Jour terne (Guaita)

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Alphonse Lemerre, éditeur (p. 112-113).
Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu39.png


Jour terne


Gris uniformément, humide et lourd d’ennui,
Le ciel verse un jour terne et qui n’est pas la nuit.
Cette pâleur n’a point l’attirance de l’ombre.
Le mystère croissant du crépuscule sombre
M’est cher ; — j’aime l’effroi de l’heure où les hiboux
Ont des cris menaçants ou plaintifs, en leurs trous
Écarquillant des yeux où le feu pourpre alterne,
Pareil à la clarté rouge d’une lanterne.
— Vous n’êtes point sans charme, ô moments ténébreux
Où le passant chancelle, égaré dans le creux

Des chemins hérissés de ronces agressives.
— Le port majestueux des vieilles tours massives
D’un manoir, que l’éclair, de moment en moment,
Découpe sur le ciel épouvantablement,
Nous frappe de terreur, parmi la solitude.

— Mais de ce ciel pâlot tombent la Lassitude
La Nausée et le Spleen ; — et l’on est dégoûté
D’avoir à vivre encor, d’être et d’avoir été.


Décembre 1883.


Guaita - Rosa mystica, 1885 (page 123 crop).jpg