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L’économie politique en vingt-deux conversations/Conversation 11

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Traduction par Caroline Cherbuliez.
Établissement encyclographique (p. 105-115).


CONVERSATION XI.


DU REVENU.

Manière d’employer le capital pour produire un revenu. — Laquelle est la plus avantageuse. — Elle varie selon l’Etat du pays. — Observations de Garnier sur l’emploi du capital. — L’égalité des profits fournit un moyen de juger de la bonne distribution du capital. — Ordre naturel de la distribution du capital. — Égalité des profits dans l’agriculture, les manufactures et le commerce. — Pourquoi ces profits paraissent inégaux.


MADAME B.

Dans notre dernier entretien nous nous sommes un peu écartées de notre sujet ; mais j’espère que vous n’avez pas oublié ce que nous avons dit sur l’accumulation du capital. Pénétrons maintenant plus avant, et examinons les différentes manières dont ce capital est employé pour produire un revenu. Le capital peut être placé :

dans l’agriculture,
les mines,
les pêcheries,
les manufactures, et
le commerce.


CAROLINE.

De toutes ces manières d’employer le capital, l’agriculture doit sans doute être la plus avantageuse, puisqu’elle produit les objets de première nécessité.


MADAME B.

Dans nos climats du nord, il n’est guère moins nécessaire d’être vêtu et logé que d’être nourri ; et vous savez qu’il faut pour cela des manufactures.


CAROLINE.

C’est vrai ; mais encore l’agriculture fournit aux fabriques les matériaux bruts ; c’est la terre qui donne ce dont on fait les habits et les maisons.


MADAME B.

Mais sans les manufactures, ces matériaux ne seraient pas produits. C’est la demande des fabricants qui engage le fermier à les faire naître. L’agriculture et les manufactures réagissent entr’elles pour leur commun avantage.


CAROLINE.

Cela peut être ; et malgré cela il ne me semble pas qu’elles soient également avantageuses. Les manufactures n’ont pas, comme l’agriculture, la propriété d’accroître le produit de la terre ; elles ne créent rien ; elles ne font que donner une forme nouvelle aux matériaux que l’agriculture leur fournit.


MADAME B.

Il est vrai ; mais, par cette opération, il arrive fréquemment qu’elles centuplent la valeur de ces matériaux. Et vous feriez erreur si vous pensiez que l’agriculture fait autre chose qu’arranger et combiner les parties des corps sous de nouvelles formes. À cet égard elle ne diffère des manufactures qu’en ce que le procédé de transformation s’exécute pour elle par la nature et dans le sein de la terre, d’une manière qui échappe à notre observation. Du reste l’agriculture n’est pas plus capable que les manufactures de créer une particule de matière ; ce n’est que par un changement chimique de combinaisons, qu’elle altère la forme et la nature des choses qu’on lui confie, et qu’elle ajoute à leur valeur.


CAROLINE.

Mais dans l’agriculture, la nature facilite les travaux de l’homme ; elle semble travailler avec le cultivateur ; pourvu qu’il laboure et qu’il sème, elle fait seule tout le reste. C’est la nature qui développe les germes, et qui fait sortir la plante de terre ; elle la nourrit par les pluies qu’elle répand, fait luire sur elle le soleil qui l’amène à maturité, et ne laisse au fermier presque autre chose à faire que de cueillir les fruits qu’elle a préparés pour lui.

Combien le sort des manufactures est différent ! Là, l’homme doit faire lui-même tout l’ouvrage ; et lors même qu’il invente et qu’il emploie des machines, on peut dire que tout provient de son industrie, il travaille des mains ou de la tête ; tout est art.


MADAME B.

Nous sommes accoutumés à opposer l’art à la nature, sans considérer que l’art est naturel à l’homme. L’homme est doué de la faculté d’inventer ; elle lui donne un grand empire sur les forces de la nature, et il les fait servira son usage. Il étudie les propriétés des corps, pour les employer à son gré ; il voit certains corps flotter sur l’eau, et il en fait des bateaux ; il sent la force du vent, et il déploie des voiles ; il découvre les phénomènes de l’aiguille aimantée, et il s’en sert pour se diriger vers les contrées lointaines : mais l’eau qui porte les vaisseaux, le vent qui les pousse, l’aimant qui les guide, sont des agents naturels que l’homme force de se prêter à ses vues. On ne peut donc pas dire que ce n’est qu’en agriculture que la nature nous donne du secours. Le meunier ne lui est pas moins redevable de la mouture du grain, que le fermier de sa production. Dans les manufactures mêmes, la part de la nature, en ce qui concerne le travail, est quelquefois plus grande que dans l’agriculture. Vous pouvez vous souvenir que nous observions, en parlant des machines, que l’avantage qu’elles ont de faciliter le travail tient essentiellement à ce que nous employons les forces de la nature à faire la principale partie de l’ouvrage ; et il y a quelques procédés de l’art dont nous sommes entièrement redevables à la nature. Dans les blanchieries, l’air et la lumière font tout ; dans la préparation des liqueurs fermentées, nous ignorons jusqu’aux moyens qu’emploie la nature pour exécuter cette admirable opération. En un mot, il serait difficile d’indiquer quelque espèce de travail où la nature ne fasse pas une partie de l’ouvrage.


CAROLINE.

Cela est très-vrai ; et il ne faut qu’un instant de réflexion pour voir combien nous lui devons dans tous les travaux de l’art. Nous ne pourrions pas faire une montre sans l’élasticité naturelle de l’acier dont on fait le ressort ; et le ressort ne pourrait pas être fabriqué sans le feu, qui est un agent naturel soumis aux procédés de l’art.

Mais, madame B., dans les travaux de l’agriculture, nous employons des machines en même temps que nous profitons des opérations secrètes qui produisent la végétation.


MADAME B.

Sans contredit ; car tout instrument qui facilite le travail de la main est une machine ; la bêche et le hoyau, qui nous évitent la peine de gratter la terre avec les mains ; la charrue et la herse, qui rendent ce procédé beaucoup plus facile ; le fléau, qui dispense de dépouiller le grain ; la machine à battre, qui diminue encore ce travail. Les machines toutefois ne sont pas susceptibles de s’appliquer aux occupations rurales avec le même degré de perfection qu’à d’autres arts ; parce que les procédés de l’agriculture sont fort diversifiés, répandus dans un grand espace, dépendant beaucoup du temps et des saisons, sur lesquels nous n’avons aucun empire.

L’agriculture, les manufactures et le commerce, sont tous essentiels au bien-être d’un pays ; la question n’est pas de savoir comment on pourrait donner une préférence exclusive à l’une de ces branches d’industrie, mais bien en quel rapport elles doivent être pour concourir le plus efficacement à la prospérité de la communauté.


CAROLINE.

C’est tout ce que je demande. Je n’ai jamais imaginé que tout autre intérêt dût être sacrifié à celui de l’agriculture ; mais je pense que, dans ce pays au moins, le commerce et les manufactures sont plus encouragés que l’agriculture.


MADAME B.

C’est un point que je ne prétends pas décider. Lorsque vous connaîtrez mieux ce sujet, vous sentirez mieux aussi combien il offre de difficulté.


CAROLINE.

Mais assurément ceux qui s’occupent d’économie politique doivent savoir en quelle proportion le capital d’un pays doit être distribué entre ces différentes branches d’industrie.


MADAME B.

Cela n’est pas facile à déterminer, parce que cette proportion varie beaucoup en différents pays, selon leur situation locale et d’autres circonstances particulières. Aux. États-Unis d’Amérique, par exemple, et dans tout autre pays nouveau, où la terre est à bon marché, où la population est clair-semée et le capital rare, la branche d’industrie qui prévaut est l’agriculture. Car dans ces pays-là, dès qu’un ouvrier a accumulé quelque argent, ce que le taux élevé des salaires lui permet de faire très-vite, il est tenté, par le bas prix des terres, de l’employer à acquérir une ferme ; et quoique la richesse des États-Unis croisse si rapidement, ils ont trouvé plus avantageux jusqu’ici d’importer la plupart des marchandises manufacturées dont ils ont besoin, que d’établir des manufactures chez eux ; cette préférence doit être attribuée moins au manque de capital, qu’à la facilité qu’ils ont d’en faire un usage plus profitable.


CAROLINE.

Et en Angleterre, où la population est abondante et la terre comparativement rare, nous devons trouver plus avantageux de prendre leurs grains en échange de nos produits manufacturés ?


MADAME B.

Sans doute ; si les pays anciens n’achetaient pas hors de chez eux quelque partie des produits agricoles qu’ils consomment, les pays nouveaux n’en produiraient pas au delà de leur propre consommation, par l’impossibilité où ils seraient de trouver un marché pour les débiter.

Dans ce pays-ci, où la terre est chère, si un ouvrier amasse quelque argent, il ne songe jamais à acheter une portion de terre ; il n’a pas même de quoi se faire fermier ; mais il peut avoir une boutique et placer son capital dans les objets de fabrique.

Il y a d’autres circonstances qui influent sur l’emploi du capital ; telle est la situation locale du pays ; s’il abonde en ports et en rivières, la facilité de disposer dans l’étranger de ses produits manufacturés, rendra cette branche d’industrie plus avantageuse.


CAROLINE.

Si donc l’agriculture convient mieux à un pays, les manufactures sont pour un autre plus profitables ; et ils peuvent de la sorte se rendre de mutuels services ?


MADAME B.

Précisément. Si en Angleterre le rapport du capital employé dans les manufactures est plus grand que nos besoins ne l’exigent, c’est parce que nous trouvons notre avantage à fournir à d’autres pays les ouvrages faits ; si nous ne pouvions plus leur en fournir, nous manquerions d’emploi pour un capital aussi considérable que le nôtre. Ainsi à mesure que le canal de l’agriculture se remplit, le capital qui déborde se verse dans les canaux des fabriques et du commerce. L’agriculture conduit aux manufactures et au commerce, comme la jeunesse à l’âge viril ; les progrès de la première sont les plus rapides ; les derniers y ajoutent la vigueur et la stabilité de l’âge mûr. Garnier, dans la préface de sa traduction des Recherches d’Adam Smith, s’exprime ainsi à ce sujet :

« Distinguer le travail des ouvriers de l’agriculture d’avec celui des autres ouvriers, est une abstraction presque toujours oiseuse. Toute richesse est nécessairement le résultat de ces deux genres de travail, et la consommation ne peut pas plus se passer de l’un que de l’autre. Sans leur concours simultané, il ne peut y avoir de chose consommable, et par conséquent de richesse… C’est dans le sein de la terre que se commencent les richesses ; c’est le travail qui les achève. La terre ne fournit jamais que la matière dont se forment les richesses, et celles-ci n’existeraient pas sans la main industrieuse qui modifie, divise, assemble, combine les diverses productions de la terre et les rend propres à la consommation. »


CAROLINE.

Mais, madame B., si les économistes politiques ne sont pas en état de spécifier la proportion dans laquelle le capital devrait être appliqué aux diverses branches d’industrie, n’ont-ils point au moins quelque moyen de juger s’il est réellement employé de la manière la plus propre à avancer la prospérité d’un pays ? Les hommes, dans l’emploi de leur capital, suivent leur goût et leur inclination ; je crains fort que le bien public n’entre pour peu de chose dans leurs motifs.


MADAME B.

Il y a heureusement un meilleur guide que l’inclination et le goût pour les diriger à cet égard, ce guide c’est leur intérêt. Les hommes, par ce motif-là, sont portés à placer leur capital dans les branches d’industrie qui donnent les plus gros profits ; et ces gros profits ont lieu dans les emplois du capital dont le pays a le plus besoin.


CAROLINE.

Je ne comprends pas très-bien pourquoi il y aurait toujours une parfaite coïncidence entre les besoins du public et l’intérêt du capitaliste ?


MADAME B.

Ceux qui composent le public sont disposés à payer au plus haut prix les choses dont ils ont le plus besoin. Supposons que le peuple manque de draps ; la concurrence des acheteurs en fait hausser le prix, les profits du fabricant en sont accrus. Que s’en suit-il ? Quelques personnes, qui font de moindres profits en cultivant la terre, transporteront leur capital dans les fabriques de drap. Il y aura de suite plus de draps fabriqués. On n’en manquera plus ; la concurrence de ceux qui en demandent sera réduite ; le prix baissera, et avec lui baisseront les profits de cette manufacture, jusqu’à ce qu’ils soient revenus au niveau de ceux de l’agriculture ; car s’ils baissaient davantage, le fermier retirerait son capital de la fabrique pour le reverser sur la terre.


CAROLINE.

Ainsi les profits de l’agriculture et des manufactures seront toujours, ou du moins tendront à être, sur un pied d’égalité.


MADAME B.

Oui ; tendront à être ; c’est une très-bonne expression, parce que ces changements ne sont jamais soudains. La tendance à égaliser les profits a lieu non-seulement en fait d’agriculture et de fabriques, mais en toute autre branche d’industrie. Dans un pays où le capital est laissé en pleine liberté de suivre son cours naturel, il coulera toujours dans le canal qui donne les plus grands profits, jusqu’à ce qu’enfin tous les emplois soient à peu près au même niveau.


CAROLINE.

À peu près, dites-vous ; pourquoi pas exactement ?


MADAME B.

Parce qu’en général les travaux de l’agriculture sont mieux assortis sortis au goût de la plupart des hommes que les manufactures et le commerce ; et qu’en conséquence partout où l’on trouve à des prix modérés une terre fertile à acheter, tout homme qui a acquis un petit capital le place sur la terre, et se retire, s’il le faut, dans des districts écartés ou inhabités, où il vit indépendant et maître de son petit domaine ; c’est ce qui se voit tous les jours aux États-Unis d’Amérique. Toutefois cette préférence ne passe pas certaines limites, voilà pourquoi l’on peut dire que les différents emplois du capital se maintiennent à peu près au même niveau.


CAROLINE.

Que la nature est admirable dans tout ce qu’elle fait ! Plus j’avance dans l’étude de l’économie politique, plus il me semble que les lois destinées à diriger les opérations dont elle s’occupe doivent être généralement nuisibles bien plus qu’utiles.


MADAME B.

Cela peut souvent arriver, mais généralement, c’est trop dire. Toute loi gêne plus ou moins l’ordre naturel des choses ; et cependant je n’hésite pas à dire que le pire système de lois vaut mieux que l’absence de toutes les lois. L’art, disions-nous, est naturel à l’homme ; il est le résultat de la raison et un grand moyen de progrès. Au lieu d’être asservi, comme les brutes, aux impulsions de l’instinct, l’homme est libre de suivre ses penchants ou d’y résister. Mais dès qu’il est en état de société il sent la nécessité de se soumettre à une règle que la nature ne lui a pas imposée ; et sa raison lui fait inventer celle qui lui convient le mieux. Il fait des lois, qui sont ou plus ou moins avantageuses pour lui, selon que ses facultés sont plus ou moins développées ou cultivées. Plusieurs de ces lois lui sont sans doute très-nuisibles ; mais leur ensemble lui est avantageux. Le bien résultant de celle qui a établi le droit de propriété est tel qu’il fait plus que compenser tous les maux produits par le plus mauvais système de gouvernement.


CAROLINE.

Mais ce niveau, cette égalité de profits à laquelle vous dites que tendent naturellement toutes les branches d’industrie, ne peut avoir lieu en Angleterre, puisque l’on convient que les manufactures et le commerce y donnent de plus grands profits que l’agriculture.


MADAME B.

Vous vous trompez sur ce point. Il est plus commun, il est vrai, de voir des marchands et des manufacturiers faire de grandes et rapides fortunes, qu’il ne l’est d’en voir faire aux fermiers. Ces classes d’industrieux emploient de plus grands capitaux, et il en résulte que leurs richesses ont plus d’éclat. Mais en tout les profits des manufactures et du commerce ne sont pas plus grands que ceux de l’agriculture.


CAROLINE.

Je ne peux pas comprendre pourquoi les négociants et les manufacturiers deviendraient plus riches que les fermiers, s’ils ne faisaient pas de plus gros profils.


MADAME B.

Observez que si les fermiers n’amassent pas autant de bien ni aussi rapidement que les marchands, ils se ruinent aussi plus rarement. Les risques du commerce sont plus grands que ceux du fermage. Le marchand est exposé à de fortes pertes causées par des circonstances qui affectent rarement le fermier, telles que la guerre, des changements de modes, de mauvaises dettes ; il faut donc en récompense qu’il fasse de plus gros profits.


CAROLINE.

C’est-à-dire que les chances de gain doivent balancer celles de perte ?


MADAME B.

Oui ; le négociant joue plus gros jeu. S’il est assez habile ou assez heureux pour que ses gains s’élèvent au-dessus de la moyenne, il s’enrichira plus vite que le fermier ; mais s’il manque de talents, ou que, par une suite de circonstances malheureuses, il essuie de grandes pertes, il fera peut-être banqueroute.


CAROLINE.

Mais, madame B., il faudrait considérer d’autre part que le fermier est exposé aux risques qui naissent de l’inconstance des saisons, cause qui agit sans cesse et sur laquelle il n’a aucun empire.


MADAME B.

Et dans nos climats toutefois cette cause produit rarement sa ruine ; parce que la saison défavorable à une espèce de produit est favorable à une autre. D’ailleurs, comme les produits de l’agriculture sont principalement ceux de première nécessité, la demande que l’on en fait ne peut pas beaucoup diminuer ; ainsi le prix ne peut manquer de s’élever en raison de la rareté de ces produits. On accuse, comme vous savez, les fermiers de faire les plus grands gains par les mauvaises récoltes ; accusation à la vérité, selon moi, mal fondée.

De tout cela nous pouvons inférer que l’agriculture, les manufactures et le commerce, donnent en général des profits égaux ; mais que ces profits sont plus également répartis parmi les fermiers que parmi les marchands et les manufacturiers, dont les uns font de très-grandes fortunes pendant que les autres font banqueroute. Ainsi dans un emploi quelconque du capital, le taux des profits est proportionné au risque de l’entreprise. Mais si on calcule ce taux pour un temps assez long, et pour un nombre suffisant de cas particuliers, on trouvera que, par une moyenne, tous les emplois de capitaux donnent les mêmes profits.

Voilà comment la distribution du capital aux diverses branches d’industrie, à l’agriculture, aux manufactures, au commerce, maintient un juste équilibre, qui peut bien être accidentellement troublé, mais ne peut, tant qu’il est laissé à lui-même, être détruit d’une manière permanente. Une fois bien convaincue de cette vérité, vous n’éprouverez jamais le désir d’exercer quelque influence sur la distribution naturelle des richesses.

Il ne faut pas toutefois considérer cette égalité générale des profits comme étant fixe et invariable, même dans les pays où le gouvernement n’intervient point pour diriger l’emploi du capital. Une variété de circonstances peuvent occasionner des dérangements momentanés dans cet ordre général. L’invention d’une nouvelle branche d’industrie, ou le perfectionnement de quelque industrie ancienne, peut élever les profits des capitaux qu’on y applique ; mais à peine découvre-t-on ce bénéfice, que ceux qui ont des capitaux susceptibles d’être déplacés les portent vers ce nouvel emploi, et bientôt la concurrence réduit les profits au taux commun. Une récolte très-abondante haussera occasionnellement le taux des profits agricoles ; une très-mauvaise saison les fera baisser au-dessous du niveau. L’ouverture de quelque commerce avec un pays nouveau, une guerre qui ferme les communications avec un pays étranger, affecteront les profits du commerce. Mais ces accidents troublent l’égalité des profits comme les vents dérangent le niveau des mers. Dès que la cause passagère cesse, le niveau naturel est rétabli.