L’Étranger (Carmontelle)

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Carmontelle, Monsieur de Carmontelle, lecteur du duc d'Orléans (vers 1762)


LAPIERRE, Laquais de M. Dubreuil.

MONSIEUR TROTBERG, Banquier Allemand.

MONSIEUR DUBREUIL, Banquier Français.

MONSIEUR DUBREUIL Fils.

Personnage

La Scène est chez Monsieur Dubreuil.


MONSIEUR TROTBERG, MONSIEUR DUBREUIL Père


MONSIEUR DUBREUIL Père

Monsieur, voilà votre appartement.


MONSIEUR TROTBERG

Appartement ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui, votre logement.


MONSIEUR TROTBERG

Ah, logement, c'est appartement ; je comprends fort bon. Il est fort joli.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Monsieur, je voudrais que vous vous trouvassiez bien chez moi, je vous ai tant d'obligation d'avoir bien voulu recevoir mon fils à Nuremberg, que je ne puis assez vous en marquer ma reconnaissance.


MONSIEUR TROTBERG
écrivant sur des tablettes

Monsieur, vons dites logement ; c'est appartement ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui, Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

C'est que j'écris à mesure que je entend poux garder dans le mémoire.


MONSIEUR DUBREUIL Père

C'est une très bonne façon d'apprendre le français.


MONSIEUR TROTBERG

Oui, c'est que comme cela on apprend meilleur, et j'ai commandé de même à Monsieur votre fils dans sa voyage d'Allemagne.


MONSIEUR DUBREUIL Père

C'est un bon avis que vous lui avez donné.


MONSIEUR TROTBERG

Avis ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui, Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

Je n'ai rien donné qui soit avis.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Je vous demande pardon ; avis, c'est conseil, avertissement.


MONSIEUR TROTBERG

Ah, permettez que j'écrive avertissement, conseil, c'est avis.

Il écrit

MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui, Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

Tiaple, je croyois à Nuremberg savoir bien la langue du français, je vois à présent que c'est bien autrement encore que je disais.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Vous parlez bien cependant.


MONSIEUR TROTBERG

Ah, comme cela, pas trop autrement, et je suis impatientement que Monsieur votre fils, il soit ici, pour me expliquer mieux.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Il arrivera bientôt, il n'est qu'à trois lieues d'ici, il sait que vous devez venir, et je l'ai envoyé quérir.


MONSIEUR TROTBERG

Quérir ? Est-ce courir ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Non, quérir, c'est chercher.


MONSIEUR TROTBERG

Chercher, c'est quérir ? Il faut que je écrive aussi quérir, chercher, quérir.

Il écrit

MONSIEUR DUBREUIL Père

Monsieur, je vous prie de vous regarder ici comme le maître de la maison, ordonnez, et l'on vous donnera tout ce que vous voudrez.


MONSIEUR TROTBERG

À moi ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

À vous.


MONSIEUR TROTBERG

Pour mon besoin ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Tout ce qui vous sera nécessaire.


MONSIEUR TROTBERG

Nécessaire, cela veut dire ?...


MONSIEUR DUBREUIL Père

Besoin.


MONSIEUR TROTBERG

Tiaple, vous avez toujours deux mots pour un, je comprends pas cela, vous dites besoin ; c'est nécessaire ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui, nécessaire.


MONSIEUR TROTBERG

Je écris aussi.


MONSIEUR DUBREUIL Père

C'est très bien fait.


MONSIEUR TROTBERG

Allons, je ne veux parler que français quand je reste dans cette pays, même quand je suis avec moi tout seul, cela il me apprendra.


MONSIEUR DUBREUIL Père

C'est un bon moyen ?


MONSIEUR TROTBERG

Un bon moyen ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui, une méthode très bonne.


MONSIEUR TROTBERG

Encore moyen ; c'est méthode.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui dans ce cas-là ; mais il vaut mieux dire méthode.


MONSIEUR TROTBERG

Je écris donc méthode, puisqu'il est le meilleur.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui, oui, mettez méthode.


MONSIEUR TROTBERG

Je suis fort obligé, je demande bien pardon.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Vous vous moquez de moi.


MONSIEUR TROTBERG

Moi non, je ne moque pas de vous ; moquer c'est comme rire, n'est-ce pas ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui.


MONSIEUR TROTBERG

Oui ? J'ai écrit déja plusieurs fois, et vous voyez bien que je ne ris pas.


Scène II

Monsieur Dubrueil, MONSIEUR TROTBERG, LAPIERRE


LAPIERRE

Monsieur, il y a un Monsieur dans votre cabinet qui vous attend.


MONSIEUR DUBREUIL Père

C'est bon ; je vais y aller.


MONSIEUR TROTBERG

C'est un affaire peut-être, il faut aller, marcher. Je suis fort bon ici.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Voilà du papier, de l'encre ; je reviendrai vous tenir compagnie bientôt.


MONSIEUR TROTBERG

Je suis ici avec ma portefeuille, je lis tout cela.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Si vous avez besoin de quelque chose, appellez LAPIERRE


MONSIEUR TROTBERG

Besoin, c'est nécessaire, je me souviens. Et LAPIERRE ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

C'est cet homme-là.


MONSIEUR TROTBERG

Cet homme-là, on l'appelle une pierre ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui ; c'est son nom.


MONSIEUR TROTBERG

Je entend bien ; c'est comme nous disons un arbre de noix, arbre d'olive.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui, du noyer, olivier.


MONSIEUR TROTBERG

Du noyer, noix; olivier, olive. Je écris, permettez.

Il écrit

Je finis.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Vous aurez tout ce que vous voudrez. Si vous voulez envoyer quelque part, dites où.


MONSIEUR TROTBERG

Où ?

Il écrit

MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui. Si vous voulez manger, dites quoi.


MONSIEUR TROTBERG

Quoi ?

Il écrit

MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui. Si vous voulez boire, dites-le.


MONSIEUR TROTBERG

Le ?

Il écrit

MONSIEUR DUBREUIL Père

Si vous voulez sortir, dites quand.


MONSIEUR TROTBERG

Quand ?

Il écrit

MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui.


MONSIEUR TROTBERG

C'est pour sortir ? soif bon.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Si vous voulez vous coucher, dites l'heure.


MONSIEUR TROTBERG

Pour coucher ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Pour lever, de même.


MONSIEUR TROTBERG

C'est fort singulier. Voilà un pour deux à présent.

Il écrit

MONSIEUR DUBREUIL Père

J'espère que mon fils va arriver, et il vous tiendra compagnie.


MONSIEUR TROTBERG

Oh, j'ai pas besoin, j'ai ici ma occupation.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Lapierre va rester dans votre antichambbre. Tu entends bien, Lapierre ?


LAPIERRE

Oui, Monsieur.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Et tu feras ce que Monsieur te dira.


LAPIERRE

Oui, oui, Monsieur.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Ah ça, Monsieur, je vous laisse, je suis bien votre serviteur.


MONSIEUR TROTBERG

Serviteur, Monsieur, Serviteur.


Scène III

MONSIEUR TROTBERG

rêvant

Je vous laisse. Laisse. Je comprends pas laisse. Pourquoi j'ai pas demandé. Laisse ? Laisse ! Il faut que je sache à ce moment pour écrire. Lapierre ?


Scène IV

MONSIEUR TROTBERG, LAPIERRE


LAPIERRE
de la porte

Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

Entre ici.


LAPIERRE

Me voilà, Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

Qu'est-ce que c'est que laisse il veut dire |


LAPIERRE

Laisse ?


MONSIEUR TROTBERG

Oui, laisse ?


LAPIERRE

Lesse ? Je ne sais pas, Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

Monsieur Dubreuil, il a dit, lesse.


LAPIERRE

Lesse ? Ah, Monsieur, c'est à votre chapeau.


MONSIEUR TROTBERG

À mon chapeau, laisse ?


LAPIERRE

Oui, Monsieur, je vais vous montrer.

Il prend le chapeau de Monsieur Trotberg

Tenez voilà ce que c'est qu'une lesse.


MONSIEUR TROTBERG

Cela il est une lesse.


LAPIERRE

Oui, Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

Monsieur Dubreuil, il ne m'a point parlé de chapeau.


LAPIERRE

C'est pourtant cela.


MONSIEUR TROTBERG

Allons, va-t-en ; je demande à lui-même quand il viendra.


Scène V

MONSIEUR TROTBERG

C'est un langue de tous les tiables. La fils de M. Dubreuil, il sera fort bon pour moi ici.

Il regarde toutes ses lettres de recommandation

Ah, je trouve ici un lettre qu'il faut que j'envoye tout présentement. Lapierre.


Scène VI

MONSIEUR TROTBERG, LAPIERRE


LAPIERRE

Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

Tiens, où.

Donnant une lettre

LAPIERRE

Qu'est-ce que vous voulez, Monsieur ?


MONSIEUR TROTBERG

Où.


LAPIERRE

Où ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?


MONSIEUR TROTBERG

Je te dis, où.


LAPIERRE

Où ; mais je n'entends point l'Allemand.


MONSIEUR TROTBERG

Mais, c'est français, où. Il est sur mon tablette.

Il regarde

Oui, où.


LAPIERRE

Non, Monsieur, où ne veut rien dire.


MONSIEUR TROTBERG

Ce tiaple de français, ils ne sçavent point la langage de leur pays. Monsieur Dubreuil, il m'a dit, où, quand on veut envoyer quelque part.


LAPIERRE

Pour envoyer, on ne dit point, où, on dit allez là.


MONSIEUR TROTBERG

Allez là ?


LAPIERRE

Oui, Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

Il faut donc que j'écrive allez là, aussi ; mais je demanderai. Attends à cette moment.

Il écrit

Allez là.


LAPIERRE

Là, c'est sur la lettre.


MONSIEUR TROTBERG

Sur la lettre là ? Non, c'est l'adresse.


LAPIERRE

Eh bien, oui.


MONSIEUR TROTBERG

Là ; c'est l'adresse ?


LAPIERRE

L'adresse est là-dessus, dessus la lettre.


MONSIEUR TROTBERG

Oui. Je comprends pas jamais. Revenez sur la moment.


LAPIERRE

Je vais l'envoyer par quelqu'un ; parce que je ne dois pas vous quitter.


MONSIEUR TROTBERG

Fort bien, fort bien.


Scène VII

MONSIEUR TROTBERG

Il faut un bon patience avec cette domestique ; je ne sais pas pouiquoi il m'a donné comme cela un bête pour mon service. Je suis tout en échauffement de cette garçon qu'il ne m'entend pas. J'ai envie de faire porter un glas de bier, non, non, un verre de bierre qu'il faut dire en français. Je veux parler autrement jamais à présent. Lapierre. Lapierre.


Scène VIII

MONSIEUR TROTBERG, LAPIERRE


LAPIERRE

Monsieur, qu'est-ce que vous voulez ? Votre lettre est partie.


MONSIEUR TROTBERG

Je veux, le.


LAPIERRE

Le ?


MONSIEUR TROTBERG

Oui, je dis, le.


LAPIERRE

Le quoi ?


MONSIEUR TROTBERG

Je veux pas quoi, je veux, le.


LAPIERRE

Le ? Je ne sais pas ce que vous voulez dire, dites quoi.


MONSIEUR TROTBERG

Je veux pas dire quoi, je veux dire, le.


LAPIERRE

Je ne peux pas vous deviner.


MONSIEUR TROTBERG

Que tiaple ! Est ce que je ferais un faute ?

Il dans ses tablettes

Non, c'est, le.


LAPIERRE

Le quoi.


MONSIEUR TROTBERG

Eh bien, donne moi quoi ? Tu donneras après le ; puisque tu veux donner quoi.


LAPIERRE

Je ne vous entends pas, Monsieur.


MONSIEUR TROTBERG

C'est pourtant Monsieur Dubreuil, qui m'a dit de dire, le.


LAPIERRE

Le quoi ?


MONSIEUR TROTBERG

Quand je dis le, je dis pas quoi : quand je dis quoi, je dis pas le.


LAPIERRE

Je ne puis vous donner que ce que vous de dites.


MONSIEUR TROTBERG

Je dis le ; mais faites marcher ici Monsieur Dubreuil, il dira si je dis pas bien.


LAPIERRE

Il vient de sortir.


MONSIEUR TROTBERG

Sortir. C'est quand.


LAPIERRE

Quand ? Tout à l'heure.


MONSIEUR TROTBERG

L'heure, c'est coucher, il m'a dit.


LAPIERRE

Je ne dis pas qu'il est couché, je dis qu'il vient de sortir.


MONSIEUR TROTBERG

Eh bien, sortir, quand.


LAPIERRE

Quand ? Je vous dis tout à l'heure.


MONSIEUR TROTBERG

L'heure c'est coucher, je sais fort bon ; mais on ne peut pas être couché et être sorti, je puis pas souffrir le mensonge.


LAPIERRE

Mais je ne dis pas qu'il est couché non plus.


MONSIEUR TROTBERG

Que tiable dis-tu donc ?


LAPIERRE

Je dis qu'il vient de sortir.


MONSIEUR TROTBERG

Quand ?


LAPIERRE

Tout à l'heure.


MONSIEUR TROTBERG

Je tiens plus, je vais quand, aussi moi de cette logis.


LAPIERRE

Tenez, j'entends Monsieur Dubreuil le fils, il sait l'allemand, il vous entendra.


MONSIEUR TROTBERG

Je parle Français encore, c'est un grand impatientement que cette garçon-là.


Scène IX

MONSIEUR TROTBERG, MONSIEUR DUBREUIL Fils, LAPIERRE


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Ah, Monsieur Trotberg , je suis charmé de vous voir à Paris.

Il l'embrasse

MONSIEUR TROTBERG

Je suis bien content aussi, véritablement.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Je comptais que vous n'arriveriez que demain, je vous demande bien pardon de n'avoir pas été ici à votre arrivée.


MONSIEUR TROTBERG

J'ai vu Monsieur votre père; mais il m'a mis de l'embarras avec cette garçon ; parce que les miens ils sont tous malades de la poste, et puis ils savent pas la langage de cette pays, et je puis pas expliquer à cette Pierre, qu'il n'entend pas.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Cette Pierre ?


LAPIERRE

Oui, c'est moi, Lapierre ; qu'il veut dire;


MONSIEUR TROTBERG

Est-ce qu'il n'est pas français Lapierre ?


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Pardonnez-moi.


MONSIEUR TROTBERG

Il ne sait donc pas les mots de son pays !


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Comment ?


LAPIERRE

Monsieur, il me dit le, quoi, quand, l'heure ; je ne sais pas si c'est allemand ou français.


MONSIEUR TROTBERG

Vous voyez bien qu'il dit lui-même.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Je n'entends pas non plus. Mais si vous voulez quelque chose, dites-moi, et vous l'aurez.


MONSIEUR TROTBERG

Eh bien, je veux le.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Le quoi ?


MONSIEUR TROTBERG

Eh, il dit aussi lui Lapierre, quoi, pour lois que je dis, le.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

C'est singulier cela. Dites-moi en allemand ce que vous voulez.


MONSIEUR TROTBERG

Non, j'ai juré de parler toujours Français dans cette pays. Et Monsieur votre père il m'a dit de dire, le.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Le quoi ?


MONSIEUR TROTBERG

Non, ce n'est pas quoi, c'est le.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Lapierre, dis à mon père que je le prie de monter.


MONSIEUR TROTBERG

Monsieur votre père, il est quand et l'heure, à ce qu'il dit.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Quand et l'heure ?


LAPIERRE

Oui. Je ne sais pas ce qu'il veut dire.


MONSIEUR TROTBERG

Ni moi non plus, je croyais savoir mieux le Français, il m'a pourtant dit de dire comme cela, Monsieur Dubieuil.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Le voilà, nous allons savoir ce que cela veut dire.


MONSIEUR TROTBERG

Vous verrez que j'ai dit raisonnablement.


Scène X

MONSIEUR TROTBERG, MONSIEUR DUBREUIL Père, MONSIEUR DUBREUIL Fils, LAPIERRE


MONSIEUR DUBREUIL Père

Monsieur, je vous demande bien pardon ; mais j'ai été obligé de sortir...


MONSIEUR TROTBERG

Oui, je sais quand, vous voyez bien.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui, mais ne vous a-t-il rien manqué ?


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Voilà l'embarras, Monsieur Trotberg a demandé tout plein de choses, que Lapierre n'a pu lui donner.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Parce que je n'ai pu rien comprendre.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Ni moi non plus.


MONSIEUR TROTBERG

Et cependant, Monsieur, vous m'avez dit de dire le, et je demande le, il veut me donner quoi. Et puis je voulais parler à vous, il m'a dit quand, et l'heure ; c'est un tiable d'homme, qui me serait être un fou, cette Lapierre.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Je suis aussi embarrassé que vous.


MONSIEUR TROTBERG

Mais, Monsieur, je puis bien vous dire ; j'ai écrit ici.

Il prend ses tablettes

Ne m'avez-vous pas dit si vous voulez envoyer quelque part, dites, où.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Oui.


MONSIEUR TROTBERG

J'ai dit où, aussi, il ne voulait pas entendre ; mais après il a envoyé.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Lapierre, as-tu envové ?


LAPIERRE

Oui, Monsieur, c'était une lettre, et l'adresse était dessus.


MONSIEUR DUBREUIL Père

C'est bon.


MONSIEUR TROTBERG

Oui, mais j'ai eu un grand peine.


LAPIERRE

Il disait toujours, où, où, où. Je ne savais pas ce qu'il voulait dire.


MONSIEUR TROTBERG

Mais j'ai dit bien, n'est-ce pas Monsieur Dubreuil ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Je crois que oui.


MONSIEUR TROTBERG

Après j'ai veux boire, je dis le, il veut me donner quoi. Moi, je veux pas quoi je veux le.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Le ?


MONSIEUR TROTBERG

Oui. Je puis pas expliquer, je demander à parler à vous, il dit que vous êtes quand et l'heure. Je puis pas entendre.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Ma foi ni moi non plus.


MONSIEUR TROTBERG

J'ai pourtant dit comme vous m'aviez dit de dire.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Moi ?


MONSIEUR DUBREUIL Fils

C'est-il vrai, mon père ?


MONSIEUR DUBREUIL Père

Je n'ai pas dit cela.


MONSIEUR TROTBERG

Vous n'avez pas dit, Monsieur, j'ai pourtant écrit sur mon tablette.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Eh bien, lisez-nous ce qu'il y a.


MONSIEUR TROTBERG

Quand vous voulez envoyer quelque part, dites où. J'ai dit où.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Où ; mais il faut dire où il faut aller.


MONSIEUR TROTBERG

Où il faut aller ? Ah tiable, je savais pas. Je écrirai après. Je lis encore. Si vous voulez boire, dites-le. Je dis le, il dit quoi, je veux pas quoi moi, je veux le.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Cela veut dire, si vous voulez boire, dites-le, dites que vous voulez boire.


MONSIEUR TROTBERG

Ah, je comprends. Après j'ai écrit, si vous voulez manger, dites quoi.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Quoi, c'est ce que vous voulez manger.


MONSIEUR TROTBERG

C'est cela sûrement.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

Sans doute.


MONSIEUR TROTBERG

Je pensais pas.

Il lit

Si vous voulez sortir, dites quand.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Quand vous voudrez sortir.


MONSIEUR TROTBERG

Ah, je croyais que quand, vouloir dire sortir, je entend présentement. Et puis...

Il lit

Si vous voulez vous coucher, dites l'heure.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

C'est l'heure que vous voulez vous coucher.


MONSIEUR TROTBERG

Coucher, ou vous lever ; voilà pourquoi je comprenais pas. C'est mon faute de n'être pas plus savant du langue français.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Ce n'est rien que cela.


MONSIEUR TROTBERG

Ah, je demande pardon, je dirai le chose dont je veux à présent.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Venez, venez souper, vous devez en avoir besoin.


MONSIEUR TROTBERG

Je ferai avec plaisir, je suis embarrassé avec vous de mon colère.


MONSIEUR DUBREUIL Fils

En buvant tout cela se passera.


MONSIEUR DUBREUIL Père

Allons, allons, venez.


MONSIEUR TROTBERG

Je marche avec vous, Messieurs.

Explication du proverbe : L'entente est au diseur