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Jean-Daniel Dumas, le héros de la Monongahéla/Après la bataille

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G. Duchamps, libraire-éditeur (p. 104-107).

Après la bataille


Après la bataille, M. de Vaudreuil tint un conseil de guerre dont M. Dumas fit partie. Le marquis de Montcalm, mourant, avait suggéré trois expédients : un nouveau combat, la retraite sur Jacques-Cartier, ou la reddition de Québec. Le conseil décida en faveur de la retraite que l’on commença immédiatement. [1]

Un fort érigé à l’embouchure de la rivière Jacques-Cartier, dix lieues en haut de Québec, servit de retraite et de point d’appui aux troupes de la Pointe-aux-Trembles, et protégea la colonie contre les tentatives de la garnison de Québec. M. Dumas fut désigné par le marquis de Vaudreuil pour commander ce poste et pour garder toute cette frontière durant l’hiver.[2]

On voit par la correspondance assez volumineuse échangée entre MM. de Vaudreuil, de Lévis et Dumas, que ce dernier s’acquitta avec zèle et intelligence de ses fonctions qui consistaient à préparer ce qu’il fallait pour faire le siège de Québec le printemps suivant, tout en surveillant de près les moindres mouvements de la garnison anglaise de la ville. Il écrivait presque tous les jours, soit au marquis de Vaudreuil, soit au chevalier de Lévis, et rendait un compte détaillé de tout ce qui se passait à son camp et sur toute la frontière confiée à ses soins. Il entretenait des rapports suivis avec les habitants de la ville de Québec, avec ceux de l’île d’Orléans, et se tenait aussi au courant de ce qui se faisait sur la rive sud du fleuve. En un mot, il veillait à tout ; rien n’échappait à sa prévoyance. Nous croyons devoir répéter ici que toutes les mesures prises ou proposées par M. Dumas, durant l’hiver de 1759-1760, furent pleinement approuvées par MM. de Lévis et de Vaudreuil.

Au mois de mars le général James Murray parut sortir de sa torpeur, et commença d’envoyer des partis à droite et à gauche, afin d’obtenir des renseignements sur ce que faisaient les Français et tâcher de découvrir leurs desseins. Il y eut plusieurs escarmouches. Le 23 de ce mois, M. Dumas avertissait M. de Vaudreuil que l’ennemi marchait par les bois pour le tourner. Il redoubla de surveillance et n’eut de repos, ni le jour ni la nuit. Cependant le froid devint très vif vers la fin du mois et força le général anglais à retirer ses troupes. M. Dumas craignait le dégel et la réouverture de la navigation « qui fournira bientôt, disait-il, de nouveaux moyens à l’ennemi ».

Le mois d’avril était commencé. M. Dumas poussa activement les travaux qui avaient été plus ou moins retardés par les fréquentes alertes venant des mouvements de l’ennemi. Enfin il apprit que le chevalier de Lévis allait bientôt quitter Montréal pour marcher sur Québec. Celui-ci, en effet, se mit en route le 17 avril, et après dix jours de marche, il arrivait à Sainte-Foy, où il livrait le lendemain combat au général Murray, sorti de Québec pour le rencontrer. Ayant remporté une brillante victoire sur son adversaire qui se réfugia derrière les remparts de la capitale, le chevalier de Lévis commença aussitôt les travaux du siège. Mais on sait que l’arrivée de la flotte anglaise le força bientôt à battre en retraite. Il se retira alors et s’en retourna à Montréal, laissant à M. Dumas, qui avait été légèrement blessé au combat du 28,[3] le soin de diriger la retraite vers cette ville. Celui-ci alla se poster à la Pointe-aux-Trembles pour surveiller le fleuve et empêcher le général Murray de le remonter. Il était encore à cet endroit au commencement de juillet.

Cependant l’armée anglaise forte de 2 200 hommes avait quitté Québec et montait le long des deux rives et par le fleuve. M. Dumas reculait pas à pas vers le Cap-Santé, puis Deschambault, Batiscan et Trois-Rivières. Au commencement du mois d’août, l’ennemi était rendu à Sorel où M. de Bourlamaque s’était retranché. M. Dumas était toujours sur la rive nord. Tous deux avaient ordre de se tenir constamment à la hauteur de la flotte. Enfin, le 28, l’avant-garde de cette dernière jetait l’ancre devant la Pointe-aux-Trembles de Montréal. À deux heures de l’après-midi on apercevait le détachement de M. Dumas sur l’île de Montréal, en face des Anglais ; il ne les avait point perdus de vue un moment : il avait suivi ses instructions à la lettre.

Peu après le général Amherst, commandant en chef des forces anglaises en Amérique, arrivait à Montréal où s’étaient concentrées ses armées. Le 8 septembre M. de Vaudreuil capitulait, et la Nouvelle-France passait aux mains des Anglais.

M. Dumas s’embarquait quelques jours plus tard pour la France.


« Et notre vieux drapeau, trempé de pleurs amers,
Ferma son aile blanche… et repassa les mers. »

(Louis Fréchette)
  1. Journal tenu à l’Armée, p. 69, cité dans Knox’s Journal.
  2. Documents relating to the Colonial History of the State of New York. Paris documents. Vol. X, p. 1078.
  3. Lettre du chevalier de Lévis à M. Berryer, du 28 juin 1760. « Parmi les officiers de la Marine, je crois devoir avoir l’honneur de vous informer particulièrement de ceux qui se sont distingués le plus et méritent de préférence les grâces du Roi.

    Le Sieur Dumas, commandant le corps de la Marine, et le chevalier de la Corne, premier commandant d’un bataillon de ce corps, ont été blessés ; ce sont deux officiers de distinction et très en état d’être chargés de commissions importantes. Ils méritent depuis longtemps un grade distingué ou une pension ».