L’Affaire Dreyfus/Lettre à Adrien Hébrard

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
◄  Nocturne Lettre à Adrien Hébrard Le rasoir et la croixl  ►

Monsieur le Directeur,

M. Paul Déroulède, dans une lettre qu’il vous adresse, présente trois rectificatifs au récit de votre collaborateur qui a rendu compte dans Le Temps de la réunion publique de la salle Chaynes. Nous ne nous occuperons que du second point touché dans cette lettre.

M. Déroulède nie avoir dit qu’il était regrettable de voir de braves gens se diviser ; il affirme avoir dit « à cette assemblée d’anarchistes » – dont nous faisons partie – qu’il était regrettable de voir « une nation » de braves gens se diviser. Nous devons vous déclarer – et nos souvenirs sont fort précis – que nous avons entendu Déroulède prononcer la première phrase en question et exprimer son regret de voir de braves gens se diviser. Il est possible que la mémoire de M. Déroulède lui fasse un peu défaut après la scène qu’il avait si savamment arrangée et qui a si mal tourné pour lui ; mais il est fâcheux qu’après avoir cherché à capter une assemblée d’honnêtes gens en lui adressant cette épithète, il croie devoir retirer un mot qui contraste avec les outrages des journaux rédigés par ses amis. M. Déroulède a dit que nous faisions tous de mauvaise besogne. Comme nous ne l’avons pas chargé de parler en notre nom, il y a là simplement un aveu que nous retenons. Oui, M. Déroulède et ses amis font de bien mauvaise besogne en luttant contre la justice et en dénonçant la juridiction suprême du pays.

Agréez, Monsieur le Directeur, l’expression de nos sentiments les plus distingués.

Octave Mirbeau et alii, L’Aurore, 14 décembre 1898.