Isaac Laquedem/Première partie/Chapitre XXXI

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Librairie théâtrale (volume 5p. 239-260).


Dans cette partie de la Béotie qui touche à la Phocide, et qui s’étend de la mer d’Alcyon au lac Copaïs, sur la pente septentrionale de l’Hélicon, près de Trachis, entre Ambryssus et Orchomène, au fond d’une vallée arrosée par le Lamus, s’élève la charmante ville de Lébadée.

Une montagne la domine, et, du haut de cette montagne, descend, bondissante et roulant une cascade de diamants, la petite rivière d’Hercyne, laquelle, avant d’arriver à Lébadée, côtoie deux sources qui, par la tranquillité et la transparence de leurs ondes, contrastent étrangement avec les eaux de la bruyante et rapide rivière.

Il est vrai que celle-ci, après s’être encaissée, pendant l’espace de dix stades, dans un ravin profond et sombre, va, reparaissant près de la ville, nouer sa fraîche ceinture de gaze autour des murailles, et, continuant son chemin, roule, par une pente douce et par une délicieuse vallée dans le lac Copaïs.

Ces deux sources dont nous venons de parler, si modestes qu’elles soient, ont, dans toute la Béotie, une réputation presque égale à celle du fameux Permesse, où s’abreuve Pégase et où se désaltèrent les muses ; mystérieuses et cachées comme toutes les choses précieuses, on les appelle le Léthé et la Mnémosyne, c’est-à-dire les sources de l'oubli et de la mémoire.

A quelques pas de ces deux sources, dans l’endroit le plus sauvage de la vallée, dominé par un sombre bois de chênes, s’élève, ou plutôt s’élevait à l’époque où se passaient les événements que nous avons entrepris de raconter, un petit temple entouré d’une balustrade de marbre blanc sur laquelle, de place en place, se dressaient des obélisques de bronze.

Ce temple était celui où le dieu Trophonius rendait ses oracles.

Comment Trophonius était-il devenu dieu, et rendait-il des oracles ? Ce n’était pas chose bien claire pour les Lébadiens eux-mêmes, qui, cependant, avaient tracé une large et belle route toute bordée de statues, et conduisant de la ville au temple.

Voici ce que l’on racontait sur cette divinité, qui, comme tant d’autres, puisait son origine dans le meurtre et dans le vol.


On sait comment fut découvert cet ancien oracle de Delphes, dont les paroles prophétiques élevèrent et renversèrent des empires. – Des chèvres errantes parmi les roches du mont Parnasse, ayant respiré les vapeurs souterraines qui s’exhalaient d’une gerçure de la terre, bondirent tout à coup, agitées de mouvements extraordinaires ; les bergers qui les cherchaient arrivèrent à la même ouverture, respirèrent les mêmes émanations, furent agités des mêmes mouvements, et, de plus que leurs chèvres, prononcèrent des paroles sans suite qui, recueillies par les assistants, furent déclarées être des oracles. Dès lors, le roi Hyriée résolut de bâtir un temple au dieu à qui la montagne était consacrée. – Ce dieu, c’était Apollon ; ce temple fut le célèbre temple de Delphes.

En conséquence, le roi Hyriée fit venir les deux plus célèbres architectes du temps, c’est-à-dire Trophonius et son frère Agamède ; ceux-ci bâtirent le magnifique temple dont il ne reste aujourd’hui d’autres traces que l’image même de ce temple, empreinte sur les médailles de la Béotie et la description que nous en a conservée l'Ion d’Euripide.

Hyriée, dans les souterrains de ce temple, n’avait point négligé la place réservée au trésor ; mais les architectes, de leur côté, dans l’espoir de puiser à ce trésor, s’étaient ménagé, à travers les murailles, un passage connu d’eux seuls, et par lequel, une fois le temple bâti, ils venaient lorsqu’ils manquaient d’argent, en emprunter au dieu de la lumière et de la poésie ; ils y revinrent si souvent, et firent de si profondes saignées à la bourse du dieu, que le roi s’aperçut de la diminution du trésor, sans pouvoir se rendre compte de quelle façon le trésor diminuait ; cependant, il mit naturellement le crime sur le compte de voleurs assez adroits pour dérober leurs traces, et, afin de faire cesser le pillage, il plaça des pièges tout autour des vases contenant l’or sacré.

Trophonius et Agamède manquèrent bientôt d’argent ; ils descendirent par leur route habituelle, et pénétrèrent dans la salle du trésor avec leur confiance accoutumée ; mais, au premier pas qu’il fit pour s’approcher d’un des vases, Agamède, qui marchait devant, jeta un cri. Il était pris dans le piège.

Le piège avait été fait par un mécanicien aussi expert dans son état qu’Agamède et Trophonius étaient habiles dans leur art ; il fut impossible à Trophonius de débarrasser son frère de l’étreinte terrible. Un seul moyen restait pour qu’Agamède ne dénonçât point Trophonius : ce moyen, Trophonius l’employa, tout extrême qu’il était : il trancha la tête à son frère, et s’enfuit, laissant pris au piège un corps tronqué et, par conséquent, méconnaissable.

Il existait, près de Lébadée, une grotte qui traversait la montagne et avait différentes issues ; Trophonius, se réfugia dans cette grotte ; il y vécut caché à tous les regards et y mourut ignoré comme il y avait vécu.

Mais Apollon, reconnaissant du magnifique temple qu’il lui avait bâti, et trouvant sans doute fort naturel que l’architecte eût voulu participer aux offrandes qui étaient faites au dieu, Apollon fut blessé de ce que les peuples, non contents d’avoir été indifférents pour Trophonius, du vivant de celui-ci, ne lui rendissent même pas les honneurs funèbres après sa mort. Comme tous les dieux, Apollon avait à sa disposition les fléaux qui peuvent affliger l’humanité ; il envoya en Béotie une sécheresse si opiniâtre, que les Béotiens crurent devoir consulter la pythie ; là pythie répondit que cette sécheresse durerait tant qu’on ne considérerait pas Trophonius comme un oracle, et qu’on ne suivrait pas ses avis. Les Béotiens ne demandaient pas mieux que d’avoir un oracle de plus. mais où trouver celui qui leur était indiqué ? Nul ne savait ce qu’était devenu Trophonius depuis le jour où il avait disparu de Delphes.

Un Acréphien nommé Saon eut l’honneur de la découverte. Il eut l’idée de suivre un essaim d’abeilles, et l’essaim le conduisit à l’antre sacré ; là, il trouva le cadavre d’un homme, et, comme, aussitôt que les honneurs funèbres eurent été rendus à cet homme, la sécheresse cessa, personne ne mit en doute que ce ne fût Trophonius.

Cette opinion reçut une confirmation éclatante lorsqu’on reconnut que l’antre dans lequel le corps avait été retrouvé rendait des oracles.

Dès lors, le temple de Delphes eut son pendant, et la pythie son oracle rival ; oracle terrible, d’ailleurs, qu’il fallait aller chercher dans les régions sombres et souterraines ; temple formidable où l’homme laissait à tout jamais le rire, pour ne revenir sur la terre que le front marqué d’une indélébile pâleur.

En effet, chacun connaissait l’ouverture par laquelle entrait le consultant ; mais nul ne savait ni le temps qu’il resterait dans les entrailles de la terre, ni l’issue par laquelle l’antre rendrait, mort ou vivant, son corps à la lumière du jour.

Le plus grand nombre des consultants restaient un, deux ou trois jours dans l’antre, et, au bout de ce temps, reparaissaient par la même ouverture qui leur avait donné entrée.

D’autres restaient huit jours, un mois, trois mois, et sortaient des ouvertures inconnues, distantes parfois de plusieurs lieues de Lébadée.


D’autres encore, ainsi que nous l’avons dit, étaient rejetés morts, et c’était seulement leurs cadavres que l’on retrouvait.

D’autres, enfin, ne reparaissaient jamais, et l’antre avare et mystérieux ne rendait pas même leurs cadavres.

C’était ce souterrain qui avait été indiqué par Prométhée à Isaac comme la voie la plus directe pour le conduire chez les parques.

Aussi, deux heures après avoir quitté le plateau du Caucase, le sphinx s’abattait-il au pied de la statue de Trophonius, ouvrage de Praxitèle représentant le dieu sous les traits d’Esculape.

Cette statue s’élevait au milieu d’une espèce de clairière formant le centre de ce qu’on appelait le Bois sacré.

Isaac mit pied à terre, laissa son sphinx s’accroupir silencieux et morne en face de la statue du dieu, et se dirigea immédiatement vers un temple situé à cent pas à peu près de l’antre, et qui était consacré a la Fortune et au bon Génie.

Ce temple était une espèce d’auberge sacrée dans laquelle descendaient les voyageurs qui venaient soit consulter l’oracle, soit visiter ce lieu, dont la réputation s’étendait par toute la terre.

Les serviteurs du temple accoururent au-devant du Juif, afin de s’informer du but de son voyage ; s’il venait simplement visiter le temple et ses environs, on lui donnerait un guide ; s’il venait consulter l’oracle, il devrait prendre son logement dans une des cellules préparées pour les consultants, et se soumettre aux formalités habituelles.

Isaac répondit qu’il voulait pénétrer au plus profond de l’antre, et qu’il était prêt à accomplir les rites en usage ; qu’il demandait seulement que ces rites fussent abrégés autant que possible.

On lui répondit que, le troisième jour, il lui serait permis de pénétrer dans l’antre.

Sûr désormais d’arriver à son but, Isaac n’avait plus cette impatience fébrile qui paraissait le dévorer auparavant ; il accepta le délai de trois jours, et se livra aux prêtres.

Pendant ces trois jours, Isaac, dut s’abstenir de vin, et se nourrir des victimes immolées par lui-même ; le troisième jour, au soir, il sacrifia un bélier, et, les prêtres ayant consulté les entrailles, et déclaré que Trophonius acceptait le sacrifice, et le tenait pour agréable, il n’eut plus qu’à accomplir les dernières formalités.

Deux enfants le prirent chacun par une main, et le conduisirent près de la rivière d’Hercyne, où ils lui firent faire trois ablutions successives, après l’avoir trois fois frotté d’huile.

Puis, à la place de l’habit qu’il portait, il fut revêtu d’une longue robe de lin, et conduit aux deux fontaines que nous avons déjà nommées, et dont l’une avait pour but d’effacer le souvenir des choses passées, tandis que l’autre devait graver dans l’esprit d’une façon indélébile la mémoire des choses que l’on allait voir.

Soit que les deux sources n’eussent point, en réalité le pouvoir qu’on leur attribuait, soit qu’elles fussent inefficaces contre l’individualité du Juif, celui-ci n’éprouva aucun des effets que l’absorption de leurs eaux produisait d’ordinaire sur le commun des hommes.

A moitié chemin de la seconde source – c’est-à-dire de la Mnémosyne – à l’ouverture de l’antre, s’élevait une espèce de petite chapelle ; Isaac s’y arrêta, et, après y avoir fait sa prière, moins par croyance que pour se conformer aux recommandations de ses guides, il franchit enfin le vestibule du temple, et se trouva dans la grotte sacrée.


Cette grotte semblait taillée à la pointe du marteau ; elle était haute de huit coudées, et large de quatre ; une échelle dont on apercevait les deux montants supérieurs à l’orifice d’un trou sombre, et s’enfonçant dans la terre à la manière d’un puits, indiquait le chemin à suivre.

Isaac marcha droit vers le trou, et, sans hésitation., s’enfonça dans l’abîme.

Après avoir descendu cinquante échelons à peu près, il se trouva sur une seconde plate-forme. Cette fois, il ne s’agissait pas d’échelle : une simple excavation dont l’ouverture laissait à peine passage au corps d’un homme se présentait à la vue, éclairée par une lampe dont la lumière pâle et tremblante ajoutait encore à la mystérieuse terreur de cette station souterraine.

Deux prêtres attendaient le consultant. S’il voulait s’arrêter là, il était libre de le faire, et la même échelle qui l’avait conduit à la nuit le ramènerait au jour.

Les deux prêtres s’avancèrent vers Isaac : l’un tenait une ceinture pliée ; l’autre, des gâteaux de farine et de miel.

— Que décides-tu ? demandèrent-ils.

— Je désire continuer mon chemin.

— Alors, nous devons te mettre ce bandeau sur les yeux.

— Mettez, dit Isaac.

Et le prêtre lui banda les yeux.

— Maintenant, demanda le Juif, que me reste-t-il à faire ?

— Prends trois de ces gâteaux dans chacune de tes mains.

— A qui sont-ils destinés ?

— Aux serpents que tu rencontreras sur ta route. A chaque sifflement que tu entendras, lâche un gâteau, et, moyennant cette offrande à ces génies de la terre, peut-être arriveras-tu au bas de la descente sans être dévoré.

Isaac haussa les épaules.

— Les serpents de ton dieu ne peuvent rien sur moi, dit-il ; mais n’importe, puisque je traverse leur domaine, il n’est pas juste que je les prive de leur droit de passage.

Et il prit trois gâteaux de chaque main.

Les formalités nécessaires pour le second voyage étaient accomplies.

— Je suis prêt, dit Isaac.

Les deux prêtres le conduisirent à l’espèce d’excavation qui béait dans l’ombre, Isaac s’assit au bord du gouffre, et se laissa glisser sur la pente, rapidement entraîné par la pesanteur de son corps.

Un autre qu’Isaac n’eût pas su mesurer le temps, préoccupé qu’il eût été de ce qui se passait autour de lui. En effet, à peine eut-il commencé la vertigineuse descente, qu’il entendit à ses oreilles un bruit semblable au mugissement d’une cataracte ou d’une eau violemment battue par des roues de moulin, en même temps qu’il sentait comme la fraîcheur d’un brouillard. Bientôt le bruit et la sensation changèrent : à travers le bandeau qui lui couvrait les yeux, il voyait reluire un vaste incendie et comme il avait ressenti la glaciale impression de l’eau, il éprouvait la cuisante chaleur du feu. Enfin, la sensation brûlante disparut, ainsi qu’avait disparu la sensation humide ; d’horribles sifflements se firent entendre ; il sentit passer sur son visage et sur ses mains des corps froids et visqueux, pareils à ceux des reptiles : alors, il lâcha les uns après les autres les six gâteaux que lui avaient remis les prêtres, glissa quelque temps encore, mais avec moins de rapidité, – ce qui indiquait que l’inclinaison de la pente diminuait, – et, enfin, cessant d’être entraîné par la double impulsion de la déclivité et de la pesanteur, il s’arrêta, couché sur le moelleux tapis d’une espèce de prairie souterraine.

Le premier mouvement d’Isaac fut d’enlever le bandeau qui fermait ses yeux.

Il était, comme nous l’avons dit, couché sur l’herbe d’une vaste prairie éclairée d’une lumière pâle et pareille à celle qui passerait au travers d’une voûte de verre dépoli.

Treize prêtres pareils à des spectres l’entouraient, le visage voilé.

Isaac se leva et se trouva debout au milieu d’eux.

— Qui que vous soyez, leur dit-il, et à quelque épreuve que vous comptiez me soumettre, je vous déclare que je suis invulnérable et immortel ; que je viens, sur l’indication du dernier titan, que j’ai vu mourir, pour pénétrer jusqu’au centre de la terre, où sont les parques, et que voici le rameau d’or qui doit me faire obtenir d’elles ce que j’ai à leur demander, et, à la rigueur, me servir contre vous de glaive et de bouclier.

Et, à ces mots, il tira de sa poitrine le rameau d’or, et l’étendit vers les prêtres voilés.

Mais l’un d’eux, s’avançant :

— C’est l’homme que nous attendions, dit-il à ses collègues.

Puis, au Juif :

— Il est inutile, Isaac, lui dit-il, que tu craignes ou que tu menaces… Tu es entouré d’amis.

Et il releva, d’une main, l’espèce de linceul qui lui couvrait le visage, tandis qu’il tendait l’autre à Isaac.

— Apollonius de Tyane ! s’écria celui-ci.

— J’ai su par les enchantements de Canidie que c’était à l’antre de Trophonius que t’avait renvoyé Prométhée, et je suis venu t’attendre… Tu vois en moi l’un des initiés de cette demeure souterraine, où j’ai vécu un an ; vingt fois j’ai tenté de faire le voyage que tu vas faire, et toujours j’ai été forcé de m’arrêter là où l’air, comprimé par les couches terrestres, cesse d’être respirable pour un simple mortel… Jusqu’où j’ai pu aller moi-même, je te conduirai : toi, tu continueras ton chemin, et, au retour, si les dieux ne t’ont pas recommandé le secret, tu nous diras ce que tu as vu.

— Mais, demanda Isaac, pourquoi, connaissant la route qui mène au centre de la terre, ne me l’as-tu pas indiquée toi-même, et sans retard ?

— Chacun de nous fait un serment, serment terrible ! de ne point révéler aux profanes ce qui lui a été découvert pendant son initiation, et je devais tenir ma parole. Après les épreuves, l’initié apprend qu’à l’extrémité de cette prairie, s’ouvre une caverne par laquelle on peut descendre jusqu’au centre de la terre ; s’il veut tenter le voyage, on lui donne une torche et des vivres, et il l’entreprend ; s’il refuse, l’oracle répond aux questions qu’il lui adressé, et il remonte vers la lumière… Ceux qui remontent ainsi, c’est le plus grand nombre, la presque totalité… Mais d’autres risquent le voyage, et s’avancent plus ou moins profondément dans les entrailles de la terre ; de là vient le plus ou moins de temps qu’ils restent parmi nous. D’autres enfin, pénètrent si avant, que l’air leur manque, et que leurs cadavres sont rejetés par une force répulsive jusqu’aux limites de l’air respirable ; de là vient la pâleur plus ou moins profonde empreinte au front de ceux qui ont visité l’antre de Trophonius ; de là aussi viennent ces cadavres que l’on retrouve parfois aux différentes ouvertures de la montagne, et qui inspirent une si vive terreur aux habitants des environs… Maintenant que le secret de la voie mystérieuse t’a été révélé par un autre, je suis venu t’attendre ici, afin de te dire : « Isaac, je suis un de ceux qui ont pénétré le plus avant dans le sombre chemin ; veux-tu me prendre pour guide ? Me voici. »

Isaac tendit la main à Apollonius ; les douze prêtres levèrent leurs voiles, et il fut convenu que, dispensé de toute épreuve, Isaac, guidé par Apollonius, tenterait, le même jour, la terrible descente que nul n’avait encore accomplie.

Une heure après, Apollonius et Isaac, munis chacun d’une torche, traversaient la pâle prairie souterraine, côtoyant un lac aux eaux mornes, profondes et sombres, puis s’engouffraient dans l’ouverture de la caverne, béante comme la gueule d’une gigantesque chimère.