L'Effondrement colonial de l'Allemagne - La conquête anglo-belge de l'Afrique orientale allemande

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L’effondrement colonial de l’Allemagne – La conquête anglo-belge de l’Afrique orientale allemande
Charles Tienon

Revue des Deux Mondes tome 38, 1917


L’effondrement colonial de l’Allemagne – La conquête anglo-belge de l’Afrique orientale allemande


C’était pendant l’hiver, en 1882. Une salle longue et haute que remplissent des tables régulièrement disposées avec au centre un large passage. Des nuages de fumée montent doucement vers le plafond aux solives apparentes. Un bruit confus de conversations et, par instans, des éclats de voix et des rires qui fusent et dont l’ampleur fait deviner de jeunes et larges poitrines. Aux murs polychromes, suspendues à des râteliers bizarres, de longues pipes et dans un coin un groupe de jeunes gens dont quelques-uns agitent d’étonnans projets.

Dans cette brasserie allemande au goût de 1880 se réunissent assidûment ceux qui veulent agrandir l’Allemagne. Pour y arriver, dans la Taegliche Rundschau [1], ils mènent une campagne ardente qui, d’ailleurs, ne rencontre les sympathies ni du gouvernement, ni de la masse, mais leur vaut cependant des souscriptions dont le total atteint 250 000 marks. Cette somme est destinée à… conquérir une colonie ! Mais dans quelle partie du monde ?… 1866, — 1870, — années merveilleuses, pensaient-ils. L’Allemagne s’est taillé des morceaux de choix. Elle doit s’engager plus audacieusement encore dans la voie des conquêtes. Malheureusement, comme devait le dire plus tard, en 1899, le géographe Kurt Hassert : « Lorsqu’on a fait le partage du monde, il n’existait pas encore une puissante Allemagne qui aurait pu dire son mot. Et lorsqu’il y eut une puissante Allemagne… le monde était presque complètement partagé. » Malgré cela, les novateurs qu’étaient Carl Peters, le comte Pfeil, Ernst von Weber, Friedrich Lange ne se tenaient point pour battus. L’un d’eux dont la physionomie tout imprégnée d’une âpre énergie n’était pas sans beauté, Carl Peters, après avoir fixé « les terres vacantes » où suivant lui devaient être plantées les couleurs allemandes, se chargea d’aller sur l’autre moitié du globe poser sa main conquérante. Et voilà pourquoi, un soir de l’automne 1883, trois jeunes hommes s’embarquaient à Trieste sur le Titania, vaisseau du Lloyd autrichien. Le paquebot passe sous les lueurs alternantes qui veillent à l’entrée du vieux port. Quelques semaines après, descendus à Zanzibar, Pfeil, Jühlke et Peters traversent, bientôt, le bras de mer qui les sépare encore du grand continent noir.

Le 23 février 1884, un petit télégraphiste montait au troisième étage d’une modeste maison de Berlin et demandait « herr Friedrich Lange. » Celui-ci ouvre la dépêche qui lui est remise, s’approche d’une table et à l’aide d’un alphabet conventionnel traduit le message. A l’insu de ses hommes d’État et peut-être même contre leur volonté, l’Empire allemand venait de conquérir outre-mer une possession immense. La région de l’Ousangara passait sous protectorat germanique en principe et en fait. Avec l’accroissement de ce premier noyau territorial vint aussi la ratification internationale de ce joli coup d’audace. Au début, quelques vagues écrits portant la signature de chefs nègres. Pour conclusion, le Portugal, la Belgique, l’Angleterre surtout, de 1904 à 1910, par une suite d’accords, laissaient les Hohenzollern maîtres de la partie principale de la haute plaine d’Afrique qui ondule d’Abyssinie au Tafelberg et nourrit dix millions d’habitans.

Une charte impériale fut consentie par Bismarck qui ne l’accorda d’ailleurs point « sans grogner » et l’entreprise eut ainsi façade respectable. En 1885, le domaine changeait de mains, sans cesser d’être allemand : la « Compagnie de l’Est Africain » rachetait le tout aux premiers détenteurs pour 500 000 marks. La mise avait ainsi rapporté, — déjà, — cent pour cent !

Telle est en raccourci l’origine de l’immense possession qu’Anglais et Belges viennent d’arracher à l’Allemagne. Ils ont ainsi parfait le travail commun des Alliés, car la perte de l’Est Africain, c’est le dernier coup de cloche de cette longue sonnerie qui lugubrement a résonné dans le cœur de nos ennemis. En Chine, ce fut la capitulation de Kiaou-Tcheou ; en Océanie, la perte des îles Samoa, de la Nouvelle-Guinée et des terres de l’Empereur-Guillaume ; en Afrique, la ruine du labeur germanique avec la chute successive du Togoland (27 août 1914), du Sud-Ouest africain (8 juillet 1915) et du Cameroun.

Il ne s’agit pas, et cela va sans dire, de mettre en parallèle la situation militaire hors d’Europe avec celle de nos pays. Il s’agit encore bien moins de vouloir soutenir ce paradoxe que nos succès d’outre-mer compensent nos charges actuelles d’envahis. Mais il convient, et c’est notre unique dessein, de préciser l’incontestable utilité de ces résultats, l’héroïsme au prix duquel ils furent atteints, l’effet immédiat et aussi à venir de pareilles conquêtes.

Avant de suivre cette campagne caractérisée par la plus inconstante fortune, surtout au début et rendue intéressante par des incidens romanesques, demandons à l’Allemagne elle-même le sentiment que lui inspire sa défaite coloniale.

Le 17 mai 1916, donc, à une date toute récente, sous la présidence du duc Jean-Albert de Mecklembourg, la Société coloniale allemande tenait une importante réunion dont voici la conclusion recueillie sur les lèvres du secrétaire d’Etat des Colonies, le docteur Solf. « Sans une politique coloniale active, déclarait-il, l’épanouissement économique de l’Allemagne ne peut être imaginé. » Puis, dans une lettre adressée au même personnage princier, le même homme d’État écrivait, le 2 septembre dernier : « Je partage tout à fait cette idée que l’Allemagne, sur la base d’une empire fort et bien assuré contre ses ennemis, n’a pas moins besoin, pour le pacifique et libre développement de son activité économique, d’une flotte protégeant contre tout empêchement notre commerce sur mer, que d’un domaine colonial nous dispensant le plus possible de payer tribut à l’étranger pour les matières premières réclamées par notre agriculture et par notre industrie. » Puis encore : « Nous restons persuadés que l’acquisition d’un empire colonial est absolument nécessaire à la situation mondiale de l’Allemagne. »

Et, cependant, aujourd’hui l’Allemagne n’a plus de colonies ! Français, Belges et Anglais n’ont pas seulement illuminé la

CARTE INDIQUANT LA MARCHE LES COLONNES ALLIEES
terre européenne des plus claires étincelles de leur bravoures Ceux-là qui conquirent les territoires ennemis d’outre-mer sont les dignes émules des hommes dont la poitrine forme barrière chez nous devant l’invasion. A ne point le déclarer, il y aurait autant d’injustice qu’à méconnaître la valeur de leurs services.
* * *

Il fallait conquérir un pays deux fois grand comme tout l’Empire d’Allemagne, 995 000 kilomètres carrés, que peuplent 10 000 000 d’habitans. L’immigration des Boers, des Grecs et des Italiens, ajoutée à celle des Allemands, fit que les blancs y étaient fort nombreux.

L’altitude moyenne de la contrée varie entre 1 000 et 1 500 mètres, mais les plus hauts sommets s’y rencontrent, depuis le Kilimanjaro jusqu’à la pointe Mawensi et la cime Kibo qui dépassent 5 000 mètres. Sous le ciel profond et éclatant de l’Afrique les glaces et les neiges étincellent. Et l’hydrographie de l’Afrique Orientale est digne de ses montagnes. Le Pangani descend en mugissant des flancs du Kilimanjaro, le Wami et le Ruwa troublent les eaux de l’océan Indien, le Rufiji y développe ses immenses marais. Au cœur de la région, des lacs grands comme des mers, car le Victoria, le Tanganyika et le Nyassa couvrent des surfaces respectivement égales à celles de la Bavière, de la Prusse Orientale et de la Prusse Occidentale. Avant la guerre, un commerce actif animait ces régions, 38 659 000 marks aux entrées, 40 805 000 à la sortie. Des ports, des chemins de fer remarquables, voilà qui pouvait tenter l’audace et l’endurance, l’héroïsme et l’imagination de nos soldats !

Les frontières de l’Est Africain allemand s’étendent sur des milliers de kilomètres et, du point de vue des opérations militaires, il faut y distinguer cinq secteurs nettement départagés. A l’Ouest, l’océan Indien baigne des côtes découpées où s’étagent les ports de Tanga et de Dar-es-Salam, capitale de la colonie ; des îles, Mafia à l’Allemagne, Zanzibar et Pemba à l’Angleterre, leur font face. — Le littoral verra se produire de nombreux débarquemens, et son développement considérable (plus de 500 kilomètres) en rendit la surveillance difficile au cours du blocus. Entre l’Océan et le Victoria Nyanza, sur une longueur de 125 lieues, la frontière allemande avec l’Est Africain anglais est alternativement désertique et montagneuse : à des étendues incultes et sans eau succèdent des pics monstrueux comme le Kilimanjaro. Le colossal Victoria Nyanza sépare les belligérans, mais sur ses eaux profondes les flottilles adverses se combattront., Puis, bornant l’Ouganda dans une zone à nouveau très accidentée, la frontière rectiligne se dirige vers le Congo Belge. Là, elle atteint par des montagnes de 4 000 mètres le lac Kivu, très encaissé ; elle longe ensuite le cours sinueux de la Ruzizi, véritable dépression que surplombe une double chaîne alpestre et touche, enfin, le Tanganyika où canonnières belges et allemandes luttèrent âprement pour la maîtrise des eaux. A l’extrémité méridionale de ce bassin étroit, mais immense, la frontière sépare les possessions ennemies de l’Union Sud-Africaine, qu’y représentent la Rhodésie et le Nyassaland. Le lac Nyassa, très analogue au Tanganyika, délimite les terres allemandes jusqu’aux confins des territoires portugais en Mozambique et, enfin, sur une nouvelle étendue de 500 kilomètres, la frontière suit le fleuve Rowuma jusqu’à l’Océan.

Des cinq secteurs ainsi délimités, l’un, la région portugaise, ne verra d’opérations militaires que longtemps après le début de la campagne ; le second, son voisin Sud-Africain, ne sera jamais le théâtre que d’entreprises secondaires ; quant à l’Océan, nos alliés anglais y régneront constamment en maîtres. Ainsi, toute la principale activité militaire se concentrera au Nord et à l’Ouest, sur la frontière anglo-belge.

Pour nous attaquer, dès le premier jour, une Allemagne aussi bien préparée en Afrique qu’elle l’était en Europe. Pour nous défendre, des Alliés aussi mal préparés sous les tropiques que sur nos frontières. Dans leur colonie de l’Est, les Anglais ont 1 200 soldats ! et encore sont-ils retenus par une révolte à la frontière de la Somalie italienne. Des 1 500 hommes de la police, peu sont disponibles. Et les colons tentent d’y suppléer en formant des troupes volontaires où se voient entre autres un frère de lord Grey et lord Delamare. Le major Wavell, un des rares Anglais convertis à l’Islamisme et pèlerin de la Mecque, lève une légion arabe de 1 200 fusils. Mais que tout cela était peu de chose ! S’agit-il de défendre le Nyassaland, sa population blanche de 800 âmes donne à peine 56 soldats capables d’encadrer des indigènes sans expérience militaire et une faible partie du King’s African Rifles qui s’y trouve semble, en la circonstance, une goutte d’eau dans l’Océan. Quant à la Rhodésie, la bonne volonté des colons fait beaucoup, et plus tard une armée se rencontrera sur ces mêmes pistes que parcoururent, d’abord, quelques tirailleurs perdus dans la jungle. Le Congo Belge, si grand déjà pour une Belgique si petite et que la guerre a ruinée, était tout autant désarmée Si le gouvernement avait les forces nécessaires à sa police intérieure, il ne pouvait disposer de l’armée indispensable à sa nouvelle et subite tache. Ainsi donc, partout, au levant comme au couchant, des voisins désarmés en face d’une Allemagne coloniale dont voici les moyens militaires : 40 000 hommes encadrés de 12 pour 100 d’Européens auxquels viendra se joindre l’équipage du croiseur Kœnigsberg. Aux réguliers allemands s’ajoutent des irréguliers indigènes : Watusi, armés de flèches empoisonnées, spécialistes de la razzia, Mazui au chef orné de plumes d’autruche et fanatisés par l’ennemi. De l’artillerie en abondance, car depuis l’obusier de 110 jusqu’au « pom-pom » de 37 m., la gamme des calibres est complète. Plus tard, dix 105 utilisés sur voie ferrée et huit 37 viendront du Kœnigsberg. Puis encore, un navire forcera le blocus pour débarquer à Tanga des 37 du plus récent modèle ; 110 mitrailleuses enfin, tel est l’armement prêt, dès la première heure. L’infanterie, composée surtout d’Arabes musulmans, est entraînée, vêtue de kaki et munie de casques en liège. Toute cette masse se divise ainsi ; 15 000 hommes opèrent sur la frontière septentrionale, 5 000 menacent le Ruanda, de gros détachemens assaillent la Rhodésie, d’autres gardent les ports côtiers. A la tête de cette armée, un chef qui fit campagne au Cameroun et possède une grande expérience coloniale, le colonel von Lettow-Forbeck. Il sait, en outre, pouvoir s’appuyer au besoin sur des villes fortifiées comme Kigoma et Tabora.

Une telle supériorité de matériel et d’effectifs entraînés donne à l’ennemi l’inestimable avantage de l’initiative des opérations et, partout, les Alliés subiront dans une mesure inégale, mais constante, la morsure de l’invasion. Supporter pendant plusieurs mois les coups de l’adversaire, étant à peine capables de riposter, mais sans rompre toutefois ; derrière un faible rideau de troupes préparer la riposte, puis la victoire, telle fut en un mot la tâche des Anglais et des Belges en Afrique Orientale. En 1914, à peine y avait-il 8 000 soldats alliés capables de s’opposer à un ennemi cinq fois plus fort.


* * *

Au début des hostilités, entre l’océan Indien et le lac Victoria, à l’ombre du Kilimanjaro, roides « Alpes Africaines, » l’ennemi rassemble des troupes dans Moschi. Neuf cent quarante et un kilomètres de rail tendus entre Mombassa et Port Florence s’offrent à ses raids audacieux. C’est, en même temps, la base dont la destruction réduirait de ce côté la Grande-Bretagne à l’impuissance. Amorcée dans Mombassa, au cœur même de la ville, la voie ferrée avant d’atteindre le continent franchit le bras de mer qui la sépare de l’île, large pédoncule dont Mombassa est la fleur. Un pont très grand sur pilotis, puis la voie gravit une montée légère, mais constante et sans à-coup la locomotive atteint Nairobi, après avoir dépassé l’altitude maxima, 2 550 mètres, à la station de Mau. Nairobi contient les ateliers de la ligne, aussi ce point est-il surtout visé. Dès Voi, apparaît dans le lointain, vers l’Ouest, le majestueux profil du Kilimanjaro, et déjà c’est l’éden du chasseur. En vue des convois qui passent dans un crissement de ferrailles et malgré la locomotive dont le souffle bruyant trouble cette solitude impressionnante, les fauves se montrent souvent au grand jour. Le train s’engage dans la Rift Valley, et le paysage se révèle alors dans toute sa beauté. Au loin, d’anciens cratères qui paraissent encore porter au bord de leurs ouvertures béantes les reflets métalliques des laves enflammées, et quand le soleil baissant à l’horizon les dore de sa dernière clarté, ces terres volcaniques, pourtant si lugubres et ternes sous la pluie, se parent d’une féerie dont l’éphémère éclat trompe un œil peu averti. Quand on contourne le Naïwasha, sa nappe éclatante semble une coulée d’argent où surnagent de grosses topazes, îles verdoyantes et magiques, et l’air s’emplit tout à coup de nuages vivans, gemme fantastique des couleurs que revêtent d’immenses vols d’oiseaux. Une admirable activité colonisatrice y capturait les zèbres qui de leurs courtes, mais rapides foulées parcouraient ivres de liberté ces étendues enchanteresses et voici à travers des arbres baignés de lumière les premières fermes d’élevage. Port Florence, terme de ce parcours merveilleux reçoit le voyageur et, là-bas comme dans nos pays de tourisme, un steamer blanc sous son double panache noir attend de tracer son sillage dans le lac. Par lui tous les points de cette véritable mer intérieure deviennent accessibles et l’homme y marque puissante, irrésistible son empreinte dominatrice. Telle est la voie ferrée de l’Ouganda, indispensable aux opérations militaires anglaises, à la liaison avec le Congo belge, indispensable aussi à la maîtrise du Victoria Nyanza. Et l’on conçoit l’importance qu’attachaient les Allemands à sa destruction.

La discontinuité de la ligne de feu, coupée de forêts ou de déserts, ne permettait, en l’état actuel des choses, qu’une guerre de coups de main, surtout vers les deux embranchemens de la ligne principale dont l’un, « la ligne du lac de Magadi, » s’amorce au kilomètre 282 de l’Ouganda Railway, un peu avant la gare de Kapiti. A peine était-elle achevée quand la guerre éclata. L’autre embranchement, « la ligne de Voi, » s’accroche, au kilomètre 180, à Tavela et fut construite avec une célérité remarquable au début des hostilités.

Les premiers mois fourmillent d’incidens et si chacun, pris en particulier, peut offrir de l’intérêt [2], leur ensemble apparaît-sans signification générale.

L’expédition contre Tanga mérite, toutefois, d’être donnée en exemple. Au mois d’octobre 1914, une véritable armée de 6 000 Indiens s’embarquait à Bombay. Ralliant la côte allemande, le général Aitken tenta d’enlever la ville de Tanga, sur l’Océan. Nos alliés ignoraient encore l’état de réelle préparation des Allemands. Mais 1 000 Européens encadrant des milliers d’indigènes défendaient la tête du chemin de fer de l’Usambara. Bien que, en même temps, les Anglais eussent prononcé une attaque dans la région du Kilimanjaro, ils échouèrent à Tanga. Le 2 novembre, le gouverneur de la ville fut sommé de se rendre ; mais, après avoir temporisé, il acceptait la lutte. Les défenseurs de la place recoururent à tous les moyens, — même les plus imprévus. Ainsi avaient-ils semé de mille embûches la jungle qui sépare le port de la ville. Les soldats s’empêtrant dans des cordes font culbuter quantité de ruches d’abeilles sauvages qui les assaillent et les forcent à fuir au milieu de souffrances terribles [3]. Mais le combat n’en continue pas moins et, bientôt, gagne les rues de la ville. Alors, semble-t-il, certaines troupes défaillent et entraînent la retraite. L’affaire était manquée et, le 5 novembre, on se réembarquait laissant 795 hommes sur le terrain. L’ennemi avait subi de rudes coups, car il perdait, parmi les seuls Européens, 400 hommes mis hors de combat [4].

Ainsi les combats allaient se multipliant, et leur trop grand nombre seul les empêche de trouver place ici.

Le 8 février, le gouvernement de Londres décrète le blocus de la côte, laissant aux navires neutres quatre jours pour lever l’ancre. De l’île de Mafia, les patrouilles navales sillonnent l’Océan, malgré les périls qu’offre la navigation autour du delta de Rufiji dont les eaux troubles, s’étalant au-dessus du flot marin, cachent les récifs aux regards des pilotes. Sur terre, l’activité n’est pas moins grande et les engagemens sont aussi fréquens que coûteux [5].

Au cours de la même période, la marine anglaise enregistre, à la fois, un succès et un échec. Le croiseur Kœnigsberg, cerné par l’escadre britannique, s’était réfugié dans le delta du Rufiji et pour le réduire il fallut appeler de la Manche les monitors de haute mer à faible tirant d’eau, Severn et Mersey, ceux-là mêmes qui prirent une part si glorieuse à la bataille des Flandres. Grâce à un excellent réglage de l’artillerie par hydravion, la destruction du croiseur allemand fut achevée le 11 juillet. Par malheur, à la même époque, un vaisseau neutre rempli de canons, mitrailleuses, munitions et ballons captifs forçait le blocus pendant la nuit et entrait à Tanga pour y débarquer sa cargaison.

D’un autre côté, dans l’Ouganda, au Nord-Ouest ; sur le Tanganyka, à l’Ouest ; contre la Rhodésie et le Nyassaland plus au Sud, les Allemands multiplient leurs coups de main. Nous trouvant désarmés, leur rôle était facile. Quelles distances Belges, Rhodésiens et soldats du Cap ne devaient-ils point parcourir avant d’amener à pied d’œuvre le matériel et les effectifs nécessaires ! Ainsi, sur le grand lac, les Belges subissent la suprématie navale de l’ennemi et doivent se disséminer tout le long du rivage Ouest, couvrant une distance d’au moins 650 kilomètres. Il en alla tout autrement lorsque les quatre vaisseaux allemande jusqu’alors opposés au seul navire belge trouvèrent en face d’eux les canonnières fournies par la Grande-Bretagne. Ce fut le résultat d’un prodigieux effort. A travers le continent africain ces canonnières, parties du Cap, parcoururent d’immenses étendues par chemin de fer, continuèrent en camions automobiles, puis lorsque les routes devinrent trop mauvaises durent achever le voyage traînées sur des chariots à bœufs. Elles atteignirent ainsi le grand lac intérieur et sans tarder livrèrent, sous la direction des Belges, une suite ininterrompue de combats navals. Le Hedwige von Wissman fut coulé et la canonnière Kingavi dut abaisser son pavillon.

Plus au Sud, les forces de Rhodésie insuffisantes pour garder leur frontière reçoivent, en septembre 1914, l’appui d’un détachement belge que commandent le colonel Olsen et le major de Coninck auxquels succède, ensuite, le lieutenant-colonel Moelaert, chef d’un fort contingent.

Dans cette période, le siège du poste de Saisi se détache parmi les nombreux incidens qui eurent lieu sur les confins de Rhodésie. Le 24 juillet 1915, 20 blancs tant anglais que belges et 450 nègres leurs soldats, armés de 2 canons et 2 mitrailleuses, sont attaqués par 2 000 Allemands et indigènes munis de plusieurs canons et 10 mitrailleuses. Le siège, marqué par des assauts sauvages, répétés avec un fanatisme inouï, dura cinq jours. Les nôtres souffraient horriblement de la soif car leurs réserves d’eau s’épuisaient. Finalement, après avoir semé le pourtour du fort de 70 cadavres des siens, à compter les seuls blancs, l’adversaire dut se retirer. Survint, à cet instant précis, un bataillon belge qui put relever la garnison délivrée.

A cette époque (décembre 1914), une colonne Sud-Africaine arrivait dans le Nyassaland. Forte de 1 000 fusils elle avait d’abord dû parcourir avec le lieutenant-colonel M. H. Hawthorn 1 600 milles [6] ! pour se placer entre les confins portugais et rhodésiens en vue de reconquérir la « route de Stevenson » qui relie le Nord du lac Nyassa au Sud du Tanganyka. Ainsi, se dessinait un des dernier segmens du vaste anneau qui encerclera les Allemands.
L’OFFENSIVE GÉNÉRALE DES ALLIÉS

L’année 1916 s’annonce, enfin, plus favorable. Depuis dix-huit mois, tandis que l’ennemi nous dictait sa loi, les gouvernemens anglais et belge s’efforçaient, chacun de son côté, de regagner le temps perdu : l’un et l’autre réalisèrent des prodiges.

Au mois, d’août 1914, la Grande-Bretagne en réunissant ses effectifs disponibles à la fois dans sa colonie de l’Est, dans le Nyassaland et la Rhodésie, pouvait aligner à peine 4 000 hommes. En 1916, elle dispose de 42 000 soldats ! — dont 20 000 se trouvent autour du Kilimanjaro, 5 000 sur les lacs, 4 000 en bordure du Nyassaland. Fantassins, cavaliers, artilleurs, auto-mitrailleurs, techniciens, tout abonde. Et l’Afrique nous offre alors l’image réduite mais exacte de ce qui se passe en Europe. L’Inde [7]et l’Union Sud-Africaine [8]prouvent généreusement leur loyalisme et jamais encore, si l’on excepte la guerre anglo-boer, campagne coloniale n’avait provoqué semblable effort.

Au mois d’août 1914, la Belgique n’avait pas au Congo une armée coloniale formée en grandes unités tactiques. En 1916, elle peut engager 20 000 soldats [9]munis de tout et bien entraînés. Il va sans dire que le gouvernement du roi ne pouvait en aucun cas prévoir l’obligation de soutenir une campagne de conquête sous les tropiques. Mais, tout au moins, le noyau de cette armée existait, — le soldat noir du Congo, — et voici comment l’apprécie un des officiers qui l’ont conduit à la bataille :

« Admirablement dressé dans des camps d’instruction, le soldat de « Bula Matari [10] » révèle un courage et une robustesse, une agilité et une endurance insoupçonnés. Discipliné et d’un dévouement sans borne au blanc qui le commande, il a de plus une qualité inestimable : c’est de savoir vivre de rien. » Lorsque les lignes de communications s’allongent au point de mesurer des centaines de lieues à travers une nature sauvage et parfois hostile, savoir se passer de tout, quand il le faut, n’est-ce pas une des conditions essentielles au succès d’une semblable campagne ?

Le général Tombeur forme des compagnies, les groupe en bataillons, en fait des régimens qu’il réunit en brigades. Surtout, entre ces unités il assure les liens indispensables qui font d’une série de petits groupemens une force réelle : une armée avec tous ses services. Dès lors, le rôle du gouvernement devait être d’armer ces hommes. Et veut-on considérer un instant ces trois facteurs : se procurer l’armement, quand nos lignes en réclament et en usent tant ; le transporter sur l’autre moitié du globe, lorsque la route des mers n’est pas toujours sûre ; enfin, le conduire à pied d’œuvre à travers une grande partie du continent noir ? Encore n’était-ce pas tout. Cet armement devait être perfectionné et puissant à l’extrême, car les Allemands se trouvaient en ligne avec de la grosse artillerie et tous les moyens de combat dans lesquels ils ont eu trop longtemps, au cours de la guerre actuelle, une incontestable suprématie. En Afrique tout autant qu’en Europe il fallait réduire au minimum les sacrifices en hommes : aussi armes portatives et mitrailleuses, canons perfectionnés et engins spéciaux de toute nature, munitions, vivres, objets d’habillement et de campement, matériel sanitaire, tout afflua dans la colonie, pas le moindre détail ne fut laissé au hasard. Les Allemands avaient hérissé leurs lignes de fortifications redoutables. Les Belges leur opposent des grenadiers, des pionniers, des batteries de mortiers. D’abord maître du lac Kivu, l’ennemi doit se retirer devant la canonnière Paul-Renkin. Sur le Tanganyka, le Von Gotzen, le Von Wissman, unités puissantes, insultaient le rivage belge. Aujourd’hui, elles reposent au fond des eaux. Un jour, un vent de panique balaya les villages côtiers de l’Afrique Orientale allemande. Des oiseaux comme jamais encore ils n’en avaient vu prirent leur vol et se dirigèrent vers eux dans un ronflement infernal. A l’approche de ces dieux nouveaux, les indigènes s’enfuient ! Et nos aviateurs [11]survolant la contrée ennemie reconnaissent les installations militaires, en dépit de l’opinion depuis longtemps reçue que la navigation aérienne était presque impossible au centre de l’Afrique. Des équipes de télégraphistes sillonnent la zone frontière et finalement elles auront posé plus de quinze cents kilomètres de fil. Il s’agissait d’organiser d’après les plus récens progrès, puis de maintenir dans cet état et de ravitailler 15 000 hommes à deux mille kilomètres de la base belge, Boma, — à trois cent cinquante lieues de la base anglaise, Mombassa. Et c’est ainsi que, de janvier à fin mai 1916, — 66 000 charges furent amenées de Boma à Stanleyville par steamers fluviaux et par chemin de fer. Puis, jusqu’au lac Kivu ces 66 000 charges durent être acheminées par la route des caravanes. Les porteurs devaient marcher pendant six semaines sous leur lourd fardeau et la chaleur du jour. Avant qu’un seul coup de fusil n’eût été tiré, la mort, déjà, avait commencé sa moisson [12]. Le climat et l’épuisante difficulté des communications devaient placer au premier plan le rôle du service médical. Chaque bataillon eut son médecin avec un infirmier blanc, chaque régiment son hôpital volant avec un chirurgien, deux médecins et un infirmier européen. Derrière chaque colonne se trouvait, à la base d’étape, un hôpital secondaire volant d’où après examen malades et blessés doivent être dirigés vers la base sanitaire générale et commune à toute l’expédition. De là, les convalescens regagneront l’Europe ou seront laissés au repos dans les missions. Grâce à ces sages prévisions, pas une seule maladie épidémique ne vint affaiblir les troupes. Dans leur corps sain les soldats gardèrent un cœur généreux.

Les moyens d’action transportés à pied d’œuvre, il restait à en fixer l’emploi. Un pays, deux fois grand comme l’Allemagne, représente un périmètre énorme. Défendu par une nature sauvage, souvent hostile, il semblait capable d’absorber des armées entières. Aussi fallut-il d’abord on déterminer la partie vitale, puis la proposer au commun effort des Alliés. Ce fut le grand chemin de fer central qui déroule ses 1 250 kilomètres entre l’océan Indien et le Tanganyka [13]. Sur ces entrefaites, le Portugal se range à nos côtés et, par le fait même, le cercle qui va entourer, puis étreindre la dernière possession ennemie se trouve fermé. Elle tombera devant une quintuple attaque qui s’échelonne ainsi : au Nord, le lieutenant général Smuts avec ses cinq brigadiers : sir C. Crewe, van Deventer, Hoskins, Brits et Hannington ; à l’Est, l’escadre britannique, renforcée du croiseur portugais Adamastor, sous les ordres d’un amiral, qui, entre autres, occupe les ports côtiers ; au Sud, le général portugais Gil, puis la colonne du Nyassaland commandée par le général anglais Northey et le colonel Hawthorne ; enfin, à l’Ouest, le major général belge Tombeur et ses seconds, les colonels Olsen et Molitor et le lieutenant-colonel Moelaert. Par une action convergente ils refouleront l’ennemi vers le centre de sa colonie et l’y battront d’une manière définitive.


OPÉRATIONS DES COLONNES SMUTS

Au moment où va commencer l’offensive générale, les Allemands occupent une étendue considérable du territoire britannique. A Taveta, ils ont construit un fort camp retranché que précèdent les positions d’arrêt de Salaita (El-OIdorobo). A Seregenti, encore un camp retranché et dans Mbuyuni de solides avant-postes. En outre, à Kasigau, une garnison forte de plusieurs centaines d’hommes cherche à retarder la concentration des troupes anglaises par des raids incessans contre la ligne de l’Ouganda et celle de Voi-Maktau.

Le major général Tighe, — à ce moment encore commandant en chef, — voulut, d’abord, écarter ce péril mais il engagea vainement une double action à cet effet, et c’est à ce moment critique qu’arriva le nouveau chef de toute l’expédition, le lieutenant général Smuts. « Jannie, » ainsi qu’aiment à l’appeler ses amis, eût certes préféré à la gloire le bonheur de vivre entre ses livres et ses beaux chevaux dans la terre qu’il possède près de Pretoria. Mais il dut remplacer sir Horace Smith-Dorrien nouvellement promu à ce commandement et que la maladie retenait à Bombay. Une fois de plus, bien qu’il eût d’abord refusé ce poste élevé, le ministre de la Guerre du Cap va se révéler aussi bon soldat qu’il est remarquable homme d’Etat., En outre, dans cette occasion, la Grande-Bretagne se montre admirable politique. Depuis plusieurs années, en effet, un antagonisme croissant renaissait au Cap entre Boers et Anglais : aussi de quelle habileté profonde ne fut-il pas de nommer un Boer commandant en chef des forces impériales !

Débarqué à Mombassa le 19 février, — sept jours après son départ du Cap, le lieutenant général Smuts — réclame d’abord de son prédécesseur Tighe un exposé de la situation ; après quoi, il part immédiatement inspecter les lignes. Sa conclusion est qu’il faut, sur-le-champ, attaquer la région du Kilimanjaro, sans perdre un jour, car le temps presse et la saison des pluies approche. Smuts écarte en principe toutes les attaques de front, car l’expérience des derniers mois en avait trop prouvé la coûteuse inefficacité dans un pays aussi fortement défendu par la brousse.

Il peut disposer, aussitôt, d’environ 20 000 hommes et 6 000 animaux de transport. Avec la Ire division [14], concentrée à Longido, il veut apparaître entre le Kilimanjaro et le Meru, vers Arusha, prenant ainsi à revers les défenses allemandes. Une colonne [15], sous les ordres du général van Deventer, ferait un mouvement tournant contre la colline de Salaila, que la IIe division [16]du major général Tighe attaquerait de front. — Les forces adverses comprennent 6 000 fusils avec 37 mitrailleuses et 16 canons. L’ennemi, comme on l’espérait, fut surpris, et les premières manœuvres obtinrent un plein succès, si bien que, le 8, les Anglais se portent sur Seraragua. Le même jour, à six heures du matin, van Deventer arrive en vue de la Lumi : la cavalerie se masse au Sud des marais de Ziwani. L’infanterie atteint l’Est du lac Chala. Par un habile mouvement tournant, il rejette l’adversaire sur Taveta, puis organise pour la nuit le terrain conquis. Sur ces entrefaites, 500 fantassins ennemis, coupés du gros des leurs, voulurent traverser la Lumi, égaillés en tirailleurs dans la brousse. Ils n’y purent réussir grâce à la vigilance des postes sud-africains. Cependant, Tighe et sa IIe division préparaient l’attaque de Salaita.

Disons en passant que les agens de liaison ont de fréquentes rencontres avec les fauves. Ainsi, un motocycliste chargé d’un message urgent se trouve soudain en face d’un rhinocéros qui le charge aussitôt. Il parvient à se garer à temps, mais laisse sa machine sur la piste. L’odeur de l’essence empêcha sans doute le fauve de flairer l’homme qu’il cherchait. Le cycliste reprenait sa motocyclette pour continuer sa route, quand brusquement l’énorme bête revint sur lui. Une fois de plus, le même fourré cacha le soldat, mais cette fois il ne restait plus rien de la machine qui fut piétinée et détruite.

Le ravitaillement de ces colonnes devient de plus en plus difficile, surtout dans la région de Longido et le pays de Masaï, le plus giboyeux du monde. Sous la verdure des forêts les marécages y rongent le sol. Sur les chaussées en rondins, construites au jour le jour, roulent de gros camions-automobiles qu’escorte une garde de soldats noirs du Cap. De ce convoi dépend l’existence de la colonne tout entière. Son camp est établi au pied du neigeux Kilimanjaro, la « montagne des eaux, » ruisselante sous la fonte des neiges.

L’adversaire se replie, alors, sur le col de Latema. Lancée à sa poursuite l’armée anglaise atteint la Lumi, mais n’y trouve qu’un pont incapable de porter la grosse artillerie. En quarante-huit heures, le génie y supplée, tandis que la réserve pressant le pas ralliait la colonne. Les éclaireurs annoncent la présence de l’ennemi solidement retranché dans la passe. Malgré son incertitude complète sur les forces qui lui font face, le général Tighe les attaque. Un jour et une nuit se passèrent en assauts répétés. Tout l’héroïsme des soldats ne put obtenir une décision quand, à l’aube du deuxième jour, on constata que, demeuré maître de la position, l’ennemi ne venait pas moins de l’évacuer. Se portant aussitôt plus en avant, les Anglais occupent le col de Latema et y établissent leur camp.

Il n’est pas toujours confortable de vivre dans la brousse ! A ce propos, un Afrikander écrivait à sa sœur : « Ceci est un affreux pays pour y combattre…, c’est une masse de broussailles et de buissons épineux, au milieu desquels vous pouvez marcher droit sur l’ennemi sans être vu. La nuit dernière, on m’a envoyé patrouiller sur les collines. Le Kilimanjaro, au clair de lune, était splendide avec son pic neigeux. Mais, vraiment, le travail était plutôt émouvant, car l’endroit était farci de « rhino » et de lions, et nous devions nous tenir en plein air et sans feu. Nous entendions les fauves rugir à nos côtés et aussi bien d’autres bruits de la vie animale. Tout ceci est très bien, mais très effrayant… » — Le général Smuts lui-même n’échappa pas à ces inconvéniens, car il lui arrivait pendant toute une nuit d’être assiégé dans son automobile par des lions irrités et d’être obligé de se défendre à coups de revolver.

Poursuivant son avance, van De venter occupe Moschi, le 13 mars, tandis que la IIe division se concentre à Taveta.

Cependant, la Ire division avec le général Stewart quitte Gerraragua, mais rencontre de grandes difficultés de transport. Des embuscades lui coûtent 13 morts ; une attaque de 600 Askaris allemands est repoussée, malgré la traîtrise des officiers ennemis qui font, dans un moment particulièrement difficile, sonner l’air de la retraite anglaise.

Le général Sheppard va de l’avant, tandis que van Deventer, avec deux brigades de cavalerie, veut traverser la torrentueuse Pangani. Les Allemands tenaient solidement la station de Kahe, mais, une fois de plus, une manœuvre enveloppante rendit vaine toute résistance, et van Deventer passa le fleuve. Ainsi, la ligne de la Ruwu se trouve découverte et l’ennemi en comprend l’importance. Après un bombardement préalable [17]il voulut lancer plusieurs contre-attaques mais, finalement, contraint à reculer il abandonne un de ses deux 105.

Ainsi, le principal noyau de la résistance opposée aux Anglais détruit ou dispersé, le chemin de fer de l’Ouganda, jusqu’alors constamment menacé, s’en trouve mis à l’abri et la large base qu’il donne à toute l’offensive de Smuts est assurée.

A cette époque, le Times appréciait ainsi la situation : « Il nous reste, écrivait-il, un compte à régler à Tanga où une attaque anglaise tournait en désastre, en novembre 1914 [18]. La nouvelle campagne de l’Est-Africain (reprise en février 1916) a commencé sous les meilleurs auspices, mais nos forces sont à une longue distance de la capitale, Dar-es-Salam, et du chemin de fer central qui réunit cette ville à Tabora et au lac Tanganyka. Les Allemands doivent vite comprendre que les jeux sont faits ou qu’ils ne peuvent plus faire qu’une guerre de guérillas. Dans les deux cas, l’issue est certaine. »

En même temps, une note officieuse publiée à Berlin voulait préparer l’opinion à la perte pour l’Allemagne de sa dernière colonie. « On ne peut guère douter, était-il dit, que le commandement de l’armée britannique, après ses échecs du début, a maintenant entrepris une attaque sur une large échelle et avec des forces bien supérieures… »


SECONDE PHASE DE L’OFFENSIVE SMUTS

Aux premiers jours d’avril 1916, les troupes prennent quelques jours d’un repos qu’elles avaient bien mérité et attendent des renforts. Les travaux du génie, poussés énergiquement, ont permis de réunir l’embranchement greffé sur le chemin de fer de l’Ouganda à Thoschi, c’est-à-dire là où commence la voie ferrée allemande vers Tanga. Dès lors, des communications faciles sont établies. Le général Smuts regroupe ses forces en trois divisions et attache à chacune d’elles une brigade montée. La 1re commandée par le général Hoskins s’emparera du chemin de fer Kahe-Tanga. La IIe avec le brillant cavalier qu’est van Deventer marchera sur le Tanganykabahn, en direction générale de Kilimatinde. Enfin, le général Brits avec sa IIIe division se tiendront en réserve autour de Moschi pour parer à toute éventualité.

La IIe division s’ébranle dès le début d’avril, enlève successivement, grâce à la rapidité de ses troupes montées, Arusha, Lol-Kissale, Umbugwe (ou Kothersheim) et Salanga. Le 19 du même mois, après une marche de 250 kilomètres, elle atteignait Kondon-Irangi, centre important proche du chemin de fer. Tout en avançant, van Deventer délivre de nombreux fermiers boers établis autour du Kilimanjaro et que l’ennemi avait enlevés avec toute leur famille. Dix jours après, des raids fructueux permettent de capturer plusieurs convois de munitions et un troupeau de mille têtes. A ce moment, la IIe division, se trouvant en présence de forces ennemies considérables, demeure sur place et pendant la première quinzaine de mai repousse les furieuses contre-attaques du général von Lettow-Forbeck, tout en maintenant ses positions.

Cette campagne est remplie d’incidens pittoresques. Si l’Allemand seul avait disputé aux troupes britanniques des terres pourtant si pénibles à conquérir, l’avance eût été plus rapide. Mais les pluies tropicales, véritables cataractes qui inondent la contrée, la transforment en un vaste bourbier. Et que de difficultés pour le ravitaillement dont les convois s’enlisent et doivent, quoi qu’il en coûte, couvrir chaque jour d’immenses parcours ! Il faut alors réduire les rations et que le soldat se contente d’une tasse de riz et d’un simple morceau de canne à sucre.

Chaque colonne se rattachait à l’arrière par une ligne télégraphique dont le rôle, parfois, devenait capital, absolument indispensable même à tous ses projets. Mais des hardes de girafes parcourent la plaine et de leurs longs cous accrochant les fils coupent les communications entre l’arrière et le front. Pour s’en débarrasser, il fallut constamment organiser de grandes battues. Et cet inconvénient ne fut pas le seul. Un jour, l’ennemi renvoyait courtoisement des blessés anglais. On s’en étonna. Bientôt, on sut qu’ils étaient chargés de dire que la présence des lions offrait un réel danger pour les camps, la nuit. Ainsi, en vit-on trois à la fois dans les lignes britanniques. Et c’est au général Sheppard qu’il arriva de se trouver, dans sa tente, en face d’un énorme python qui fut tué non sans peine.

Sur ces entrefaites, la Ire division attaque la ligne de l’Usambura [19]qui s’amorce au port de Tanga et par la vallée du Pangani gagne Moschi au pied du Kilimanjaro. Et c’est en partant de Moschi que le général Sheppard prend d’abord Kache ; puis, il sépare ses troupes en plusieurs colonnes parallèles, dont l’une avec le général Hannington suit la ligne, enlève Samé et parvient à Mombo, tandis qu’une autre nettoie les monts Paré et touche Wilhelmstal et Korogwé.

La colonne Hannington demeurée seule occupe Pangani, le 16 juin et s’établit devant Tanga dont elle s’empare, le 7 juillet, grâce au soutien d’un corps de 1 000 hommes venus de Vanga. Ainsi, le désastre du 2 novembre 1914 était vengé, et réalisée aussi la prédiction du Times.

Les Allemands se rabattent, alors, vers le Sud suivis par les deux forces parallèles des généraux Sheppard et Hannington que commande en chef le divisionnaire Hoskins. La première prend Handeni, le 21 juin, et, trois jours après, atteint la rivière Lukigura, 40 milles au Sud. Un mouvement tournant eut raison des positions ennemies et permit la capture de 1 canon, 2 mitrailleuses et 11 Européens.

Nos alliés construisent alors un chemin de fer à voie étroite qui, reliant Mombo et Handeni, facilite singulièrement le service des ravitailleurs. A ce moment, on était à la fin du mois de juin, le général van Deventer se rend compte que la majorité des effectifs allemands disposés devant lui se dirigeaient sur la Ire division. Il en profite pour attaquer et nettoyant, d’abord, les environs de Kondoa, surtout à l’Ouest vers Ssingida, il réussit, le 21 juillet, à renverser les premières positions ennemies. Le 29, il touche Dodoma et Kikombo sur le chemin de fer central, et en même temps, il fait occuper Kilimatinde (31 juillet). Le Tanganykabahn est donc coupé sur une section de 100 kilomètres et les forces ennemies séparées en deux groupes. Désormais, la résistance de toute la colonie se trouve atteinte dans ses œuvres vives.

Dans la même période, le lieutenant-général Smuts entamait au Sud des opérations décisives. Il ordonne à son brigadier, Brits, de rejoindre avec sa IIIe division la colonne Hoskins, et, la jonction étant terminée, au début du mois d’août, nos Alliés franchirent alors la Lukégura. Les monts Nguru, centre de la résistance, tombent sous une manœuvre enveloppante du général Enslin qui, après une marche de 50 milles dans la brousse, atteignit le 8 août la mission de Mhouda. Le 8 aussi Hoskins, Brits et Sheppard livraient une bataille qui devait durer trois jours et se terminer à Matamondo par un complet échec de l’adversaire, qui tenta, mais en vain, de résister, le 16, sur la rivière Wami. Le 26 août, Hoskins occupe Morogoro sur le chemin de fer central. La brigade Harrigton qu’appuie une division navale, avait continué sa marche le long du littoral. Elle enlève Sadani et Bagamogo (15 août), puis gagne, le 4 septembre, Dar-es-Salam qui est prise sans coup férir.

Cependant, van Deventer, à la suite de vifs combats, enlevait Mpapua, le 12 août, puis Kilossa, Kissaki et Kikeo. Et voilà comment, en septembre, les forces britanniques composées des 3 divisions, Brits, Hoskins et van Deventer, sous le commandement général de Smuts, se portent sur la ligne du Rufigi, à Kidatu. Il leur restait à vaincre 7 000 hommes, dont 1 500 Européens rassemblés dans Mahenge.

La colonne du Nyassaland commandée par le général Northey s’avance elle aussi avec ses 5 000 fusils et refoule les Allemands. Un groupe confié au colonel Murrey, renforcé par le détachement belge Moelaert, couvre son flanc gauche en occupant Bismarckburg, à la pointe méridionale du Tanganyka. Par une progression méthodique, il franchit la Ssongwé et aborde les monts Poroto d’une part, la place de Neu-Utengulé de l’autre. En septembre, il entrait en jonction avec les troupes de Smuts.

La colonne du Nyassaland dut constamment s’appuyer sur des bases fort éloignées du champ de ses opérations. Et, comme l’écrivait un officier combattant au Sud de l’Afrique Orientale, un directeur de transports qui visiterait ce « front » condamnerait d’abord tout et tous et convoquerait une douzaine de Cours martiales par jour ! Et cependant peu à peu il finirait par être rempli d’admiration pour tout ce qui fut accompli et plus tard démissionnerait sans doute, — à moins de devenir fou I Ce même correspondant écrivait au Times : « Les conditions dans lesquelles nous faisons la guerre ne peuvent être comprises. Jamais encore des troupes blanches nombreuses n’avaient combattu les unes contre les autres dans l’Afrique centrale si reculée et la guerre est ici un mélange d’antique et de moderne en conflit. Les appareils de signalisation frappent par le contraste étrange qu’ils offrent avec le primitif coureur indigène, porteur d’un pli dans son pagne et le fossé garni de pieux que les sauvages ont utilisé depuis un temps immémorial pour prendre au piège leur gibier accompagne d’une façon bizarre le moderne et diabolique fil de fer barbelé. Sur ce territoire de brousse épaisse et de forêts équatoriales, sauvage et peu connu, la plus grande qualité du soldat est l’art du bushman : « se maintenir en contact » est la chose la plus difficile, même pour une petite troupe et le citadin s’égarerait vite ici, une fois qu’il aurait perdu contact avec sa section. Une empreinte de pas sur un sentier, l’herbe foulée par le passage des hommes, un lointain filet de fumée ou le bruit d’une petite branche craquant sous le pied sont pour nous d’une importance capitale. Un combat peut se livrer et se décider rien que par la perception d’un de ces détails. Aucun Européen de naissance n’a l’instinct des forêts de l’Africain central et des deux côtés les indigènes sont les yeux et les oreilles des forces opposées. Sans eux nous irions au combat aveugles et sourds, et, s’ils n’étaient là pour porter les provisions et les munitions, nous mourrions de faim et impuissans. »


L’OFFENSIVE BELGE

Au moment où nous quittons l’armée britannique, depuis plusieurs semaines déjà l’heure était venue pour les Belges de reprendre eux aussi l’initiative des opérations ; le général Tombeur attaque, alors, à la fois dans deux directions : par le Nord et par l’Ouest.

Dans cette zone, les conditions géographiques jouent un rôle prépondérant, et sur un aussi vaste territoire, elles varient sans cesse. Aussi, faut-il y distinguer plusieurs secteurs dont : le Bukoba, au Nord du Victoria Nyanza ; le Ruanda, près du lac Kivu ; l’Ousoumburu, sur la Ruzizi, puis enfin, entre Tanganyka et Victoria Nyanza, l’Ouroundi et le pays de Tabora. Leur examen successif est indispensable à la compréhension des faits militaires.

La province du Ruanda s’étend du lac Kivu à la Ragera. Le hauptmann Wintgens, avec mille fantassins munis de mitrailleuses et de batteries de campagne, y tient les formidables positions de la Sebea. Ce sont trois massifs, hauts de 2 000 mètres : les monts Kama, Nyondo et Mungwe, au Sud de la rivière Sebea. Dès lors, il s’agit d’une véritable guerre de montagne. Les pentes Ouest du Kama s’inclinent vers le lac Kivu et aboutissent au poste allemand de Kissegnies que l’ennemi avait abandonné depuis le mois d’octobre 1914. Tous les sommets sont formidablement organisés. Pas une pente que ne batte un ouvrage capable de résister aux obus. L’ensemble est sinistre. Les versans grisâtres contrastent avec l’éclat du ciel. Cependant, à travers cette barrière redoutable, entre le Kama et le Nyondo, une trouée s’offre à l’audace de nos soldats. Mais à l’arrière-plan d’autres hauteurs, le Ruakadigi et la Bassa, placées au Nord de la rivière, semblent un gigantesque verrou tiré au travers du chemin. Le tac-tac sinistre des mitrailleuses est devenu l’irritante chanson des montagnes. Et de Kama et de Nyondo les canons allemands balayent le terrain que dans un périmètre moins étendu les balles fouillent plus en détail. D’autre part, vers Kansense et Obusiro la route qui réunit Kibati au somptueux plateau de Kavoye dans le Mulera est étroitement surveillée par l’ennemi. Du haut des monts Ruhengeri leur artillerie est maîtresse des chemins qui s’irradient autour de Kigali, le chef-lieu du Ruanda. Traverser le fleuve Mulera qui se trouve autour du lac de ce nom et du lac Ruhoudo, c’est se jeter sous une mitraille mortelle. Puis encore une position redoutable établie sur les crêtes du Kasibu interdit l’accès du chemin qui de Lutobo rallie Kigali. Enfin, sentiers et passes se faufilant à l’Est du lac Mugessera sont contrôlés par plusieurs détachemens dont les Belges ignorent encore l’importance.

C’est avec ces moyens défensifs auxquels concourent la garnison de Kigali et le dépôt de Wintgens que les Allemands occupent le Ruanda, pays splendide dont les molles collines boisées rappellent aux Belges la campagne ardennaise. La plaine immense ondule à l’infini et les prairies du plus vif vert émeraude alternent avec les vallons où courent des rivières rapides, vivantes et joyeuses. Mais voici la fin du jour. A peine s’annonce-t-elle, car le crépuscule n’a peut-être pas en Afrique ces nuances douces et dégradées qui dans nos climats font la calme beauté des couchans. Sur chaque colline le bétail se rassemble. On en voit les têtes par milliers, car c’est ici le royaume des vaillans Watuzi. Par un mirage étrange, ces troupeaux ne semblent compter que des bêtes bâties sur le modèle des vaches légères de la haute wallonie belge. Seules, leurs cornes plus longues et plus hautes diffèrent et vues sous l’horizon on dirait un océan de pointes dont l’irrégulière cadence trace dans le ciel des hachures courtes et mouvantes. A l’entour, les fauves s’apprêtent pour leurs noces nocturnes. Peu nuisibles à l’homme puisqu’ils trouvent aisément une abondante pâture, leurs rauques appels font courir un frisson parmi les bêtes qui se réunissent hâtivement.

Il ne faudrait pas se figurer cette expédition comme une razzia où le pillage dût pourvoir à tous les besoins. Les guerriers maîtres du Ruanda méritaient mieux que ces procédés sommaires, sources infaillibles de cruels lendemains. Les Watuzi sont de race noble. Belliqueux et forts, et par conséquent avides de domination, ils ont soumis à leur pouvoir les Bahutu. Et ceux-ci, quoique beaucoup plus nombreux, sont véritablement les serfs des 400 000 Watuzi. Cette forme de domination ne serait d’ailleurs pas cruelle, car les Bahutu ont la seule charge de garder le bétail et de cultiver les champs, moyennant quoi ils partagent la vie de leurs maîtres.

Ce n’étaient donc pas là gens qu’il fallût brusquer, d’autant plus que le roi des Watuzi commande à deux millions de lances, et, grâce à la brousse amie de l’embuscade, ce n’eût pas été un réconfort que cette nuée de guerriers capables de couper le ravitaillement. Aussi, avec une sage, humanité les chefs de colonnes se couvrent-ils à la distance d’une ou deux étapes par un service des réquisitions. Il comporte un certain nombre d’indigènes bien payés, connaissant le pays et qui exprimeront les désirs de « Boula Matari [20]. » Le ravitailleur s’avance sans arme mais muni d’une cartouche, signe d’autorité. Il demande autant de têtes de bétail, autant de riz, autant de cases, autant de charges de bois, car les forêts elles-mêmes furent respectées. et faisant penser à nos paysans que les marchés attirent, s’imposant sept et huit heures de marche, des indigènes arrivent pour offrir leurs marchandises contre nos étoffes. Où donc est-il le temps où le traître Casement et M. Morel calomniaient le peuple belge ? Le prix est débattu et payé rubis sur l’ongle. Les indigènes préfèrent-ils des étoffes [21], de la verroterie ou plutôt de la monnaie frappée à l’effigie d’Albert Ier, on les satisfait, et le prix débattu puis fixé est aussitôt soldé. Toutefois, les payemens en numéraire sont accompagnés d’une pièce signée du commandant qui autorise l’échange au poste voisin. Pendant toute la campagne, pas une femme ne fut l’objet d’outrages, pas un troupeau ne fut sans indemnité diminué d’une seule tête et par ces lois de la guerre honnête les Belges de leurs ennemis probables se firent des alliés, car les Watuzi épousèrent notre cause contre leurs maîtres de la veille.

Un religieux français, le Père Lecoindre, fut très utile aux chefs européens. Depuis dix-sept années installé dans le Rouanda, il y jouit d’un prestige très agissant. Son ascendant paraîtrait invraisemblable, si les preuves n’en étaient données par le témoignage même de nos officiers. Et pourtant les Watuzi ne sont pas chrétiens, mais leur roi qui réside à Nyansa ne prendrait pas une décision sans consulter le Père Lecoindre. Et par lui voici ce que nous avons su de la vie mystérieuse des très puissans Watuzi. Une cour nombreuse se réunit autour du roi. Il est de bon ton qu’un chef vienne faire sa cour et résider dans la capitale pendant quelques semaines chaque année. Il n’y arrive d’ailleurs pas sans apporter son tribut dont l’accumulation garnit de formidables réserves les greniers du souverain. De leur vie intime on sait que chaque soir, à la tombée du jour, l’hydromel ou la bière indigène, pombe, produit ses ravages. Aux festins succèdent les rixes et le sang coule. Les femmes en sont sans doute la cause, car la fierté d’un Watuzi est d’avoir beaucoup de vaches et tout autant d’épouses ! De ces femmes d’ailleurs jamais Européen ne vit le visage. Le harem installé sur une colline est inabordable pour l’homme blanc, et si l’Européen demande l’hospitalité, une case à part lui sera réservée.

Le concours de cette puissante peuplade nous fut précieux et certes, il fait honneur à ceux qui ont su conquérir sa confiance, puis ses sympathies. Bousculer quelques villages indigènes à coups de canon est une méthode allemande, mais se gagner l’estime et la sympathie demeurait le procédé des Alliés sous les tropiques aussi bien qu’en Europe.

A l’Est et jusqu’au lac Victoria s’étend le Bukoba. Pour l’atteindre, il faut d’abord traverser la Kagera, fleuve dangereux et qui sait se défendre. Ses eaux s’écoulent avec fracas entre deux chaînes montagneuses qui semblent l’étreindre, puis brusquement tombent avec des à-pics presque verticaux. Dès que nos soldats eurent franchi les montagnes, ils aperçurent une plaine sans borne. Pauvre au premier aspect, elle s’entoure d’un silence impressionnant. Pas un village, l’immensité, l’absence des hommes. C’est un des pays les plus giboyeux du monde. Au milieu de hardes d’antilopes dont les variétés sont innombrables, depuis la plus minuscule gazelle jusqu’à la grande antilope cheval, le léopard exerce sa loi sous la suzeraineté incontestée du grand lion africain. Vers le Victoria, les rhinocéros se rencontrent en grand nombre et les rivières y sont d’un abord dangereux, car le crocodile foisonne. Pour les yeux, c’est une féerie où tous les tons de vert, du plus pâle au plus foncé, se jouent dans une gamme infinie. La Kagera qui sépare le Ruanda du Bukoba s’enfuit rapide et bruyante. Large de quatre-vingts mètres, elle subit de brusques variations de niveau. Les chutes en cataractes de trente mètres de haut n’y sont point rares, et tout ce qu’elles entraînent est voué à l’oubli. Parfois, s’approchant trop de ces rapides mortels, crocodiles et hippopotames eux-mêmes ne peuvent lutter contre la violence du courant et ils s’en vont, à l’inverse du grand saumon qui remonte frayer dans les rivières, mais pour être broyés, déchiquetés en mille pièces sans que jamais le fleuve restitue rien de leurs dépouilles.

Ce fut en se rendant de la Kagora vers Biaramulo qu’une colonne de la brigade Molitor dut, par un après-midi torride, traverser un incendie de brousse. Tout à coup, l’on entendit au loin comme un gigantesque roulement de tonnerre. Puis, bientôt, le bruit devint plus net et ce fut plutôt une fusillade infernale où les coups de feu se superposaient sans cesser d’être distincts. Les flammes dévorent la plaine et le vent promène à la plus folle allure des lueurs aux zigzags sinistres. Aussitôt, porteurs et soldats déposent qui sa charge, qui ses armes et d’un seul mouvement se portent au-devant des flammes. Sans la moindre émotion et comme exécutant un rite familier, ils fauchent tout ce qui se trouve devant eux. Le vide assure alors une barrière devant le feu privé d’aliment et, sans plus s’inquiéter la colonne, poursuit de son pas rythmé.

Dans le Kisiba, vers le port de Bukowa, dans la région de Kamachumu et au milieu du Karagwe, les Allemands résistent avec au moins mille fantassins armés de mitrailleuses et de canons sous les ordres du hauptmann Godovius. Pour leur tenir tête les Anglais avaient dû immobiliser sur la Kagera leurs troupes de l’Ougauda, car, malgré ses défenses naturelles, la rivière peut être forcée en trois endroits : vers le ferry de Kageye où, en temps normal, un service de pirogues établit un va-et-vient entre les deux aboutissemens d’un passage très fréquenté ; puis aussi vers Migera et encore près des chutes de Rusomo. Trois à quatre cents fantassins surveillent ces passages. Enfin, plusieurs centaines d’hommes patrouillent sur la route de Tabora à Bukoba. Leur centre est à Biaramulo, poste militaire de l’Usuwi.

Au Sud du Ruanda, s’étend la province de l’Urundi qu’occupent au moins sept cents fantassins. Ils y sont aussi très pourvus de mitrailleuses et d’artillerie, et sous les ordres du major von Langen qui défend surtout le chef-lieu, Kitega. Entre le Kivu et le Tanganyka une rivière, la Ruzizi, déroule son long ruban d’azur et forme ligne frontière ; aussi sa rive Est se trouve-t-elle étroitement surveillée. Il n’est pas un seul passage que ne commande le feu fauchant d’au moins une ou deux mitrailleuses.

Enfin, descendant plus au Sud, le Tanganyka est surtout solidement défendu à Usumbura, Ujiji et Kigoma, et d’une manière générale les Allemands ont très bien organisé toute la rive qui leur appartient. Sur le lac Victoria, une place importante, Muanza, est considérée par l’ennemi comme imprenable. Mais le centre véritable de toute la résistance se trouve à Tabora, devenue après la chute de Dar-es-Salam la capitale de l’Est Africain. C’est le réduit de toutes les forces dont on vient de constater la présence à l’Ouest, face aux Belges.

Pour atteindre la capitale, deux routes principales s’offrent aux nôtres : l’une vient de Biaramulo, au Nord, l’autre descend de Muanza, au Nord-Est. Elles sont couvertes par une série de positions redoutables et surtout celles de Maria-Hilf, de Saint-Michaël et de Shinyanga. Sur chacun de ces points se trouvent des magasins de réserves bourrés des produits les plus variés. D’ailleurs, il n’est pas une seule ligne de communication, fùt-elle même d’importance secondaire, qui ne soit munie de dépôts où les vivres pour noirs et les munitions se trouvent en abondance. Chacun d’eux est contrôlé d’une façon sévère, car la méthode allemande, incontestable source de force, demeure toute-puissante ici tout autant qu’en Europe. D’une manière générale, l’indigène doit aux Germains un concours illimité. S’agit-il d’obtenir des renseignemens, il s’exposera des nuits entières aux risques de la brousse et des sentinelles qui veillent et s’épargnent les sommations répétées. Faut-il amener des vivres, il y pourvoira, car les réserves ne sont utilisées qu’en cas d’extrême besoin. Le portage lui est imposé sous toutes ses formes, dût-il même périr sous l’excès du poids et des fatigues.

Ainsi toute la frontière est puissamment organisée et défendue. Ruanda et Bukoba, Usumbara et Urundi, autant de provinces qu’il fallait conquérir une à une, et où les attaques de front sont presque irréalisables. Et ce sera, désormais, une lutte à mort pour la possession de ces territoires. Par une marche concentrique, les colonnes du général Tombeur vont refouler l’ennemi pied à pied et la coordination de mouvemens exécutés à d’aussi grandes distances les uns des autres sera, d’ailleurs, au point de vue tactique et stratégique, la plus grande difficulté de toute la campagne.

Général-major, commandeur de l’Etoile africaine, de Saint-Michel et Saint-Georges, Tombeur fait partie du corps spécial d’état-major ; ancien officier d’ordonnance du roi Albert, la déclaration de guerre le trouva vice-gouverneur général du Katanga. C’est un colonial dans toute la force du terme. Grand et mince, d’un caractère extrêmement froid et calme, résistant à tous les imprévus, il possède surtout la qualité essentielle du chef, une volonté de fer. Toute sa carrière en est une preuve vivante, depuis le jour où il débutait au IIe régiment de ligne pour passer, ensuite, à l’Ecole de guerre. Tombeur ignore ces petites finesses, marque distinctive des faibles ; aussi par sa droiture et son profond esprit de justice, par sa loyauté surtout, s’est-il conquis l’estime et la confiance de tous ses soldats.

Le commandant en chef dispose ses troupes en trois colonnes principales, dont l’une confiée au lieutenant-colonel Moulaert constitue la base commune et formera corps de débarquement le jour où la flottille belge dominera le Tanganyka. La brigade Sud, composée des 1er et 2e régimens, commandée par le colonel Olsen concentre ses forces sur la rivière Ruzizi qui forme trait d’union entre les lacs Tanganyka et Kivu. La brigade Nord [22]sous les ordres du colonel Molitor détache un de ses régimens, le 4e, vers les positions conquises qui dominent la partie septentrionale du lac Kivu, c’est-à-dire les monts Goma en territoire belge, les hauteurs de Lubafu, Alikolo, Tchandjarue et Mirasano, en territoire allemand et faisant face aux retranchemens ennemis sur la rivière Sebea. Les troupes de terre doivent en outre être appuyées par des forces navales que constituent des embarcations armées, en particulier la canonnière Paul Benkin et le monitor de reconnaissance Chilcago. Quant à l’autre partie de la brigade Molitor, le 3e régiment, il se trouve entre Rutshuru et Kigezi.

Le plan général d’action est d’une grande simplicité. certains effectifs partant de l’Ouganda anglais [23], le front d’attaque dessine un angle droit et les deux brigades vont agir et chacune sur une des branches, l’enfonceront, puis opéreront une marche parallèle vers Tabora. Alors, le détachement Moulaert venant du Tanganyka et la brigade Crewe descendant du Victoria Nyanza permettront d’exécuter une attaque concentrique, qui décidera du sort de la capitale.

La ligne de communication de la brigade Nord (colonel Molitor) va de Rutshuru à Kibati. Elle est représentée par une route qui serpente au milieu d’un admirable décor où dominent des cônes volcaniques à tête chauve. Au loin, le bruit d’une canonnade, celui que produisent les cataractes des rivières. La plaine de lave rend la région impraticable. Un seul chemin, construit en temps de paix au prix de rudes travaux, arrive du territoire allemand aux passes du Mont Hehu, puis atteint la route de Kibati. Une redoute commandait ce col de montagne, et c’est là qu’il arrivait un jour, détails que je tiens, comme une partie de ma documentation, du commandant Cayen, au sergent indigène Bunza, qui défendait l’ouvrage avec 50 hommes, d’être attaqué par 300 Allemands munis de deux mitrailleuses et d’un canon. Sommé de se rendre avec la promesse d’être bien traité, il entendit les Allemands lui dire que, d’ailleurs, il se trouvait sur leur territoire. Bunza se contenta de répondre : « Si je suis sur ton territoire, viens le prendre ! » et divisant ses 50 hommes en trois groupes, il occupe l’ennemi avec l’un d’eux, le tourne avec les deux autres, le met en fuite, et lui tue quantité de monde, s’adjugeant les mitrailleuses d’un assaillant six fois plus nombreux.

Dès le mardi.4 avril, le 4* régiment commence une attaque partielle. Il avance et enlève mètre par mètre les positions que couvre la rivière Sebea. Mais, ce fut quatorze jours après, le mardi 18, que l’offensive générale se déclencha. Elle allait mettre en mouvement, échelonnées du Nord au Sud, toutes nos forces disponibles. Une fraction du 1er régiment, appartenant à la brigade Olsen, occupe l’île de Gombo à la pointe méridionale du Kivu, et par le fait même, le poste ennemi de Shanguru est pris à revers. Le 19 avril, le major Muller, avec une partie du 1er régiment, aborde les Allemands et, le soir, les Belges hissent leurs couleurs à Shanguru.

La brigade Molitor engage une action générale. Le 26, le major Bataille avec le 3e régiment part de Kamwezi, dans l’Ouganda où il avait concentré ses forces. Quatre jours après, il arrive sur le lac Mahasi où il apprend que l’ennemi vient d’être battu sur le Kivu. On l’a chassé de l’île Kidjwi qu’il avait enlevée par surprise, en 1914.

Ce fut là que se passa un curieux incident [24]dont la connaissance fera mieux apprécier la valeur réelle du soldat belge indigène. Il fallait envoyer à Bobavdova, sur la rive Ouest du lac Kivu, un pli très urgent. Pour faire le trajet par terre, douze heures au moins sont nécessaires ; par le lac en pirogue, il n’en faut que quatre. Mais les Allemands avaient encore pour quelques jours la maîtrise des eaux. Maigre tout, on tente l’aventure et le sergent-major Kodja, un noir, s’embarque avec huit pagayeurs et longe les rives du Kivu, tâchant de se dissimuler. Tout à coup, un canot automobile allemand les aperçoit et s’avance sur eux, les sommant de se rendre sous la menace d’une mitrailleuse. Kodja répond à la sommation par un feu à volonté de ses huit hommes. Mais deux de ceux-ci sont tués et deux autres blessés, ce qui n’empêche pas que Kodja tire toujours. Soudain, le canot ennemi vire et fuit poursuivi par les balles du courageux soldat. Le mécanicien ennemi avait été grièvement atteint, ce qui détermina les Allemands à se retirer. Cependant le sergent-major continuait sa route et le pli fut remis à Bobavdova !

Quand on reprit l’île Kividjivi aux Allemands, ceux-ci parvinrent à capturer 60 de nos soldats. Et, plus tard, on apprit qu’emmenés à Tabora, ils y furent astreints à de rudes travaux. Croyant les avoir poussés à bout, le chef allemand leur offrit de se ranger parmi ses hommes. Douze d’entre eux acceptent. Or, un jour, les Anglais aperçurent quatre fusiliers allemands qui venaient à eux et leur dirent : « Nous sommes des soldats de Bula-Matari [25]. » Faits prisonniers, on nous a appris l’exercice des « N’Dachi [26], » puis amenés devant vous. Nous n’avons pas encore tiré et nous venons nous rendre, demandant d’être renvoyés chez Bula-Matari » pour aller avec lui venger nos frères et nous-mêmes ! » Il fut fait comme ils le demandaient [27].

Pour atteindre le lac Mahasi, le 3e régiment du major Bataille dut exécuter un véritable tour de force. La saison des pluies venait de commencer et le pays était très montagneux. Aussi, l’eau que le ciel y déverse en abondance est-elle aussitôt restituée aux rivières qui se gonflent et deviennent autant de torrens dangereux et souvent mortels pour les malheureux qu’ils entraînent. Si la mitraille fît peu de victimes pendant cette marche, la nature se chargea d’y suppléer. Mais grâce à la méthode et à la prudence des chefs, le tribut payé aux circonstances locales fut réduit au minimum. Le 6 mai, le 3e régiment entrait à Kigali après s’être ouvert le chemin en culbutant l’ennemi au mont Kasibu et avoir mis en fuite les détachemens chargés de défendre la région de Dzinga. Le 42 mai, le 4e régiment enlève Kissegnies, renverse les positions de la Sebea et les dépasse dans une poursuite acharnée du major Wintgens. Ainsi, le 22 mai, les 4e et 3e régimens font leur liaison entre Kigali et Nyanza.

La brigade Olsen, elle aussi, continuait d’avancer. Après avoir pris Shangugu, le 1er régiment poursuit sa marche ; i travers un pays montagneux et boisé. Le 18, il avait culbuté l’arrière-garde de Wintgens et, le 19, ses premiers soldats entraient à Nyanza au moment même où s’y annonçait la tête de colonne de la brigade Nord. Ainsi, la jonction des deux forces s’opère. Alors, le 2e régiment avec le lieutenant-colonel Thomas franchit la Ruzizi et, le 6 juin, entre dans Usambara, localité importante à la pointe septentrionale du Tanganyka. Mais il s’y arrête à peine et déjà le voici sur le chemin de Kitega.

Comme on le constate, les différentes colonnes progressent par étapes successives qui s’articulent entre elles et forment un ensemble brisé, mais constituant quand même un tout. Ne dirait-on pas un damier sur lequel les pions sont poussés l’un après l’autre et ne rappellent-ils pas aussi ce jeu de notre enfance où les moutons devaient cerner le loup, l’empêchant de passer entre eux pour l’acculer au fond du damier et l’y déclarer battu ?

Le 6 juin, le Ier régiment arrive de Nyanza, se dirige aussi vers Kitega et bat l’ennemi à Kiwitawe ; le 12 juin, forçant les passages de l’Akanjaru il entre dans Kitega quatre jours après.

Sur ces entrefaites, le chef du 3e régiment apprenait que le major Wintgens reformait ses troupes précédemment battues. On le signale à la mission de Kannija, au Sud du lac Tchohona. Un détachement se dirige vers ce point, surprend l’ennemi, lui tue beaucoup de monde et disperse les derniers élémens qui s’enfuient.

Une pareille poussée, victorieuse sans doute, mais obtenue non sans perte contraint les Belges à un léger arrêt. Il faut regrouper les forces, activer les colonnes de porteurs, regarnir les caissons, bref, reprendre la troupe bien en main.

Le front alors occupé par l’armée belge, — il ne s’agit pas, bien entendu, d’une ligne continue, comme en France, — suivait à peu près, au Nord, la Kagera pour se rattacher ensuite au Tanganyka par une oblique prononcée. Ces préparatifs devaient occuper le 3e régiment de la fin de mai au 5 juin. Le major Bataille a choisi pour les faire en paix la région de Nsasa, à l’Est du lac Mugesera. Après quoi, il lui reste à tenter la traversée de la dangereuse rivière dont nous avons parlé, puis de conquérir la province de Bukoba. Attaquer de front serait folie, autant vaudrait condamner à mort la colonne tout entière. Aussi, faut-il d’abord fixer l’ennemi sur certains points et voilà pourquoi on l’attaque sur ses trois principales positions : le Kayeye, la Migera et le Rusomo, trois croupes puissantes aux à-pics vertigineux. Et pendant que les canons tonnent, que plusieurs assauts sont simulés, une forte colonne passe la Njawarunjo, c’est-à-dire la Kagera qui s’appelle ainsi dans la première partie de son cours orienté Ouest-Est jusqu’au confluent de la Ruwuwu. Le 18 juin, dans la matinée, ce groupe arrive au bord de la rivière, la franchit et trois jours après, les 21 et 23 juin, aborde l’ennemi, le rejette et le 24 occupe Biaramulo. La conséquence de cette manœuvre dont la hardiesse égale l’à-propos fut obtenue le 27, car ce jour-là les Belges étaient maitres de Niamagodjo, de Namirembe et de Busira-Yombo et toute cette riche partie du Bukoba, située su Sud du parallèle de Migera, nous était acquise.

Le 4e régiment avait atteint la Ruwuwu le 10 et dès le 25, il établissait sa liaison avec le 3e régiment, vers Biaramulo. La brigade Molitor se trouve ainsi regroupée, appuyant sa gauche au Victoria Nyanza. Partie du Nord-Ouest, elle va suivre maintenant une direction Sud. Cette avance foudroyante surprend l’adversaire, et le major Godovius, comprenant qu’il va se trouver bloqué au Nord de la province, s’empresse de battre en retraite vers le Sud et de vouloir gagner Tabora. Mais que peut-il, car il est déjà virtuellement mis hors de cause, puisque, tous ses convois capturés, il n’a plus qu’une colonne sans aucune valeur tactique ? Le 3 juillet, à Kato, le major Rouling taille en pièces le dernier noyau des soldats de Godovius, qui lui-même doit se rendre.

La période de préparation est dès lors terminée. Le Ruanda, le Bukoba et l’Usumbara, triple barrière qui couvrait l’Urundi, ont été conquis par des colonnes opérant loin les unes des autres. Désormais, beaucoup plus rapprochées, elles vont entreprendre l’attaque de Tabora autour de laquelle se cristallisera leur effort commun. Une colonne allemande en barre le chemin. Le 14 juillet, le 15 encore et dans la direction de Maria-Hilf, Molitor se bat sans répit ; mais finalement l’ennemi cède et, l’épée dans les reins, doit fuir en désordre. Le 4e régiment occupe sans plus tarder les positions de Maria-Hilf, et, le 23 juillet, il se trouve installé à la place même que peu de jours avant l’ennemi tenait encore. Le 3e régiment pousse vers Saint-Michaël et tandis que, d’une manière moins rapide mais progressive, il gagne du terrain, du Nord lui arrive une joyeuse nouvelle. La brigade du colonel Olsen n’était pas demeurée inactive. Se dirigeant vers le Sud et longeant les rives du Tanganyka, un de ses régimens, le 2e, occupait Nyanza-Migera, le 15 juillet. Quatorze jours après, il est maître de Kigoma-Ujiji. Sur sa gauche, l’autre partie de la brigade, le 1er régiment, atteignait la rivière Gombe et une liaison pleinement efficace s’établit alors avec la brigade Molitor qui, on s’en souvient, opérait plus au Nord.

Telles sont les opérations essentielles exécutées jusqu’à cette date, mais que d’autres succès vont compléter. La flottille du Tanganyka et l’escadrille d’avions ont été très actives et Kigoma maintes fois bombardée. Ainsi, la grande artère centrale de la colonie allemande recevait un premier coup, en même temps que la maîtrise du lac était assurée. Dès lors, le détachement Moulaert libéré de sa garde pouvait prendre part à la lutte. Aussi traverse-t-il le lac et vient-il donner un précieux appui à la droite de la colonne Olsen, tandis que, le 12 août, la position de Saint-Michaël, couvrant les approches de Tabora, tombait enfin devant le colonel Molitor.

L’encerclement de l’ennemi s’accentue bientôt par l’intervention d’une colonne anglaise. En effet, le lieutenant général Smuts avait constitué dans le port de Shirati, sur le Victoria Nyanza, une colonne d’environ 5000 hommes, commandée par sir C. Crewe. Elle avait occupé, le 15 juin, l’importante île d’Ukerewe où elle-organisait l’attaque de Mouanza. Cette place tombait le 14 juillet, et c’est alors que, continuant sa marche vers le Sud, sir C. Crewe entrait enfin en liaison près de Saint-Michaël avec le colonel Molitor qui descendait du Nord.

Du 10 au 18 septembre, à la fois au Nord et à l’Ouest de Tabora, les combats se multiplient et l’ennemi ne cesse de céder. Alors, commence à se préciser dans sa réalisation même le plan stratégique de toute la campagne. Le 7 septembre, Molitor atteint Mambani après avoir enlevé les monts Kahama ; le 8, Olsen est à Ussoké. Du Nord à l’Ouest et de là vers le Sud, l’envahisseur dessine presque un complet demi-cercle : Crewe et Molitor vont à la rencontre du colonel Olsen qui suit le Tanganykabahn et, plus à sa droite, le détachement Moulaert achève de cerner les Allemands. Il reste à prendre Tabora, devenue cœur et cerveau de la résistance. Puis, le grand chemin de fer central, colonne vertébrale de la colonie et soutien de toute sa charpente, sera progressivement conquis. Mais le général Wahle [28]regroupe ses hommes pour une dernière résistance. Pendant dix-neuf longues journées, on se bat avec rage, et septembre 1916 comptera dans les annales des guerres exotiques. Le 19 septembre, Tabora tombe et ses abords sont couverts de cadavres par centaines. A dix heures et demie du matin, le lieutenant Raedemaekers entrait dans la ville avec le premier détachement belge. Puis, le capitaine Pieren occupe le fort, tandis que le capitaine Jacques y arbore les couleurs nationales. Dans l’après-midi, ensemble et dans une émouvante pensée de confraternité toutes les troupes, celles venues du Nord, celles arrivées par le Sud, entrent simultanément dans la ville. Les routes aboutissant dans Tabora présentent un aspect singulièrement animé. Troupes en marche, batteries de montagne et mortiers passent entre une double haie de porteurs dont les caravanes sont arrêtées ; à l’ombre d’un arbre, des officiers se reposent ; au coin des chemins, des poteaux indicateurs dont l’un indique : « Muansastrasse ». 189 Européens délivrés accourent au-devant des vainqueurs et racontent les tourmens de leur captivité. Ne furent-ils pas contraints à la corvée d’eau, à la corvée de vidange sous la surveillance d’askaris qui les appelaient « Basendji na Bulaya, » esclaves d’Europe !

La campagne se poursuit et c’est le moment, avant de conclure, d’en résumer l’ensemble au lendemain des événemens que l’on vient de lire. Les Allemands subissent la poussée constante de toutes les colonnes, — onze, — dont chacune eût mérité son histoire, plus complète. Deux derniers centres de résistance doivent être emportés, l’un à Mahengé sur les bords de la Ruaha, l’autre sur la basse Rutiji. Les vaincus échappés de Tabora tentèrent de rallier le poste de Mahengé, mais ils furent battus, le 13 novembre à Impende, puis obligée de capituler, le 25, plus au Sud, à 68 milles au Nord-Ouest de Neu-Langenburg. Les Anglais firent alors 500 prisonniers, dont 47 Européens allemands et 7 officiers.

Le 1er janvier, Smuts ordonne à ses brigadiers Sheppard, Lyall et Cunliffe d’attaquer avec leurs troupes nigériennes sur les bords de la Mgeta. En même temps, à l’Ouest, la colonne venue du Nyassaland assaille les Allemands. L’encerclement se développe avec une méthode pleinement, efficace. L’ennemi devait abandonner encore un hôpital avec 46 blancs et 200 indigènes, tous blessés.

A ce moment, le lieutenant général Smuts quitta son commandement qu’il laissait à l’un de ses brigadiers, le général Hoskins. Le glorieux Sud-Africain était appelé à Londres au grand conseil de guerre et à la conférence des Dominions. En février 1916, lorsqu’il prit le commandement, les Allemands étaient maîtres de toute leur colonie de l’Est Africain ainsi que d’une partie du territoire britannique. Onze mois après, il ne reste plus à l’ennemi qu’une minuscule région à l’Est et au Sud-Est où se rassemblent les fuyards que la brousse avait épargnés. Ils n’ont plus ni une ville, ni un port, ni un mètre de rail, et le roi d’Angleterre pouvait, alors, écrire au lieutenant général Smuts, à l’ancien adversaire boer : «… Je veux vous remercier pour les services précieux que vous venez de rendre à l’Empire. » L’empereur d’Allemagne faisait savoir à ses troupes africaines : « Quel que soit le sort que Dieu réserve à ces héros, la patrie se rappelle avec une légitime fierté ses enfans qui luttent dans l’Afrique lointaine. »

Mais, bien que les points de départ des armées anglaises et belges fussent éloignés de 900 kilomètres, il faudra finalement opérer leur liaison. Les soldats du général Tombeur occupèrent, d’abord, une position de couverture au Sud et à l’Est de Tabora. puis leur réorganisation et celle du territoire conquis vinrent retarder le jour où se rencontreraient toute l’armée anglaise et toute l’armée belge.

Quant aux Portugais dont la fortune fut souvent inégale, ils eurent à livrer maints combats, aux mois d’octobre et de novembre. Finalement, ils tiennent solidement fermée la seule issue par où l’ennemi pourrait fuir en gagnant les maquis du Mozambique. Le ministère des Colonies, à Lisbonne, s’occupe avec un soin tout particulier du ravitaillement des troupes du général Gil. Si son aide militaire n’est pas d’une importance offensive de premier ordre, il faut reconnaître cependant que le Portugal autorisa quatre fois les troupes britanniques à traverser le territoire du Mozambique, ce qui facilita considérablement leur tâche.

Au point de vue strictement militaire, la conquête de l’Afrique Orientale allemande apparaît comme un magnifique exemple de liaison entre de multiples colonnes semées à travers un espace immense et dont quelques-unes se dédoublèrent au cours de la campagne. La parfaite convergence des efforts était rendue difficile, aussi bien à chaque groupe de colonnes qu’à celles-ci toutes ensemble. Ni l’étendue, ni la nature, ni le climat ne purent empêcher qu’au moment voulu toutes tendaient à leur but, comme autant de rayons d’une roue allant au moyeu qui les rassemble. Cernés de toutes parts, les derniers défenseurs de la dernière colonie allemande aperçoivent ou devinent autour d’eux le cercle de leurs ennemis. Je ne sais si sous l’infini et profond et clair ciel d’Afrique les trompes sonnent l’hallali, mais de quelle chasse et de quels détours, de quelle chevauchée et de quels hauts faits la journée n’a-t-elle pas été remplie ? Sous les tropiques, la cause des Alliés sonnait ainsi une première revanche, et le roi Albert de Belgique pouvait exprimer à ses soldats « une profonde gratitude pour la façon brillante dont ils soutinrent sur le sol africain l’honneur et la réputation de nos armes. »

Le 12 mars 1917, le général Smuts arrivait à Londres où il fit aux représentans de la presse des déclarations du plus grand intérêt. Malgré les efforts désespérés du commandement allemand, a-t-il dit, le sort de la colonie est virtuellement réglé. En mars et avril, les grandes pluies ne permettront pas d’opération ; mais, au mois de mai, ou bien les Allemands devront se rendre, ou bien ils tenteront de percer les lignes des Portugais. Ceux-ci sont préparés à tout imprévu. Le général donna les précieux renseignemens que voici : la presque totalité des troupes blanches enrôlées dans l’Union Sud-Africaine pour celle expédition ont quitté la colonie allemande, où, à la longue, le climat leur eût été néfaste. La campagne sera achevée par les bataillons indigènes dont le lieutenant général Smuts a su assurer le recrutement et l’instruction. Il faut en retenir ce fait important : l’Angleterre s’est décidée à faire, pour la première fois, sérieusement appel aux indigènes de ses colonies d’Afrique. Ces troupes, a dit le grand chef boer, pourront, après les opérations décisives, être utilisées sur le front occidental ; d’autre part, il est extrêmement probable que parmi les jeunes boers rentrés dans leurs foyers, des milliers vont offrir de se battre en Europe. Les troupes indigènes ne sont pas, d’ailleurs, seulement formées de nationaux de l’Union Sud-Africaine ou de l’Ouganda. Ainsi, les troupes du général Cunliffe, qui participent actuellement à l’encerclement des derniers Allemands, sont composées de régimens nigériens. Ce sont, en quelque sorte, les Sénégalais de l’Angleterre et tout aussi dévoués à leurs chefs que les nôtres. Ils ont déjà opéré la conquête du Cameroun, et leur chef, le général Cunliffe, y a joué un rôle particulièrement remarquable.

Comme le Cameroun, comme aussi le Sud-Ouest africain, la dernière des colonies allemandes était de toutes parts entourée par les possessions de l’Entente. cette circonstance devait décider du plan stratégique de la campagne : une marche convergente de toutes les colonnes vers le cœur du pays.

Les forces métropolitaines de la Grande-Bretagne n’y ont eu qu’un rôle restreint, exemple à retenir avec tant d’autres de l’unité de l’Empire britannique qui fut, une fois encore, magistralement prouvée. Le lieutenant général Smuts y commanda 50 000 hommes, presque tous venus de l’Inde ou de l’Union Sud-Africaine. Et sur l’appui que ces deux pays prêtèrent à la métropole, que de détails intéressans et objectifs ne pourrait-on pas donner ! Il eût été cependant injuste de ne pas mettre en évidence l’effort militaire de la Belgique. En 1914, le Congo comptait peu de forces permanentes. Dispersées sur un vaste territoire, leurs devoirs de police intérieure suffisaient à les absorber. Créer, encadrer, armer, entretenir et ravitailler une armée presque entièrement nouvelle devint donc la tâche primordiale du gouvernement.

Mais ce n’était pas tout. De pair avec cette campagne militaire, les Belges mènent une ardente campagne économique. Derrière les lignes de feu, à droite et à gauche des routes par où s’acheminent ravitaillement et munitions, la colonie se développe avec une régularité et une force qui honorent le « peuple de marchands » que semblaient être uniquement les Belges. Si, comme le soutiennent les spécialistes, l’impôt indigène est le baromètre du développement économique d’une colonie, le Congo Belge autorise, en ce cas, tous les espoirs. En 1915, année de guerre, le chiffre de cet impôt passe de 8 à 11 000 000. Le produit des mines valait 7 000 000 : il en atteint 9 maintenant. Riz, caoutchouc, huile de palme donnent des plus-values inespérées et il n’est pas jusqu’aux nouvelles plantations de coton qui ne réussissent au-delà de toute espérance. Cependant, les voies de communications elles-mêmes sont aussi développées. Le chemin de fer de Kabalo, sur le Congo, au lac Tanganyka en était encore, séparé par cent vingt kilomètres, au début des hostilités. En quelques mois, on le terminait. La ligne du Mayombe est, aujourd’hui, complètement refaite, et sa prospérité s’en trouve aussitôt accrue. Dans l’intérieur, le réseau routier s’agrandit. A travers le pays tout entier il tend ses bras immenses au long desquels coule l’activité féconde. Et tout cela, n’est-ce pas sur un théâtre lointain, mais aussi dans toute la vérité du terme, l’organisation économique intérieure nourrissant le front de combat. C’est ce qu’on voulait faire ici, c’est ce que l’on a fait là-bas et, — nous le rappelons seulement, — dans la mesure où les deux termes autorisent la comparaison. Un véritable chef, il est vrai, présidait à tout ce labeur. Le nouveau gouverneur général du Congo, M. Henry, avant de servir sous les tropiques, avait été mis à l’épreuve aux jours les plus sombres de 1914. Colonel du service de l’intendance belge, il assurait, alors, nos services de ravitaillement, malgré l’invasion. Envoyé au Congo, au mois d’avril 1915, il agit aussitôt pomme un magicien. Si chaque homme était d’ailleurs à sa place, ce qui trop souvent renverserait bien des situations, l’Allemagne n’aurait pas eu tous ses succès, — ne fussent-ils qu’éphémères, — car elle les doit à cette méthode-là, pourtant bien simple et dont trop souvent nous paraissons incapables.

Par arrêté royal, le 22 novembre dernier, le colonel Malfeyt, vice-gouverneur général du Congo, était commissionné pour l’administration des nouveaux territoires conquis par les Belges, 200 000 kilomètres carrés, — sept fois la superficie de la Belgique.


Au moment de terminer cette étude, l’Allemagne, en Afrique comme en Asie, assiste à la consécration de sa ruine. Bagdad pris, c’est l’effondrement d’un vaste dessein dont toutes les colonies allemandes étaient les pièces maîtresses. Tenant une partie de l’Afrique, l’Allemagne comptait y agrandir sa puissance et, d’abord, — contraste plein de saveur, — aux dépens du Congo Belge, puisque le sort des petits peuples était de disparaître ! Rêves d’universelle domination qu’après nous, modeste peuple sacrifié vivant, et l’Asie et l’Afrique devaient à peine satisfaire, ils trébuchent tous à la fois dans un effroyable chaos d’où, c’est notre volonté suprême, la liberté des peuples sortira plus grande.


CHARLES STIENON.


  1. Le fougueux organe pangermaniste qui nous combat encore aujourd’hui.
  2. La première attaque allemande tourne mal. Une compagnie franchit la frontière, enlève Taveta et, se guidant sur d’excellentes cartes allemandes, arrive à 20 milles de la voie ferrée qu’elle voulait détruire ; mais là, il fallut employer des cartes anglaises, — beaucoup moins bonnes. Conséquence, l’ennemi se perdit dans la savane de Serengeti et s’en vint tomber mourant de soif entre les mains d’une patrouille anglaise.
  3. Du corps d’un seul soldat indien on retira plus de mille aiguillons I
  4. Faut-il remarquer ici combien serait inexacte une comparaison entre ces chiffres de tués ou blessés et ceux qui concernent nos champs de bataille. En Afrique, une compagnie représente en force réelle, si l’on tient compte des effectifs engagés, au moins l’équivalent d’une brigade sur un front d’Europe.
  5. Dans une autre circonstance, nos alliés s’emparèrent de plusieurs étendards ennemis, et parmi ces trophées découvraient un drapeau mahométan… de fabrication allemande !
  6. Un mille vaut 1,609 mètres.
  7. L’Inde envoie entre autres la 94e du Russel’s lnfantery, le Bombay Maxim Suns Volunteers, la Calcutta Voluntary Battery, le Madras Volunteer Motor Cycle : en tout, il y a seize formations spéciales. La cavalerie abonde en mules et chevaux. Quant au service sanitaire, il est organisé avec ce luxe de moyens qui honore l’Angleterre avant tout soucieuse du bien-être de ses défenseurs.
  8. L’Union Sud-Africaine venait, cependant, de conquérir par ses seules forces le Sud-Ouest africain. Elle avait, d’abord, dû mater une révolte intérieure, puis enrôler 60 000 hommes, dont une division se trouve en France et fut, depuis décimée sur la Somme dans l’attaque du bois Delville.
  9. La Grande-Bretagne, 42 000 hommes, — la Belgique, 20 000 hommes, — chiffre dont la comparaison est éloquente, si l’on veut comparer aussi l’importance des deux pays et se souvenir de l’état actuel du royaume de Belgique.
  10. Nom que le noir donne aux Belges.
  11. Les Belges réalisèrent ainsi les premiers l’aviation au cœur de l’Afrique Centrale, grâce à l’escadrille constituée par le commandant de Bueger, le capitaine Russchaert et les lieutenans Collignon, Orta, Behaeghe et Castiau, tous, depuis, faits chevaliers de l’Ordre de l’Étoile africaine.
  12. Une seconde ligne de transport est organisée par la côte britannique. De Mombassa, en bordure de l’océan Indien, à Port-Florence puis par le lac Victoria jusqu’à Bukakata et de là encore dix-sept jours de marche. Toutefois, cette seconde ligne, pratiquement encombrée déjà par les transports de l’armée anglaise opérant au Nord, ne peut servir aux Belges que pour le ravitaillement de première nécessité. Elle fut surtout utilisée par les nombreux officiers et sous-officiers qui du Havre venaient renforcer les cadres de la division coloniale. Cette voie représente, d’Europe en Afrique, un gain de plusieurs jours sur la durée du voyage.
  13. En 1906, quand l’Allemagne modifiait sa politique coloniale, elle créa un ministère nouveau dont le chef fut M. Dernburg, homme d’une remarquable ténacité. Le Tanganykabahn, commencé en 1904, devait être terminé dix ans après, à la veille de la guerre. Un syndicat financier y engagea, d’abord, 21 000 000 de marks, puis encore 60 000 000. Son inauguration coïncidait à peu près avec la déclaration de guerre et le kronprinz devait s’y rendre.
  14. La Ire division, moins la 1er brigade de cavalerie sud-africaine.
  15. 1re brigade montée sud-africaine et 3e brigade d’infanterie sud-africaine.
  16. Moins quelques détachemens. — En réserve générale, destinées à intervenir suivant les circonstances, se trouvent la 2e brigade d’infanterie sud-africaine, une batterie de campagne et une batterie de bowitzers.
  17. Deux des 105 du Kœnigsberg y prirent part : l’un établi sur un truck du chemin de fer, l’autre sur position fixe.
  18. Nous y avons fait allusion dans le récif des opérations défensives — avant février 1916.
  19. Commencée en 1893, elle valut des déboires à ceux qui l’entreprirent. Les premiers kilomètres ayant absorbé tout leur avoir social, l’Etat dut se substituer à eux et termina les 352 kilomètres auxquels, plus tard, on en ajoutait encore 86 autres.
  20. Nom que l’indigène congolais donne aux Belges.
  21. L’unité de payement est la brasse d’étoffe.
  22. Comprend les 3e et 4e régimens.
  23. Les Belges eurent ainsi l’occasion de constater une fois de plus, sous un de ses aspects les plus sourians, le génie colonisateur des Anglais qui se manifeste jusque dans les moindres détails. Ainsi, Kabale, la première station de l’Ouganda que l’on rencontre en venant du Congo, est une charmante petite ville, sillonnée d’avenues ombragées. Elle possède des lincks pour le golf, un terrain de football, des courts de tennis.
  24. Communiqué par M. le commandant Cayen, chef d’état-major de la brigade Molitor.
  25. Nom africain des Belges.
  26. Nom des Allemands.
  27. Trait cité par M. le commandant Cayen de l’armée belge.
  28. Le général Wahle commande l’armée allemande opposée aux Belges, tandis que le colonel von Lettow-Forbeck se trouve à la tête des colonnes germaniques engagées contre les troupes du lieutenant général Smuts.