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Histoires poétiques (éd. 1874)/Les Cygnes et les Hirondelles

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Histoires poétiquesAlphonse Lemerre, éditeurvol. 3 (p. 228-229).
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Les Cygnes et les Hirondelles
(Tiré de saint Grégoire de Nazianze)


Des cygnes se raillaient un jour des hirondelles :
« Ô sauvages oiseaux, nageurs aux grandes ailes,
Vivant loin des humains sur des lacs ignorés,
Parmi les roseaux noirs qui hérissent les prés !
À quoi sert votre voix mélodieuse et pure ?
Pour vous seuls vous chantez et la seule nature.
Nous, dont le nid savant se suspend aux maisons.
Nous vivons près de l’homme, avec lui nous causons.
La foule apprend de nous, habitantes des villes,
Mille bruits recueillis dans nos courses agiles,
Nos amours, nos malheurs des poètes vantés…
Sans doute en vos déserts Écho les a portés. »
 
Les cygnes hésitaient de répondre à ces folles.
« Ô semeuses dans l’air d’inutiles paroles !
Reprit un beau nageur, votre éternel babil,
Qui devança le jour, ce soir finira-t-il ?
Que l’homme avec raison maudit vos voix criardes,
Ô becs toujours ouverts, gorges toujours braillardes !

 
Oui, nous aimons la paix des fleuves argentés :
Le chant craint les clameurs troublantes des cités,
Le chant sobre nous plaît loin de la multitude ;
Mais survienne un ami de notre solitude,
Nos voix montent en chœur pour ce mortel pieux
Avide d’écouter les sons harmonieux
Et le frémissement des ondes maternelles,
Au souffle du zéphyr quand s’étendent nos ailes. »