L’Œuvre dramatique de Richard Wagner/Préface
PRÉFACE
En présentant cet ouvrage aux lecteurs, nous devons répondre par avance à l’objection qu’on élèvera tout d’abord : « Encore un volume sur Wagner ! » — Oui, encore un.
Sans doute, le nombre est considérable de ceux qui ont déjà paru en France, mais aucun ne remplit le programme que nous nous sommes imposé.
Parmi nos devanciers, beaucoup, préoccupés plutôt de l’homme que de l’œuvre, se bornent à composer des biographies, plus ou moins attrayantes, selon le nombre et le choix des anecdotes qu’elles renferment.
D’autres, au nom de l’esthétique et de la philosophie de l’art, s’en tiennent à l’étude littéraire du drame ; ils omettent ou négligent l’examen musical. C’est la méthode suivie par Baudelaire dans sa brochure, et par M. Schuré dans son livre remarquable sur Wagner.
Quelques-uns enfin nous montrent le maître sous son double aspect de poète et de musicien ; on peut citer, en ce genre, les notices de Liszt et de Gasperini ; mais elles furent écrites à une époque où la manière de Wagner allait se transformer ; elles s’arrêtent juste au moment délicat et décisif, à l’apparition de Tristan et Iseult. Depuis, et pour les opéras de la dernière période, nous ne rencontrons plus que quelques pages de M. Hippeau qui, laissant dans l’ombre tout le passé, décrit avec soin Parsifal, et commente plus succinctement l’Anneau du Nibelung.
À dire vrai, les articles de journaux n’ont point manqué ; la question a été sans cesse traitée, retournée dans tous les sens. Il s’est même fondé un recueil, la Revue Wagnérienne, dont l’objet particulier est de mettre en lumière tel ou tel point de doctrine ; mais on chercherait vainement un travail d’ensemble, un résumé clair et complet, un guide, en un mot, pour ceux que la curiosité pousse à aborder ces œuvres complexes, mais nullement inintelligibles.
Nous avons tenté de combler cette lacune.
C’est à dessein que nous avons gardé le silence sur les premiers essais de Wagner, opéras pour la plupart inachevés, énumérés dans tous les dictionnaires, et uniquement connus par la description sommaire qui en est faite dans l’« Autobiographie ». Ces ébauches, ces fragments existent encore, mais entre les mains de parents et d’amis qui semblent peu disposés à les publier. Provisoirement, c’est donc à Rienzi que commence l’œuvre dramatique de Richard Wagner.
Nous n’ignorons pas combien est difficile et même périlleux le rôle des modérés ; c’est pourtant celui que nous avons osé choisir. Nous ana- lysons simplement chaque partition, comme s’il s’agissait d’un ouvrage nouveau ; nous notons nos impressions ; puis, nous formulons notre jugement, en critiques impartiaux, épris de la vérité, et non en théoriciens, soucieux de faire prévaloir un système.
Peut-être dirons-nous peu de choses qui n’aient été dites avant nous ; nous tâcherons du moins de nous recommander par ces deux mérites : la clarté, que n’ont pas eue tous les apologistes, et la bonne foi, que n’ont pas eue tous les détracteurs.