L’Adolescence Clémentine/Chansons

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Rondeaux L’Adolescence Clémentine La Suite de l’Adolescence Clémentine


Chanson première[modifier]

Plaisir n'ay plus, mais vy en desconfort,

Fortune m'a remis en grand douleur:

L'heur que j'avoys, est tournée en malheur,

Malheureux est, qui n'a aulcun confort.

Fort suis dolent, et regret me remord,

Mort m'a osté ma Dame de valeur,

L'heur que j'avoys, est tourné en malheur:

Malheureux est, qui n'a aulcun confort.

Valoir ne puis, en ce Monde suis mort,

Morte est m'amour, dont suis en grand langueur,

Langoreux suis plein d'amere liqueur,

Le cueur me part pour sa dolente mort.

Chanson II[modifier]

Secourez moy, ma Dame par amours,

Ou aultrement la Mort me vient querir.

Aultre que vous ne peult donner secours

A mon las cueur, lequel s'en va mourir.

Helas, helas, vueillez donc secourir

Celluy, qui vit pour vous en grand destresse,

Car de son cueur vous estes la maistresse.

Si par aymer, et souffrir nuictz et jours,

L'amy dessert ce, qu'il vient requerir,

Dictes, pourquoy faictes si longs sejours

A me donner ce, que tant veulx cherir?

O noble fleur, laisserez vous perir,

Vostre Servant, par faulte de lyesse?

Je croy qu'en vous n'a point tant de rudesse.

Vostre rigueur me feit plusieurs destours,

Quand au premier je vous vins requerir:

Mais Bel Acueil m'a faict d'assez bons tours,

Et me laissant maint baiser conquerir.

Las vos baisers ne me sçavent guerir,

Mais vont croissant l'ardant feu, qui me presse:

Jouyssance est ma medecine expresse.

Chanson III[modifier]

Dieu gard ma Maistresse, et regente,

Gente de corps, et de façon,

Son cueur tient le mien en sa tente

Tant et plus d'ung ardant frisson.

S'on m'oyt pousser sur ma chanson

Son de voix, ou harpes doulcettes,

C'est Espoir, qui sans marrisson

Songer me faict en amourettes.

La blanche Colombelle belle,

Souvent je voys priant, criant,

Mais dessoubz la cordelle d'elle

Me gette un oeil friant riant,

En me consommant, et sommant

A douleur, qui ma face efface:

Dont suis le reclamant amant,

Qui pour l'oultrepasse trespasse.

Dieu des Amans de mort me garde,

Me gardant, donne moy bon heur,

En le me donnant, prens ta Darde,

En la prenant, navre son cueur,

En le navrant, me tiendras seur,

En seurté, suyvray l'accointance,

En l'accointant, ton Serviteur

En servant aura jouyssance.


Chanson IV[modifier]

Jouyssance vous donneray,

Mon Amy, et si meneray

A bonne fin vostre esperance.

Vivante ne vous laisseray,

Encores, quand morte seray,

L'esprit en aura souvenance.

Si pour moy avez du soucy,

Pour vous n'en ay pas moins aussi,

Amour le vous doibt faire entendre.

Mais s'il vous grieve d'estre ainsi,

Appaisez vostre cueur transi:

Tout vient à point, qui peult attendre.


Chanson V[modifier]

J'attens secours de ma seulle pensée:

J'attens le jour, que l'on m'escondira,

Ou que de tout la Belle me dira,

Amy t'amour sera recompensée.

Mon alliance est fort bien commencée.

Mais je ne sçay, comment il en yra,

Car s'elle veult, ma vie perira,

Quoy qu'en Amour s'attend d'estre avancée.

Si j'ay reffus, vienne Mort insensée:

A son plaisir de mon cueur jouyra.

Si j'ay mercy, adonc s'esjouyra

Celluy, qui point n'a sa Dame offensée.


Chanson VI[modifier]

Amour, et Mort m'ont faict oultrage.

Amour me retient en servage,

Et Mort (pour accroistre ce dueil)

A prins celluy loin de mon oeil,

Qui de pres navre mon courage.

Helas Amour, tel personnage

Te servoit en fleur de son aage,

Mais tu es ingrat à mon vueil

De souffrir Guerre, et son orgueil

Tuer ceulx, qui t'ont faict hommage.

Si est ce à mon cueur advantage,

De ce que son noble corsage

Gist envers, loing de mon acueil,

Car si j'avois veu son Sercueil,

Ma grand douleur deviendroit rage.


Chanson VII[modifier]

Celle qui m'a tant pourmené,

A eu pitié de ma langueur:

Dedans son Jardin ma mené,

Ou tous arbres sont en vigueur:

Adoncques ne usa de rigueur,

Si je la baise, elle m'accolle:

Puis m'a donné son noble cueur,

Dont il m'est advis que je volle.

Quand je vei son cueur estre mien,

Je mys toute crainte dehors,

Et luy dys, Belle, ce n'est rien,

Si entre voz bras je ne dors:

La Dame respondit alors,

Ne faicte plus ceste demande:

Il est assez maistre du corps,

Qui a le cueur à sa commande.


Chanson VIII[modifier]

Si de nouveau j'ay nouvelles couleurs,

Il n'en fault jà prendre esbahissement,

Car de nouveau j'ay nouvelles douleurs,

Nouvelle amour, et nouveau pensement:

Dueil, et Ennuy, c'est tout l'avancement,

Que j'ay encor de vous tant amoureuse:

Si vous supply, que mon commencement

Cause ne soit de ma fin langoreuse.

Pleust or à Dieu (pour fuyr mes malheurs)

Que je vous tinse à mon commandement:

Ou pour le moins, que voz grandes valeurs

Ne fussent point en mon entendement:

Car voz beaulx yeux me plaisent tellement,

Et vostre amour me semble tant heureuse,

Que je languis: ainsi voylà comment,

Ce qui me plaist, m'est chose doloreuse.


Chanson IX[modifier]

Quand j'ay pensé en vous ma bien aymée,

Trouver n'en puis de si grande beaulté:

Et de vertu seriez plus estimée,

Qu'aultre qui soit, si n'estoit cruaulté.

Mais pour vous aymer loyaulment

J'ay recompense de tourment:

Toutefois quand il vous plaira,

Mon mal par mercy finera.

Des que mon oeil apperceut vostre face,

Ma liberté du tout m'abandonna,

Car mon las cueur esperant vostre grâce

De moy partit, et à vous se donna.

Or s'est il voulu retirer

En lieu, dont ne se peult tirer,

Et vous a trouvé sans sy,

Fors qu'estes Dame sans mercy.

Vostre rigueur veult doncques que je meure,

Puis que pitié vostre cueur ne remord,

Si n'aurez vous (de ce je vous asseure)

Loz, ny honneur de si cruelle mort:

Car on ne doibt mettre en langueur

Celluy qui ayme de bon cueur:

Trop est rude à son Ennemy,

Qui est cruel à son Amy.


Chanson X[modifier]

Je suis aymé de la plus belle,

Qui soit vivant dessoubz les Cieulx:

Encontre tous faulx Envieulx

Je la soustiendray estre telle.

Si Cupido doulx, et rebelle

Avoit desbendé ses deux yeux,

Pour veoir son maintien gracieux,

Je croy qu'amoureux seroit d'elle.

Venus la Deesse immortelle

Tu as faict mon cueur bien heureux,

De l'avoir faict estre amoureux

D'une si noble Damoyselle.


Chanson XI[modifier]

Qui veult avoir lyesse

Seullement d'ung regard,

Vienne veoir ma Maistresse,

Que Dieu maintienne, et gard:

Elle a si bonne grâce,

Que celluy qui la voit,

Mille douleurs efface,

Et plus, s'il en avoit.

Les vertus de la Belle

Me font esmerveiller.

La souvenance d'elle

Faict mon cueur esveiller.

Sa beaulté tant exquise

Me faict la mort sentir:

Mais sa grâce requise

M'en peult bien garentir.


Chanson XII[modifier]

Tant que vivray en aage florissant,

Je serviray Amour le Dieu puissant,

En faict, et dictz, en chansons, et accords.

Par plusieurs jours m'a tenu languissant,

Mais apres dueil m'a faict resjouyssant,

Car j'ay l'amour de la belle au gent corps.

Son alliance

Est ma fiance:

Son cueur est mien,

Mon cueur est sien:

Fy de tristesse,

Vive lyesse,

Puis qu'en Amours a tant de bien.

Quand je la veulx servir, et honnorer,

Quand par escriptz veulx son nom decorer,

Quand je la voy, et visite souvent,

Les envieulx n'en font que murmurer,

Mais nostre Amour n'en sçauroit moins durer:

Aultant ou plus en emporte le vent.

Maulgré envie

Toute ma vie

Je l'aymeray,

Et chanteray:

C'est la premiere,

C'est la derniere,

Que j'ay servie, et serviray.


Chanson XIII[modifier]

Languir me fais sans t'avoir offensée,

Plus ne m'escriptz, plus de moy ne t'enquiers,

Mais nonobstant aultre Dame ne quiers:

Plus tost mourir, que changer ma pensée.

Je ne dy pas t'amour estre effacée,

Mais je me plainds de l'ennuy que j'acquiers,

Et loing de toy humblement te requiers

Que loing de moy, de moy ne sois faschée.

Chanson XIV[modifier]

D'où vient cela, Belle, je vous supply,

Que plus à moy ne vous recommandez?

Tousjours seray de tristesse remply,

Jusques à temps qu'au vray me le mandez:

Je croy que plus d'Amy ne demandez,

Ou maulvais bruyt de moy on vous revelle,

Ou vostre cueur a faict amour nouvelle.

Si vous laissez d'Amour le train joly,

Vostre beaulté prisonniere rendez:

Si pour aultruy m'avez mis en oubly,

Dieu vous y doint le bien, que y pretendez:

Mais si de mal en rien m'apprehendez,

Je veulx qu'aultant que vous me semblez belle,

D'aultant, ou plus vos me soyez cruelle.


Chanson XV[modifier]

Ma Dame ne m'a pas vendu,

Elle m'a seulement changé:

Mais elle a au change perdu,

Dont je me tiens pour bien vengé,

Car ung loyal a estrangé

Pour ung aultre, qui la diffame.

N'est elle pas legiere femme?

Le Noir a quicté, et rendu,

Le Blanc est d'elle defrengé,

Violet luy est deffendu,

Point n'ayme Bleu, ny Orangé:

Son cueur muable s'est rengé

Vers le Changeant, couleur infame.

N'est elle pas legiere femme?


Chanson XVI[modifier]

J'ay contenté

Ma voulenté

Suffisamment,

Car j'ay esté

D'amours traicté

Differemment.

J'ay eu tourment,

Bon traictement,

J'ay eu doulceur, et cruaulté:

Et ne me plainds fors seulement

D'avoir aymé si loyaulment

Celle, qui est sans loyaulté.

Cueur affeté

Moins arresté

Qu'ung seul moment,

Ta lascheté

M'a dejecté

Fascheusement.

Prend hardiment

Amandement.

Et vous Dames de grand beaulté

Si l'honneur aymez cherement,

Vous n'ensuyvrez aulcunement

Celle, qui est sans loyaulté.

Chanson XVII[modifier]

Je ne fais rien que requerir

Sans acquerir

Le don d'amoureuse liesse

Las ma Maistresse

Dictes, quand est ce,

Qu'il vous plaira me secourir?

Je ne fais rien que requerir.



Vostre beaulté qu'on voit flourir

Me faict mourir:

Ainsi j'ayme ce, qui me blesse.

C'est grand simplesse:

Mais grand sagesse,

Pourveu que m'en vueillez guerir.

Je ne fais rien que requerir.

Chanson XVIII[modifier]

D'un nouveau dard je suis frappé,

Par Cupido cruel de soy:

De luy pensois estre eschappé,

Mais cuydant fuyr, me deçoy,

Et remede je n'apperçoy

A ma douleur secrette,

Fors de crier, allegez moy

Doulce plaisant Brunette.

Si au Monde ne fussiez point,

Belle, jamais je n'aymerois:

Vous seule avez gaigné le poinct,

Que si bien garder j'esperois:

Mais quant à mon gré vous aurois

En ma chambre seullette,

Pour me venger, je vous feroys

La couleur vermeillette.

Chanson XIX[modifier]

Mauldicte soit la mondaine richesse,

Qui m'a osté m'Amye, et ma Maistresse.

Las par vertu j'ay son amytié quise,

Mais par richesse ung aultre l'a conquise:

Vertu n'a pas en amour grand prouesse.

Dieu gard de mal la Nymphe, et la Deesse:

Mauldict soit l'Or, où elle a sa liesse,

Mauldicte soit la fine Soye exquise,

Le Dyamant, et la Perle requise

Puis que par eulx il fault qu'elle me laisse.


Chanson XX[modifier]

Le cueur de vous ma presence desire;

Mais pour le mieulx (Belle) je me retire,

Car sans avoir aultre contentement,

Je ne pourroys servir si longuement:

Venons au poinct, au poinct qu'on n'ose dire.

Belle Brunette, à qui mon cueur souspire,

Si me donnes ce bien (sans m'escondire)

Je serviray: mais sçavez vous comment?

De Nuict, et Jour tresbien, et loyaulment.

Si ne voulez, je fuiray mon martyre.


Chanson XXI[modifier]

Amour au cueur me poinct,

Quand bien aymé je suis:

Mais aymer je ne puis

Quand on ne m'ayme poinct.

Chascun soit adverty

De faire comme moy:

Car d'aymer sans party,

C'est un trop, grand esmoy.


Chanson XXII[modifier]

Qui veult entrer en grâce

Des Dames bien avant,

En cautelle, et fallace

Fault estre bien sçavant.

Car tout vray Poursuyvant,

La loyaulté suyvant,

Au jourd'huy est deceu:

Et le plus decepvant

Pour loyal est receu.


Chanson XXIII[modifier]

Long temps y a, que je vys en espoir,

Et que Rigueur a dessus moy pouvoir:

Mais si jamais je rencontre Allegeance,

Je luy diray, Ma Dame venez veoir:

Rigueur me bat, faictes m'en la vengeance.

Si je ne puis allegeance esmouvoir,

Je le feray au Dieu d'Amour sçavoir,

En luy disant, ô Mondaine plaisance,

Si d'aultre bien ne me voulez pourveoir,

A tout le moins ne m'ostez Esperance.


Chanson XXIV[modifier]

Quand vous vouldrez faire une Amye,

Prenez la de belle grandeur,

En son Esprit non endormie,

Et son Tetin bonne rondeur,

Doulceur

En cueur,

Langage

Bien sage,

Dansant, chantant par bons accords,

Et ferme de Cueur, et de Corps.

Si vous la prenez trop jeunette,

Vous en aurez peu d'entretien:

Pour durer prenez la brunette

En bon point, d'asseuré maintien.

Tel bien

Vault bien

Qu'on fasse

La Chasse

Du plaisant Gibier amoureux:

Qui prend telle Proye, est heureux.

Chanson vingtcinquiesme du jour de Noël[modifier]

Une pastourelle gentille,

Et ung Bergier en ung Verger

L'autrhyer jouant à la Bille

S'entredisoient pour abreger,

Roger,

Bergier,

Legere

Bergiere,

C'est trop à la Bille joué.

Chantons Noé, Noé, Noé.

Te souvient il plus du Prophete

Qui nous dist cas de si hault faict,

Que d'une Pucelle parfaicte

Naistroit ung Enfant tout parfaict?

L'effect

Est faict:

La belle

Pucelle

[A eu un Filz au Ciel voué,] [A ung filz du ciel advoué,]

Chantons Noé, Noé, Noé

Chanson XXVI[modifier]

En entrant en un Jardin

Je trouvay Guillot Martin

Avec Helene,

Qui vouloit son Picotin,

Son beau petit Picotin

Non pas d'Avoyne.

Adonc Guillot luy a dit,

Vous aurez bien ce credit,

Quand je seray en alaine:

Mais n'en prenez qu'un petit.

Car par trop grand appetit

Vient souvent la Pance pleine.


Chanson XXVII[modifier]

D'Amours me va tout au rebours,

Jà ne fault, que de cela mente,

J'ay reffus en lieu de secours:

M'amye rit, et je lamente.

C'est la cause pourquoy je chante,

D'Amours me va tout au rebours,

Tout au rebours me va d'Amours.

Chanson XXVIII[modifier]

J'ay grand desir

D'avoir plaisir

D'amour mondaine:

Mais c'est grand peine,

Car chascun loyal amoureux

Au temps present est malheureux:

Et le plus fin

Gaigne à la fin

La grâce pleine.


Chanson XXIX[modifier]

O Cruaulté logée en grand beaulté,

O grand beaulté, qui loges cruaulté,

Quand ma douleur jamais ne sentiras,

Au moins ung jour pense en ma loyaulté:

Ingrate alors (peult estre) te diras.


Chanson XXX[modifier]

J'ayme le cueur de m'Amye,

Sa bonté, et sa doulceur.

Je l'ayme sans infamie,

Et comme ung Frere la Soeur.

Amytié desmesurée,

N'est jamais bien asseurée,

Et mect les cueurs en tourment:

Je veulx aymer aultrement.

Ma Mignonne debonnaire,

Ceulx, qui font tant de clamours,

Ne taschent qu'à eulx complaire

Plus, qu'à leurs belles amours.

Laissons les en leur follye,

Et en leur melancolye:

Leur amytié cessera,

Sans fin la nostre sera.


Chanson XXXI[modifier]

Si je vy en peine, et langueur,

De bon gré je le porte,

Puis que celle, qui a mon cueur,

Languist de mesme sorte.

Tous ces maulx nous faict recepvoir

Envie decevante,

Qui ne permect nous entreveoir,

Et d'en parler se vante.

Aussi Danger faulx Blasonneur

Tient Rigueur à la Belle,

Car il menasse son honneur,

S'il me veoit aupres d'elle.

Mais plus tost loing je me tiendray,

Qu'il en vienne nuysance:

Et à son honneur entendray,

Plus tost qu'à ma plaisance.


Chanson XXXII[modifier]

Changeons propos, c'est trop chanté d'amours:

Ce sont clamours, chantons de la Serpette:

Tous Vignerons ont à elle recours,

C'est leur secours pour tailler la Vignette.

O Serpillette, ô la Serpillonnette,

La Vignolette est par toy mise sus,

Dont les bons Vins tous les ans sont yssus.

Le Dieu Vulcain forgeron des haults Dieux,

Forgea aux Cieulx la Serpe bien taillante

De fin acier trempé en bon vin vieulx,

Pour tailler mieulx, et estre plus vaillante:

Bacchus la vante, et dit qu'elle est seante,

Et convenante à Noé le bonshom

Pour en tailler la Vigne en la saison.

Bacchus alors Chapeau de treille avoit,

Et arrivoit pour benistre la Vigne:

Avec Flascons Silenus le suivoit,

Lequel beuvoit aussi droict qu'une ligne:

Puis il trepigne, et se faict une bigne:

Comme une guigne estoit rouge son nez.

Beaucoup de gens de sa race sont nez.


Chanson XXXIII[modifier]

La plus belle des troys sera

Celle, qui mourir me fera,

Ou qui me fera du tout vivre,

Car de mon mal seray delivre,

Quand à sa puissance plaira.

Pallas point ne m'aidera:

Juno point ne s'en meslera:

Mais Venus, que j'ay voulu suivre,

Me dira bien, tien je te livre

Celle, qui ravy ton cueur a.


Chanson XXXIV[modifier]

Puis que de vous je n'ay aulte visage,

Je m'en vois rendre hermite en ung desert,

Pour prier dieu, si ung aultre vous sert,

Qu'aultant que moy en vostre honneur soit sage.

A dieu Amours, à dieu gentil corsage,

A dieu ce tainct, à dieu ces frians yeux:

Je n'ay pas heu de vous grand adventage:

Ung moins aymant aura, peult estre, mieulx.


Chanson XXXV[modifier]

Vous perdez temps de me dire mal d'elle,

Gens qui voulez divertir mon entente:

Plus la blasmez, plus je la trouve belle.

S'esbahist on, si tant je m'en contente?

La fleur de sa jeunesse

A vostre advis rien n'est ce?

N'est ce rien que ses grâces?

Cessez voz grands audaces,

Car mon Amour vaincra vostre mesdire:

Tel en mesdict, qui pour soy la desire.


Chanson XXXVI[modifier]

Pour la Brune

Pourtant si je suis Brunette,

Amy n'en prenez esmoy,

Aultant suis ferme, et jeunette,

Qu'une plus blanche que moy.

Le Blanc effacer je voy.

Couleur Noire est tousjours une:

J'ayme mieulx donc estre Brune

Avecques me fermeté,

Que Blanche comme la Lune

Tenant de legiereté.


=== Chanson XXXVII ===

Pour la Blanche

Pourtant si le Blanc s'efface,

Il n'est pas à despriser:

Comme luy le Noyr se passe,

Il a beau temporiser.

Je ne veulx point me priser,

Ne mesdire en ma revanche:

Mais j'ayme mieulx estre blanche

Vingt, ou trente ans ensuivant

En beauté nayve, et franche,

Que noire tout mon vivant.


Chanson XXXVIII[modifier]

J'ay trouvé moien, et loisir

D'envoyer Monsieur à la chasse,

Mais ung aultre prend le plaisir

Qu'envers ma Dame je pourchasse.

Ainsi pour vous gros Boeufz puissans,

Ne trainez Charrue en la Plaine:

Ainsi pour vous Moutons paissans,

Ne portez sur le dos la Laine.

Ainsi pour vous Oyseaulx du Ciel,

Ne sçauriez faire une couvée:

Ainsi pour vous Mousches à miel,

Vous n'avez la Cire trouvée.


Chanson XXXIX[modifier]

Si j'avoys tel credit,

Et d'Amour recompense,

Comme l'Envieux pense,

Et comme il vous a dict,

Menteur ne seroit dict,

Ne vous froide amoureuse,

Et moy pauvre interdict

Serois personne heureuse:

Quand viens à remirer

Sa belle jouyssance,

Il n'est en ma puissance

De ne la desirer:

Et pour y aspirer

N'en doy perdre louange,

Ne d'honneur empirer:

Suis je de fer, ou Ange?

Qu'est besoing de mentir?

J'ose encores vous dire,

Que plus fort vous desire,

Quand veulx m'en repentir:

Et pour aneantir

Ce desir, qui tant dure,

Il vous fauldroit sentir

La peine que j'endure.

Vostre doulx entretien,

Vostre belle jeunesse,

Vostre bonté expresse

M'ont faict vostre, et m'y tien:

Vray est, que je voy bien

Vostre amour endormie,

Mais langueur ce m'est bien

Pour vous, ma chere Amye.

Chanson XL[modifier]

Ne sçay combien la hayne est dure,

Et n'ay desir de le sçavoir:

Mais je sçay qu'amour, qui peu dure,

Faict ung grand tourment recepvoir.

Amour aultre nom deust avoir,

Nommer la fault Fleur, ou Verdure,

Qui peu de temps se laisse veoir.

Nommer le donc Fleur, ou Verdure

Au cueur de mon legier Amant:

Mais en mon cueur, qui trop endure,

Nommez le Roc, ou Dyamant,

Car je vy tousjours en aymant,

En aymant celluy qui procure,

Que Mort me voyse consommant.

Chanson XLI composée par Heroet[modifier]

Qui la vouldra, fault premier que je meure:

Puis s'il congnoist son grand dueil appaisé,

La serve bien: mais il est mal aysé,

(Mort son Amy) qu'elle vive demeure.

Second couplet par Marot

Je cuyde bien qu'elle mourroit à l'heure,

Que Mort viendroit tous les Amans saisir:

Mais si (toy mort) elle en trouve à choisir,

J'ay belle peur qu'à grand peine elle pleure.

Chanson XLII[modifier]

Mon cueur se recommande à vous,

Tout plein d'Ennuy, et de Martire:

Au moins en despit des Jaloux

Faictes qu'à Dieu vous puisse dire.

Ma bouche, qui vous souloit rire,

Et compter propos gracieux,

Ne faict maintenant que mauldire

Ceulx, qui m'ont banny de voz yeux.

Banny j'en suis par faulx semblant:

Mais pour nous veoir encor ensemble,

Fault que me soiez ressemblant

De fermeté: car il me semble

Que quand faulx Rapport desassemble

Les Amans, qui sont assemblez,

Si ferme amour ne les r'assemble

Sans fin seront desassemblez.

Fin de l'Adolescence Clementine


Chant Royal de la Conception nostre dame, que Maistre Guillaume Cretin voulut avoir de l'Autheur: lequel luy envoya avecques ce huictain

A monsieur Cretin, Souverain Poëte françoys Salut

L'homme sotart, et non sçavant,

Comme un Rotisseur qui lave Oye,

La faulte d'aulcun nonce avant,

Qu'il la congnoisse, [ou] la voye: [ne]

Mais vous de hault sçavoir la voye

Sçaurez par trop mieulx me excuser

D'ung gros erreur, si faict l'avoye,

Qu'ung amoureux de Muscq user.