L’Agence Thompson and Co./II/15

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Hetzel (p. 480-490).

XV

conclusion.

À l’assaut victorieux des soldats français se termine en réalité l’histoire du voyage si bien organisé par l’Agence Thompson and Co. Certes, jusqu’à Saint-Louis, la route fut dure et pénible. Cependant, le butin conquis sur les Maures permit de l’adoucir dans une large mesure. Sur les mehara restés au pouvoir des vainqueurs, on put transporter toute l’eau de la Santa-Maria, et, à mesure que cette eau s’épuisait, donner du repos aux femmes et aux malades. Dans ces conditions de relatif confortable, Hamilton et Blockhead ne tardèrent pas à recouvrer leur santé habituelle et à reprendre leurs caractères respectifs, l’un optimiste, l’autre grognon.

Jack Lindsay était fort heureusement, parmi les Européens, la seule victime que la rapide escarmouche eût coûtée. Les circonstances de sa mort étant demeurées inconnues, les condoléances ne manquèrent pas à Mrs. Lindsay, et celle-ci reçut l’expression unanime de cette sympathie de manière que ce triste drame de famille demeurât un secret.

Aucun autre touriste n’avait été atteint par les balles des Maures, et le dommage se réduisait à deux soldats si légèrement blessés que, moins de trois jours après l’action, ils purent reprendre leur service.

Ce n’est pas que chacun n’eût fait son devoir. La caravane à peine armée des naufragés avait au contraire, sous la conduite du capitaine Pip, apporté un appréciable concours à la petite troupe des soldats français. Tous s’étaient jetés au plus fort de la mêlée, Robert, Roger de Sorgues, Baker, Piperboom, le révérend Cooley, et jusqu’au spleenétique Tigg, dont l’ardeur avait été particulièrement remarquée. Pourquoi défendre si chaudement une vie que l’on juge haïssable ?

« Parbleu ! ne put s’empêcher de lui dire Baker le lendemain de la bataille, il faut avouer que vous tapez ferme pour quelqu’un qui ne tient pas à la vie. C’était pourtant une riche occasion !

— Mais pourquoi diable ne tiendrais-je pas à la vie ? demanda Tigg en manifestant un vif étonnement.

— Le sais-je ? répondit Baker. Je ne connais pas vos raisons. Mais j’aime à croire que vous en aviez de bonnes, le jour où vous êtes entré au Club des Suicidés.

— Moi !

Baker, surpris à son tour, considéra son interlocuteur avec plus d’attention qu’il ne l’avait fait jusqu’alors. Il fut obligé de reconnaître que ces lèvres charnues, ces yeux rieurs, ce visage aux lignes calmes et pondérées, n’avaient rien de bien lugubre.

— Ah çà ! reprit-il, il est pourtant bien exact que vous avez formé le projet de vous tuer ?

— Jamais de la vie !

— Et que vous êtes membre du Club des Suicidés ?

— Mais c’est de la folie ! se récria Tigg, en regardant avec inquiétude son interlocuteur qu’il crut atteint d’aliénation mentale.

Celui-ci le rassura en lui racontant comment et à la suite de quelles circonstances l’opinion qu’il venait d’exprimer s’était implantée parmi les touristes. Tigg s’amusait énormément.

— J’ignore, dit-il enfin, où le journal avait puisé son information, et qui la lettre T pouvait désigner. Ce qu’il y a de sûr, c’est que ce n’est pas moi, dont le principal objectif est d’atteindre cent dix ans, et même davantage. »

Cette explication divulguée par Baker égaya fort la caravane.

Seules, miss Mary et miss Bess Blockhead parurent prendre la chose du mauvais côté.

« Oh ! nous savions bien que ce gentleman… répondit miss Mary à sa mère qui lui faisait part de la nouvelle.

— … était un imposteur, » acheva miss Bess, en plissant dédaigneusement les lèvres.

Et toutes deux dirigèrent un regard dénué de bienveillance vers l’ancien objet de leur affection, lequel, au même instant, était engagé avec miss Margaret Hamilton en un aparté animé, au cours duquel il l’assurait sans doute qu’il n’aurait la vie en haine que s’il ne pouvait la lui consacrer. Mais il était bien improbable que miss Margaret le réduisît à cette extrémité. Aucun doute n’était, possible, en voyant la manière encourageante dont elle l’écoutait.

Sauf les misses Blockhead, tout le monde était donc heureux dans la caravane, comme cela est naturel quand on a frôlé de si près un aussi épouvantable destin. Robert vivait dans l’air d’Alice, Roger riait du matin au soir avec Dolly, Baker faisait allègrement craquer ses articulations, le révérend Cooley adressait au ciel des prières reconnaissantes, Van Piperboom de Rotterdam mangeait. Deux visages seulement demeuraient tristes parmi ces visages joyeux.

L’un promenait un front soucieux au milieu de ses compagnons, en pensant à la disparition d’une certaine sacoche qu’il pleurerait éternellement. L’autre, privé de son ordinaire ration, s’étonnait de ne pas être gris, et il estimait que quelque chose était détraqué dans l’univers où la terre ne tournait plus.

Il y avait là pour Thompson un coup de fortune à tenter. Johnson eût certainement remplacé la sacoche perdue pour une provision des liquides qui lui étaient chers. Malheureusement, la marchandise eût manqué au marchand, le commandant de l’escorte française n’ayant pas compris l’alcool parmi les choses dont il avait jugé le transport nécessaire.

Johnson dut, en conséquence, se priver de ses boissons favorites pendant les vingt jours qui furent employés à atteindre Saint-Louis. Mais aussi, comme il se rattrapa ! À peine au milieu des maisons de la ville, il avait quitté ses compagnons, et, dès le soir, ceux qui le rencontrèrent, reconnurent qu’il regagnait consciencieusement le temps perdu.

Sinon sans peine, ce voyage de retour s’était fait sans danger, sous la protection des baïonnettes françaises. Pas un accident notable ne marqua cette marche de trois cent cinquante kilomètres à travers le Sahara.

À Saint-Louis, les secours ne manquaient pas, et tout le monde s’ingénia à réconforter ces touristes si cruellement éprouvés. Mais ils avaient hâte d’être rentrés dans leur pays et dans leurs demeures, et bientôt un confortable paquebot emporia les administrés de l’Agence Thompson, ainsi que leur infortuné Administrateur Général.

Moins d’un mois après avoir si heureusement échappé aux Maures et aux Touareg, ils débarquaient tous en sûreté sur le quai de la Tamise.

Thompson eut à ce moment une véritable satisfaction. Il fut enfin débarrassé de Piperboom. Le placide Hollandais, dont personne ne pouvait se vanter d’avoir jamais connu les impressions, « lâcha » son Administrateur dès qu’il eut sous les pieds le pavé de Londres. Sa valise à la main, il disparut dans la première rue, emportant son mystère.

À son exemple, les autres touristes se dispersèrent, retournant à leurs plaisirs ou à leurs affaires. Le révérend Cooley retrouva intact le troupeau de fidèles qui pleurait déjà son pasteur.

Le capitaine Pip, toujours suivi d’Artimon à son poste réglementaire, Mr. Bischop, Mr. Fliship et les autres marins, ne reprirent terre que pour repartir bientôt sur la mer incertaine, et Mr. Roastbeaf et Mr. Sandweach ne tardèrent pas à se remettre au service de passagers tantôt contents ou mécontents.

Cependant, avant de reconquérir sa liberté, le capitaine Pip eut à subir les remerciements des anciens touristes du Seamew. Ceux-ci ne voulurent pas quitter leur commandant sans lui avoir exprimé leur reconnaissance pour tout ce qu ils devaient à sa calme énergie. Très gêné, le capitaine loucha d’une manière sensible, en jurant par la barbe de sa mère qu’Artimon en eut fait autant. Toutefois, il se départit un peu de sa réserve en disant adieu à Robert Morgand. Il lui serra la main avec une chaleur qui montrait mieux que de longs discours en quelle particulière estime il tenait l’ancien interprète du Seamew, et Robert fut profondément ému de la vibrante sympathie d’un si bon juge en fait d’honneur et de courage.

Quant à la famille Hamilton, elle avait reconquis toute sa morgue en se voyant définitivement en sûreté. Sans dire un mot à aucun de ces gens que le hasard égalitaire avait un instant mêlés à son aristocratique existence, sir George Hamilton, lady Evangelina et miss Margaret s’empressèrent de se diriger vers leur home confortable dans une excellente voiture, où Tigg fut prié de prendre une place qui parut acceptée volontiers. Le sort de ceux-là était clairement fixé.

Par contre, elle était seule, la famille Blockhead, quand elle débarqua à son tour, après que son chef exultant eut serré toutes les mains à sa portée. Aucun représentant du sexe laid en âge de se marier ne prit place dans la voiture qui remportait, elle et ses bagages. Seule, elle arriva dans son cottage, cette intéressante famille, et seule elle y vécut, Mr. Absyrthus passant son temps à narrer à ses connaissances le voyage — extraordinaire, monsieur ! — auquel il avait participé, Mrs. Georgina consacrée à l’éducation de son fils Abel, miss Bess et miss Mary acharnées à la poursuite d’un fabuleux mari. Mais le gibier se lait rare. Miss Bess et miss Mary sont jusqu’ici revenues bredouilles de cette chasse difficile, et elles eu accusent aigrement un braconnage éhonté.

Rappelé en France par la nécessité de fournir des explications sur la prolongation irrégulière de son congé, Roger de Sorgues ne fit que toucher barre en Angleterre. Il repartit de Londres le jour même qu’il y débarqua, et quelques heures plus tard il était à Paris.

Sa situation militaire aisément réglée, il sollicita et obtint un nouveau congé, grâce au poids des raisons dont il était en état d’appuyer sa demande. Peut-on, en effet, refuser un congé à qui va se marier ? Or, Roger se mariait. Cela avait été convenu en peu de mots entre miss Dolly et lui, comme une chose toute naturelle et qui n’exigeait aucun examen.

La cérémonie eut lieu le 3 septembre, et le même jour Alice échangeait son nom contre celui de Robert.

Depuis ce moment, ces quatre cœurs heureux n’ont plus d’histoire. Pour eux, le temps suit son cours paisible, et le lendemain apporte un bonheur pareil à celui de la veille.

La marquise de Gramond et la comtesse de Sorgues ont acquis deux hôtels jumeaux sur l’avenue du Bois de Boulogne. C’est là qu’elles élèvent leurs enfants, et ces deux voisines sont restées de bonnes amies et des sœurs aimantes.

Souvent, elles revivent en souvenir les événements qui ont précédé leur mariage, et souvent elles en parlent en tête à tête. Elles y puisent de nouvelles raisons d’aimer les maris qu’elles se sont choisis. Dans ces causeries, reviennent parfois les noms de leurs compagnons de voyage et d’infortune. On ne peut oublier tout à fait ceux en compagnie de qui on a souffert, et avec certains d’entre eux elles ont conservé d’amicales relations.

Quatre ans après la fin du voyage de l’Agence Thompson, deux de ces privilégiés sonnaient en même temps, à l’heure du diner, à la porte de l’hôtel de la marquise de Gramond.

— Par la barbe de ma mère, je suis aise de vous voir, monsieur Saunders ! s’écria l’un des visiteurs.

— Monsieur Baker n’est pas moins satisfait de se rencontrer avec le capitaine Pip, rectifia l’autre visiteur, en tendant amicalement la main au brave commandant du feu Seamew.

C’était jour de réunion familiale chez Mme de Gramond. M. et Mme de Sorgues prirent place à la table où s’assirent le capitaine et Baker.

Tous deux au courant des dessous de l’histoire de leur amphitryon et de sa charmante femme, ceux-ci n’étaient pas étonnés du luxe entourant l’ancien interprète de l’Agence Thompson and Co. Du reste, ils en avaient trop vu au cours de leur existence pour s’étonner facilement, et le capitaine Pip, qui se connaissait en hommes, jugeait son hôte digne de toutes les faveurs de la fortune.

Évidemment, ce n’était pas la première fois qu’ils s’asseyaient autour de cette table hospitalière que des laquais servaient discrètement. Aucun embarras dans leur tenue, mais la franche liberté qui convient à des amis véritables.

Derrière la chaise du capitaine, Artimon s’était posément assis sur son derrière. C’était une place qui lui appartenait de droit et dont aucun cataclysme n’aurait pu l’éloigner. D’ailleurs, on n’y songeait guère, et le capitaine ne se gênait pas pour lui passer quelque friand morceau qu Artimon acceptait avec dignité. Il avait vieilli, Artimon, mais son cœur était resté jeune. Ses yeux se fixaient toujours aussi intelligents et aussi vifs sur ceux de son maître, dont il continuait à recevoir les confidences en agitant ses longues oreilles d’un air de profond intérêt. Lui aussi connaissait bien la maison où il était invité ce soir-là. Choyé par la maîtresse de céans, qui n’oubliait pas le sauveur de son mari, respecté des domestiques qui le vénéraient comme une puissance, il en appréciait aussi l’ordinaire, et il approuvait énergiquement son maitre et ami, quand celui-ci lui confiait son projet d’aller faire un tour à Paris.

« De quel pays, commandant, nous arrivez-vous, cette fois ? demanda Robert au cours du repas.

— De New-York, répondit le capitaine, qui, engagé sur la ligne Cunard, était ennuyé de la monotonie des éternelles traversées entre l’Angleterre et l’Amérique. C’est diablement écœurant, monsieur !

Voilà bien les femmes ! bougonna Baker. (Page 490.)

— Un de ces jours, vous nous y rencontrerez, reprit Robert. Mme de Sorgues et Mme de Gramond ont eu le désir de reprendre la mer, qui leur a joué pourtant assez de mauvais tours. On est en train de leur construire un yacht d’un millier de tonneaux dans un chantier du Havre. Et même, à ce propos, je voulais précisément vous demander si vous ne pourriez pas nous indiquer quelqu’un de sûr comme capitaine.

— Je n’en connais qu’un, répondit Pip bonnement. C’est un nommé Pip, qui n’est pas trop mauvais marin, dit-on. Seulement, voilà, il y a un inconvénient. Ce Pip a trouvé le moyen de se marier sans prendre femme. Avec lui, il faut engager un chien. Mais la pauvre bête est vieille et n’en a plus pour longtemps. Voilà quinze ans qu’elle roule à travers le monde, et c’est un grand âge pour un chien, ajouta-t-il en adressant à Artimon un regard plein d’une mélancolique tendresse.

— Comment, capitaine, vous consentiriez ?… s’écria Robert.

— Si je consens !… affirma le capitaine. J’ai assez des navires à passagers. C’est une marchandise trop encombrante. El puis, aller éternellement de Liverpool à New-York et de New-York à Liverpool, c’est une péripétie du diable, ça, monsieur !

— Voilà donc qui est entendu, dirent à la fois Robert et Roger.

— Oui, déclara le capitaine, Artimon aura chez vous ses invalides, à bord du… Au lait ! avez-vous baptisé votre futur yacht ?

— En souvenir du Seamew, dit Dolly, ma sœur et moi l’avons nommé la Mouette.

— Bonne idée ! approuva ironiquement Baker. Je vous vois déjà sur la route de Tombouctou !

— Nous tâcherons d’éviter ce malheur, répliqua le capitaine. Mais, à propos du Seamew, devinez un peu qui j’ai rencontré à Londres, pas plus tard qu’hier ?

— Thompson ! s’écrièrent en chœur tous les convives.

— Juste ! Thompson. Beau comme le jour, élégant, fringant, agité, couvert de bijoux, comme autrefois. Il avait donc une autre sacoche que le cheik n’a pas découverte ? Ou bien vous n’avez pas réalisé vos menaces ? demanda le capitaine en se tournant vers Baker.

— Ne m’en parlez pas ! dit celui-ci avec mauvaise humeur. Ce Thompson est un homme infernal qui me fera mourir. Certes, je les ai tenues, mes menaces. Moi et vingt autres passagers, nous avons accablé ce farceur de procès que nous avons gagnés sur toute la ligne. Le Thompson, incapable de payer, s’est vu déclarer en faillite ; il a dû fermer boutique, et son nom a été rayé de la liste des agences de voyages. Mais ma satisfaction n’a pas été complète. À chaque instant, je trouve le personnage sur mon chemin. Il ne fait rien, que je sache, et pourtant il a l’air de nager dans l’or. Il me nargue, l’animal. J’ai la conviction qu’il avait quelque magot à l’abri, et que j’ai été roulé.

Pendant la diatribe de Baker, les deux sœurs se regardaient en souriant.

— Soyez en paix, mon cher monsieur Baker, dit enfin Alice. Mr. Thompson est bel et bien ruiné, et incapable de vous faire jamais concurrence.

— Comment vivrait-il alors ? insista Baker avec incrédulité.

— Qui sait ! répondit Dolly en souriant. Un secours peut-être, que lui aurait donné un passager reconnaissant.

Baker se mit à rire.

— Eh bien ! dit-il, voilà un passager que je voudrais connaître !

— Demandez à Alice ! insinua Dolly.

— Demandez à Dolly ! suggéra Alice.

— Vous !… s’écria Baker au comble de l’étonnement. Ce serait vous !… Quelle raison avez-vous pu avoir de venir en aide à un pareil farceur ? Ne s’est-il pas assez moqué de vous et de tous les autres ? N’a-t-il pas manqué outrageusement à ses promesses ? N’a-t-il pas failli nous faire mourir, noyés un peu partout, écrasés à Saint-Michel, de la fièvre à São-Thiago, brûlés par le soleil ou fusillés par les Maures en Afrique ? Vraiment, je cherche ce que vous pouvez vous imaginer lui devoir.

— Le bonheur, dirent ensemble les deux sœurs.

— Si son voyage avait été mieux organisé, serais-je comtesse ? interrogea Dolly en riant au nez de Roger, qui répondit par un signe de tête énergiquement affirmatif.

— Et moi marquise ? ajouta Alice en adressant à Robert un profond regard qui lui fut rendu.

Baker ne trouva rien à répondre. Toutefois, malgré les raisons qui lui étaient données, il demeurait mécontent, c’était visible. Il pardonnait difficilement à ses amis d’atténuer, par leur charité sentimentale, une vengeance qu’il eût désirée plus complète.

— Voilà bien les femmes ! bougonna-t-il enfin entre ses dents.

Il garda encore un moment le silence, mâchonnant de confuses paroles. Évidemment, il n’avalait pas, comme on dit, la nouvelle qu’il venait d’apprendre.

— N’importe ! conclut-il enfin, voilà une étrange aventure. Qu’en pensez-vous, commandant ?

Le capitaine brusquement interpellé se troubla. Ses yeux divergèrent sous le coup de l’émotion. Légèrement, si l’on veut, mais incontestablement, il loucha.

Une habitude en appelle une seconde, et une seconde, une troisième. Ayant louché, le capitaine se pétrit délicatement le bout du nez, puis, ayant satisfait à cette seconde manie, la troisième s’imposa à son tour, et il se retourna avec l’idée de cracher dans la mer avec adresse. Mais la mer était un peu loin, et un tapis épais étalait à sa place des fleurs vives sur un fond blanc. À cette vue, le capitaine fut interloqué et perdit tout à fait la notion des choses. Au lieu de répondre à Baker, il jugea prudent défaire part de ses sentiments au seul et unique ? Artimon. Il se pencha donc vers le chien sous les regards amusés de ses amis.

— Par la barbe de ma mère, master, c’est une diabolique péripétie, monsieur ! » dit-il sentencieusement au bon toutou qui, d’avance, secouait ses oreilles d’une manière approbative.


fin.