Igitur

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Igitur
ou
la Folie d’Elbehnon
1925


Igitur
ou
la Folie d’Elbehnon

   Ce Conte s’adresse à l’Intelligence du lecteur qui met les choses en scène, elle-même.
S. M.

Ancienne étude[modifier]

Quand les souffles de ses ancêtres veulent souffler la bougie, (grâce à laquelle peut-être subsistent les caractères du grimoire) — il dit « Pas encore ! »

Lui-même à la fin, quand les bruits auront disparu, tirera une preuve de quelque chose de grand (pas d’astres ? le hasard annulé ?) de ce simple fait qu’il peut causer l’ombre en soufflant sur la lumière —

Puis — comme il aura parlé selon l’absolu — qui nie l’immortalité, l’absolu existera en dehors — lune, au-dessus du temps : et il soulèvera les rideaux, en face.


Igitur, tout enfant, lit son devoir à ses ancêtres.

4 morceaux :[modifier]

1. Le Minuit

2. L’escaller

3. Le coup de dés

4. Le sommeil sur les cendres, après la bougie soufflée.

À peu près ce qui suit :

Minuit sonne — le Minuit où doivent être jetés les dés. Igitur descend les escaliers, de l’esprit humain, va au fond des choses : en « absolu » qu’il est. Tombeaux — cendres (pas sentiment, ni esprit), neutralité. Il récite la prédiction et fait le geste. Indifférence. Sifflements dans l’escalier. « Vous avez tort » nulle émotion. L’infini sort du hasard, que vous avez nié. Vous, mathématiciens expirâtes — moi projeté absolu. Devais finir en Infini. Simplement parole et geste. Quant à ce que je vous dis, pour expliquer ma vie. Rien ne restera de vous — L’infini enfin échappe à la famille, qui en a souffert, — vieil espace — pas de hasard. Elle a eu raison de le nier, — sa vie — pour qu’il ait été l’absolu. Ceci devait avoir lieu dans les combinaisons de l’Infini vis-à-vis de l’Absolu. Nécessaire — extrait l’Idée. Folie utile. Un des actes de l’univers vient d’être commis là. Plus rien, restait le souffle, fin de parole et geste unis — souffle la bougie de l’être, par quoi tout a été. Preuve.

(Creuser tout cela)

I.
Le Minuit[modifier]

Certainement subsiste une présence de Minuit. L’heure n’a pas disparu par un miroir, ne s’est pas enfouie en tentures, évoquant un ameublement par sa vacante sonorité. Je me rappelle que son or allait feindre en l’absence un joyau nul de rêverie, riche et inutile survivance, sinon que sur la complexité marine et stellaire d’une orfèvrerie se lisait le hasard infini des conjonctions.

Révélateur du minuit, il n’a jamais alors indiqué pareille conjoncture, car voici l’unique heure qu’il ait créée ; et que de l’Infini se séparent et les constellations et la mer, demeurées, en l’extériorité, de réciproques néants, pour en laisser l’essence, à l’heure unie, faire le présent absolu des choses.

Et du Minuit demeure la présence en la vision d’une chambre du temps où le mystérieux ameublement arrête un vague frémissement de pensée, lumineuse brisure du retour de ses ondes et de leur élargissement premier, cependant que s’immobilise (dans une mouvante limite), la place antérieure de la chute de l’heure en un calme narcotique de moi pur longtemps rêvé ; mais dont le temps est résolu en des tentures sur lesquelles s’est arrêté, les complétant de sa splendeur, le frémissement amorti, dans de l’oubli, comme une chevelure languissante, autour du visage éclairé de mystère, aux yeux nuls pareils au miroir de l’hôte, dénué de toute signification que de présence.

C’est le rêve pur d’un Minuit, en soi disparu, et dont la Clarté reconnue, qui seule demeure au sein de son accomplissement plongé dans l’ombre, résume sa stérilité sur la pâleur d’un livre ouvert que présente la table ; page et décor ordinaires de la Nuit, sinon que subsiste encore le silence d’une antique parole proférée par lui, en lequel, revenu, ce Minuit évoque son ombre finie et nulle par ces mots : J’étais l’heure qui doit me rendre pur.

Depuis longtemps morte, une antique idée se mire telle à la clarté de la chimère en laquelle a agonisé son rêve, et se reconnaît à l’immémorial geste vacant avec lequel elle s’invite, pour terminer l’antagonisme de ce songe polaire, à se rendre, avec et la clarté chimérique et le texte refermé, au Chaos de l’ombre avorté et de la parole qui absolut Minuit.

Inutile, de l’ameublement accompli qui se tassera en ténèbres comme les tentures, déjà alourdies en une forme permanente de toujours, tandis que, lueur virtuelle, produite par sa propre apparition en le miroitement de l’obscurité, scintille le feu pur du diamant de l’horloge, seule survivance et joyau de la Nuit éternelle, l’heure se formule en cet écho, au seuil de panneaux ouverts par son acte de la Nuit : « Adieu, nuit, que je fus, ton propre sépulcre, mais qui, l’ombre survivante, se métamorphosera en Éternité. »

II.
Il quitte la chambre et se perd dans les escaliers[modifier]

(au lieu de descendre à cheval sur la rampe)

L’ombre disparue en l’obscurité, la Nuit resta avec une douteuse perception de pendule qui va s’éteindre et expirer en lui ; mais à ce qui luit et va, expirant en soi, s’éteindre, elle se voit qui le porte encore ; donc, c’est d’elle que, nul doute, était le battement ouï, dont le bruit total et dénué à jamais tomba en son passé.

D’un côté si l’équivoque cessa, une motion de l’autre, dure, marquée plus pressante par un double heurt, qui n’atteint plus ou pas encore sa notion, et dont un frôlement actuel, tel qu’il doit avoir lieu, remplit confusément l’équivoque, ou sa cessation : comme si la chute totale qui avait été le choc unique des portes du tombeau, n’en étouffait pas l’hôte sans retour ; et dans l’incertitude issue probablement de la tournure affirmative, prolongée par la réminiscence du vide sépulcral du heurt en laquelle se confond la clarté, se présente une vision de la chute interrompue de panneaux, comme si c’était soi-même, qui, doué du mouvement suspendu, le retournât sur soi en la spirale vertigineuse conséquente ; et elle devait être indéfiniment fuyante, si une oppression progressive, poids graduel de ce dont on ne se rendait pas compte, malgré que ce fût expliqué en somme, n’en eût impliqué l’évasion certaine en un intervalle, la cessation ; où, lorsqu’expira le heurt, et qu’elles se confondirent, rien en effet ne fut plus ouï : que le battement d’ailes absurdes de quelque hôte effrayé de la nuit heurté dans son lourd somme par la clarté et prolongeant sa fuite indéfinie.

Car, pour le halètement qui avait frôlé cet endroit, ce n’était pas quelque doute dernier de soi, qui remuait ses ailes par hasard en passant, mais le frottement familier et continu d’un âge supérieur, dont maint et maint génie fut soigneux de recueillir toute sa poussière séculaire en son sépulcre pour se mirer en un soi propre, et que nul soupçon n’en remontât le fil arachnéen — pour que l’ombre dernière se mirât en son propre soi, et se reconnût en la foule de ses apparitions comprises à l’étoile nacrée de leur nébuleuse science tenue d’une main, et à l’étincelle d’or du fermoir héraldique de leur volume, dans l’autre ; du volume de leurs nuits ; telles, à présent, se voyant pour qu’elle se voie, elle, pure, l’Ombre, ayant sa dernière forme qu’elle foule, derrière elle, couchée et étendue, et puis, devant elle, en un puits, l’étendue de couches d’ombre, rendue à la nuit pure, de toutes ses nuits pareilles apparues, des couches à jamais séparées d’elles et que sans doute elles ne connurent pas — qui n’est, je le sais, que le prolongement absurde du bruit de la fermeture de la porte sépulcrale dont l’entrée de ce puits rappelle la porte.

Cette fois, plus nul doute ; la certitude se mire en l’évidence : en vain, réminiscence d’un mensonge, dont elle était la conséquence, la vision d’un lieu apparaissait-elle encore, telle que devait être, par exemple, l’intervalle attendu, ayant, en effet, pour parois latérales l’opposition double des panneaux, et pour vis-à-vis, devant et derrière, l’ouverture de doute nul répercutée par le prolongement du bruit des panneaux, où s’enfuit le plumage, et dédoublée par l’équivoque exploré, la symétrie parfaite des déductions prévues démentait sa réalité ; il n’y avait pas à s’y tromper c’était la conscience de soi (à laquelle l’absurde même devait servir de lieu) — sa réussite.

Elle se présente également dans l’une et dans l’autre face des parois luisantes et séculaires ne gardant d’elle que d’une main la clarté opaline de sa science et de l’autre son volume, le volume de ses nuits, maintenant fermé : du passé et de l’avenir que parvenue au pinacle de moi, l’ombre pure domine parfaitement et finis, hors d’eux. Tandis que devant et derrière se prolonge le mensonge exploré de l’infini, ténèbres de toutes mes apparitions réunies, à présent que le temps a cessé et ne les divise plus, retombées en un lourd somme, massif (lors du bruit d’abord entendu), dans le vide duquel j’entends les pulsations de mon propre cœur.

Je n’aime pas ce bruit : cette perfection de ma certitude me gêne : tout est trop clair, la clarté montre le désir d’une évasion ; tout est trop luisant, j’aimerais rentrer en mon Ombre incréée et antérieure, et dépouiller par la pensée le travestissement que m’a imposé la nécessité, d’habiter le cœur de cette race (que j’entends battre ici) seul reste d’ambiguïté.

À vrai dire, dans cette inquiétante et belle symétrie de la construction de mon rêve, laquelle des deux ouvertures prendre, puisqu’il n’y a plus de futur représenté par l’une d’elles ? Ne sont-elles pas toutes deux, à jamais équivalentes, ma réflexion ? Dois-je encore craindre le hasard, cet antique ennemi qui me divisa en ténèbres et en temps créés, pacifiés là tous deux en un même somme ? et n’est-il pas par la fin du temps, qui amena celle des ténèbres, lui-même annulé ?

(chuchotement)

En effet, la première venue ressemble à la spirale précédente : même bruit scandé, — et même frôlement : mais comme tout a abouti, rien ne peut plus m’effrayer : mon effroi qui avait pris les devants sous la forme d’un oiseau est bien loin : n’a-t-il pas été remplacé par l’apparition de ce que j’avais été ? et que j’aime à réfléchir maintenant, afin de dégager mon rêve de ce costume.

Ce scandement n’était-il pas le bruit du progrès de mon personnage qui maintenant le continue dans la spirale, et ce frôlement, le frôlement incertain de sa dualité ? Enfin ce n’est pas le ventre velu d’un hôte inférieur de moi, dont la lueur a heurté le doute, et qui s’est sauvé avec un volètement, mais le buste de velours d’une race supérieure que la lumière froisse, et qui respire dans un air étouffant, d’un personnage dont la pensée n’a pas conscience de lui-même, de ma dernière figure, séparée de son personnage par une fraise arachnéenne et qui ne se connaît pas : aussi, maintenant que sa dualité est à jamais séparée, et que je n’ouïs même plus à travers lui le bruit de son progrès, je vais m’oublier à travers lui, et me dissoudre en moi.

Son heurt redevient chancelant comme avant d’avoir la perception de soi : c’était le scandement de ma mesure dont la réminiscence me revint prolongée par le bruit dans le corridor du temps de la porte de mon sépulcre, et par l’hallucination : et, de même qu’elle a été réellement fermée, de même elle doit s’ouvrir maintenant pour que mon rêve se soit expliqué.



Il quitte la chambre.

L’heure a sonné pour moi de partir, la pureté de la glace s’établira, sans ce personnage, vision de moi — mais il emportera la lumière ! — la nuit ! Sur les meubles vacants, le Rêve a agonisé en cette fiole de verre, pureté, qui renferme la substance du Néant.

III.
Vie d’Igitur[modifier]

Écoutez, ma race, avant de souffler ma bougie — le compte que j’ai à vous rendre de ma vie — Ici : névrose, ennui, (ou Absolu !)

Heures vides, purement négatives.

J’ai toujours vécu mon âme fixée sur l’horloge. Certes, j’ai tout fait pour que le temps qu’elle sonna restât présent dans la chambre, et devînt pour moi la pâture et la vie — j’ai épaissi les rideaux, et comme j’étais obligé pour ne pas douter de moi de m’asseoir en face de cette glace, j’ai recueilli précieusement les moindres atomes du temps dans des étoffes sans cesse épaissies. — L’horloge m’a fait souvent grand bien.

(Cela avant que son Idée n’ait été complétée ? En effet, Igitur a été projeté hors du temps par sa race.)


Voici en somme Igitur, depuis que son Idée a été complétée : — Le passé compris de sa race qui pèse sur lui en la sensation de fini, l’heure de la pendule précipitant cet ennui en temps lourd, étouffant, et son attente de l’accomplissement du futur, forment du temps pur, ou de l’ennui, rendu instable par la maladie d’idéalité : cet ennui, ne pouvant être, redevient ses éléments, tantôt, tous les meubles fermés, et pleins de leur secret ; et Igitur comme menacé par le supplice d’être éternel qu’il pressent vaguement, se cherchant dans la glace devenue ennui et se voyant vague et près de disparaître comme s’il allait s’évanouir en le temps, puis s’évoquant ; puis lorsque de tout cet ennui, temps, il s’est refait, voyant la glace horriblement nulle, s’y voyant entouré d’une raréfaction, absence d’atmosphère, et les meubles tordre leurs chimères dans le vide, et les rideaux frissonner invisiblement, inquiets ; alors, il ouvre les meubles, pour qu’ils versent leur mystère, l’inconnu, leur mémoire, leur silence, facultés et impressions humaines, — et quand il croit être redevenu lui, il fixe de son âme l’horloge, dont l’heure disparaît par la glace, ou va s’enfouir dans les rideaux, en trop plein, ne le laissant même pas à l’ennui qu’il implore et rêve. Impuissant de l’ennui.

Il se sépare du temps indéfini et il est ! Et ce temps ne va pas comme jadis s’arrêter en un frémissement gris sur les ébènes massifs dont les chimères fermaient les lèvres avec une accablante sensation de fini, et, ne trouvant plus à se mêler aux tentures saturées et alourdies, remplir une glace d’ennui où, suffoquant et étouffé, je suppliais de rester une vague figure qui disparaissait complètement dans la glace confondue ; jusqu’à ce qu’enfin, mes mains ôtées un moment de mes yeux où je les avais mises pour ne pas la voir disparaître, dans une épouvantable sensation d’éternité, en laquelle semblait expirer la chambre, elle m’apparût comme l’horreur de cette éternité. Et quand je rouvrais les yeux au fond du miroir, je voyais le personnage d’horreur, le fantôme de l’horreur absorber peu à peu ce qui restait de sentiment et de douleur dans la glace, nourrir son horreur des suprêmes frissons des chimères et de l’instabilité des tentures, et se former en raréfiant la glace jusqu’à une pureté inouïe, — jusqu’à ce qu’il se détachât, permanent, de la glace absolument pure, comme pris dans son froid, — jusqu’à ce qu’enfin les meubles, leurs monstres ayant succombé avec leurs anneaux convulsifs, fussent morts dans une attitude isolée et sévère, projetant leurs lignes dures dans l’absence d’atmosphère, les monstres figés dans leur effort dernier, et que les rideaux cessant d’être inquiets tombassent, avec une attitude qu’ils devaient conserver à jamais.

IV.
Le coup de dés[modifier]

(AU TOMBEAU)

Bref dans un acte où le hasard est en jeu, c’est toujours le hasard qui accomplit sa propre Idée en s’affirmant ou se niant. Devant son existence la négation et l’affirmation viennent échouer. Il contient l’Absurde — l’implique, mais à l’état latent et l’empêche d’exister : ce qui permet à l’Infini d’être.

Le Cornet est la Corne de licorne — d’unicorne.

Mais l’Acte s’accomplit.

Alors son moi se manifeste par ceci qu’il reprend la Folie : admet l’acte, et, volontairement, reprend l’Idée, en tant qu’Idée : et l’Acte (quelle que soit la puissance qui l’ait guidé) ayant nié le hasard, il en conclut que l’Idée a été nécessaire.


— Alors il conçoit qu’il y a, certes, folie à l’admettre absolument : mais en même temps il peut dire que, par le fait de cette folie, le hasard étant nié, cette folie était nécessaire. À quoi ? (Nul ne le sait, il est isolé de l’humanité.)


Tout ce qu’il en est, c’est que sa race a été pure : qu’elle a enlevé à l’Absolu sa pureté, pour l’être, et n’en laisser qu’une Idée elle-même aboutissant à la Nécessité : et que quant à l’Acte, il est parfaitement absurde sauf que mouvement (personnel) rendu à l’Infini : mais que l’Infini est enfin fixé.



Scène de Théâtre, ancien Igitur

Un coup de dés qui accomplit une prédiction, d’où a dépendu la vie d’une race. « Ne sifflez pas » aux vents, aux ombres — si je compte, comédien, jouer le tour — les 12 — pas de hasard dans aucun sens.

Il profère la prédiction, dont il se moque au fond. Il y a eu folie.

Igitur secoue simplement les dés — mouvement, avant d’aller rejoindre les cendres, atomes de ses ancêtres : le mouvement, qui est en lui est absous. On comprend ce que signifie son ambiguïté.

Il ferme le livre — souffle la bougie, — de son souffle qui contenait le hasard : et, croisant les bras, se couche sur les cendres de ses ancêtres.

Croisant les bras — l’Absolu a disparu, en pureté de sa race (car il le faut bien puisque le bruit cesse).

Race immémoriale, dont le temps qui pesait est tombé, excessif, dans le passé, et qui pleine de hasard n’a vécu, alors, que de son futur. — Ce hasard nié à l’aide d’un anachronisme, un personnage, suprême incarnation de cette race, — qui sent en lui, grâce à l’absurde, l’existence de l’Absolu, a, solitaire, oublié la parole humaine en le grimoire, et la pensée en un luminaire, l’un annonçant cette négation du hasard, l’autre éclairant le rêve où il en est. Le personnage qui, croyant à l’existence du seul Absolu, s’imagine être partout dans un rêve (il agit au point de vue Absolu) trouve l’acte inutile, car il y a et n’y a pas de hasard — il réduit le hasard à l’Infini — qui, dit-il, doit exister quelque part.

V.
Il se couche au tombeau[modifier]

ou les dés — hasard absorbé

Sur les cendres des astres, celles indivises de la famille, était le pauvre personnage, couché, après avoir bu la goutte de néant qui manque à la mer. (La fiole vide, folie, tout ce qui reste du château ?) Le Néant parti, reste le château de la pureté.

Scolies[modifier]

Touches[modifier]

L’heure a sonné — certainement prédite par le livre — ou, la vision importune du personnage qui nuisait à la pureté de la glace chimérique dans laquelle je m’apparaissais, à la faveur de la lumière, va disparaître, ce flambeau emporté par moi : disparaître comme tous les autres personnages partis en temps des tapisseries, qui n’étaient conservées que parce que le hasard était nié par le grimoire, avec lequel je vais également partir. O sort ! la pureté ne peut s’établir — voici que l’obscurité la remplacera — et que les lourds rideaux tombant en temps, en feront les ténèbres, — tandis que le livre aux pages fermées toutes les nuits, et la lumière le jour qu’elles séparent. Cependant, les meubles garderont leur vacance, et agonie de rêve chimérique et pur, une fiole contient la substance du Néant.

Et maintenant il n’y a plus qu’ombre et silence.

Que le personnage, qui a nui à cette pureté prenne cette fiole qui le prédisait et se l’amalgame, plus tard : mais qu’il la mette simplement dans son sein, en allant se faire absoudre du mouvement.


II.
Plusieurs ébauches de la Sortie de la chambre[modifier]

Γ[modifier]

Les panneaux de la nuit ébénéenne ne se refermèrent pas encore sur l’ombre qui ne perçut plus rien que l’oscillation hésitante et prête à s’arrêter d’un balancier caché qui commence à avoir la perception de lui-même. Mais elle s’aperçut bientôt que c’était en elle, en qui la lueur de sa perception s’enfonçait comme étouffée, — et elle rentrait en elle-même. Le bruit, bientôt, se scanda d’une façon plus définitive. Mais, à mesure qu’il devenait plus certain d’un côté, et plus pressé, son hésitation augmentait d’une sorte de frôlement, qui remplaçait l’intervalle disparu ; et, prise de doute, l’ombre se sentait opprimée par une netteté fuyante, comme par la continuation de l’idée apparue des panneaux qui bien que fermés, ouverts encore cependant, auraient, pour arriver à cela, dans une vertigineuse immobilité tourné longuement sur eux-mêmes. Enfin un bruit qui semblait l’échappement de la condensation absurde des précédents s’exhala, mais doué d’une certaine animation reconnue, et l’ombre n’entendit plus rien qu’un régulier battement qui semblait fuir à jamais comme le volètement prolongé de quelqu’hôte de la nuit réveillé de son lourd sommeil : mais ce n’était pas cela, il n’y avait sur les parois luisantes aucune trame, à laquelle pussent s’attacher même les pattes arachnéennes du soupçon : tout était luisant et propre ; et si quelque plumage avait jamais frotté ces parois, ce ne pouvait être que les plumes de génies d’une espèce intermédiaire soucieuse de réunir toute poussière dans un lieu spécial, afin que ces ombres, des deux côtés multipliées à l’infini apparussent comme de pures ombres portant chacune le volume de leurs destinées, et la pure clarté de leur conscience. Ce qu’il y avait de clair c’est que ce séjour concordait parfaitement avec lui-même : des deux côtés les myriades d’ombres pareilles, et de leurs deux côtés, dans les parois opposées, qui se réfléchissaient, deux trouées d’ombre massive qui devait être nécessairement l’inverse de ces ombres, non leur apparition, mais leur disparition, ombre négative d’eux-mêmes : c’était le lieu de la certitude parfaite.

L’ombre n’entendit dans ce lieu d’autre bruit qu’un battement régulier qu’elle reconnut être celui de son propre cœur : elle le reconnut, et, gênée de la certitude parfaite de soi, elle tenta d’y échapper, et de rentrer en elle, en son opacité : mais par laquelle des deux trouées passer ? dans les deux s’enfonçaient des divisions correspondantes à l’infini des apparitions, bien que différentes : elle jeta encore une fois les yeux sur la salle qui, elle, lui paraissait identique à soi, sauf que de la clarté la lueur se mirait dans la surface polie inférieure, dépourvue de poussière, tandis que dans l’autre apparue plus vaguement il y avait une évasion de lumière. L’ombre se décida pour celle-là et fut satisfaite. Car le bruit qu’elle entendait était de nouveau distinct et le même exactement que précédemment, indiquant la même progression.

Toutes les choses étaient rentrées dans leur ordre premier : il n’y avait plus de doute à avoir : cette halte n’avait-elle pas été l’intervalle disparu et remplacé par le froissement : elle y avait entendu le bruit de son propre cœur, explication du bruit devenu distinct ; c’était elle-même qui scandait sa mesure, et qui s’était apparue en ombres innombrables de nuits, entre les ombres des nuits passées et des nuits futures, devenues pareilles et extérieures, évoquées pour montrer qu’elles étaient également finies : cela avec une forme qui était le strict résumé d’elles : et ce froissement quel était-il ? non celui de quelqu’oiseau échappé sous le ventre velu duquel avait donné la lumière, mais le buste d’un génie supérieur, vêtu de velours, et dont l’unique frisson était le travail arachnéen d’une dentelle qui retombait sur le velours : le personnage parfait de la nuit telle qu’elle s’était apparue. En effet, maintenant qu’il avait la notion de lui-même, le bruit de mesure cessa, et redevint ce qu’il était, chancelant, la nuit divisée de ses ombres accomplies, la lueur qui s’était apparue dans son mirage dénué de cendres était la pure lumière et elle allait cette fois disparaître en le sein de l’ombre qui, accomplie, revenue du corridor du temps, était enfin parfaite et éternelle, — elle-même, devenue son propre sépulcre, dont les panneaux se retrouvaient ouverts sans bruit.

Δ[modifier]

L’ombre disparut dans les ténèbres futures, y demeura avec une perception de balancier expirant alors qu’il commence à avoir la sensation de lui : mais elle s’aperçut à l’étouffement expirant de ce qui luit encore dès qu’il s’enfonce en elle — qu’elle rentre en soi, d’où provenait par conséquent l’idée de ce bruit, retombant maintenant en une seule fois inutilement sur lui-même dans le passé.

Si d’un côté le doute disparaissait, scandé nettement par le mouvement qui restait seul du bruit, de l’autre la réminiscence du bruit se manifestait par un vague frôlement inaccoutumé, et cet état d’angoisse consciente était comprimée vers le mirage par la permanence constatée des panneaux encore ouverts parallèlement et à la fois se fermant sur eux, comme dans une spirale vertigineuse, et à jamais fuyante si la compression prolongée n’eût dû impliquer la halte d’une expansion retenue, qui eut lieu en effet, et ne fut troublée que par le semblant de volètement évasif d’un hôte de la nuit effrayé dans son lourd sommeil, lequel disparut dans ce lointain indéfini.

La Nuit était bien en soi cette fois et sûre que tout ce qui était étranger à elle n’était que chimère. Elle se mira dans les panne,aux luisants de sa certitude, où nul soupçon n’eût pu s’attacher de ses pattes arachnéennes, et si jamais quelqu’hôte étranger à elle les avait frôlés de ses plumes, c’étaient des génies d’une espèce supérieure aux hôtes qu’elle avait imaginés, pareille peut-être à celle de ses ombres apparues dans les panneaux, soucieux de recueillir toute poussière d’elle pour que, parvenue au point de jonction de son futur et de son passé devenus identiques, elle se mirât en toutes ces ombres apparues pures avec le volume de leur destinée et la lueur épurée de leur conscience. Tout était parfait, en face et derrière ces deux épaisseurs obscures identiques étaient bien les ténèbres vécues par ces ombres revenues à leur état de ténèbres, et divisées seulement à l’infini par les marches faites des pierres funéraires de toutes ces ombres. Toutes deux semblaient identiquement pareilles, sauf que, de même qu’elles étaient l’opposé des ombres, de même elles devaient s’opposer l’une à l’autre, et, les divisions tournant également sur elles-mêmes, elles allaient différemment. Tout était parfait ; elle était la Nuit pure, et elle entendit son propre cœur qui battit. Toutefois il lui donna une inquiétude, celle de trop de certitude, celle d’une constatation trop sûre d’elle-même : elle voulut se replonger à son tour dans les ténèbres vers son sépulcre unique et abjurer l’idée de sa forme telle qu’elle s’était apparue par son souvenir des génies supérieurs chargés de réunir ces cendres passées. Elle fut troublée un moment par sa propre symétrie ; mais, comprenant à l’évasion trop grande de la clarté, atténuée jadis, que cette évasion avait été le bruit de l’oiseau dont le vol propagé lui avait semblé continu, elle songea qu’en suivant cette lumière, lorsqu’elle recréerait un vertige pareil au premier, elle retournerait à son évanouissement. Elle reconnut en appliquant la lueur devant les ténèbres laquelle des deux portes il fallait prendre, à l’effet identique de la lueur et, instruite maintenant de l’architecture des ténèbres, elle fut heureuse de percevoir le même mouvement, et le même froissement. Ce froissement était dans ce corridor où s’était enfui le bruit, pour disparaître à jamais, non celui d’un hôte ailé de la nuit, dont la lumière avait froissé le ventre velu, mais le propre miroitement du velours sur le buste d’un génie supérieur, et il n’y avait d’autre toile arachnéenne que la dentelle sur ce buste, et quant au mouvement qui avait produit ce frôlement, c’était non la marche circulaire d’une telle bête, mais la marche régulière debout sur les deux pieds de la race qui était apparue tenant dans deux mains un volume et une lueur. Elle reconnaissait son personnage ancien qui lui apparaissait chaque nuit, mais enfin, maintenant qu’elle l’avait réduit à l’état de ténèbres, après qu’il lui fut apparu comme des ombres, elle était libre enfin, sûre d’elle-même et débarrassée de tout ce qui était étranger à elle. En effet, le bruit cessa, en la lumière qui demeura seule et pure.

Ε[modifier]

L’ombre redevenue obscurité, la Nuit demeura avec une perception douteuse de pendule qui va expirer en la perception de lui ; mais à ce qui luit et va probablement s’éteindre en soi, elle se voit encore qui le porte ; c’est donc d’elle que venait le battement ouï, dont le bruit total tomba à jamais dans le passé (sur l’oubli).

D’un côté, si toute ambiguïté cessa, l’idée de motion dure de l’autre, régulièrement marquée par le double heurt impossible du pendule qui n’atteint plus que sa notion, mais dont le frôlement actuel revient dans le possible, tel qu’il doit avoir lieu, pour combler l’intervalle, comme si tout le choc n’avait pas été la chute unique des portes du tombeau sur lui-même et sans retour ; mais dans le doute né de la certitude même de leur perception, se présente une vision de panneaux à la fois ouverts et fermés, dans leur chute en suspens, comme si c’était soi qui, doué de leur mouvement, retournât sur soi-même en la spirale vertigineuse conséquente ; qui devait être indéfiniment fuyante si une oppression progressive, poids de ce dont on ne se rendait pas compte, malgré que l’on se l’expliquait en somme, n’eût impliqué l’expansion certaine d’un intervalle futur, sa cessation, dans laquelle, lorsqu’elles se retrouvèrent, rien en effet ne s’entendit plus que le bruit d’un battement d’ailes effaré de quelqu’un de ses hôtes absurdes heurté dans son lourd somme par la clarté et prolongeant sa fuite indéfinie.

IV.
Malgré la déffense de sa mère, allant jouer dans les tombeaux[modifier]

(Interdiction de sa mère de descendre ainsi, — sa mère qui lui a dit ce qu’il avait à accomplir. Pour lui il va aussi dans un souvenir d’enfance, cette nuit recommandée s’il se tuait, il ne pourrait pas, grand, accomplir l’acte).

Il peut avancer, parce qu’il va dans le mystère. (Ne descend-il pas à cheval sur la rampe toute l’obscurité, — tout ce qu’il ignore des siens, corridors oubliés depuis l’enfance.) Telle est la marche inverse de la notion dont il n’a pas connu l’ascension, étant, adolescent, arrivé à l’Absolu : spirale, au haut de laquelle il demeurait en Absolu, incapable de bouger, on éclaire et l’on plonge dans la nuit à mesure. Il croit traverser les destins de cette nuit fameuse : enfin il arrive où il doit arriver, et voit l’acte qui le sépare de la mort.

Autre gaminerie.

il boira exprès pour se retrouver

Il dit : je ne peux faire ceci sérieusement : mais le mal que je souffre est affreux, de vivre : au fond de cette confusion perverse et inconsciente des choses qui isole son absolu — il sent l’absence du moi, représentée par l’existence du Néant en substance, il faut que je meure, et comme cette fiole contient le néant par ma race différé jusqu’à moi (ce vieux calmant qu’elle n’a pas pris, les ancêtres immémoriaux l’ayant gardé seul du naufrage), je ne veux pas connaître le Néant, avant d’avoir rendu aux miens ce pourquoi ils m’ont engendré — l’acte absurde qui atteste l’inanité de leur folie. (L’inaccomplissement me suivrait et entache seul momentanément mon Absolu.)

Cela depuis qu’ils ont abordé ce château dans un naufrrage sans doute — second naufrage de quelque haute visée.

Ne sifflez pas parce que j’ai dit l’inanité de votre folie ! silence, pas de cette démence que vous voulez montrer exprès. Eh ! bien il vous est si facile de retourner là-haut chercher le temps — et de devenir — est-ce que les portes sont fermées ?

Moi seul — moi seul — je vais connaître le néant. Vous, vous revenez à votre amalgame.

Je profère la parole, pour la replonger dans son inanité.

Il jette les dés, le coup s’accomplit, douze, le temps (minuit) — qui créa se retrouve la matière, les blocs, les dés —

Alors (de l’Absolu, son esprit se formant par le hasard absolu de ce fait) il dit à tout ce vacarme : certainement, il y a là un acte — c’est mon devoir de le proclamer : cette folie existe. Vous avez eu raison (bruit de folie) de la manifester : ne croyez pas que je vais vous replonger dans le néant.