Histoire romaine (Dion Cassius)/Livre XLIII

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(46 à 44 av. J.-C.)
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Comment Scipion et Juba furent vaincus par César[modifier]

Voilà ce que fit alors César. L’année suivante il devint en même temps dictateur et consul, obtenant chacune de ces charges pour la troisième fois, et avec Lépide comme collègue des deux côtés. Après avoir été nommé pour la première fois dictateur par Lépide, il l’avait envoyé juste après sa préture en Espagne Citérieure ; et à son retour il l’honora du triomphe, alors que Lépide n’avait remporté aucune bataille sur l’ennemi ni même essayé de combattre, mais il prétexta qu’il était présent lors des exploits de Longinus et de Marcellus. C’est pourquoi en vérité il ne ramena rien chez lui, sauf l’argent dont il avait dépouillé les alliés. César en plus d’avoir honoré Lépide de ces honneurs, le choisit plus tard comme collègue dans les deux charges mentionnées plus haut.

Durant leur charge, les habitants de Rome furent effrayés par des prodiges ; on avait vu un loup dans la ville, et un porc était né ressemblant à un éléphant hormis ses pieds. En Afrique, Petreius et Labienus, ayant attendu que César sorte des villages pour chercher du grain, repoussèrent sa cavalerie, qui n’avait pas encore complètement récupéré de la traversée en mer, sur l’infanterie avec l’aide des Numides ; et il y eut grande confusion dans les rangs, beaucoup de soldats furent tués dans des combats corps à corps. Et ils auraient également décimé tous les autres, qui s’étaient regroupés sur un tertre, s’ils n’avaient pas été eux-mêmes criblés de blessures. Néanmoins, cette action alarma beaucoup César. Considérant la manière dont il avait été retenu par quelques uns, et s’attendant aussi à l’arrivée de Scipion et de Juba avec toutes leurs forces (c’est ce qu’on lui avait rapporté), il fut dans un grand embarras et ne savait quel avis adopter. Il ne pouvait pas conclure la guerre d’une manière satisfaisante ; et il voyait que rester au même endroit était périlleux en raison du manque de vivres, même si l’ennemi se retirait, et partir était impossible, avec un ennemi le pressant sur terre et sur mer. Cela lui faisait perdre courage.

Il en était encore là quand un certain Publius Sittius (on devrait plutôt le nommer la Providence) lui apporta en même temps le salut et la victoire. Cet homme avait été exilé d’Italie, et emmenant avec lui un quelques autres exilés et passant en Mauritanie, il avait rassemblé des troupes et avait servi de général sous Bocchus ; et bien qu’il n’eût jamais auparavant reçu aucun bienfait de César, et qu’il ne le connût pas du tout, il s’engagea à l’assister dans la guerre et à l’aider à surmonter ses difficultés présentes. Mais il n’alla pas porter secours à César lui-même, parce qu’il avait appris qu’il était trop loin et qu’il jugeait qu’on son aide lui serait de peu de valeur, parce qu’il n’avait pas encore beaucoup de troupes, mais au lieu de cela il attendit que Juba parte en expédition, et alors il envahit la Numidie, et la harcela ainsi que la Gétulie (une partie du territoire de Juba) avec une telle violence que le roi renonça à ses dispositions et fit demi tour au milieu de sa marche avec la majeure partie de son armée ; il envoya également le reste à Scipion en même temps. On peut en conclure que si Juba n’avait pas eu ces ennuis, César n’aurait jamais pu résister aux deux. En effet, il n’osait même pas en venir aux mains avec Scipion seul au début, parce qu’il avait grande crainte des éléphants, en partie à cause de leurs capacités au combat, mais surtout parce qu’ils continuaient à mettre la confusion dans sa cavalerie.

C’est pourquoi, tout faisant garder son camp le plus strictement qu’il le pouvait, il fit venir d’Italie des soldats et des éléphants. Il ne comptait pas certainement sur ces derniers pour accomplir des exploits militaires, mais il voulait que les chevaux, en s’accoutumant à leur vue et leurs bruit, apprennent à ne plus avoir peur devant ceux de l’ennemi. A ce moment les Gétuliens le rejoignirent, ainsi que certains de leurs voisins, en partie à cause des Gétuliens (ils avaient entendu dire que ces derniers avaient été fort honorés), et en partie en souvenir de Marius, puisque César était son parent. Une fois ces choses accomplies et ses renforts enfin arrivés d’Italie, malgré les retards et les danger dus à l’hiver et à l’ennemi, il ne chôma, mais, au contraire, il s’empressa de reprendre la lutte, afin de maîtriser Scipion avant l’arrivée de Juba. Il se dirigea contre lui vers une ville appelée Uzitta, où il prit ses quartiers sur une hauteur surplombant la ville et le camp de l’ennemi, après y avoir délogé ceux qui la tenaient. Et quand Scipion l’attaqua, il le repoussa à partir de cette hauteur, et en chargeant ses arrières avec sa cavalerie et lui provoqua quelques dommages. Ainsi maintint cette position et la fortifia ; et il prit également une autre colline de l’autre côté de la ville en y battant Labiénus ; après quoi il entoura d’un mur la place entière. Scipion craignant que sa propre puissance ne soit dépensée trop tôt, ne risqua plus de bataille contre César mais continua à envoyer des messagers à Juba ; comme ce dernier ne répondait pas, Scipion promit de lui faire présent de tout le territoire que le Romains possédaient Afrique. Juba alors nomma d’autres chefs pour les opérations contre Sittius et il se dirigea en personne vers César.

Pendant ce temps César essayait de toutes les manières possible d’engager le combat avec Scipion. Comme il n’y arrivait pas, il fit des ouvertures amicales aux soldats de celui-ci, et leur fit distribuer des brochures, dans lesquelles il promettait aux indigènes de garder leurs possessions indemnes et aux Romains de leur accorder le pardon et les mêmes avantages qu’il avait offerts à ses partisans. Ainsi il en rallia beaucoup. Scipion de son côté fit circuler des brochures semblables et des offres verbales chez ses adversaires, en vue de les gagner à lui ; mais il ne parvint pas à les faire changer de camps. Cela ne venait pas du fait que les gens n’auraient pas choisi sa cause s’il avait fait une offre semblable à celle de César ; cela venait plutôt du fait qu’il ne leur promettait aucun avantage, mais simplement les pressait de libérer les romains et le sénat. Et ainsi, comme il leur proposait des belles choses en parole plutôt que des avantages immédiats, il n’obtint rien d’eux.

Tant que Scipion resta seul dans son camp, les affaires en restèrent là, mais quand Juba arriva, la situation changea. Ils essayèrent d’amener leurs adversaires à engager le combat, et comme ils refusaient, ils les harcelèrent ; et avec leur cavalerie ils infligèrent de sérieux dommages à ceux qui s’éloignaient du camp. Mais César n’était pas disposé à en venir aux mains. Il empêcha leurs fortifications, donna une stricte ration à ses troupes, et continua faire venir d’autres forces de Rome. Celles-ci arrivèrent avec beaucoup de retard et de difficultés, parce qu’elle n’étaient pas toutes ensemble, mais étaient rassemblées graduellement et on manquait de bateaux pour les transporter. Quand finalement elles arrivèrent et qu’il les eut ajoutées à son armée, il reprit courage une fois de plus et emmenant ses forces contre l’ennemi, il les rangea devant les fossés. Voyant cela, ses adversaires se rassemblèrent à leur tour, mais n’engagèrent pas la bataille. Ceci continua plusieurs jours. Sauf de brèves escarmouches de cavalerie, après lesquelles ils se retireraient, ni l’un ni l’autre côté ne risqua un mouvement digne de ce nom.

C’est pourquoi quand César s’aperçut qu’en raison de la nature du terrain il ne pouvait les forcer à engager une bataille à moins qu’ils ne l’aient choisi, il partit pour Thapsos, pour pouvoir soit les attaquer, s’ils venaient en aide à la ville, soit du moins s’emparer de l’endroit, s’ils les laissaient à leur destin. Thapsos est située sur une sorte de péninsule, avec la mer qui s’étend d’un côté et un lac de l’autre ; l’isthme entre les deux est si étroit et marécageux qu’on n’atteint la ville que par deux routes : c’est un petit chemin à l’écart, courant le long des deux côtés du marais près du rivage. Sur cette route conduisant à la ville César, s’avançant à l’endroit le plus étroit, fit creuser un fossé et ériger une palissade. Les habitants ne lui firent aucun ennui, car ils n’étaient pas en guerre contre lui ; mais Scipion et Juba se mirent à leur tour à murer le goulot de l’isthme, là où il se termine au continent, en élevant des palissades et en creusant des fossés des deux côtés.

Ils engagèrent ces travaux et avançaient tous les jours (pour pouvoir construire les murs plus tranquillement, ils avaient placé les éléphants le long de la partie non encore protégée par un fossé et que, de ce fait, l’ennemi pouvait attaquer facilement, alors que tous travaillaient sur le reste), quand César attaqua soudainement les hommes qui étaient avec Scipion, et utilisant de loin des frondes et des flèches il jeta une grande confusion parmi les éléphants. Et pendant qu’ils battaient en retraite non seulement il le poursuivit, mais tomba sur les ouvriers inopinément et les mit en déroute ; et quand ils se sauvèrent vers leur camp, il se jeta sur eux et les captura sans coup férir. En voyant cela Juba fut tellement surpris et terrifié qu’il n’essaya pas de résister ni de garder le camp ; mais il se sauva et se hâta de rentrer chez lui. Et comme personne ne le recevait, d’autant plus que Sittius avait déjà fait taire toute opposition, Juba, désespérant de sa sûreté, combattit individuellement contre Petreius, qui n’avait non plus aucun espoir de pardon, et c’est ainsi qu’ils se suicidèrent tous les deux.

Comment les Romains s’emparèrent de la Numidie[modifier]

Juste après la fuite de Juba, César, prit la palissade et fit un grand carnage de tous ceux qui étaient sur son chemin, n’épargnant même pas ceux qui voulaient se joindre à lui. Après il signa des traités avec les autres villes, ne rencontrant aucune opposition ; et s’emparant des Numides, il les soumit, et les donna à Salluste, en théorie pour les gouverner, mais en pratique pour les dévaster et les piller. En cette occasion cet officier se fit corrompre, confisqua beaucoup de biens, de sorte qu’il fut non seulement accusé mais il encourut le pire déshonneur, et alors que dans les livres qu’il a écrits, il fait des nombreuses remarques amères contre ceux qui ont escroqué les autres, il ne mit pas en pratique ce qu’il prêchait. C’est pourquoi, même s’il fut complètement disculpé par César, pourtant dans son histoire, comme sur une tablette, l’homme lui-même a vraiment gravé sa propre condamnation. Voilà ce qui se passa. Dans les districts de Libye, la région qui entoure Carthage, que nous appelons aussi l’Afrique, s’appelait la vieille province, parce qu’elle était soumise depuis longtemps subjuguée, tandis que la région des Numides s’appelait la nouvelle province, parce qu’elle venait d’être prise. Scipion, qui s’en était sorti du combat, trouva un navire et fit voile pour rejoindre Pompée en Espagne. Mais il fut rejeté à terre en Mauritanie, et par crainte de Sittius il se suicida.

Comment Caton se suicida[modifier]

10[modifier]

Comme beaucoup de gens avaient cherché refuge chez lui, Caton s’était dans un premier temps préparé à prendre les affaires en main et à résister à César le mieux qu’il le pouvait. Mais les habitants d’Utique n’étaient déjà pas hostiles à César, et maintenant qu’ils le voyaient victorieux, ils n’écoutaient plus Caton ; et les membres du sénat et les chevaliers qui étaient présents par peur d’être arrêtés par celui-ci, pensaient s’enfuir. Caton de son côté ne se décidait pas à faire la guerre contre César (il en était incapable de toute façon), ni de passer de son côté. Ce n’était pas qu’il eut peur, puisqu’il savait bien que César voulait l’épargner pour sa réputation d’humanité ; mais à cause de cela il aimait passionnément la liberté, et il ne voulait être vaincu par personne ; et il considérait la pitié de César comme pire que la mort. C’est pourquoi il convoqua l’ensemble des citoyens qui étaient présents, demanda à chacun où il avait l’intention d’aller, les fit partir avec des provisions pour leur voyage, et ordonna à son fils de se rendre chez César. Le jeune homme lui demanda : "Pourquoi donc ne le fais-tu pas aussi ? " Il répondit : "Moi, qui ai été élevé dans la liberté, avec le droit à la parole, je ne peux en vieillissant changer et apprendre à la place l’esclavage ; mais toi, qui es né et as été élevé dans cette condition, tu peux servir la divinité qui préside tes destins."

11[modifier]

Après cela, il fit aux habitants d’Utique un exposé de son administration et leur rendit les fonds publics qu’il avait en surplus, et ceux qu’il avait reçu d’eux et il souhaita quitter la vie avant l’arrivée de César. Il ne le fit pas de jour, parce que son fils et d’autres autour de lui le surveillaient ; mais quand la soirée vint, il glissa secrètement un poignard sous son oreiller, et demanda le livre de Platon sur l’Âme. Il fit cela soit pour essayer de détourner les soupçons des gens présents, pour qu’on le surveille le moins possible, soit dans le désir d’obtenir une consolation sur la mort en lisant ce livre. Quand il en eut fini la lecture, aux environs de minuit, il s’empara du poignard, et se l’enfonça dans le ventre. Il serait mort immédiatement d’hémorragie, s’il n’était pas tombé du lit en faisant du bruit et n’avait réveillé ceux qui montaient la garde devant sa porte. Alors son fils et quelques autres se précipitèrent à l’intérieur et lui remirent les entrailles dans le ventre, et lui apportèrent une assistance médicale. Ils emportèrent le poignard et fermèrent les portes à clef, pour qu’il puisse dormir en paix ; ils ne pensaient pas qu’il puisse trouver une autre façon de mourir. Mais il s’enfonça les mains dans la blessure et brisa les points de suture, et c’est ainsi qu’il mourut. Ainsi Caton, qui fut le plus grand démocrate et le plus grand humaniste de son temps, acquit aussi une grande renommée par sa mort elle-même et obtint le titre d’Uticensis, parce qu’il était mort de cette façon à Utique, et parce qu’il y fut enterré en grande pompe par les habitants.

12[modifier]

César déclara qu’il était fâché contre lui, parce que Caton avait méprisé la gloire d’être sauvé par lui, et il libéra son fils et les la plupart des autres, selon son habitude ; ils vinrent à lui d’eux-mêmes, certains immédiatement, et d’autres plus tard, attendant pour l’approcher que sa colère soit apaisée. Ainsi ils furent épargnés ; mais Afranius et Faustus ne voulurent pas se rendre, car ils étaient sûrs d’être mis à mort : ils s’enfuirent en Mauritanie, où ils furent capturés par Sittius. César les fit mettre à la mort, comme captifs, sans procès ; pour ce qui est de Lucius Caesar, bien qu’il soit de sa famille et qu’il fût venu volontairement en suppliant, mais, comme celui-ci lui avait fait la guerre partout, il lui offrit un procès, pour pouvoir le condamner sous couvert de la loi, et ensuite, comme il lui répugnait de le mettre à mort de vive voix, il remit le procès à plus tard, mais ensuite il le fit tuer secrètement.

13[modifier]

Quant à ses propres partisans dont iols se méfiait, il en laissa volontairement certains aux mains de l’ennemi et en envoya d’autres mourir au milieu du combat des mains de leurs propres camarades. Comme je l’ai dit, il n’attaquait pas ouvertement ceux qui l’avaient blessé, mais quand il ne pouvait pas les poursuivre de façon plausible il les mettait tranquillement à l’écart dans une charge obscure. A ce moment il brûla sans les lire tous les documents qu’on trouva dans les coffres privés de Scipion, et parmi ceux qui combattirent contre lui, il en épargna beaucoup à leur propre demande, et beaucoup d’autres aussi à la demande de leurs amis. Comme je l’ai dit, il permit toujours à chacun de ses soldats et à des amis de plaider la cause d’une homme. Et fait il aurait voulu épargner Caton aussi ; il avait conçu une telle admiration pour lui que quand Cicéron, plus tard, écrivit un éloge de Caton, il n’en fut pas du tout vexé, bien que Cicéron ait fait la guerre aussi contre lui, mais il écrivit simplement écrit un court traité intitulé l’Anti-Caton.

Comment César rentra à Rome, et célèbra son triomphe et fit d’autre choses[modifier]

14[modifier]

Juste après ces événements avant de rentrer en l’Italie César se débarrassa des plus âgés de ses soldats de crainte qu’ils ne se révoltent de nouveau. Il prit d’autres dispositions en Afrique le plus rapidement possible et partit pour la Sardaigne avec sa flotte entière. De là il envoya les troupes licenciées avec Gaius Didius en Espagne contre Pompée, et lui-même rentra à Rome, fier surtout de ses exploits, mais aussi des décrets du sénat. Celui-ci avait voté d’offrir des sacrifices pour sa victoire pendant quarante jours, et lui avait accordé la permission de monter, dans le triomphe qu’ils avaient déjà voté pour lui, un char tiré par des chevaux blancs et d’être accompagné de tous les licteurs qu’il avait alors, et par tous les autres qu’il avait utilisé dans sa première dictature, ainsi que par tous ceux qu’il avait eu lors de sa seconde. En outre, il le nomma inspecteur (épistate) de la conduite de chaque homme (c’est le nom qu’on lui donna, comme si le titre du censeur n’étaient pas digne de lui) pendant trois ans, et dictateur pour dix ans de suite. Il vota qu’il pourrait s’asseoir dans le sénat sur la chaise de curule avec les consuls successifs, et pourrait donner son avis le premier, qu’il donnerait le signal lors de tous les jeux du cirque, et qu’il aurait le droit de nommer les magistrats et qu’il recevrait tous les honneurs que le peuple avait auparavant l’habitude de lui donner. Et on décréta que son char serait placé sur le Capitole face à la statue de Jupiter, qu’une statue de lui en bronze serait élevée sur une représentation du monde habité, avec une inscription proclamant qu’il était un demi-dieu, et qu’on devait inscrire son nom sur le Capitole à la place de celui de Catulus pour la raison qu’il avait achevé ce temple à propos duquel il avait demandé à Catulus de rendre des comptes. Ce sont les seules mesures que je rapporte, non parce ce furent les seules qui furent votées, — car un grand nombre de mesures furent proposées et bien sûr passèrent, — mais parce qu’il refusa les autres, tandis qu’il accepta ces dernières.

15[modifier]

Quand ces décrets furent adoptés, il rentra à Rome, et voyant que les gens étaient effrayés de sa puissance, se méfiaient de son arrogance et donc s’attendaient à souffrir beaucoup de maux terribles comme cela s’était passé auparavant, et se rendant compte que qu’ils avaient voté ces honneurs exagérés par flatterie et non par reconnaissance, il essaya de les réconforter et de leur redonner de l’espoir en prononçant ce discours au sénat : "Qu’aucun de vous, Pères conscrits, ne suppose que je ferai des déclarations dures ou des actes cruels simplement parce que je suis le vainqueur et que je peux dire ce qui me plaît sans avoir à rendre des comptes et faire en la pleine liberté ce que je veux. Il est vrai qu’on dit que Marius, Cinna, Sylla et pratiquement tous ceux qu’on prétend avoir triomphé des factions opposées à eux ont fait beaucoup de bonnes choses au commencement de leur carrière, avec comme principal résultat d’attirer beaucoup de gens de leur côté. Ils ont donc obtenu, sinon leur appui actif, du moins leur abstention bienveillante ; et ensuite, après leurs conquêtes et avoir obtenu ce qu’ils voulaient, ils ont carrément changé leurs paroles et leurs actes. Mais que personne ne suppose que j’agirai ainsi. Je ne suis pas venu devant vous par le passé sous un déguisement, tout en ayant en réalité une nature différente, pour maintenant que cela m’est permis devenir présomptueux dans la sécurité actuelle ; et je ne suis pas devenu ni assez euphorique ni assez bouffi d’orgueil à cause de ma grande bonne fortune pour désirer jouer aussi au tyran — il me semble que ces deux choses, ou du moins l’une des deux, sont arrivées aux hommes dont je viens de parler. Non, je suis par nature le même homme que vous avez toujours connu — mais pourquoi entrer dans des détails et devenir offensant en me louant moi-même ? — et moi je ne voudrais pas insulter la fortune, mais plus j’apprécie ses faveurs, moins je veux en user. Je n’ai pas d’autre motif dans mes efforts de préserver un si grand pouvoir et de l’augmenter pour punir tous les ennemis actifs et pour avertir tout ceux de l’autre faction, que de pouvoir tenir le rôle d’un homme sans danger et obtenir la prospérité avec l’honneur.

16[modifier]

En général il n’est ni noble ni juste pour un homme d’être accusé de faire les choses qu’il reprochait à ceux qui n’étaient pas de son opinion ; et je ne voudrais jamais être considéré comme quelqu’un qui imite leurs actes, et qui ne leur diffère seulement par la réputation de ma victoire complète. Celui qui doit donner plus et de plus grands avantages aux gens n’est-il pas celui qui a la plus grande puissance ? Celui qui doit le moins se tromper n’est-il pas celui qui est le plus fort ? Celui qui doit utiliser les cadeaux du ciel plus raisonnablement n’est-il pas celui qui en a reçu les plus grands ? Celui qui doit partager avec plus de justice les avantages actuels n’est-il pas celui qui possède la plupart d’entre eux et qui craint le plus de les perdre ? La bonne fortune perdure si elle est accompagnée du sang-froid, et l’autorité, si elle reste modérée, elle préserve tout ce qui a été acquis ; et, la plus grande chose de toutes, et aussi la plus rare chez ceux qui obtiennent le succès sans la vertu, ces choses permettent à leurs propriétaires d’être aimés réellement durant leur vie et de recevoir un éloge véritable à leur mort. Mais l’homme qui abuse avec impudence de sa puissance dans toutes les occasions ne trouve pour lui ni sympathie ni véritable sécurité, mais, on le flatte avec fausseté en public, (et secrètement on complote contre lui). Le monde entier, y compris ses partisans les plus proches, suspectent et craignent un chef qui n’est pas maître de sa propre puissance.

17[modifier]

Ce ne sont pas des sophismes que je vous raconte, mais des choses pour vous convaincre que ce que je pense et ce que je dis ne sont pas des choses dites à la légère à un moment donné, mais plutôt des convictions que dès le début je considérais appropriées et avantageuses pour moi. C’est pourquoi vous devez non seulement avoir confiance pour le présent, mais être également pleins d’espoir pour le futur, en réfléchissant que, si j’avais vraiment usé de faux prétextes, je ne aurais pas maintenant suspendu mes projets, mais je vous les aurais fait connaître ce jour même. Et je n’ai jamais pensé autrement dans le passé, comme le prouvent mes actes, et maintenant je suis plus désireux que jamais avec modération d’être, non votre maître, — non, par Jupiter ! — mais votre champion, non votre tyran, mais votre chef. Quand il faudra accomplir quelque chose qui doit être fait en votre nom, je serai consul et dictateur, mais si c’est pour blesser un de vous, je serai un simple citoyen. Je pense que je n’aurais pas dû vous le dire. Pourquoi devrais-je mettre un de vous à la mort, qui me m’a fait aucun mal, alors que je n’ai fait mourir aucun de ceux qui ont combattu contre moi, même s’ils s’étaient joints avec zèle à certains de mes ennemis, et que j’ai pris en pitié tous ceux qui m’ont résisté une fois et dans beaucoup de cas j’ai épargné même ceux qui m’ont attaqué une seconde fois ? Pourquoi est-ce que je devrais garder rancune à quelqu’un, alors que j’ai immédiatement brûlé tous les documents trouvés parmi les papiers privés de Pompée et dans la tente de Scipion, et sans les avoir lus ni copiés ? Allons, pères conscrits, unissons avec confiance nos intérêts, oubliant tous ces événements comme s’ils avaient été apportées par une force surnaturelle, et commençons à nous aimer sans soupçons comme si nous étions de nouveaux citoyens. De cette façon vous vous conduirez envers moi comme envers un père, appréciant la prévoyance et la sollicitude que je vous donnerai et ne craignant rien de désagréable, et je m’occuperai de vous comme de mes enfants, en priant que vous n’accomplissiez que les actes les plus nobles, mais en endurant forcément les limitations de la nature humaine, récompensant les bons citoyens par des honneurs appropriés et corrigeant les autres juste ce qu’il faudra.

18[modifier]

N’ayez pas peur des soldats, considérez-les seulement comme les gardiens de mon pouvoir, qui est en même temps le vôtre. Il est nécessaire de subvenir à leurs besoins pour beaucoup de raisons, mais ils seront là pour votre avantage, et non contre vous ; et ils seront contents de ce que vous leur donnez et remercieront les donateurs. La raison pour laquelle les impôts prélevés actuellement sont plus élevés que d’habitude, c’est pour que les séditieux restent tranquilles et que les vainqueurs, en recevant suffisamment d’aide, ne deviennent pas des séditieux Il est évident que je n’ai rien pris pour moi de cet argent, malgré que j’ai dépensé pour vous tout que je possédais, et que j’ai même beaucoup emprunté. Et vous pouvez voir qu’une partie des impôts a été dépensée pour les guerres et que vous avez maintenant un repos assuré ; le reste servira à orner la ville et à entretenir le gouvernement. Et c’est moi qui ai pris sur mes propres épaules la mauvaise humeur engendrée par ce prélèvement, tandis que vous en avez tous les avantages, dans les expéditions aussi bien qu’ailleurs. Nous avons toujours besoin d’armes, puisque sans elles il est impossible pour nous, qui vivons dans une si grande ville et contrôlons un si grand empire, de vivre en sécurité ; et beaucoup d’argent est d’un grand secours dans cette matière aussi bien qu’ailleurs. Cependant que personne d’entre vous ne me soupçonne de m’attaquer aux riches ou d’établir de nouveaux impôts. J’ai assez avez les revenus actuels et je suis plus impatient de chercher à apporter une contribution à votre prospérité que de vous faire du tort pour votre argent." Ces paroles devant le Sénat et devant le peuple apaisèrent d’une certaine façon leurs craintes, mais ne pouvaient les persuader tout à fait de reprendre courage tant qu’il ne confirmait pas ses promesses par des faits.

19[modifier]

Ensuite il organisa des fêtes brillantes, comme il convenait en l’honneur de victoires si nombreuses et si décisives. Il célébra des triomphes pour la Gaule, pour l’Égypte, pour Pharnace et pour Juba, en quatre parties, à quatre jours d’intervalle. La majeure partie enchanta les spectateurs, mais la vue d’Arsinoé d’Égypte, qu’il emmenait parmi les captifs, et la foule de ses licteurs et les trophées du triomphe pris sur des citoyens tombés en Afrique les contraria beaucoup. Les licteurs, à cause de leurs nombres, leur paraissaient comme une multitude la plus blessante, puisque auparavant ils n’en avaient jamais vu autant en même temps ; et la vue d’Arsinoé, une femme et considérée comme une reine, dans des chaînes, — spectacle qu’on n’avait jamais vu, du moins à Rome, — éveilla une grande commisération, et ils s’en servaient comme excuse pour déplorer leurs malheurs privés. Mais elle fut libérée en considération pour ses frères ; mais d’autres, y compris Vercingétorix, furent mis à mort.

20[modifier]

Donc le peuple fut désagréablement affecté par le spectacle dont je viens de parler, mais ils cela fut de peu d’importance devant la multitude de captifs et de l’importance des exploits de César. C’est ce qu’ils admirèrent le plus, ainsi que la bonne humeur avec laquelle il accueillit le franc-parler de ses soldats. Ceux-ci raillaient ceux d’entre eux qui avaient été nommés par lui au sénat et tous les autres défauts dont on l’accusait, et en particulier ils plaisantaient son amour pour Cléopâtre et son séjour à la cour de Nicomède, le roi de Bithynie, vu qu’il y était allé par le passé, quand il était tout jeune ; et ils déclaraient que la Gaule avait été asservie par César, mais César par Nicomède. Et à propos de tout cela ils scandaient tous ensemble que si vous faites le bien, vous serez punis, mais si vous agissez mal, vous serez roi. Ils voulaient par là montrer que si César redonnait l’autonomie au peuple (ce qui leur semblait naturellement juste), il serait jugé pour les actes qu’il avait commis en violation des lois et il serait puni ; mais s’il gardait son pouvoir, (ce qui était naturellement l’œuvre d’une personne injuste), il continuerait à gouverner seul. Mais César ne se fâchait pas de leurs paroles, au contraire il était enchanté qu’ils utilisent une telle licence envers lui : c’était une marque de confiance de leur part de savoir qu’il ne s’en irriterait pas — du moins tant que leurs blagues ne concernaient pas ses rapports avec Nicomède. Là il en fut fort vexé et cela lui fit manifestement mal ; il essaya de se défendre, niant l’affaire sous serment : il n’en fut que plus ridicule.

21[modifier]

Le premier jour du triomphe il y eut un mauvais présage : l’axe de la voiture triomphale se cassa juste en face du temple de la Fortune construit par Lucullus, de sorte qu’on dut accomplir le reste du trajet sur un autre. Et alors il monta les escaliers du Capitole sur les genoux, sans faire attention au char qui avait été consacré à Jupiter en son honneur, ou à l’image du monde habité qui se trouvait sous ses pieds, ou à l’inscription qui se trouvait sur celle-ci ; mais plus tard il fit effacer de l’inscription le terme "demi-dieu." Après le triomphe il amusa le peuple magnifiquement, lui distribuant du blé outre mesure et de l’huile. En outre à la multitude qui reçut des indemnités de pain il donna les trois cents sesterces qu’il lui avait déjà promis et plus cent en plus, et aux soldats vingt mille en une fois. mais il ne lança pas l’argent par les fenêtres, au contraire à plus d’un égard il fut très strict ; par exemple, comme la multitude de ceux qui recevaient des indemnités de blé avait augmenté énormément, non par des méthodes légales mais par des façons de faire habituelles en période de crises, il fit faire une enquête à ce sujet et supprima en une fois la moitié de leurs noms avant la distribution.

Comment le forum de César et le temple de Vénus furent consacrés[modifier]

22[modifier]

Il passa les premiers jours du triomphe comme d’habitude, mais le dernier jour, après avoir fini de dîner, il entra dans son propre forum en pantoufles et couronné de toutes sortes de fleurs ; de là il a rentra chez lui avec pratiquement tout le peuple comme escorte, tandis que beaucoup d’éléphants portaient des torches. Il avait fait construire lui-même le forum qui porte son nom, et il est beaucoup plus beau que le forum romain ; pourtant il avait augmenté la réputation de l’autre pour qu’on l’appelle le Grand Forum. Et après avoir fait construire ce nouveau forum et un temple à Vénus, (comme fondatrice de sa famille, il les consacra à ce moment et en leur honneur organisa beaucoup de jeux de toutes sortes. Il fit construire une sorte de théâtre pour la chasse en bois, qu’on appela un amphithéâtre parce qu’on y trouve des sièges sans aucune scène. En l’honneur de celui-ci et de sa fille il a organisa des combats des bêtes féroces et de gladiateurs ; mais si quelqu’un voulait dire leur nombre il décrirait une grande foule sans pouvoir, très probablement, dire la vérité ; tous ces décomptes sont habituellement exagérés par esprit de vantardise. Je ne m’attarderai donc pas sur ceci et sur d’autres événements semblables qui eurent lieu plus tard, sauf, naturellement, quand je croirai absolument nécessaire de mentionner un point particulier,

23[modifier]

mais je vais parler de ce qu’on appelle le camélopard, parce qu’il fut présenté à Rome par César pour la première fois et exhibé devant la foule. Cet animal ressemble à un chameau en tous points sauf que ses jambes ne sont pas toutes de la même longueur, les jambes arrières étant les plus courtes. Commençant à la croupe il se développe graduellement en hauteur, ce qui fait penser à une montée ; et atteignant une hauteur considérable, il soutient le reste de son corps sur ses jambes avant et fait tourner son cou à une hauteur peu commune. Sa peau est tachetée comme celle d’un léopard, et c’est pour cette raison qu’il porte le nom des deux animaux. Tel est l’aspect de cette bête. Quant aux hommes, non seulement il les opposa les uns aux autres séparément dans le forum, comme c’était l’habitude, mais il les fit combattre en couples dans le cirque, des cavaliers contre des cavaliers, des hommes à pied contre d’autres hommes à pied, et parfois les deux sortes ensemble en nombres égaux. Il y eut même un combat entre des hommes assis sur des éléphants, au nombre de quarante. Enfin il organisa une bataille navale, ni sur mer, ni sur un lac, mais sur terre ; il avait fait creuser un endroit sur le Champ de Mars et après l’avoir inondé il y mit des navires. À tous les concours participèrent des prisonniers et des condamnés à mort ; et même certains chevaliers, et, pour ne pas en mentionner d’autres, le fils d’un ancien préteur, combattirent en combat singulier. Et un sénateur nommé Fulvius Sepinus demanda à combattre en armes, mais il en fut empêché ; César ne l’accepta jamais, bien qu’il ait permis aux chevaliers de combattre. Les jeunes patriciens participèrent à un exercice équestre appelé "Troyen" selon la coutume antique, et les jeunes hommes du même rang luttèrent sur des chars.

24[modifier]

On le blâma pour le grand nombre de ceux qui furent massacrés, parce qu’il n’était pas lui même assouvi de carnage et qu’il montrait au peuple des images de sa propre misère ; mais le défaut le plus grave qu’on lui trouva c’est d’avoir dépensé des sommes énormes pour tout cela. C’est pourquoi on le décria pour deux raisons — d’abord, parce qu’il avait injustement obtenu la grande partie de l’argent, et, ensuite de l’avoir gaspillé pour de tels buts. Si je mentionne un exemple de son extravagance à ce moment-là, je donnerai une idée de tout le reste. Pour que le soleil ne gêne pas les spectateurs, il fit tirer au-dessus d’eux des voiles faits de soie, à ce que l’on raconte. Ce tissu est un travail du luxe barbare, et est arrivé aussi chez nous pour satisfaire le goût du luxe des femmes. Les citoyens restèrent tranquilles par nécessité devant tout cela, mais les soldats rouspétèrent, non pas qu’ils se souciassent du gaspillage éhonté de l’argent, mais parce qu’ils n’avaient pas reçu eux aussi la richesse des citoyens. Et ils continuèrent leurs troubles jusqu’à ce que César arrive soudainement et se saisisse se ses propres mains d’un homme et le punisse. C’est ainsi que cet homme fut exécuté, et deux autres furent massacrés comme dans une sorte de célébration rituelle. Je ne connais pas la cause véritable, puisqu’il n’y eut aucune proclamation de la Sibylle et ni aucun autre oracle semblable ; mais en tout cas ils furent sacrifiés dans le Champ de Mars par les pontifes et le prêtre de Mars, et leurs têtes furent placées près de la Regia.

25[modifier]

Tout en faisant cela César faisait voter également beaucoup de lois, dont je ne parlerai pas : je ne mentionnerai que celles qui valent la peine d’être mentionnées. Il confia les tribunaux aux seuls sénateurs et chevaliers, pour que l’élément le plus honnête de la population, dans la mesure du possible, puisse toujours présider ; alors qu’autrefois certaines personnes de la plèbe en faisaient aussi partie. Quant aux dépenses des possédants, qui s’étaient développées à un degré extraordinaire en raison de leur prodigalité, non seulement ils les fixa par une loi mais aussi il les contrôla par des mesures sévères. Et comme beaucoup de gens avaient péri et qu’il y avait une forte baisse de la population, (ce qui était confirmé par les recensements : il s’en était occupé, entre autres choses, comme s’il était censeur) et, aussi par simple observation, il offrit des récompenses aux familles nombreuses. Et comme c’était en gouvernant la Gaule pendant plusieurs d’années de suite qu’il avait conçu lui-même la passion du pouvoir et qu’il en était arrivé à posséder de telles forces, il limita par loi la charge des propréteurs à un an, et celle des proconsuls à deux années consécutives, et décréta que personne ne pouvait exercer une charge plus longtemps.

Comment César adapta l’année à la manière actuelle[modifier]

26[modifier]

Après avoir fait passer ces lois, il établit aussi, comme ils le sont maintenant, les jours de l’année, qui ne correspondaient plus du tout, puisqu’à ce moment-là on mesurait toujours les mois par les révolutions de la lune ; il le fit en ajoutant 67 jours, le nombre nécessaire pour revenir à l’égalité. Certains disent qu’il en a intercalé encore plus, mais c’est moi qui suis dans le vrai. Il fit cela grâce à son séjour à Alexandrie, sauf que les gens de là-bas comptent des mois de trente jours chacun, et ajoutent à la fin les cinq jours à l’année, tandis que César distribua ces cinq jours dans sept mois et enleva deux autres à un mois. Le jour qui provient des quarts, il l’ajouta tous les quatre ans, afin que les saisons annuelles ne diffèrent plus du tout sauf un tout petit peu ; car en 1461 ans on n’a besoin que d’ajouter un jour.

27[modifier]

Tout cela et tout ce qu’il le projetait pour le bien commun, il ne le fit pas de sa propre autorité ni par ses propres conseillers, mais en toutes choses chaque fois il prenait contact avec les chefs du sénat, et même parfois avec l’ensemble de celui-ci. Et de cette manière plus que toute autre, même quand il faisait passer des mesures plutôt dures, il réussissait toujours à les satisfaire. On le loua pour cette façon de faire ; mais quand il persuada certains tribuns de faire revenir certains de ceux qui avaient été exilés après un procès, et qu’il permit à ceux qui avaient été condamnés pour corruption lors de leur campagne électorale d’habiter en Italie, et qu’il eut en outre inscrit une fois de plus dans le sénat quelques personnes qui en étaient indignes, beaucoup se mirent à murmurer contre lui. Mais il encourut le plus grand reproche de tous en raison de sa passion pour Cléopâtre — non la passion qu’il avait montrée en Égypte (ce n’était qu’une rumeur), mais celle qu’il montra à Rome lui-même. Elle était venue à Rome avec son mari et s’était installée dans la propre maison de César, de sorte qu’il obtint une mauvaise réputation à cause des deux. Il n’en avait cure, mais il enrôlait ses amis et des alliés du peuple romain.

Comment César battit Gnaeus Pompée, fils de Pompée, en Espagne[modifier]

28 Pendant ce temps il se tenait fort au courant de tout ce que Pompée faisait en Espagne ; mais pensant qu’il le vaincrait facilement, il expédia d’abord la flotte de Sardaigne contre lui, et plus tard il envoya également les armées qu’il avait enrôlées, entendant laisser à d’autres la conduite entière de la guerre. Mais quand s’avéra que Pompée gagnait du terrain et que les hommes qu’il avait envoyés ne suffisaient pas pour lutter contre lui, il se décida à y aller lui-même, après avoir laissé le gouvernement de la ville à Lépide et à un certain nombre de préfets — huit comme le pensent certains, six comme on le croit généralement.

29 Les légions en Espagne sous les ordres de Longinus et Marcellus se rebellèrent et certaines villes se révoltèrent. Quand Longinus fut relevé et que Trébonius lui succéda, elles restèrent calmes quelques jours ; puis, par crainte de la vengeance de César, elles envoyèrent secrètement des ambassadeurs à Scipion, exprimant leur désir de changer d’allégeance, et il leur a envoya Gnaeus Pompée entre autres. Pompée partir pour les Baléares et prit ces îles sans combat, sauf Ebuse, dont il s’empara avec difficulté ; puis, tombant malade, il s’y attarda avec ses troupes. En raison de son retard, les soldats en Espagne, qui avait appris que Scipion était mort et que Didius faisait voile contre eux, craignirent d’être détruites avant l’arrivée de Pompée ; aussi ne l’attendirent pas ; mais mettant à leur tête Titus Quintus Scapula et Quintus Aponius, deux chevaliers, elles chassèrent Trébonius et firent se révolter toute la nation Bétique en même temps.

30[modifier]

On en était là quand Pompée, guéri, navigua le long du continent. Immédiatement il s’empara sans coup férir de plusieurs villes. Parce qu’elles ne supportaient pas les ordres de leurs chefs et aussi parce qu’elles portaient leurs espoirs sur lui en raison du souvenir de son père, elles l’accueillirent bien ; et il assiégea Carthage, qui était peu disposée à se rendre. Les partisans de Scapula, en apprenant cela, le rejoignirent et le choisirent comme général avec pleins pouvoirs ; après quoi ils furent ses plus fidèles alliés et montrèrent la plus grande ardeur, considérant ses succès comme les succès de chacun d’eux et ses désastres comme les leurs. C’est pourquoi leur résolution avait un double but : obtenir les succès et éviter les défaites. Pompée fit ce que tous avaient l’habitude de faire au milieu de telles conditions troublées, particulièrement après la désertion d’une partie des Allobroges que Juba avait pris vivants lors de la guerre contre Curion et lui avait donnés : c’est-à-dire, il accorda au reste toute faveur possible en paroles et en actes. Non seulement ces hommes devinrent alors plus ardents à le soutenir, mais aussi un certain nombre du parti opposé, en particulier tous ce qui avaient par le passé servi sous Afranius, passèrent de son côté. Il y avait aussi ceux qui vinrent le rejoindre d’Afrique, entre autres son frère Sextus, et à Varus, et de Labienus avec sa flotte. Encouragé par la multitude de son armée et par son ardeur, il s’avança avec intrépidité dans le pays, s’emparant de quelques villes sans coup férir, et d’autres contre leur volonté, et il semblait surpasser en puissance même son père.

31[modifier]

César avait bien des généraux en Espagne, à savoir Quintus Fabius Maximus et Quintus Pedius, mais ceux-ci ne se sentaient pas capables de combattre contre Pompée, et restaient à ne rien faire et mandaient sans arrêt César. Cela dura un certain temps ; mais quand quelques uns des hommes envoyés en éclaireurs de Rome arrivèrent, et qu’on apprit l’arrivée de César lui-même, Pompée prit peur ; et pensant qu’il n’était pas assez fort pour avoir la maîtrise sur toute l’Espagne, il n’attendit pas un revers pour changer d’avis, mais immédiatement, avant d’affronter ses adversaires, il se retira en Bétique. Tout à coup la mer lui devint vite hostile : Varus fut défait par Didius lors d’un combat naval près de Carteia ; et s’il n’avait pas fui vers la terre et empilé un rangée d’ancres sur les bords du rivage sur lesquels les premiers poursuivants s’abîmèrent comme sur un récif, il aurait perdu sa flotte entière. Toute cette partie du continent sauf la ville d’Ulia était l’alliée de Pompée ; et comme cette ville refusait de se soumettre à lui, il commença à l’assiéger.

32[modifier]

A ce moment César arriva soudainement avec quelques hommes alors qu’il n’était attendu ni des alliés de Pompée, ni même de ses propres soldats. Il avait été si vite pour venir qu’il arriva devant ses partisans et devant ses adversaires avant même qu’on sût qu’il était en Espagne. Il espérait de cette façon et par sa seule présence alarmer Pompée et lui faire lever le siège ; il avait laissé la majeure partie de son armée derrière lui. Mais Pompée, pensant qu’un homme n’était pas beaucoup supérieur à un autre et ayant pleine confiance en sa propre force, ne fut pas fort alarmé par son arrivée, et continua à assiéger la ville et à essayer de la prendre d’assaut juste comme avant. Alors César laissa là quelques troupes parmi celles qui étaient arrivés les premières et partit lui-même pour Corduba, en partie, dans l’espoir de la prendre par trahison, mais surtout pour essayer d’attirer Pompée loin d’Ulia car il craignait cet endroit. Et c’est ce qui arriva. D’abord Pompée laissa une partie de son armée sur place, et se dirigeant vers Corduba, il la renforça, et, comme César ne résistait pas devant ses troupes, il mit son frère Sextus à leur tête. Et il n’arrivait à rien devant Ulia. Au contraire, quand une tour s’écroula, non à cause des secousses données par ses propres hommes, mais s’affaissant sous le poids de la foule qui s’y défendait, quelques uns s’engouffrèrent mais furent furent mal reçus ; et César, s’approchant, vint en aide secrètement la nuit aux citoyens, et marcha contre Corduba lui-même, la soumettant à son tour à un siège. Finalement Pompée se retira tout à fait d’Ulia et se hâta vers l’autre ville avec son armée entière, non sans raison. César l’apprenant se retira, il était justement malade. Quand il fut guéri et après s’être chargé des troupes auxiliaires qui l’avaient suivi, il fut obligé de continuer la guerre même en hiver ; ils étaient logés dans de petites huttes incommodes, et ils étaient dans la détresse et manquaient de nourriture.

33[modifier]

César était alors dictateur, et finalement, vers la fin de l’année, il fut nommé consul, et Lépide, qui était maître de cavalerie, convoqua le peuple à cette fin ; Lepidus s’était proclamé maître de cavalerie au moment où il était toujours consul, à l’encontre de toutes les traditions. César, donc, obligé, comme je l’ai dit, de continuer la guerre même en hiver, n’attaqua pas Corduba, qui était fortement gardé, mais tourna son attention vers Ategua, une ville où, selon ses renseignements, il y avait beaucoup de blé. Bien l’endroit fût fortifié, il espérait par la taille de son armée et par la terreur soudaine provoquée par son arrivée alarmer les habitants et les capturer. Et en peu de temps il l’enferma d’une palissade et l’entoura d’un fossé. Pompée, encouragé par la nature de l’endroit et pensant que César, en raison de l’hiver, ne l’assiégerait pas très longtemps, n’y prêta aucune attention et n’essaya a pas dans un premier temps de repousser les assaillants, parce qu’il était peu disposé à faire supporter le froid à ses propres soldats. Mais ensuite, quand la ville fut entourée de murs et quand César établit son camp devant celle-ci, il prit peur et lui vint en aide, et les attaquant soudainement avec des piques une nuit brumeuse, il en tua un certain nombre ; et comme la ville n’avait pas de général, il leur envoya Munatius Flaccus.

34[modifier]

Voici comment quelqu’un réussit à entrer dans la ville. Il alla seul pendant la nuit trouver quelques gardes, comme s’il avait été désigné par César pour venir voir les sentinelles, et il demanda et apprit le mot de passe ; on ne le connaissait pas, et comme il était seul, on n’aurait jamais pensé qu’il pût être autre chose qu’un ami en agissant de cette manière. Alors il quitta ces hommes et alla de l’autre côté du retranchement où il rencontra d’autres gardes et leur donna le mot de passe ; après cela faisant semblant d’être venu pour trahir la ville, il arriva à l’intérieur en passant au milieu des soldats avec leur consentement et vraiment escorté par eux. Il ne put cependant sauver la ville. En plus d’autres revers, un jour les citoyens mirent le feu aux machines et aux remparts des Romains, sans faire de dommages dignes d’être mentionnés, ils furent alors repoussés par un vent violent qui juste alors commença à souffler vers eux de la direction opposée ; leurs maisons s’embrasèrent et beaucoup de gens périrent sous les pierres et les traits, ne pouvant voir au loin à cause de la fumée. Après ce désastre, comme leur terre était ravagée, et qu’une partie de leur mur s’était effondrée à cause des mines, ils commencèrent à se révolter. Flaccus fut le premier à faire des ouvertures à César sur base du pardon pour lui et pour ses partisans ; mais les pourparlers n’aboutirent pas parce qu’il refusait de rendre les armes, alors les indigènes envoyèrent des ambassadeurs et acceptèrent ses conditions.

35[modifier]

Après la prise de cette ville les autres tribus ne restèrent pas à ne rien faire, mais beaucoup de leur propre chef envoyèrent des ambassadeurs et épousèrent la cause de César, et beaucoup le reçurent, lui ou ses lieutenants à leur approche. Pompée ne savait plus que faire : d’abord il quitta l’endroit où il se trouvait et erra dans pays ; et ensuite craignant qu’en raison de cette errance le reste de ses partisans ne le laisse tomber il choisit de risquer une bataille décisive, bien que le ciel ait à l’avance indiqué très clairement sa défaite. Des gouttes de sueur tombèrent des statues sacrées, et le mécontentement des légions, et les nombreuses créatures nées en dehors de leur propre espèce, et des flambeaux s’élançant d’est en ouest, et les présages qui se produisirent en Espagne à ce moment, tout cela n’expliquait pas clairement l’avenir promis aux deux chefs. Mais les aigles des légions de Pompée secouèrent leurs ailes et laissèrent tomber les foudres parfois en or, qu’ils tenaient dans leurs serres ; ainsi ils semblaient lancer le malheur directement sur Pompée et s’envoler de leur plein gré vers César. La destinée s’avançait, mais elle le faisait à petits pas ; alors il s’installa dans la ville de Munda pour engager le combat.

36[modifier]

Les deux chefs avaient en plus de leurs citoyens et de leurs mercenaires beaucoup d’indigènes et de Maures. Bocchus avait envoyé ses fils à Pompée et Bogud en personne faisait campagne avec César. Mais c’était toujours une lutte uniquement entre Romains, et non entre eux et d’autres nations. Les soldats de César étaient forts de leur nombre et de leur expérience et surtout de la présence de leur chef, et avaient hâte de terminer cette la guerre et toutes ses misères. Les hommes de Pompée étaient inférieurs, mais, forts dans leur désespoir pour leur survie, si ils ne vainquaient pas, ils étaient pleins de l’ardeur. Comme la plupart d’entre eux avait été capturés avec Afranius et Varron, et épargnés, et après cela s’étaient tournés vers Longinus, et s’étaient révoltés contre lui, ils n’avaient aucun espoir d’être épargnés s’ils étaient battus, et par conséquent réduits au désespoir, ils estimaient qu’ils devaient maintenant vaincre ou périr. Les armées se firent face et engagèrent le combat ; elles n’avaient plus aucune honte à se massacrer, puisqu’elles s’étaient opposées tant de fois en armes, et n’avaient donc pas besoin d’encouragements.

37[modifier]

Et rapidement les alliés des deux côtes tournèrent le dos et s’enfuirent ; mais les légions combattirent de pied ferme jusqu’au bout de leurs forces. Pas un homme ne recula ; ils tuaient et mouraient sur place, comme si chacun était responsable pour tout le reste aussi bien de l’issue de la victoire ou de la défaite. C’est pourquoi ils ne se souciaient pas de voir comment leurs alliés luttaient, mais ils combattaient comme s’ils étaient les seuls à courrir un danger. On n’entendait chez aucun d’eux ni péans ni gémissements, mais des deux côtés on criait simplement "Attaque ! Tue ! ", et leurs actes dépassaient facilement leurs paroles. César et Pompée, témoins de ces luttes, sur leurs chevaux à partir de leur positions élevées, n’avaient ni raison d’espoir ni de désespoir, mais, leurs esprits tourmentés par le doute, ils passaient de la confiance à la crainte. Le combat était tellement équilibré qu’ils en souffraient mille morts reprenant espoir quand ils voyaient un certain avantage, et retombant dans le désepoir en découvrant un recul. Et à l’intérieur d’eux-mêmes ils souffraient mille tortures, car ils priaient pour le succès et contre la défaite, alternant entre courage et crainte. Ils ne purent supporter longtemps cette situation et ils sautèrent à cheval et participèrent au conflit. Ils préféraient être dans l’action par un effort personnel au milieu des dangers plutôt que par la tension de leur esprit, et chacun espériat par sa participation au combat faire pencher la balance d’une façon ou d’une autre en faveur de ses propres troupes ; ou, s’il échouait, ils souhaitaient mourir au milieu d’elles.

38[modifier]

Alors les chefs prirent part eux-mêmes au combat ; mais ce ne fut à l’avantage d’aucune des deux armées. Au contraire, quand les hommes virent leurs chefs partager leur danger, ils négligèrent encore plus leur propre mort et eurent d’autant plus d’ardeur pour massacrer leurs adversaires. C’est pourquoi il n’y eut de fuite ni d’un côté ni de l’autre, mais, pleins de détermination, ils montrèrent aussi qu’ils avaient beaucoup de résistance physique. Tous auraient péri ou la tombée de la nuit les aurait séparés à armes égales, si Bogus, qui était en dehors du conflit, ne s’était élancé sur le camp de Pompée ; ce que voyant, Labiénus, abandonna son poste et s’élança contre lui. Les hommes de Pompée, croyant qu’il s’enfuyait, perdirent courage ; et quand plus tard, ils apprirent la vérité, ils ne purent le retrouver. Certains se sauvèrent dans la ville, certains sur les remparts. Le dernier carré combattit vigoureusement contre ses assaillants et sombra seulement quand il fut attaqué de tous les côtés, et ils défendirent longtemps les remparts, de sorte qu’ils ne furent pris qu’après être tous morts dans les attaques. Si grande était les pertes des Romains des deux côtés que les vainqueurs, ne sachant pas comment entourer de rempart la ville pour empêcher une sortie de nuit, y entassèrent les cadavres.

39[modifier]

Après sa victoire, César prit immédiatement après Corduba. Sextus se retira de son chemin et les indigènes vinrent le rejoindre, bien que leurs esclaves, qui avaient reçu la liberté, leur aient résisté. Il fit égorger les esclaves en armes et vendit le reste. Et il adopta aussi la même façon de faire avec ceux qui occupaient Hispalis ; ils avaient d’abord feint d’accepter volontairement une garnison, et ensuite tuèrent les soldats présents, et déclarèrent la guerre. C’est pourquoi il fit une campagne contre eux, et paraissant conduire le siège d’une façon assez lâche, il leur donna l’espoir de pouvoir s’échapper. Alors il leur permit de sortir des murs, leur dressa une embuscade et les détruisit : c’est de cette façon qu’il prit la ville, qui s’était graduellement dépouillée de ses hommes. Et ensuite il prit Munda et les autres places, certaines contre leur volonté en les massacrant, d’autres de leur propre gré. Il préleva le tribut d’une façon tellement rigoureuse qu’il n’épargna même pas les offrandes consacrées à Hercule à Gadès ; et il prit également le territoire de plusieurs villes et demanda un tribut supplémentaire à d’autres. C’était sa façon de faire envers ceux qui s’étaient opposés à lui ; mais à ceux qui l’avaient soutenu il accorda des terres et l’exemption de l’impôt, et à certains la citoyenneté, et à d’autres le statut de colons romains ; cependant il n’accordait pas ces faveurs pour rien.

40[modifier]

Pendant que César était ainsi occupé, Pompée, qui avait échappé au désastre, atteignit la mer, dans l’intention d’utiliser la flotte qui était à l’ancre à Carteia, mais il constata que les hommes étaient passés du côté du vainqueur. Il s’embarqua alors sur un navire, en essayant de s’échapper de cette façon ; mais il se blessa au cours de la tentative, il perdit courage et revint à terre, et puis, ne prenant avec lui que quelques hommes qu’il avait réunis, il s’en alla vers l’intérieur. Il y rencontra Caesennius Lento et fut battu ; et se réfugiant dans un bois, il y périt. Didius, ignorant son destin, alors qu’il errait dans les environs dans l’espoir de le retrouver quelque part, il rencontra d’autres troupes et périt.

41[modifier]

Et César aurait sans aucun doute préféré tomber là, des mains de ceux qui résistaient toujours et dans la gloire de la guerre, plutôt que de rencontrer le destin peu après en se faisant tuer sur sa propre terre et dans le sénat des mains de ses amis les plus chers. Ce fut la dernière guerre qu’il mena avec succès, et la dernière victoire qu’il gagna, bien qu’il n’y eût aucun projet si grand soit-il qu’il n’eût espéré accomplir. Il était confirmé particulièrement dans cet espoir par la circonstance : d’un palmier qui poussait à l’emplacement de la bataille une pousse se développa juste après sa victoire. Et je n’affirme pas que ceci n’a pas eu une influence sur la suite des événements, mais ce n’était plus pour lui, mais pour le petit-fils de sa sœur, Octave ; ce dernier faisait campagne avec lui, et était destiné à s’illustrer par ses exploits et les dangers qu’il encourut. Mais César ne le savait pas, et espérant obtenir encore beaucoup de succès, il ne montrait aucune modération, mais au contraire il se montrait plein d’arrogance, comme s’il était devenu immortel.

42[modifier]

Bien qu’il n’eût conquis aucune nation étrangère, mais qu’il eût fait périr un grand nombre de citoyens, il s’accorda non seulement le triomphe pour lui-même, et régala le peuple entier une fois de plus, comme en l’honneur d’une grâce commune, mais il permit aussi à Quintus Fabius et à Quintus Pedius de faire une fête, bien qu’ils n’aient été que ses lieutenants et qu’ils n’aient remporté aucune victoire individuelle. Cela parut naturellement ridicule, de même que d’avoir utilisé le bois et non l’ivoire pour les représentations d’exploits ainsi que l’usage d’autres appareils triomphaux semblables. Néanmoins, il y eut trois brillants triomphes et trois cortèges de Romains en l’honneur de ces exploits, et en outre cinquante jours de remerciements furent observés. Les Parilia furent honorées de jeux annuels permanents dans le cirque, non pas parce que la ville avait été fondée ce jour-là, mais parce que la nouvelle de la victoire de César était arrivée le jour avant, dans la soirée.

43[modifier]

Tel fut son cadeau pour Rome. Quant à lui, par décret, il porta le vêtement triomphal, à tous les jeux, et aussi il porta toujours et partout la couronne de laurier. Le prétexte qu’il donna pour cela c’est que son front était dégarni ; et en cette circonstance il montra par cette réponse que même à ce moment-là, bien qu’il ne fût plus jeune, il accordait toujours de l’importance à son aspect physique. Il avait l’habitude de se montrer en public avec un habit assez lâche, et les chaussures qu’il utilisa parfois après cela tard étaient hautes et de couleur rouge, imitant les rois qui avaient par le passé régné à Albe, parce qu’il prétendait qu’il était lié à cette ville par Iulus. Il était absolument voué à Venus, et il voulait persuader tout le monde qu’il avait reçu d’elle la fleur de la jeunesse. En conséquence il avait l’habitude également de porter son image en armes gravée sur son anneau et il en avait fait son nom son mot d’ordre dans presque tous les plus grands dangers. Sylla jeta un regard désapprobateur sur sa ceinture relâchée, de sorte qu’il voulut le tuer, et déclara à ceux qui lui demandaient sa grâce : "Je vais vous l’accorder ; mais soyez fort sur vos gardes contre ce camarade à la ceinture relâchée." Et Cicéron ne le comprit pas mais au moment de la défaite il dit : "je ne me serai jamais attendu à que quelqu’un avec une ceinture si mal mise puisse vaincre Pompée." Ceci n’est qu’une digression de mon histoire, pour que personne ne puisse ignorer ce qu’on racontait sur César.

44[modifier]

En l’honneur de sa victoire le sénat fit passer tous ces décrets que j’ai mentionnés, et en outre l’appela "Libérateur," l’écrivant également dans les documents, et vota pour un temple public de la Liberté. Et alors ils lui donnèrent et pour la première fois, comme un surnom, le titre d’’imperator, non selon la coutume antique où d’autres comme César l’avaient reçu en raison de leurs guerres, ni même comme ceux qui portaient ce nom en recevant un commandant indépendant ou toute autre magistrature, mais en lui donnant une fois pour toutes le titre qui maintenant est accordé à ceux qui possèdent le pouvoir suprême. Et comble de flagornerie ils se proposèrent par vote de donner à ses fils et petits-fils le même titre, bien qu’il n’ait eu aucun enfant et fût déjà un vieil homme. De ce titre qu’on lui donna provient celui de tous les empereurs qui suivirent, comme propre à leur charge, ainsi que le titre de "Caesar." Mais ils ne supprimèrent cependant pas l’usage ancien en agissant ainsi, et les deux sens du mot imperator cohabitèrent. C’est pourquoi les empereurs reçoivent une seconde fois ce surnom quand ils gagnent une guerre. Ceux qui sont imperatores dans le nouveau sens n’utilisent ce titre qu’une fois, comme dans les autres, et le placent avant les autres ; mais si certains d’entre eux accomplissent en plus lors de guerres des exploits dignes de lui, on lui donne ce titre selon la coutume antique, de sorte qu’un homme peut porter le titre d’imperator une deuxième ou une troisième fois, ou autant de plus de fois que l’occasion peut se présenter. Voilà les privilèges qu’on accorda alors à César, ainsi qu’une maison, pour qu’il puisse vivre aux frais de l’état, et un jour de fête spécial et des sacrifices à chaque victoire remporté, même s’il n’avait pas fait campagne ou n’y avait participé qu’en partie.

45[modifier]

Mais ces mesures, bien qu’elles semblassent à certains démesurées et contraires à l’usage, n’étaient pas encore anti-démocratiques. Mais en outre le sénat vota les décrets suivants par lesquels ils le déclarèrent incontestablement monarque. Il lui offrirent les magistratures, même celles appartenant aux plébéiens, et l’élurent consul pour dix ans, comme ils l’avaient fait auparavant comme dictateur. Ils prescrivirent que lui seul pouvait posséder des soldats, et qu’il serait le seul à administrer les fonds publics, de sorte que personne d’autre ne pouvait utiliser l’un ou l’autre sans son autorisation. Et ils décrétèrent à cette époque que sa statue en ivoire, et plus tard un char entier, devrait se trouver dans le cortège des jeux dans le cirque, parmi les statues des dieux. Ils firent ériger une autre statue semblable dans le temple de Quirinus avec l’inscription, "au dieu invincible," et une autre sur le Capitole près des anciens rois de Rome. Je ne peux que m’émerveiller de la coïncidence : il y avait huit statues, — sept des rois, et un huitième de Brutus qui renversa les Tarquins, — et ils installèrent la statue de César à côté de la dernière ; et ce fut principalement pour ce motif que l’autre Brutus, Marcus, fou de rage complota contre lui.

Comment pour la première fois des consuls ont été nommés pour moins d’une année entière[modifier]

46[modifier]

Telles furent les mesures prises en l’honneur de sa victoire (je ne les mentionne pas toutes, mais uniquement celles qui m’ont paru dignes d’être notées), pas en un jour, mais au fur et à mesure qu’elles furent prises. César commença par en utiliser certaines, et prévoyait d’en employer d’autres à l’avenir, mais il en refusa carrément certaine. Ainsi il prit la charge de consul immédiatement, même avant d’entrer en la ville, mais il ne la garda pas toute l’année ; au contraire, en arrivant à Rome il y renonça, la laissant à Quintus Fabius et Gaius Trebonius. Comme Fabius mourut le dernier jour de son consulat, il fit mettre à sa place un autre homme, Gaius Caninius Rebilus, pour les heures restantes. Ce fut la première violation de l’usage établi : un seul et même homme ne peut avoir cette magistrature pendant une année ou même pour tout le reste de la même année, mais tant qu’il vit il ne peut se démettre à moins d’en être forcé par une coutume héréditaire ou par une accusation, et un autre prend sa place. En second lieu il y avait le fait que Caninius avait été nommé consul, exercé, et cessé d’exercer en même temps. C’est pourquoi Cicéron fit remarquer en raillant que le consul avait montré un si grand courage et une si grande prudence durant sa charge qu’il ne s’y était jamais endormi même un petit instant. Et après cela les mêmes personnes n’ont plus exercé la fonction de consul (sauf quelques-uns au début) toute une année, mais selon les circonstances, certains pendant un assez long temps, certains pendant moins, certains pendant des mois, d’autres pendant des jours ; en effet, à l’heure actuelle, personne n’exerce une fonction avec un autre, en règle générale, pendant toute une année ou pendant plus de deux mois. Et aujourd’hui, nous les consuls, nous ne faisons plus de différence les uns entre les autres, mais la dénomination des années est le privilège de ceux qui sont des consuls au début de celles-ci. C’est pourquoi pour les autres consuls je ne nommerai que ceux qui ont été étroitement liés aux événements mentionnés, mais afin d’être parfaitement clair en ce qui concerne la succession des événements, je mentionnerai aussi ceux qui ont exercé les premiers leurs charges tous les ans, même s’ils n’ont en rien contribué aux événements.

47[modifier]

Alors que les consuls étaient nommés de cette façon, le reste des magistrats était théoriquement élu par la plèbe et le peuple, selon la coutume ancienne, puisque César avait refusé de les nommer lui-même ; mais ils furent quand même nommés par lui, et furent envoyés dans les provinces sans être tirés au sort. Quant à leur nombre, il resta le même qu’auparavant, sauf qu’il fit nommer quatorze préteurs et quarante questeurs. Comme il avait fait beaucoup de promesses à beaucoup de gens, il n’avait aucune autre façon de les récompenser, et c’est pourquoi il fit cela. En outre, il inscrivit un grand nombre de gens au sénat, ne faisant aucune distinction entre un soldat ou un fils d’homme libre, de sorte que leur nombre passa à neuf cents ; et il inscrivit aussi beaucoup de patriciens, d’anciens consuls ou d’autres qui avaient exercé une charge. Il fit libérer les accusés de corruption et qui avaient été condamnés, de sorte qu’il fut lui-même accusé de corruption. Cette accusation fut renforcée par le fait qu’il avait fait mettre aux enchères toutes les terres publiques, non seulement les profanes, mais aussi celles sacrées, et avait vendu la plupart d’entre elles. Cependant il soudoya beaucoup de gens avec de l’argent ou avec la vente des terres ; et à un certain Lucius Basilius, qui était préteur, au lieu de lui assigner une province il lui accorda une grande somme d’argent, de sorte que Basilius devint célèbre par ce fait et parce que, insulté pendant sa préture par César, il lui avait répondu. Tout cela convenait aux citoyens qui recevaient ou aussi à qui attendaient de recevoir quelque chose, puisqu’ils n’avaient aucun respect pour le bien public en regard de la chance du moment pour le leur propre avancement. Mais tout le reste le supportait très mal et on parlait entre soi et aussi — chez ceux dont on était sûr — avec franchise et en publiant des pamphlets.

48[modifier]

En plus de ces mesures prises cette année-là, deux des préfets de la ville prirent la charge des finances, puisqu’aucun questeur n’avait été élu. Comme une fois auparavant, et alors en l’absence de César, les préfets contrôlaient toutes les affaires de la ville, en même temps que Lépide comme maître du cavalerie. Et bien qu’il leur fût interdit d’utiliser des licteurs, le costume magistral et la chaise curule comme le maître de cavalerie, ils sont passé au-dessus en citant une loi qui autorisait tous ceux qui recevaient leur charge d’un dictateur à pouvoir se servir de tels privilèges. L’administration des finances, après avoir changé de mains à ce moment pour les raisons que j’ai mentionné, ne fut plus dans tous les cas assignée aux questeurs, mais finalement elle fut donnée aux anciens préteurs. Deux des préfets de la ville contrôlèrent alors le trésor public, et l’un d’eux célébra les Ludi Apollinares aux frais de César. Les édiles plébéiens s’occupèrent des Ludi Megalenses selon un décret. Un préfet, désigné pendant les Feriae, choisissait lui-même un successeur pour le jour suivant, et celui-ci un troisième ; ceci ne s’était jamais produit auparavant, ne ne se produisit plus.

49[modifier]

Telle était la situation. L’année suivante, César fut en même temps dictateur pour la cinquième fois, avec Lépide comme maître de cavalerie, et consul pour la cinquième fois ; il choisit Antoine comme collègue ; seize préteurs furent en charge — une coutume qui perdura pendant longtemps, — et les rostres, qui auparavant étaient au centre du forum, furent déplacées à l’endroit actuel ; et les statues de Sylla et de Pompée y furent replacées. pour cela César reçut des éloges, et aussi parce qu’il laissa à Antoine la gloire du travail et de l’inscription. Impatient de construire un théâtre, comme Pompée l’avait fait, il en fit faire les fondations, mais ne l’acheva pas ; ce fut Auguste qui le termina plus tard et l’appela du nom de son neveu, Marcus Marcellus. Mais César fut blâmé de la destruction des maisons et des temples sur l’emplacement, et aussi d’avoir fait brûler des statues, qui étaient presque toutes en bois, et de s’être approprié tout l’argent qu’il y avait trouvé.

Comment Carthage et Corinthe reçurent des colonies[modifier]

50[modifier]

En plus de cela, il présenta des lois et prolongea le pomerium ; en cela et dans les autres choses on pensa qu’il agissait pour ressembler à Sylla. Mais César fit lever le bannissement des survivants de ceux qui avaient fait la guerre contre lui, leur accordant l’immunité à des conditions justes et uniformes ; il leur accorda des magistratures ; aux épouses des morts il fournit des dots, et à leurs enfants il accorda une partie des biens. En faisant il fit honte grandement à la cruauté de Syllan et gagna non seulement une grande réputation de le courage mais également de bonté, bien que ce soit généralement chose difficile pour un même homme d’exceller dans la guerre comme dans la paix. Ce fut aussi pour lui une source de fierté d’avoir fait reconstruire Carthage et Corinthe. Et même beaucoup d’autres villes à l’intérieur et à l’extérieur de l’Italie furent rebâties ou fondées par lui ; d’autres en avaient fait autant, mais en ce qui concerne Corinthe et Carthage, ces villes antiques, brillantes, et distinguées qui avaient rasées, non seulement il les colonisa, en les considérant comme des colonies romaines, mais aussi en les restaurant en mémoire de leurs anciens habitants, il les honora de leurs noms antiques ; il ne gardait aucune rancune, à cause de l’hostilité de ces peuples, à des endroits qui n’avaient jamais nui aux Romains. Ainsi ces villes, même si par le passé avaient été démolies ensemble, commençèrent à renaître ensemble et à s’épanouir une fois de plus.

Comment les Aediles Cereales furent créés[modifier]

51[modifier]

Alors que César faisait cela, les Romains désirèrent aussi venger Crassus et ceux qui avaient péri avec lui, et ils avaient l’espoir de subjuguer alors les Parthes, s’ils confiaient tous ensemble le commandement de la guerre à César, et prenaient des dispositions suffisantes pour celle-ci. Entre d’autres choses, on décida de lui donner un grand nombre d’ordonnances, et aussi, pour que la ville ne ne soit pas sans fonctionnaires en son absence ni, aussi, en essayant de les choisir sous sa propre responsabilité, pour qu’il n’y ait des troubles, on décida que les magistrats devraient être nommés à l’avance pour trois ans, ce qui, pensaient-ils, serait la durée nécessaire pour la campagne militaire. Néanmoins, ils ne les désignèrent pas tous à l’avance. Théoriquement César devait en choisir la moitié (il avait le droit de le faire), mais en réalité il les choisit tous. La première année, comme auparavant, quarante questeurs furent élus, et aussi pour la première fois deux édiles patriciens et quatre de la plèbe. Parmi ces derniers deux tenaient leur titre de Cérès, une nouvelle coutume qui perdure encore aujourd’hui et on nomma seize préteurs ; mais ce n’est pas de cela que je veux écrire, car cela existait déjà auparavant, mais du fait que parmi ceux qu’on choisit se trouvait Publius Ventidius. Il était à l’origine du Picénum, comme je l’ai dit, et combattit contre les Romains lors de la guerre sociale. Il fut capturé par Pompeius Strabon, et marcha enchaîné lors du triomphe de ce général. Après cela il fut libéré et plus tard il fut inscrit au sénat, et maintenant il était nommé préteur par César ; et il continua à monter en grade jusqu’à finalement vaincre les Parthes et obtenir le triomphe. Tous ceux qui devaient exécuter une charge la première année furent nommé après cela, mais la deuxième année seuls les consuls et les tribuns ; il s’en fallut de peu qu’on ne nommâtt personne la troisième. César lui-même devait être dictateur durant deux ans, et nomma comme maîtres de cavalerie un homme et Octave, alors que ce dernier était à ce moment-là encore jeune homme. Au moment où se passait cela, César mit comme consul à sa place Dolabella, laissant Antoine finir l’année dans la charge. À Lepidus il assigna la gaule Narbonnaise et l’Espagne citérieure, et nomma à sa place deux autres maîtres de cavalerie, chacun séparément. En favorisant, comme il le faisait, beaucoup de personnes, il les remboursait par de telles nominations et par des sacerdoces, ajoutant un homme au Quindecemviri, et trois autres à ceux qu’on appelle Septemviri.


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