, ou par le roi lui-même ou par le Romains qui étaient avec lui ou par les Égyptiens, qui le considéraient avec respect, ils le tuèrent avant qu’il n’entre dans le port. Il ne poussa pas un cri et on n’entendit de sa part aucune plainte, mais dès qu’il se rendit compte de la conspiration et qu’il vit qu’il ne pouvait ni les retenir ni s’échapper, il se voila le visage.

Telle fut la fin de Pompée le Grand : elle est un bel exemple une fois de plus la faiblesse et la fortune étrange de la race humaine. Il ne manquait pas du tout de prévoyance, et au contraire il fut toujours absolument ferme contre toute force capable de lui faire le mal, et pourtant il fut trompé ; il av ait remporté de nombreuses de victoires inattendues en Afrique, et beaucoup, aussi, en Asie et Europe, toutes par voie de terre et de mer, depuis son enfance, et pourtant maintenant en sa cinquante-huitième année il était vaincu sans raison apparente. Il avait soumis la mer romaine entière, et c’est sur celle-ci qu’il périt ; il av ait, par le passé, été, comme on le dit, "maître de mille bateaux," et il périt dans un bateau minuscule près de l’Égypte et en un sens par la faute de Ptolémée, dont il avait par le passé ramené le père d’exil dans cette terre et dans son royaume. Ce Ptolémée que des soldats romains gardaient toujours à ce moment, — des soldats laissés derrière lui par Gabinius comme une faveur de Pompée et à cause de la haine ressentie par les Égyptiens pour le père du jeune homme, — cet homme même sembla l’avoir mis à la mort par les mains des Égyptiens et des Romains. Ainsi Pompée, qui auparavant avait été considéré comme le plus puissant des Romains, au point d’en avoir été surnommé Agamemnon, était maintenant envoyé à la boucherie comme le dernier des Égyptiens eux-mêmes, non seulement près du Mont Casius mais l’anniversaire du jour où il avait par le passé célébré un triomphe sur Mithridate et les pirates. A cet égard les deux parties de sa carrière sont tout à fait contradictoires : jadis il avait remporté les plus brillants succès, alors que maintenant il souffrait le destin le plus pénible ; de plus, suivant un oracle, il se méfiait de tous les citoyens appelés Cassius, mais au lieu d’être l’objet d’un complot d’un homme appelé Cassius, il mourut et fut enterré près de la montagne qui porte ce nom. De ses compagnons de voyage, certains furent capturés immédiatement, alors que d’autres s’échappèrent, parmi eux son épouse et son fils. Son épouse plus tard obtint le pardon et revint sans risque à Rome, alors que Sextus s’en allait en Afrique chez son frère Gnaeus ; ce sont les noms par lesquels ils se distinguaient, puisque tous les deux portaient le nom de Pompée.

Comment César, poursuivant Pompée, arrive en Égypte[modifier]

Après la bataille, César s’occupa d’abord des affaires urgentes et assigna la Grèce et le reste de cette région à d’autres pour les rallier et les réduire, puis il se lança à la poursuite de Pompée. Il se dépêcha jusqu’en Asie, suivant les informations qu’il avait reçues, et il attendit un moment, car personne ne savait quelle route Pompée avait prise. Tout se passa pour le mieux : tout en croisant l’Hellespont dans une sorte de bac, il rencontra la flotte de Pompée commandée par Lucius Cassius. Et sans coup férir, il les terrifia et les fit changer de camp. Sur quoi, ne rencontrant pas davantage de résistance, il décida de prendre possession du reste de cette région et de régler ses affaires, prélevant une contribution d’argent, comme je l’ai dit, mais autrement ne lésant personne et faisant partout des heureux, autant que cela lui était possible. De toute façon il élimina les percepteurs d’impôt, qui avaient maltraité le peuple le plus durement, et il convertit le montant total des taxes en un paiement commun de l’impôt.

C’est alors qu’ il apprit que Pompée se rendait en l’Égypte, et craignant que celui-ci, en occupant le premier ce pays, ne puisse encore devenir puissant, il s’y dirigea à toute vitesse. Ne ne le trouvant plus vivant, avec quelques compagnons il se rendit avant les autres à Alexandrie elle-même avant que Ptolémée ne rentre de Pelusium. Et voyant que le peuple de la ville étaient en ébullition à cause de la mort de Pompée, il ne descendit pas immédiatement à terre, mais resta en mer et attendit jusqu’à ce qu’il ait vu la tête et la bague de l’homme assassiné, que lui avait envoyés Ptolémée. Alors, plein de confiance, il mit pied à terre ; la multitude, cependant, montra de l’irritation à la vue de ses licteurs et il fut heureux de se réfugier dans le palais. Certains de ses soldats avaient pris leurs armes, et le reste en conséquence reprit la mer jusqu’à ce que tous les bateaux aient atteint le port.

César, à la vue de la tête de Pompée, pleura et déplora amèrement sa mort, l’appelant compatriote et beau-fils, et énumérant toutes les bontés qu’ils s’étaient rendues. Quant aux meurtriers, loin d’admettre qu’il leur doive une quelconque récompense, il les accabla de reproches ; et il commanda que la tête soit ornée, correctement préparée, et enterrée. Pour avoir fait cela il faut le féliciter, mais pour son hypocrisie il frôla le ridicule. Depuis le commencement il avait vraiment voulu prendre le pouvoir ; il avait toujours détesté Pompée comme un antagoniste et un rival ; et sans compter toutes les autres mesures qu’il avait prises contre lui il avait entrepris cette guerre dans l’unique but de ruiner son rival et d’obtenir le pouvoir suprême ; il n’avait eu comme unique but en se précipitant en Égypte que de le renverser complètement s’il était toujours vivant ; et pourtant il fit semblant de pleurer sa perte et d’être accablé par son meurtre.

Il pensait que, maintenant que Pompée ne lui faisait plus ombrage, il ne lui restait plus aucun ennemi. Il passa un moment en Égypte, prélevant de l’argent et s’occupant des conflits entre Ptolémée et Cléopâtre. Mais, en attendant, d’autres guerres se préparaient contre lui. L’Égypte entrait en révolte, et Pharnace, dès qu’il apprit que Pompée et César étaient en désaccord, commença à réclamer son domaine héréditaire : il espérait que les deux généraux gaspilleraient beaucoup de temps dans leur querelle et que les forces romaines opposées les unes aux autres s’épuiseraient entre elles ; et il allait toujours plus loin dans son idée, d’une part parce qu’il l’avait déjà fait une fois dans le passé et ensuite parce qu’il avait appris que César était loin ; il s’empara de nombreuses régions. En même temps Caton, Scipion et les autres qui étaient du même avis qu’eux engagèrent en Afrique une lutte qui devint immédiatement une guerre civile et une guerre étrangère.

10[modifier]

Telle était la situation : Caton avait été laissé à Dyrrachium par Pompée pour jeter un œil sur toutes les forces d’Italie qui essayeraient de traverser, et pour réprimer les Parthes, au cas où ils fomenteraient des troubles. Dans un premier temps il continua la guerre contre ces derniers, mais, après la défaite de Pompée, il abandonna l’Épire, et se rendit à Corcyre avec ses sympathisants ; là il accueillit les hommes qui s’étaient échappés de la bataille et tous ceux qui partageaient les mêmes sympathies. Cicéron et quelques autres sénateurs rentrèrent à Rome immédiatement, mais la majorité, y compris Labienus et Afranius, qui n’avaient aucune espérance en César, — celui-ci parce qu’il l’avait abandonné, et l’autre parce qu’après avoir été pardonné, avait repris la guerre contre lui, — rejoignit Caton, et l’ayant mis à leur tête, ils continuèrent la guerre.

11[modifier]

Peu après Octavius les rejoignit également. Il avait navigué à travers la mer ionienne, avait arrêté Gaius Antonius et il avait conquis plusieurs endroits, mais ne pouvait prendre Saloné, bien qu’il l’ait assiégée un très long moment. Les habitants, avec l’aide de Gabinius, le repoussèrent vigoureusement et finalement firent une sortie avec les femmes et réalisèrent un exploit remarquable. Les femmes dénouant leurs cheveux et habillées de vêtements noirs, puis prenant des torches et rendant leur aspect aussi terrifiant que possible, assaillirent le camp des assiégeants à minuit. Elles provoquèrent la panique dans les avant-postes, qui pensaient que c’étaient des fantômes, et alors aussitôt de tous les côtés elles mirent le feu à la palissade, et les hommes, qui les suivaient, en tuèrent beaucoup dans la confusion et ainsi que beaucoup qui étaient encore endormis et ils prirent vite possession du camp, et s’emparèrent sans coup férir du port où se trouvait Octavius. Ils n’en restèrent pas là. Octavius leur échappa quand même, rassembla de nouveau des forces, et après avoir remporté la victoire, il les assiégea. Alors, comme Gabinius était mort de maladie, il s’empara de toute la mer avoisinante, et faisant des incursions sur terre il ravagea beaucoup de régions. Ceci dura jusqu’à la bataille de Pharsales ; après celle-ci ses soldats, dès qu’une armée se présenta devant eux venant de Brundisium, changèrent de camp sans en venir aux mains. Alors, sans alliés, Octavius se retira à Corcyre.

12[modifier]

Et Gnaeus Pompée navigua avec la flotte égyptienne et dépassa l’endroit appelé Epirus : il s’empara presque d’ Oricum. Le commandant de la place, Marcus Acilius, avait bloqué l’entrée du port avec des bateaux chargés de pierres et à l’embouchure il avait dressé des tours de chaque côté, sur la terre et sur le port d’embarquement. Mais Pompée fit enlever par des plongeurs les pierres qui étaient dans les navires, et quand le dernier fut dégagé, il les fit traîner à l’écart, libéra le passage, et puis, après avoir fait débarquer à terre ses troupes lourdement armées sur chaque moitié du brise-lames, il attaqua. Il brûla tous les bateaux et la majeure partie de la ville, et il aurait capturé le reste, s’il n’avait été blessé et fait craindre aux Égyptiens qu’il pourrait mourir. Quand sa blessure fut soignée, il abandonna le siège d’Oricum, partit piller divers lieux et fit vainement une tentative sur Brundisium elle-même, ainsi que sur d’autres villes. Il fut ainsi occupé pendant un moment ; mais quand son père fut défait et que les Égyptiens, à l’annonce de la nouvelle, rentrèrent chez eux, il rejoignit Caton.

13[modifier]

Son exemple fut suivi par Gaius Cassius, qui avait fait beaucoup d’escarmouches en Italie et en Sicile et avait surmonté un certain nombre d’adversaires dans beaucoup de batailles sur terre et sur mer. Beaucoup, en effet, se réfugièrent chez Caton, puisqu’ils voyaient qu’il les surpassait en droiture ; et les utilisant comme aides et conseillers dans tous les domaines, il navigua vers le Péloponnèse dans l’intention de l’occuper, parce que il n’avait pas encore entendu dire que Pompée était mort. Il s’empara de Patras et il reçut là l’adhésion entre d’autres de Petreius et du beau-fils de Pompée, Faustus. Plus tard Quintus Fufius Calenus marcha contre eux ; sur quoi ils mirent la voile, et arrivant à Cyrène, y apprirent la mort de Pompée. Leur unanimité vola en éclat : Caton, par haine de la domination de César, et d’autres par désespoir de recevoir son pardon, naviguèrent vers l’Afrique avec l’armée, Scipion s’ajouta à leur nombre, et ils furent très actif contre César ; mais la majorité se dispersa, certains d’entre eux se retirèrent et s’échappèrent là où ils pouvaient, alors que le reste, et parmi eux Gaius Cassius, rejoignit immédiatement César et reçut son pardon.

14[modifier]

Calenus avait été envoyé par César en Grèce avant la bataille, et il s’empara entre autres du Pirée, en raison de son manque de fortifications. Il ne put prendre Athènes, malgré les nombreux dommages qu’il causa à son territoire, jusqu’à la défaite de Pompée. Les habitants alors vinrent à lui volontairement, et César, n’ayant aucun ressentiment, les laissa aller sains et saufs, faisant remarquer simplement que malgré leurs nombreuses offenses ils étaient sauvés par leurs morts. Cette remarque signifiait que c’était à cause de leur ancêtre et de leur gloire et de leur excellence qu’il les avait épargnés. C’est pourquoi Athènes et la majeure partie du reste de la Grèce firent immédiatement un accord avec lui ; mais les Mégariens malgré cela résistèrent et furent vaincus beaucoup plus tard, en partie par la force et en partie par trahison. C’est pourquoi conséquent de nombreux habitants furent massacrés et les survivants vendus. Calenus fit cela pour qu’on pense qu’il les punissait selon leurs mérites ; mais comme il craignait que la ville périsse tout à fait, il fit vendre les captifs d’abord à leurs parents, et ensuite pour une somme très modique, pour qu’ils puissent regagner leur liberté. Après cela il marcha sur Patras et l’occupa sans combats, car il avait effrayé Caton et ses compagnons.

15[modifier]

Pendant que se déroulaient ces diverses opérations, il y eut un soulèvement en Espagne, bien que le pays fût en paix. Les Espagnols alors étaient soumis à beaucoup d’abus de la part de Quintus Longinus : d’abord quelques uns se réunirent pour le tuer ; il fut blessé mais s’échappa, et ensuite il continua à les offenser encore plus. Alors un certain nombre d’habitants de Cordoue et un certain nombre de soldats qui avaient autrefois appartenu au parti de Pompée se soulevèrent contre lui, avec à leur tête Marcus Marcellus Aeserninus, le questeur. Ce dernier, cependant, n’accepta pas cette charge sans arrière pensée : voyant l’incertitude des événements et cherchant à s’en sortir d’une manière ou d’une autre, il joua double jeu, prenant une attitude neutre dans tous ce qu’il disait, de sorte que si César ou Pompée l’emportaient, il semblerait avoir combattu pour le vainqueur dans les deux cas. Il favorisa Pompée d’un côté, en recevant ceux qui lui avaient fait allégeance et quand il s’opposait à Longinus, qui se déclarait du parti de César ; d’autre part, il rendait service à César en prenant le commandement des soldats quand, comme il le disait, Longinus commença à se rebeller, et en gardant ces hommes pour lui et en ne permettant pas à leur commandant de devenir hostile. Et quand les soldats inscrivirent le nom de Pompée sur leurs boucliers, il le fit effacer, pour pouvoir, à propos de ce fait, mettant en avant, devant l’un les exploits remportés par les armes, et devant l’autre leur évidente propriété, et en prenant sur lui les exploits du vainqueur et en reportant les revers sur la nécessité ou sur d’autres personnes, être toujours du bon côté.

16[modifier]

C’est pourquoi, bien qu’il ait eu l’occasion de battre tout à fait Longinus grâce à des forces supérieures, il refusa, mais contrôlant la situation afin de créer des apparences et de suivre son plan, il donna la responsabilité de ses actes incertains à d’autres. Ainsi dans ses revers et dans ses succès il pouvait prétendre qu’il agissait également dans l’intérêt de la même personne : dans un cas il insisterait sur le fait qu’il avait ou n’avait pas fait la chose elle-même, et dans l’autre sur le fait que d’autres avaient ou n’avaient pas été responsables. Il continua à agir de cette façon jusqu’à la victoire de César, mais malgré cela il encourut sa colère et fut banni, plus tard il fut pourtant réhabilité et honoré. Quant à Longinus, dénoncé par les Espagnols envoyés en ambassade, il fut privé de sa charge, et alors qu’il rentrait chez lui, il périt près des bouches de l’Iberus.

Comment les nouvelles au sujet de César et de Pompée sont annoncées à Rome, et quels décrets sont votés en l’honneur de César[modifier]

17[modifier]

Voilà ce qui se passait à l’étranger. À Rome, aussi longtemps que l’issue du combat entre César et Pompée resta incertaine et sans solution, le tout peuple en apparence favorisa César, parce que ses troupes qui se trouvaient au milieu d’eux et à cause de son collègue Servilius. Toutes les fois qu’une victoire lui était rapportée, il se réjouissait, et dans le cas inverse, il était affligé, chaque fois une partie sincèrement et l’autre par simulation ; il y avait beaucoup d’espions et de rapporteurs rôdant aux environs, observant tout ce qui se disait et tout ce qui se faisait à ces moment-là. Mais en privé les paroles et les actions de ceux qui détestaient César et qui soutenaient le parti de Pompée étaient à l’opposé de leurs expressions publiques. C’est pourquoi, comme les deux partis recevaient différents rapports suivant leur propre avantage, ils suscitèrent parfois la crainte et parfois l’audace, et comme beaucoup de rumeurs diverses se répandaient souvent le même jour et à la même heure, leur position était vraiment pénible ; ils étaient heureux et affligés, audacieux et craintifs, et tout cela en un bref laps de temps.

18[modifier]

A l’annonce de la bataille de Pharsale, pendant longtemps il y eut beaucoup d’incrédulité. César n’envoya aucune dépêche au gouvernement, hésitant paraître se réjouir publiquement d’une telle victoire : c’est la raison pour laquelle également il ne célébra aucun triomphe ; et en outre l’événement était tellement improbable en raison de la disproportion des deux forces en présence et des espoirs nourris. Mais quand enfin cela s’avéra, on enleva les portraits de Pompée et de Sylla qui se trouvaient dans les rostres, mais rien de plus. Beaucoup, en effet, ne souhaitaient même pas le faire, et beaucoup aussi, craignant que Pompée ne puisse se refaire, considéraient en avoir fait assez pour César et considéraient que cela serait suffisant pour apaiser Pompée. Même quand on sut qu’il était mort, ils ne le crurent pas pendant longtemps, jusqu’à ce qu’ils virent son anneau qui avait été envoyé ; on fit tailler dessus trois triomphes, comme pour Sylla.

19[modifier]

Mais quand il n’y eut plus de doute sur sa mort, alors on félicita ouvertement le vainqueur et on vilipenda le vaincu, et on proposa que dans le monde entier tout ce qui pouvait être trouvé soit donné à César. Et il y eut non seulement sur ce point une grande rivalité parmi presque tous hommes importants, qui étaient désireux de se surpasser l’un l’autre dans l’adulation pour celui-ci, mais aussi pour voter de telles mesures. Par leurs cris et par leurs gestes, tous, comme si César étaient présent et les regardait, montraient une très grande ardeur et pensaient qu’en échange de cela ils obtiendraient immédiatement - comme s’ils faisaient cela pour lui plaire et non par nécessité - les uns une charge, les autres un sacerdoce, et d’autres encore de l’argent. Je laisse ce côté ces honneurs qui avaient été votés pour d’autres auparavant - des images, des couronnes, des sièges, et des choses de ce genre - ou qui, nouvelles et proposées alors pour la première fois, ne furent pas confirmées par César, par crainte de paraître lassant, en les énumérant toutes. Je suivrai ce même plan dans la suite de mon récit, en m’y tenant strictement, puisque les honneurs décernés se sont continuellement développés plus nombreux et plus absurdes. C’est seulement quand cela aura une importance spéciale et extraordinaire et que cela sera confirmé, que je le rapporterai.

20[modifier]

Ils lui accordèrent ensuite la permission de faire tout ce qu’il voulait contre ceux qui avait favorisé la cause de Pompée, non qu’il n’ait pas pris ce droit de lui-même, mais pour qu’il puisse paraître agir sous le couvert d’une autorité légale. Ils le nommèrent maître de la guerre et de la paix pour toute l’humanité - en utilisant comme prétexte les conspirateurs en Afrique - sans qu’il ne doive faire de communication à ce sujet au peuple ou au sénat. Ceci, naturellement, comprenait aussi le pouvoir qu’il possédait avant, puisqu’il avait de si grandes forces ; en tout cas les guerres qu’il avait faites, il les avait entreprises de sa propre autorité presque chaque fois. Mais, puisqu’ils souhaitaient paraître toujours des citoyens libres et indépendants, ils lui votèrent ces droits et tout le reste qu’il pouvait posséder même contre leur volonté. Ainsi il reçut le privilège d’être consul pendant cinq années consécutives et d’être nommé dictateur, non durant six mois, mais pour une année entière, et on lui donna la puissance tribunitienne pratiquement à vie. On lui accorda le droit de s’asseoir avec les tribuns sur les mêmes bancs et d’être compté avec eux pour le reste - privilège qui n’avait jamais été donné à quelqu’un. Toutes les élections sauf celles de la plèbe passèrent alors dans ses mains, et pour cette raison elles furent retardées jusqu’après son retour et se tinrent vers la fin de l’année. En ce qui concerne les gouverneurs dans les territoires soumis, les citoyens prétendirent distribuer eux-mêmes ceux qui étaient alloués aux consuls, mais votèrent que César pourrait donner les autres aux préteurs sans tirage au sort ; ils étaient retournés de nouveau aux consuls et aux préteurs contrairement à leur décret. Et ils accordèrent aussi un autre privilège, qui était usuel, on ne peut le nier, mais dans la corruption des temps pouvait engendrer la haine et le ressentiment : ils décrétèrent que César devait obtenir un triomphe pour la guerre contre Juba et contre les Romains qui avaient combattu avec celui-ci, comme s’il avait été le vainqueur, bien que, en fait, il ne savait même pas alors que ce serait une si grande guerre.

Comment les habitants de Rome se disputent pendant l’absence de César[modifier]

21[modifier]

Voilà les mesures qui furent votées et ratifiées. César commença sa dictature immédiatement, bien qu’il fût hors de l’Italie, et il choisit Antoine, bien qu’il n’ait pas encore été préteur, comme son maître de cavalerie ; et les consuls proposèrent aussi le nom de ce dernier, bien que les augures s’y soient opposés très fort, déclarant que personne ne pouvait être maître de cavalerie pendant plus de six mois. Mais à ce moment ils se couvrirent de ridicule, parce que, d’une part ils avaient décidé que le dictateur lui-même devait être choisi pendant un an, contrairement à toute jurisprudence, d’autre part ils discutaillaient au sujet du maître de cavalerie.

22[modifier]

Marcus Caelius périt alors pour avoir oser rejeter les lois établies par César concernant les dettes : il pensait que leur auteur avait été défait et avait péri, et c’est pourquoi il souleva Rome et la Campanie. Il avait été parmi les premiers à soutenir César, et c’est pour cette raison qu’il avait été nommé préteur ; mais il s’irrita de ne pas avoir été nommé préteur urbain, et que son collègue Trébonius lui avait été préféré pour cette charge, non par le sort, comme c’était la coutume, mais par le choix de César. C’est pourquoi il s’opposa sur tout à son collègue et l’empêcha d’exécuter toutes les fonctions qui lui incombaient. Non seulement il ne donna pas son accord à ses jugements prononcés selon les lois de César, mais il notifia aussi qu’il viendrait en aide à ceux qui avaient des dettes contre leurs créanciers, et qu’à tous ceux qui louaient une maison, il les libérait du paiement du loyer. Ce faisant, il attira une foule considérable et s’en servit contre Trébonius ; il l’aurait massacré, si celui-ci n’était pas parvenu à changer de robe et à s’échapper dans la foule. Après cet échec, Caelius publia en privé une loi par laquelle il accordait à tout le monde l’utilisation de maisons exemptes du loyer et il annula toutes les dettes.

23[modifier]

C’est pourquoi Servilius fit venir des soldats qui par hasard partaient pour la Gaule, et après avoir rassemblé le sénat sous leur protection il proposa une mesure en regard de la situation. Mais rien ne fut décidé, car les tribuns l’en empêchèrent. Cependant la teneur de la réunion fut enregistrée et Servilius demanda aux officiers du tribunal d’enlever les tablettes incriminées. Caelius chassa ces hommes et impliqua le consul lui-même dans l’agitation. Ils se rassemblèrent à nouveau, toujours protégés par les soldats, et confièrent à Servilius la garde de la ville, une procédure dont j’ai souvent parlé auparavant. Après cela il empêcha Caelius d’agir comme préteur, mais donna les fonctions de sa charge à un autre préteur. Il le fit exlure du sénat, le chassa des rostres alors qu’il haranguait et il mit en pièce son siège.

24[modifier]

Caelius fut fort irrité contre lui pour tout ce qu’il lui avait fait, mais puisque Servilius avait un corps de troupes en ville qui l’accompagnait, il eut peur de recevoir un châtiment ; aussi il décida d’aller en Campanie rejoindre Milon, qui commençait une mutinerie. Milon, le seul exilé qui n’avait pas été rappelé par César, étaient revenu en Italie, où il rassembla un grand nombre d’hommes : certains pour obtenir un gagne-pain et d’autres craignant d’être punis, et il commença à ravager le pays, envahissant Capoue et d’autres villes. Caelius décida de le rejoindre, pour, qu’avec son aide, il puisse faire à César tout le mal possible. Mais il était surveillé, et ne pouvait sortir ouvertement de la ville ; et il n’essaya pas de s’échapper secrètement parce que, entre autres raisons, il comptait accomplir beaucoup plus en usant de sa robe et de son titre de préteur. Finalement, il alla trouver le consul et lui demanda la permission de partir, sous prétexte de rejoindre César. Le consul, bien que soupçonnant son intention, lui permit quand même de partir, en particulier parce qu’il insistait beaucoup, citant le nom de César et faisant semblant de vouloir aller se justifier ; mais il envoya un tribun avec lui, pour que, s’il essayait de se rebeller, il puisse être empêché.

25[modifier]

Quand ils arrivèrent en Campanie et qu’il constatèrent que Milon avait été défait près de Capoue et s’était réfugié sur le mont Tifata, et quand Caelius renonça à aller plus loin, le tribun alarmé souhaita le faire revenir à Rome. En apprenant la chose, Servilius, devant le sénat, déclara la guerre à Milon et donna l’ordre à Caelius de rester dans les faubourgs, pour qu’il ne puisse occasionner aucun trouble, mais il ne le mit pas sous haute surveillance, car l’homme était préteur. Aussi Caelius s’évada et partit rejoindre Milon, et il aurait certainement créé des troubles s’il l’avait trouvé vivant ; mais à ce moment, Milon quitta la Campanie et périt en Apulie. Caelius alla donc dans le Bruttium, espérant former une ligue du moins dans cette régions, et c’est là qu’il périt avant d’avoir pu accomplir quelque chose d’important ; les partisans de César se rassemblèrent et le tuèrent.

26[modifier]

Ainsi moururent ces deux hommes, mais cela n’apporta pas la paix à Rome. Au contraire, il se passa beaucoup d’événements redoutables, comme, en effet, les présages l’avaient indiqué. Entre autres choses, vers la fin de l’année, des abeilles s’installèrent sur le Capitole près de la statue de Hercule. Par hasard les sacrifices à Isis continuaient alors, et les devins dirent que toute l’enceinte de cette déesse et de Sérapis devait être rasée une fois de plus. Au cours de leur démolition un reliquaire de Bellone fut malencontreusement détruit et à l’intérieur on y trouva les fioles remplies de chair humaine. L’année suivante un tremblement de terre violent se produisit, on vit un hibou, la foudre s’abattit sur le Capitole et sur le temple qu’on appelle Temple de la Fortune Publique, et dans les jardins de César, où un cheval de prix fut frappé par celle-ci et le Temple de la Fortune s’ouvrit de lui-même. En plus de cela, du sang provenant d’une boulangerie coula dans un autre temple de la Fortune - cette Fortune dont la statue, parce qu’un d’homme doit nécessairement observer et considérer tout qui se trouve devant et derrière lui et qu’il ne doit pas oublier d’où il vient, ils l’avaient installée et appelée d’une manière difficile à décrire pour des Grecs. En outre quelques enfants naquirent tenant leur main gauches à leur tête, de sorte que, alors que les autres signes n’annonçaient rien de bon, de celui-là particulièrement les devins prédisaient un soulèvement des inférieurs contre leurs supérieurs et c’est ce que le peuple attendait.

27[modifier]

Ces présages, provenant ainsi des cieux, les troublèrent ; et leur crainte fut augmentée par l’aspect même de la ville, qui était devenue étrange et peu familière au début de l’année et qui continua ainsi pendant un long moment. Il n’y avait pour l’instant aucun consul ou préteur, et tandis qu’Antoine, ne portant pas encore l’habit, qui était la toge pourpre, ses licteurs, (il n’avait que les 6 habituels), et sa convocation du sénat, fournissaient un certain semblant de république, alors que l’épée qui le ceignait, et la multitude des soldats qui l’accompagnaient, et ses actes mêmes indiquaient surtout la présence d’une monarchie. Il se commit alors de nombreux vols, outrages, et meurtres. Et ce n’était pas seulement la situation présente qui affligeait le plus les Romains, mais ils suspectaient César de prévoir bien davantage et de plus grands actes de violence. Quand le maître de cavalerie n’abandonnait jamais son épée même aux fêtes, qui n’aurait pas soupçonné le dictateur lui-même ? D’ailleurs la plupart de ces fêtes furent données aux frais de César, bien que les tribuns en aient aussi organisé quelques unes. Même si l’ on pensait à la bonté de César, qui l’avait mené à épargner beaucoup d’ennemis même ceux qui s’étaient opposés à lui dans la bataille, néanmoins, voyant que les hommes qui avaient gagné une charge ne respectaient pas les principes qui les avaient guidé en luttant pour lui, ils s’attendaient à ce que lui aussi agisse autrement.

28[modifier]

Ils étaient donc affligés et discutaient de la situation longuement entre eux, du moins avec ceux dont ils étaient sûrs, parce on ne pouvait pas tout raconter à n’importe qui en toute impunité. Certains qui semblaient être de très bons amis et d’autres qui étaient des parents vous calomniaient, déformant les faits et racontant des mensonges flagrants sur d’autres points. Et la cause principale la grande détresse de beaucoup, c’était de ne pouvoir déplorer ou partager leurs opinions avec d’autres, et ne pas pourvoir faire partager leurs émotions. Alors qu’il est vrai que des rapports avec ceux qui sont affligés des mêmes choses, allège un peu leur fardeau, et l’homme qui pouvait sans risque parler et entendre en retour quelque chose de ce que les citoyens subissaient se sentait beaucoup mieux ; pourtant la méfiance qui ne faisait pas partie de leurs habitudes, leur fit rentrer leur vexation dans leurs propres cœurs et les enflamma d’autant plus, car ils ne pouvaient ni l’exprimer ni obtenir un soulagement. En effet, en plus de devoir garder enfermées leurs douleurs dans leur propre poitrine, ils furent obligées de féliciter et d’admirer leur traitement, comme de célébrer des fêtes, exécuter des sacrifices, et sembler être les plus heureux des gens.

29[modifier]

Telle était la condition des Romains dans la ville à ce moment-là. Et, comme ce n’était pas suffisant d’être maltraités par Antoine, un certain Lucius Trebellius et Publius Cornelius Dolabella, tribuns de la plèbe, entrèrent en conflit. Ce dernier soutint la cause des débiteurs, classe dont il faisait partie, et il passa donc des patriciens à la plèbe, afin d’accéder au tribunat. Trebellius se réclamait de la noblesse, mais il publia des édits et eut recours aux meurtres de la même façon que l’autre. La conséquence en fut une grande agitation et on vit partout beaucoup d’armes, bien que les sénateurs aient recommandé qu’aucun changement ne se fasse avant l’arrivée de César, et qu’Antoine ait ordonné qu’aucun particulier dans la ville ne porte des armes. Mais comme les tribuns ne prêtaient aucune attention à ces ordres et prenaient toutes sortes de mesures les uns contre les autres et contre ceux dont je viens de parler (les sénateurs et Antoine), un troisième parti se constitua composé d’Antoine et du sénat. Pour faire croire que c’était le sénat qui lui avait accordé ses armes et l’autorité qui résultait de leur possession, autorité qu’il avait déjà usurpée, il obtint le privilège de garder des soldats dans les murs et d’aider les autres tribuns à garder la ville. Alors Antoine fit tout ce qu’il lui plaisait sous le couvert de la loi, alors que Dolabella et Trebellius étaient coupables de violence ; mais leur effronterie et leurs ressources les amenèrent à s’opposer l’un contre l’autre et contre lui, comme s’ils avaient aussi reçu un commandement du sénat.

30[modifier]

A ce moment Antoine apprit que les légions que César, après la bataille, avait envoyées devant lui en l’Italie, avec l’intention de les suivre plus tard, s’étaient engagées dans des démarches incertaines ; et craignant qu’elles ne se révoltent, il remit le commandement de la ville à Lucius César, le nommant préfet de la ville, charge qui n’avait jamais auparavant été conférée par un maître de cavalerie, et alors lui-même rejoignit les soldats. Les tribuns qui étaient en désaccord entre eux méprisèrent Lucius en raison de son âge avancé et lui infligèrent de nombreuses vexations, jusqu’à ce qu’ils apprirent que César, ayant arrangé les affaires d’Égypte, revenait à Rome. Ils continuaient à se disputer, pensant qu’il ne reviendrait jamais et que naturellement il y périrait de la main des Égyptiens, comme on le racontait. Quand, cependant, son retour fut rapporté, ils modérèrent leur conduite pendant un certain temps ; mais dès qu’il partit contre Pharnace la première fois, ils reprirent leurs disputes de plus belle.

31[modifier]

C’est pourquoi Antoine, voyant qu’il ne pouvait les retenir et que son opposition à Dolabella ne plaisait pas au peuple, dans un premier temps se joignit à ces tribuns et porta diverses accusations contre Trebellius, dont l’une eut comme résultat qu’il fut privé de soldats pour son propre usage. Plus tard, quand il s’aperçut que lui-même n’était absolument pas aimé de la foule, qui était uniquement attachée à Dolabella, il en fut vexé et changea de côté : la cause principale était que, tout en ne partageant pas avec le chef de la plèbe la faveur du peuple, il recevait néanmoins la plus grande part des blâmes des sénateurs. Ainsi en parole il adoptait une attitude de neutralité envers les deux partis, mais en fait, secrètement, il préférait la cause de Trebellius, et coopérait avec lui de différentes façons, en particulier en lui permettant d’obtenir des soldats. Dès lors il devint un simple spectateur et le chef d’orchestre de leur conflits ; pendant qu’ils combattaient, il prit successivement tous les points stratégiques de la ville, et commença sur une carrière de meurtres et d’incendies criminels, à tel point qu’à une occasion les objets saints furent portés par les vierges hors du temple de Vesta.

32[modifier]

Et les sénateurs une fois de plus votèrent que le maître de cavalerie devait garder la ville plus strictement, et pratiquement toute la ville fut remplie de soldats. Pourtant cela n’y changea rien. Dolabella, désespérant obtenir le pardon de César, désira accomplir une action d’éclat avant de périr, espérant par là se faire un renom éternel ; ainsi il y a réellement des hommes qui s’entichent d’actes les plus bas pour la renommée ! C’est pourquoi il provoqua une pagaille générale, en promettant qu’un jour fixé il décréterait ses lois sur les dettes et les locations. A cette annonce la foule érigea des barricades autour du forum, installant des tours en bois à quelques points, et se mit en disposition de faire face à n’importe quelle force qui essayerait de s’opposer à elle. Alors, Antoine partant du Capitole à l’aube avec une forte troupe de soldats, détruisit les tablettes contenant les lois de Dolabella et ensuite fit précipiter certains des émeutiers des hauteurs mêmes du Capitole.

33[modifier]

Mais même cela n’arrêta pas leur dispute. Au contraire, plus le nombre de ceux qui périssait était grand, plus grande était l’émeute des survivants, pensant que César était absorbé par guerre longue et difficile. Et cela continua jusqu’à ce que César apparut soudainement devant eux ; alors à contre-cœur ils cessèrent. Ils s’attendaient à souffrir tout les malheurs imaginables, et on parlait à travers toute la ville de les juger d’une façon ou d’une autre ; mais César même dans les circonstances présentes suivit sa façon de faire habituelle. Acceptant leur attitude du moment comme satisfaisante et ne se préoccupant pas de leur conduite passée, il les épargna tous, et même honora certains d’entre eux, y compris Dolabella. Il jugea qu’il ne devait pas oublier la reconnaissance qu’il devait à celui-ci ; en d’autres termes, au lieu de donner cette faveur parce qu’il avait subi une injustice, il pardonnait en considération de l’avantage qu’il avait reçu, et en plus des autres honneurs, il ne fallut pas longtemps pour le faire désigner consul, bien qu’il n’ait pas même été préteur.

Comment César combat et soumet les Égyptiens et comment il en fait cadeau à Cléopâtre[modifier]

34[modifier]

Tels furent les événements qui se produisirent à Rome pendant l’absence de César. Maintenant les raisons pour lesquelles il resta ainsi longtemps là et qu’il ne revint pas juste après que la mort de Pompée : les voici. Les Égyptiens étaient mécontents des prélèvements d’argent et indignés parce que même leurs temples ne furent pas épargnés. Ce sont les gens les plus religieux de la terre à bien des égards et ils se font même la guerre les uns contre les autres aussi à cause de leur croyance, puisqu’ils ne sont pas tous d’accord dans leur culte, et sont diamétralement opposés entre eux sur quelques sujets. En conséquence, irrités de tout cela, de plus, craignant d’être rendus à Cléopâtre, qui avait une grande influence sur César, ils entrèrent en rébellion. Cléopâtre, semble-t-il, s’était d’abord plainte à César de son frère par personnes interposées ; mais dès qu’elle découvrit qu’il était érotomane (il baisait beaucoup de femmes, et aussi d’autres que le hasard lui faisait rencontrer) elle lui envoya un mot dans laquelle elle disait qu’elle était trahie par ses amis et demandait qu’elle puisse plaider sa cause en personne. C’était une femme d’une beauté surprenante, et à ce moment-là, comme elle était dans la perfection de sa jeunesse, elle était vraiment adorable ; elle possédait aussi la voix la plus charmante et une façon de se rendre agréable à tout le monde. Elle était agréable à voir et à écouter, avec la force de subjuguer chacun, même un homme repu d’amour qui n’était plus de première jeunesse, c’est pourquoi elle pensa qu’elle était dans son rôle en rencontrant César, et elle comptait sur sa beauté pour faire valoir ses réclamations au trône. Elle demanda donc d’être admise devant lui, et, ayant obtenu la permission, elle se para et se pomponna afin lui d’apparaître sous l’apparence la plus majestueuse et en même temps inspirant la pitié. Quand elle fut fin prête elle entra dans la ville (elle vivait à l’extérieur), et le nuit sans que Ptolémée le sache elle entra dans le palais.

35[modifier]

César, en la voyant et en l’entendant dire quelques mots fut captivé sur-le-champ tellement fort qu’immédiatement, avant aube, il envoya chercher Ptolémée et essaya de les réconcilier : alors qu’il pensait être son juge, il se faisait son avocat. Pour cette raison, et parce que la vue de sa sœur dans le palais était si inattendue, le jeune homme fut rempli de colère et se précipita au milieu des gens en criant qu’il était trahi, et finalement il arracha son diadème et le jeta au loin. Dans le grand tumulte qui s’en suivit, les troupes de César se saisirent de la personne du prince et la populace égyptienne continua à protester. Ils assaillirent le palais par terre et par mer en même temps et ils l’auraient pris à coup sûr, puisque les Romains n’avaient pas à ce moment de forces suffisantes, vu l’amitié apparente des indigènes ; mais César inquiet sortit vers eux, et s’installant dans un endroit sûr, il leur promit de faire tout ce qu’ils voulaient. Ensuite il se présenta à leur assemblée, et présentant Ptolémée et Cléopâtre, il lut les volontés de leur père : celui-ci leur ordonnait de vivre ensemble selon la coutume des Égyptiens et de gouverner ensemble et cela sous la protection des Romains. Après avoir fait cela et avoir ajouté qu’il lui appartenait en tant que dictateur, tenant toute la puissance du peuple, de surveiller les jeunes gens et d’accomplir les souhaits de leur père, il leur accorda le royaume à tous les deux et donna Chypre à Arsinoé et à Ptolémée le jeune, (leur sœur et leur frère). Si grande était sa crainte, semble-t-il, que non seulement il ne garda rien du domaine égyptien, mais au contraire il leur donna certains de ses propres domaines en plus.

36[modifier]

A la suite de cela, ils se calmèrent un moment, mais peu après ils s’excitèrent même au point de faire la guerre. Pothinus, un eunuque qui était chargé de la gestion des fonds de Ptolémée et qui était un des principaux meneurs dans l’agitation des Égyptiens, prit peur de devoir à un moment ou à un autre payer pour sa conduite, et par conséquent il envoya secrètement un messager à Achillas, qui se tenait toujours près de Pelusium, et en l’effrayant et en même temps lui donnant des espoirs il fit de lui son associé, et ensuite il rallia également tous ceux qui portaient des armes. Tous considéraient comme une honte d’être gouverné par une femme - ils suspectaient César, profitant de l’occasion, d’avoir fait semblant de donner le royaume aux deux enfants simplement pour que le peuple se taise, mais qu’en réalité au cours du temps il l’offrirait à Cléopâtre seule - et ils se considéraient de même force que l’armée adverse. Ainsi ils partirent immédiatement et se dirigèrent vers Alexandrie.

37[modifier]

En apprenant cela et se sentant effrayé de leur nombre et de leur audace César envoya quelques hommes à Achillas, non à son propre nom, mais au nom de Ptolémée et offrit une trêve. Mais Achillas, se rendant compte que ce n’était pas l’ordre du jeune roi, mais celui de César, n’y donna pas de suite, il était rempli de mépris pour l’expéditeur, le croyant effrayé. Aussi il rassembla ses soldats et par une longue harangue en faveur de Ptolémée et contre César et Cléopâtre il excita finalement leur colère contre les messagers, bien que ce fussent des Égyptiens, de sorte qu’ils se profanèrent en les tuant et être ainsi furent forcés à une guerre. César, informé de cela, fit venir des soldats de Syrie et entoura le palais et les autres bâtiments qui le jouxtaient d’un fossé et d’un mur atteignant la mer.

38[modifier]

A ce moment Achillas arriva avec les Romains et les autres qui avaient été laissés avec Septimius par Gabinius à la garde de Ptolémée ; ces troupes, en raison de leur séjour en Égypte, avaient changé leurs habitudes et adopté celles des indigènes. Et immédiatement il s’empara de la plus grande partie d’Alexandrie et s’y installa des positions très avantageuses. Ensuite, il y eut de nombreuses batailles entre les deux forces de jour et de nuit, et beaucoup d’endroits furent incendiés, avec comme résultat qu’entre autres bâtiments, les docks et les entrepôts de grain furent détruits, et également la bibliothèque, dont les volumes, dit-on, étaient en très grand nombre et très beaux. Achillas possédait le continent, excepté la partie que César avait muré, et ce dernier la mer sauf le port. César, en effet, était victorieux dans les combats sur mer, et c’est pourquoi, comme les Égyptiens, craignant qu’il n’entre dans leur port, avaient bloqué l’entrée à l’exception d’un passage étroit, il coupa aussi la sortie en coulant des bateaux de fret chargés de pierres ; ainsi si quelqu’un voulait s’en aller par la mer, il ne pouvait plus bouger. Après cela, les provisions et en particulier l’eau arrivèrent plus facilement ; Achillas l’avait privé de l’alimentation en eau locale en coupant les conduites.

39[modifier]

Pendant ce temps, un certain Ganymède, un eunuque, amena secrètement Arsinoé aux Égyptiens, car elle n’était pas très bien gardée. Ils la déclarèrent reine et décidèrent de poursuivre la guerre plus vigoureusement, puisqu’ils avaient maintenant comme chef un représentant de la famille des Ptolémées. Et César, craignant que Pothinus n’enlève Ptolémée, le fit périr et garda ce dernier avec sévérité sans s’en cacher. Ceci souleva davantage encore les Égyptiens : de plus en plus de gens les rejoignaient sans arrêt, alors que les soldats romains de Syrie n’arrivaient pas. César rechercha donc avec impatience l’amitié des gens, et c’est pourquoi il emmena Ptolémée jusqu’à un endroit où on pouvait entendre sa voix, et ensuite il le pria de leur dire qu’il était sain et sauf et qu’il ne désirait pas la guerre ; et il les poussa à la paix, et il leur promit de la faire pour eux. S’il leur avait parlé ainsi de sa propre gré, il aurait pu les persuader de se réconcilier ; mais soupçonnant que tout avait été fait à l’instigation de César, ils ne cédèrent pas.

40[modifier]

A ce moment un conflit surgit entre les partisans d’Arsinoé, et Ganymède la persuada de mettre à mort Achillas, parce qu’il allait livrer la flotte. Quand ceci fut fait, il prit le commandement des soldats et fit venir tous les bateaux qui se trouvaient sur le fleuve et le lac, et en plus en fit construire d’autres ; et il les fit transporter tous par les canaux jusqu’à la mer, où il a attaqua les Romains qui ne s’y attendaient pas et brûla certains de leurs navires de fret au bord de l’eau et en remorquèrent d’autres. Alors il a dégagé l’entrée du port et s’y installa pour attendre les navires : il causa aux Romains de grands ennuis. Et César, ayant attendu le moment où ils se laissaient aller en raison de leur succès, soudain entra dans le port, brûla un grand nombre de navires, et débarqua à Pharos, y tuant les habitants de l’île. Quand les Égyptiens sur le continent virent cela, ils se précipitèrent sur les ponts avec l’aide de leurs amis, et après avoir tué beaucoup du Romains à leur tour il revinrent à leurs navires. Tandis que les fugitifs étaient forcés de trouver le chemin des navires dans la cohue comme ils le pouvaient, César et beaucoup d’autres tombèrent à la mer. Il aurait péri malheureusement, poussé vers le fonds à cause de sa robe longue et criblé par les Égyptiens (son vêtement de pourpre offrait une belle cible), s’il n’avait enlevé son vêtement et s’il n’avait pas réussi à nager jusqu’à une barque qui l’emmena. C’est ainsi qu’il fut sauvé, et ceci sans mouiller ses documents qu’il avait en grand nombre dans sa main gauche en nageant. Les Égyptiens prirent son habit et l’accrochèrent sur le trophée qu’ils installèrent pour commémorer cette débâcle, comme s’ils l’avaient capturé lui-même. Ils exercèrent aussi une surveillance étroite sur les endroits de débarquement, puisque les légions envoyées de Syrie approchaient déjà, et ils faisaient le beaucoup de dommages aux Romains. Alors que César pouvait repousser d’une certaine manière ceux qui venaient par voie de terre du côté libyen, cependant près de la bouche du Nil les Égyptiens trompèrent plusieurs de ses hommes par des feux de signaux, comme s’ils étaient aussi Romains, et ainsi les firent prisonniers, de sorte que le reste n’osait plus débarquer, jusqu’à ce que Tiberius Claudius Nero remonta le fleuve lui-même, battit l’ennemi au combat, et rendit le débarquement plus sûr pour les siens.

41[modifier]

Alors Mithridate, surnommé le Pergamien, entreprit de re monter avec ses bateaux la bouche du Nil en face de Pelusium ; mais comme les Égyptiens lui barraient l’entrée avec leurs navires, il se rendit lui-même de nuit au canal, remorqua les vaisseaux, puisqu’il ne pouvait arriver à la mer, et navigua vers le Nil. Ensuite il attaqua subitement, en même temps par la mer et par le fleuve, ceux qui gardaient la bouche du fleuve, et de ce fait il cassa leur blocus, il assaillit Pelusium avec son infanterie et sa flotte en même temps et prit la ville. S’avançant alors vers Alexandrie, et apprenant qu’un certain Dioscorides venait à sa rencontre, il lui tendit une embuscade et le détruisit.

42[modifier]

Quand ils apprirent la nouvelle même alors les Égyptiens ne terminèrent cependant pas la guerre ; pourtant ils étaient irrités du pouvoir de l’eunuque et de la femme et ils pensaient que s’ils pouvaient mettre Ptolémée à leur tête ils seraient supérieurs aux Romains. Mais se trouvant incapables de le saisir de quelque façon qui soit, puisqu’il était bien gardé, ils feignirent qu’ils étaient épuisés par leurs désastres et qu’ils désiraient la paix ; et ils envoyèrent des messagers à César, faisant des avances et demandant qu’on leur permette, comme ils l’avait réclamé, de consulter Ptolémée sur les conditions de la trêve. Alors César crut qu’ils avaient vraiment changé d’esprit, bien qu’il sache qu’ils étaient lâches et versatiles en général il voyait qu’à ce moment-là ils étaient terrifiés face à leurs défaites ; et même au cas où ils projetaient quelque ruse, afin qu’on ne puisse le soupçonner de mettre un frein à la paix, il dit qu’il approuvait leur demande, et leur envoya Ptolémée. Il ne voyait chez ce jeune homme aucun ressort, en raison de sa jeunesse et son manque d’éducation, et il souhaitait les Égyptiens soit se réconcilient avec lui aux conditions qu’il souhaitait ou il espérait plus justement leur faire la guerre et les subjuguer, pour qu’il y ait une excuse raisonnable pour les livrer à Cléopâtre ; et naturellement il n’avait aucune peur de se faire battre, surtout maintenant que ses troupes l’avaient rejoint.

43[modifier]

Mais quand les Égyptiens eurent le jeune homme, ils ne pensèrent plus à la paix, et immédiatement se lancèrent contre Mithridate, comme s’ils étaient sûrs de réussir avec le nom et la famille de Ptolémée ; et ils encerclèrent Mithridate près du lac, entre le fleuve et les marais, et écrasèrent ses troupes. César ne les poursuivit pas, par crainte de tomber dans une embuscade, mais la nuit il fit lever les voiles comme s’il se dépêchait vers une bouche du Nil, et il fit allumer un énorme feu sur chaque navire, pour faire savoir qu’il était là. D’abord il commença par s’éloigner, puis après avoir éteint les feux, il fit demi-tour, se dirigea, passant à côté de la ville, vers la péninsule du côté libyen, où il décida de débarquer ; et là il fit descendre les soldats, fit le tour du lac, et tomba tout à coup sur les Égyptiens à l’aube. Ils en furent tellement consternés qu’ils lui firent des propositions de paix, mais comme il refusa leurs demandes, une bataille féroce s’engagea où il remporta la victoire et tua un grand nombre d’ennemis. Ptolémée et quelques autres essayèrent en hâte de s’échapper à travers le fleuve, et ils y périrent.

44[modifier]

Voilà comment César s’empara de l’Égypte. Cependant, il ne l’assujettit pas pour les Romains, mais la donna à Cléopâtre, pour sa position bienveillante durant le conflit. Cependant, craignant que les Égyptiens ne se rebellent de nouveau, parce qu’on mettait à leur tête une femme, et que le Romains ne soient irrités du fait qu’il vivait avec cette femme, il ordonna qu’elle épouse son autre frère, et donna le royaume aux deux, du moins nominalement. En réalité Cléopâtre possédait seule le pouvoir, puisque son mari était toujours un enfant, et en raison de la faveur de César elle pouvait tout se permettre. C’est pourquoi sa vie avec son frère et le partage du pouvoir avec lui étaient un simulacre qu’elle accepta, alors qu’en vérité elle régnait seule et passait tout son temps avec César.

Comment César bat Pharnace[modifier]

45[modifier]

Elle l’aurait encore gardé plus longtemps en Égypte ou bien serait partie immédiatement avec lui à Rome, si non seulement Pharnace n’avait pas éloigné César de l’Égypte, vraiment contre sa volonté, mais aussi empêché de se hâter vers l’Italie. Ce roi était un fils de Mithridate et régnait sur le Bosphore Cimmérien, comme on l’a dit ; il conçut le désir de reprendre de nouveau le royaume entier de ses ancêtres, et ainsi se révolta-t-il juste au moment de la querelle entre César et Pompée, et, pendant que le Romains avaient se battaient entre eux et qu’ensuite ils combattaient en Égypte, il prit possession de la Colchide sans difficulté, et en l’absence de Déjotarus il s’empara de toute l’Arménie, et d’une partie de la Cappadoce, ainsi que de quelques villes du Pont qui avaient été assignées à la province de Bithynie.

46[modifier]

Pendant que Pharnace agissait ainsi, César ne bougea pas lui-même, parce que l’Égypte n’était pas encore pacifiée et qu’il espérait l’emporter sur Pharnace par d’autres ; et il envoya Gnaeus Domitius Calvinus, lui assignant la charge de l’Asie et de {lacune}… légions. Cet officier ajouta à ses forces celles de Déjotarus et d’Ariobarzane et marcha directement contre Pharnace, qui était à Nicopolis, ville qu’il avait déjà prise ; et plein de mépris pour son ennemi, parce que ce dernier, craignant son arrivée, avait, par des ambassadeurs, donné son accord à une trêve, il refusa celle-ci, mais l’attaqua et fut vaincu. Ensuite il se retira en Asie, puisqu’il n’avait plus de forces pour attaquer et que l’hiver approchait. Pharnace en devint présomptueux, et après avoir acquis tout le reste du Pont, il prit aussi Amisos, bien quelle se soit longtemps défendue ; il pilla la ville et passa au fil de l’épée tous les hommes en âge d’être soldats. Il se dirigea alors vers la Bithynie et l’Asie caressant les mêmes espoirs que son père. A ce moment, apprenant que Asander, qu’il avait laissé comme gouverneur du Bosphore, s’était révolté, il renonça à aller plus loin. En effet, dès qu’Asander avait apprit que Pharnace s’éloignait de lui, et qu’il pouvait prospérer temporairement, il ne voulut pas attendre plus et se révolta, pensant de ce fait faire une faveur aux Romains et recevoir d’eux la souveraineté sur le Bosphore.

47[modifier]

Apprenant la nouvelle Pharnace s’élança contre lui, mais en vain ; ayant appris que César était en route et se hâtait vers l’Arménie, il fit demi-tour et le rencontra près de Zela. Maintenant que Ptolémée était mort et que Domitius était vaincu, César décida que le fait de rester en Égypte ne lui amenait plus ni profit ni honneur, leva le camp et vint à la hâte en Arménie. Et alors le barbare, alarmé et craignant la rapidité de César beaucoup plus que son armée, lui envoya des messages avant qu’il n’arrive, en lui faisant de nombreuses propositions pour voir s’il pouvait d’une façon ou d’une autre échapper au danger. Un des principaux arguments qu’il donnait c’était qu’il n’avait pas soutenu Pompée, et il espérait amener César à conclure une trêve, en particulier parce que ce dernier était impatient d’aller en Italie et en Afrique ; et une fois que César y serait, il espérait faire la guerre de nouveau à son aise. César soupçonna tout cela, et aussi traitant la première et la deuxième ambassades avec grande bonté, parce qu’il ne pouvait attaquer ses ennemis aussi inopinément en raison de ses espoirs de paix ; mais quand la troisième députation arriva, il lui fit le reproche d’avoir abandonné Pompée, son bienfaiteur. Alors il ne tarda plus, et immédiatement, le jour même où il arriva, il engagea le combat. Il y eut un peu de confusion provoquée par la cavalerie ennemie et les porteurs de faux, mais il remporta la victoire grâce à ses troupes lourdement armées. Pharnace s’échappa par mer et plus tard essaya de forcer le passage dans le Bosphore, mais Asander le repoussa et le tua.

48[modifier]

César ne fut pas peu fier de cette victoire, — en fait, plus que de toute autre, quoique ce ne fût pas la plus brillante, — parce que le même jour et à la même heure, il était venu chez l’ennemi, il l’avait vu, et il l’avait vaincu. Tout le butin (et il y en avait beaucoup) il le donna à ses soldats, et il installa un trophée pour contrebalancer celui que Mithridate avait dressé plus tôt dans la région pour commémorer la défaite de Triarius. Il n’osa pas détruire celui des barbares, parce qu’il était consacré aux dieux de la guerre, mais par la construction de son propre propre trophée il éclipsa et dans un sens renversa l’autre. Ensuite il récupéra tout le territoire qui appartenait aux Romains et à ceux qui avaient signé un traité avec eux et que Pharnace avait pris, et rendit tout aux personnes qui avaient été dépossédées, sauf une partie de l’Arménie, qu’il donna à Ariobarzane. Les habitants d’Amisos, il les récompensa en leur donnant la liberté, et à Mithridate le Pergamien il donna une tetrarchie en Galatie et le titre du roi et lui permit de faire la guerre contre Asander, pour qu’en le dominant, il puisse obtenir aussi le Bospore, puisqu’Asander s’était montré indigne de son amitié.

Comment César revient à Rome et y règle les problèmes[modifier]

49[modifier]

Après avoir accompli cela et ordonné à Domitius de s’occuper du reste il passa en Bithynie et de là en Grèce, d’où il partit pour l’Italie, rassemblant tout au long de grandes sommes d’argent chez tout le monde, et sous n’importe quel prétexte, juste comme avant. D’abord, il exigea tout ce qu’ils avaient précédemment promis à Pompée, et ensuite, il demanda encore plus, provenant d’autres sources, donnant divers arguments pour justifier son action. Il enleva toutes les offrandes d’Héraclès à Tyr, parce que les habitants avaient reçu l’épouse et le fils de Pompée lors de leur fuite. Il reçut également de nombreuses couronnes d’or des potentats et des rois en l’honneur de ses victoires. Il fit tout cela non par méchanceté, mais parce qu’il avait de grands besoins et qu’il avait l’intention de dépenser encore plus pour ses légions, son triomphe, et tout ce qui satisferait encore à sa fierté. Bref, il se comporta en collecteur d’argent, déclarant qu’il y avait deux choses qui créaient, protégeaient et accroissaient le pouvoir : les soldats et l’argent, et que ces deux choses dépendaient l’une de l’autre. C’était, disait-il, par l’approvisionnement que les armées restaient soudées, et cet approvisionnement se faisait par les armes ; et si l’un manquait, l’autre aussi allait à sa perte.

50[modifier]

Voila ce qu’il disait et pensait à ce sujet. Alors c’est vers l’Italie qu’il se hâta et non vers l’Afrique, bien que cette dernière région lui soit devenue hostile, parce qu’il avait appris les émeutes dans la capitale et il craignait qu’elles puissent atteindre des sommets dangereux. Néanmoins, comme je l’ai dit, il ne fit aucun mal à personne, sauf que là aussi, il s’empara de grandes quantités d’argent, soit sous forme de couronnes et de statues et d’autres choses semblables qu’il reçut en cadeaux, et soit "en empruntant," comme il le disait, non seulement à différents citoyens mais également aux villes. Le terme "emprunter" s’appliquait à des prélèvements d’argent faits sans aucun prétexte valable ; il exigeait ces sommes de façon autoritaire et avec autant de force que l’argent qu’on lui devait réellement, et il avait l’intention de ne jamais les rembourser. Il prétendait, en effet, qu’il avait dépensé ses biens privés pour le bien public et que c’était pour cela qu’il empruntait. C’est pourquoi quand la multitude exigea une annulation des dettes, il ne leur accorda pas, en disant : "Moi aussi, j’ai de grandes dettes." Il était facile à voir qu’il voulait accaparer ce qui appartenait aux autres par sa position de suprématie, et c’est pour cela que ses associés et les autres le détestaient. Ces hommes, qui avaient acheté la majeure partie des propriétés confisquées, dans certains cas pour plus que leur valeur réelle, dans l’espoir de les garder sans rien payer pour elles, maintenant étaient obligés de payer le prix fort.

51[modifier]

Mais il ne portait aucune attention à ces personnes. Néanmoins, d’un certain point il s’occupait aussi de chacun d’eux. Il fit présent à la multitude de tous les intérêts qu’elle devait pendant qu’il faisait la guerre à Pompée, et il les libéra de tout loyer pour une année, jusqu’à la somme de deux mille sesterces ; en outre il releva à leur valeur réelle (d’avant la guerre civile) l’évaluation des biens, sur lesquels, selon les lois, se faisait le recouvrement des emprunts, parce que tout était devenu beaucoup meilleur marché en raison de la grande quantité de propriétés confisquées. Par ces mesures il s’attacha le peuple ; et il s’attacha les membres de son parti et ceux qui avaient combattu pour lui de la façon suivante. Aux sénateurs il accorda des sacerdoces et des charges, à certains d’entre eux pour le reste de l’année courante et à d’autres pour l’année suivante. Car pour récompenser plus de gens, il nomma dix préteurs l’année suivante et plus de prêtres qu’il n’y en avait habituellement ; il ajouta un membre supplémentaire aux pontifes et aux augures, dont il faisait partie, et aussi aux Quindecemviri, comme on les appelait, puisqu’il désirait prendre tous les sacerdoces lui-même, comme il l’avait décrété. Les chevaliers dans l’armée, les centurions et les officiers subalternes, il se les concilia de diverses manières, particulièrement en nommant certains d’entre eux au sénat pour remplir les places de ceux qui avaient péri.

52[modifier]

Mais les légions lui donnèrent du fil à retordre ; elles avaient espéré beaucoup recevoir, et quand elles virent leurs récompenses inférieures à leur espérance, qui n’étaint pas moindre que leurs mérites, elles se révoltèrent. La plupart d’entre elles se trouvaient en Campanie, pour embarquer vers l’Afrique. Elles furent à deux doigts de tuer Salluste, qui avait été nommé préteur afin de récupérer son rang de sénateur ; et quand, après leur avoir échappé, il se rendit à Rome pour informer César de ce qui se passait, beaucoup de soldats le suivirent, n’épargnant personne sur leur chemin, mais massacrant, entre d’autres, deux sénateurs qu’elles rencontrèrent. César, dès qu’il entendit parler de leur approche, souhaita envoyer sa garde personnelle contre eux, mais craignant que celle-ci aussi s’associe à la révolte, il ne fit rien jusqu’à ce qu’ils aient atteint la banlieue. Alors qu’ils attendaient là, il leur envoya des messagers et leur fit demander ce qu’ils souhaitaient et quels étaient leurs besoins. Ils lui répondirent qu’ils le lui diraient en personne ; alors il leur permit d’entrer en ville sans armes, sauf leurs épées ; ils avaient l’habitude de porter celles-ci en ville, et ils n’auraient pas voulu s’en passer dans ces moment-là.

53[modifier]

Ils lui racontèrent de long en large les durs travaux et les dangers qu’ils avaient subis et tout ce qu’ils avaient espéré et tout ce qu’ils prétendaient avoir mérité d’obtenir. Ensuite ils lui demandèrent d’être libérés du service et ils insistaient très fort sur ces point, non parce qu’ils souhaitassent retourner à la vie privée, — car ils ne le voulaient absolument pas, étant depuis longtemps accoutumés aux gains de la guerre, — mais parce qu’ils pensaient ainsi faire peur à César et obtenir tout ce qu’ils voulaient, puisque son invasion projetée de l’Afrique était proche. Cependant il ne leur donna aucune réponse à leurs demandes, mais il dit seulement : "Ce que vous avez dit, Quirites, est exact ; vous êtes naturellement fatigués et criblés de blessures," et alors aussitôt il les congédia tous comme s’il n’avait plus besoin d’eux, en promettant de les récompenser complètement pour le service accompli. À ces mots ils se mirent à avoir peur de son intention en général et en particulier parce qu’il les avait appelés Quirites au lieu de Soldats ; et humiliés et craignant d’être sévèrement punis, ils changèrent d’avis et s’adressèrent à lui en le suppliant, lui promettant de se joindre à son expédition en tant que volontaires et de mener la guerre seuls. On en était donc là et un de leurs chefs aussi, soit de sa propre initiative soit avec l’approbation de César, prit la parole et présenta quelques demandes en leur nom : il répondit : "Je vous libère, vous tous qui êtes présents ici et tous ceux dont les années du service ont expiré ; je n’ai vraiment plus besoin de vous. Mais néanmoins je vous payerai les récompenses, pour que personne ne puisse dire qu’après vous avoir fait courir des dangers, je me sois après montré ingrat, même si vous n’avez pas voulu vous joindre à ma campagne alors que vous étiez parfaitement capables physiquement et capables de gagner toutes les guerres qui restent."

54[modifier]

Ce qu’il dit n’était qu’un effet de style car ils lui étaient tout à fait indispensables. Il leur assigna alors toute la terre des exploitations publiques et les siennes en propre, les plaçant en différents endroits, et les éloignant les uns des autres, pour qu’ils ne puissent, en vivant quelque part ensemble, être une source de terreur à leurs voisins ou, encore, être prêts à se rebeller. Quant à l’argent qu’il leur devait, — et la veille de presque tous les combats il leur avait promis de leur donner de fortes sommes, — il leur offrit de payer une partie immédiatement et de solder le compte pour le reste avec intérêt dans un proche avenir. Quand il eut dit cela et qu’il les eut domptés au point qu’ils ne montraient plus aucun signe de révolte mais qu’au contraire ils en arrivaient à exprimer leur gratitude, il ajouta : "Vous avez tout ce que je vous dois, et je ne contraindrai aucun de vous à faire campagne plus longtemps. Si, cependant, quelqu’un souhaite de sa propre initiative m’aider à accomplir le reste, je le recevrai avec plaisir." En entendant cela, ils furent remplis de joie, et tous ensemble s’offrirent à le servir encore.

55[modifier]

César écarta les meneurs, — certainement pas tous, mais ceux qui étaient assez bons pour connaître le travail de la ferme et en vivre, — et il garda les autres. Il aussi fit de même avec le reste de ses soldats : ceux qui étaient trop intrépides et qui causaient de sérieux ennuis, il les éloigna de l’Italie, parce qu’il ne pouvait pas les laisser là commencer une insurrection ; et il prit grand plaisir à les épuiser en Afrique sous divers prétextes, car en même temps il détruisait ses ennemis par leurs efforts et il se débarrassait aussi d’eux. Bien qu’il fût le meilleur des hommes et qu’il montrât beaucoup de gentillesse non seulement envers les citoyens en général mais en particulier envers ses soldats, il détestait amèrement ceux parmi eux qui se révoltaient et les punit avec une extrême sévérité. Voilà ce qu’il fit cette année où il régna vraiment seul comme dictateur pour la deuxième fois, cependant on dit que Calenus et Vatinius, furent désignés consuls vers la fin de l’année.

Comment César mène une expédition en l’Afrique[modifier]

56[modifier]

Il partit alors vers l’Afrique, bien que on fût en hiver. Et il remporta des succès non négligeables grâce à cela, en attaquant ses adversaires inopinément. En toutes occasions, en effet, il gagna par sa rapidité et par ses mouvements inattendus, de sorte que si on essaie de voir comment il fut tellement supérieur dans l’art de la guerre à ses contemporains, on ne trouverait en réfléchissant rien de plus saisissant que cette caractéristique. A cette époque l’Afrique n’était déjà pas acquise à César, et après la mort de Curion elle lui devin complètement. Varus et Juba étaient en charge des affaires, et en outre Caton, Scipion et leurs partisans s’y étaient réfugiés, comme je l’ai dit. Après avoir fait cause commune dans la guerre, ils continuèrent leurs préparatifs par voie de terre, et firent aussi des incursions par mer sur la Sicile et la Sardaigne, harcelant leurs villes et enlevant leurs bateaux, grâce auxquels ils obtinrent un approvisionnement abondant en armes et en fer sous d’autres formes, matériaux qui leur manquaient. Finalement ils atteignirent un tel stade de préparation et de courage que, comme aucune armée ne s’opposait à eux et que César était retardé en Égypte et à Rome, ils envoyèrent Pompée en Espagne. Ils avaient appris que le pays s’était révolté et ils pensèrent que le peuple le recevrait avec plaisir en tant que fils de Pompée le Grand ; et tandis qu’il se préparait à occuper l’Espagne en peu de temps et de là marcher vers Rome, les autres se préparaient à voguer vers l’Italie.

57[modifier]

Il prirent d’abord un léger retard, en raison d’un conflit entre Varus et Scipion au sujet du commandement, car le premier était depuis plus longtemps à la tête de ces régions, et Juba également, remonté par sa victoire, exigeait la première place en raison de celle-ci. Mais Scipion et Caton, qui de loin les surpassaient en valeur et en astuce, conclurent un accord et mirent de leur côté les autres, en les persuadant de tout confier à Scipion. Caton, qui devait commander sur un pied d’égalité avec lui, ou même seul, refusa, d’abord, parce qu’il pensait que c’était très funeste en de telles circonstances, et ensuite, parce qu’il avait une position officielle inférieure à Scipion. Il considérait que dans les affaires militaires encore plus qu’ailleurs, il était très important que le commandant ait une préséance légale sur les autres, et c’est pourquoi il refusa volontairement le commandement et en outre livra à Scipion toutes les armées qu’il avait amenées. Ensuite Caton intercéda au nom d’Utique, qui était suspectée de favoriser la cause de César et qu’on voulait détruire à cause de cela, et on lui donna la ville à garder, et toute la région et la mer du avoisinante furent confiées à sa protection. Les autres régions furent régies par Scipion en temps que commandant en chef. Son nom était une source de force à tous ceux qui l’accompagnaient, parce que par un étrange pressentiment peu raisonnable on croyait qu’aucun Scipion ne pouvait rencontrer le malheur en Afrique.

58[modifier]

César apprit cela et vit que ses propres soldats également étaient persuadés qu’il en était ainsi et de ce fait avaient peur ; il prit dans sa suite un homme de la famille des Scipions qui portait ce nom (on le connaissait autrement sous le nom de Salutio), et il partit pour Hadrumète, puisque les environs d’Utique étaient sévèrement gardés ; et comme son arrivée en hiver était inattendue, il échappa à la surveillance de l’ennemi. Quand il quitta son navire, il lui arriva un accident qui aurait pu être considéré pour son expédition comme un mauvais présage provenant du ciel, mais qu’il transforma néanmoins en bon présage. Juste comme il mettait pied à terre, il glissa, et les soldats, le voyant tomber sur la face, furent démoralisés et dans leur chagrin se mirent à crier ; César, cependant, garda sa présence d’esprit, et tendant les mains comme s’il avait fait exprès de tomber, il enlaça et embrassa le sol, en criant : "Afrique, je te possède ! " Sur quoi il attaqua Hadrumète, mais fut repoussé et carrément chassé de force de son camp. Alors il changea de position, alla vers une autre ville appelée Ruspina, fut accueilli par les habitants, y établit ses quartiers d’hiver et décida de continuer la guerre à partir de cette base.


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