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L’Amérique vivante/Avant-propos

La bibliothèque libre.
Librairie Plon (p. 7-18).

LES PROBLÈMES D’AUJOURD’HUI

L’AMÉRIQUE VIVANTE

AVANT-PROPOS

I

Une mission universitaire m’a fait vivre, durant un semestre, en Amérique. Pour la première fois je franchissais l’Océan. Occasion unique pour regarder, essayer de voir et de comprendre. J’ai cru aussi qu’il était de mon rôle de « faire comprendre ». Car mes compatriotes m’ont paru, en général, aussi mal renseignés sur les États-Unis que les Américains sont ignorants des choses de l’Europe. Là-bas, je tentais d’expliquer à mes auditeurs la France. Ici, dans des articles que voulut bien accueillir l’Information[1], je notais au jour le jour quelques-uns des aspects changeants de la vie américaine.

Le directeur de la présente collection a fait à ces articles l’honneur de penser que, réunis en un volume, ils pourraient encore intéresser le lecteur. J’ai d’abord hésité à l’en croire : on éprouve quelque scrupule — après les mille et un successeurs qui se sont eux-mêmes donnés à Colomb — quelque scrupule et aussi quelque gêne à redécouvrir l’Amérique. Au reste je ne pouvais avoir la prétention de décrire les États-Unis. Je n’ai vu qu’une partie très restreinte, un coin de cet immense pays, et qui est un continent. De l’Atlantique au Mississipi — New York et Minneapolis — des lacs canadiens aux lisières du Sud, les chutes du Niagara d’un côté, de l’autre l’admirable coupe de verdure et de fleurs où s’étendent les nobles architectures de la capitale fédérale ont marqué les limites extrêmes de mes pérégrinations. Je n’ai vu ni l’Amérique noire du coton, ni les déserts du Far West, ni la splendide Californie — l’Amérique jaune — ni la luxuriante Floride, ni la molle Louisiane.

Même dans le domaine où je pouvais me mouvoir, je suis loin d’avoir tout vu. D’absorbantes occupations universitaires ne m’ont permis de passer que de nuit devant des villes célèbres. Je n’ai pas vu fumer les cheminées de Pittsburgh. Le train m’a tout juste fait contourner Détroit, royaume de Ford…

Mais, si j’ai vu peu, j’ai beaucoup regardé, avec une curiosité passionnée, sans parti-pris d’aucune sorte. J’ai tâché de me transformer en une simple plaque photographique, qui enregistre sans trop déformer. Quelques-uns de mes amis américains ont, d’aventure, trouvé certains de mes clichés un peu durs, ou plutôt quelques Français timorés ont pu craindre que je n’eusse contristé nos amis américains. En ces derniers temps les Français n’ont guère appliqué aux États-Unis que l’une ou l’autre de ces méthodes : ou, bien, avec cet air de supériorité boulevardière qui rend tant de nos compatriotes parfaitement insupportables, ils ont prétendu juger d’après les normes françaises — disons parisiennes — les choses et gens d’Amérique : cuisine, modes, littérature, politique, institutions sociales, etc. Rien n’agace autant les Américains que ce perpétuel : « Ah ! monsieur, comment peut-on être Yankee ! » Rien ne nous fait autant de tort. Le mal est plus grave encore quand ces observateurs, étonnés que le monde soit fait autrement que leur famille, assaisonnent leurs jugements de plaisanteries que le public de nos music halls[2] peut juger spirituelles. Disons-nous bien que l’ironie n’est pas un article d’exportation.

Ou bien — et il s’agit alors d’observateurs d’une tout autre qualité intellectuelle et littéraire — la mode est, en Amérique, de tout admirer. Accordant leurs instruments délicats aux cuivres un peu grossiers de l’orgueil américain, certains de nos lettrés proclament que New York est la plus belle ville du monde, et la plus agréable, que les mœurs américaines sont les plus douces et les plus pures, que la démocratie américaine est la plus généreuse et la plus libre de toutes.

J’ai eu le malheur de croire que nous devions admirer où il faut, blâmer où il faut. Je n’ai pas chanté les litanies de sainte Columbia. Je ne me suis pas roulé dans la poussière devant toutes les manifestations de l’efficiency américaine. J’avoue n’avoir ressenti qu’une vénération médiocre pour les incommodes couchettes des Pullmann, avec leur intolérable promiscuité sur laquelle veille une Providence noire, ni pour la rudesse brutale de leurs démarrages ; je me suis étonné de voir un service postal qui fonctionne avec une irrégularité digne de l’Europe centrale. J’ai osé dire en fin que si le mal latin était le cynisme, la fanfaronnade de vice, l’Amérique n’était pas exempte (elle en est moins atteinte que l’Angleterre) du vice anglo-saxon : l’hypocrisie collective, l’hypocrisie considérée comme une force de coercition sociale. Certains Américains se fâchent très fort quand des étrangers lisent les romans de Sinclair Lewis. Serait-ce que ces livres, Babbit ou Main Street, peignent trop crûment la vérité, quelques aspects assez généraux de la réalité ? « Inutile de les lire, dit-on, c’est ce que l’on voit tous les jours. »

J’ai cru démêler également, sous les dehors d’une civilisation très avancée — qui se vante d’être la plus avancée certains retours inquiétants d’une brutalité presque sauvage. Disons d’abord, et très haut, que la plupart des affirmations courantes en Europe sur la brutalité américaine sont de grossières légendes. J’ai cherché, je n’ai vu nulle part l’Américain de Dickens, qui mettait ses pieds sur la table et crachait devant lui. C’est une espèce disparue, comme le bison ou le castor. On est poli, très poli en Amérique, je vous le jure, et parfois plus discipliné que chez nous. On ne crache sur le sol d’aucun wagon, d’aucun tramway. « Cent dollars d’amende, ou la prison, ou les deux à la fois. » On ne fume en aucun endroit non réservé à cet usage. On se découvre, et l’on tient son chapeau à la main, dans tout ascenseur où se trouve une dame à moins que ce ne soit l’ascenseur d’une banque, d’une maison de commerce, car la femme n’y compte plus comme femme, mais comme élément du business. Il ne faut nul héroïsme, ni poings solides, ni côtes résistantes pour entrer dans le subway de New York ou pour en sortir. Je n’ai jamais vu une femme rester debout devant des hommes assis dans le subway ou les trams de Boston ; je l’ai vu très rarement à New York, jamais quand cette femme portait un enfant. Et les complaisances des employés pour les mamans chargées de petits sont souvent touchantes. N’en déplaise aux « guides », voilà la vérité.

Mais… Imaginez une de ces charmantes universités de l’Ouest, mollement installée sous les arbres et dans les fleurs, entre les magnifiques avenues et le lac, large, et, par un beau jour de printemps, bleu comme la mer. Épars dans la verdure, les auditoires, les bibliothèques, mais aussi les piscines, les gymnases dressent leurs murs parés de lierre, de vigne vierge ou de glycines ; tennis, portiques pour les exercices physiques, stades, accueillent les jeunes gens des deux sexes, souvent vêtus des mêmes costumes de sport. Sur la grève chaude, au bord du flot calme, étudiants et étudiantes sont paresseusement étendus, généralement deux à deux. Ils travaillent. Ils lisent. J’ai peur qu’en ces heures tièdes du joli printemps, au bord de cette mer d’eau douce qui rappelle la mer tyrrhénienne ou l’Adriatique, j’ai peur que certains de ces couples ne lisent pas plus avant…

Université idyllique… Pourquoi faut-il qu’on y conte de lugubres histoires et que, sous le miroir des eaux bleues, se cache un atroce mystère ? À la sortie d’une fête d’étudiants, un soir pareil aux autres soirs, des étudiants ont pris un de leurs camarades dans une barque, l’ont bâillonné, ligoté, puis sur lui se sont refermées les eaux du Michigan. Personne n’ose le dire trop haut, car un étudiant qui avait trop parlé s’est vu interdire le campus universitaire, sous peine de se faire « casser la figure… » Et autour de ce drame sinistre circulent des histoires d’amour, d’enlèvement[3], de jeunes filles séduites ou abandonnées, ou encore reprises par leurs pères qui ont préféré les garder même après la fugue plutôt que de les marier à un infâme… J’avais raison d’évoquer Francesca et Paolo. Il faudrait aussi penser aux haines familiales des Capulet et des Montaigu.

J’ai cru devoir dire le mal comme le bien. Comme je l’ai déclaré à un banquet de la Harvard Union — et mes auditeurs ne m’en ont su nul mauvais gré — une admiration perpétuelle n’est pas un signe de vraie amitié. J’ai cru voir qu’un nombre croissant d’Américains étaient écœurés par cette continuelle odeur d’encens, autant qu’irrités par l’acidité de la « blague » parisienne, qu’ils savaient goûter une critique indépendante, quand ils la sentaient amicale. « Enfin, m’ont dit quelques-uns, voilà un Français qui ne trouve pas que tout est bien chez nous ! » On peut aimer l’Amérique sans admirer le Ku Klux Klan, ou sans goûter des institutions policières qui font de cette libre démocratie le pays le plus réglementé de la terre, depuis que l’Allemagne impériale n’est plus.

II

Si j’ai pu, en si peu de mois et sur un espace mesuré, voir assez exactement certaines choses, cela tient, je dois le dire, aux conditions exceptionnellement favorables dans lesquelles j’étais placé. Il n’est pas possible de faire comprendre à qui n’est pas universitaire le charme de la vie dans certaines universités américaines, surtout à Harvard. L’Angleterre elle-même, plus cérémonieuse et plus froide, n’a rien d’égal. J’aimerais à parler des facilités particulières, inconnues partout ailleurs, que Harvard réserve au travail intellectuel. Tous ceux qui ont eu leur study, au milieu des livres, dans l’admirable bibliothèque Widener en tomberont d’accord avec moi. Mais ce que je puis dire, c’est l’aimable, la généreuse hospitalité offerte, dans l’Université même, au professeur d’échange, à celui qu’on appelle, si gentiment, « l’hôte français[4] » ; c’est, au lieu des sévères et froids couloirs d’une quelconque Sorbonne, le campus ombragé de vieux de pins et de marronniers ; neige blanche l’hiver, où les étudiants circulent en longues traînées sur les chemins de planches, plus tard pelouses verdoyantes et fleuries. C’est une sensation singulière que d’aller faire son cours en dérangeant les oiseaux chanteurs et les écureuils familiers. C’est une chose exquise que de vivre en contact permanent, en vive et cordiale sympathie avec ses collègues de tout ordre, et aussi avec les étudiants, surtout avec les plus âgés, ces gradués qui sont associés déjà, bien plus que chez nous, au travail de leurs maîtres… À table, au fumoir, dans les clubs, dans les « fraternités » d’étudiants, en fin dans ces maisons familiales où l’accueil était d’une simplicité si chaleureuse, j’ai appris sur l’Amérique réelle et vivante bien des choses. Que mes amis de Harvard, et aussi d’ailleurs, surtout de Minneapolis, d’Ann Arbor, d’Evanston trouvent ici l’expression de ma gratitude.

III

Pour un Français, l’heure était particulièrement intéressante et grave. Aux derniers jours de janvier 1923, deux faits semblaient peser sur les relations franco-américaines : la conférence de Washington, le discours de New Haven. Je n’ai pas à dire tout ce que nous avaient coûté l’impréparation, la légèreté, l’incompétence de certains de nos représentants, leur ignorance de la langue et des habitudes locales, le manque de tenue allant jusqu’au scandale, parfois même le manque d’éducation de certains d’entre eux. Ce fut un désastre que d’autres, puissamment armés, surent exploiter. L’idée d’une coercition anglo-saxonne pour mettre a la raison la France turbulente éclatait dans la harangue du secrétaire d’État Hughes, à la fin de décembre. La diplomatie francaise, la vraie — pas la diplomatie d’amateurs qui gâche tout — mais la diplomatie patiente qui veille, à Washington, au maintien des bonnes relations franco-américaines, cette diplomatie dut passer des heures noires.

L’amitié franco-américaine fut sauvée par le peuple américain. C’était, pour le nouvel arrivant, un étonnement et une joie que de voir, de semaine en semaine, presque de jour en jour, la cause française gagner du terrain, malgré la double propagande, celle des ennemis — en somme la moins dangereuse, — celle des alliés. Le mouvement en a notre faveur partit de l’American Legion, des « vétérans » de la grande guerre. Avec nos idées toutes faites sur le pays des dollars, nous n’évaluons pas assez l’importance, dans la vie américaine, du facteur sentimental. Pour l’évaluer, il faut avoir vu venir à soi, la main tendue, un « légionnaire » qui vous a reconnu comme Français — en wagon, sur un bateau — et qui tient à vous dire son admiration pour la France, ses nuits dans les tranchées de Champagne, et la joie qu’il a éprouvée à conduire, à travers l’Amérique, celui qu’il appelle tout uniment « le maréchal ». Nous ne savons pas non plus quelle est, dans cette nation jeune, la fraîcheur des souvenirs de l’Indépendance. La Fayette, Rochambeau, nous croyons que ce ne sont plus que des thèmes usés de la phraséologie officielle ; non, c’est encore matière vivante.

L’accueil fait a tout instant par des inconnus à un inconnu, parce qu’il est Français, est un signe révélateur ; on vous considère, bon gré mal gré, comme un représentant de notre pays. Il m’est arrivé, dans de très simples agapes universitaires, de parler sous les drapeaux unis des deux nations, et toute la salle se lève quand le toastmaster introduit le délégué « de la grande nation qui a tant fait pour l’humanité, de notre alliée : France ». Bien coupables ceux qui ne se rendent pas compte des responsabilités qu’impose cet honneur, et qui se croient autorisés à servir aux Américains des denrées oratoires de deuxième catégorie, assez bonnes, pensent-ils, pour l’exportation. Bien coupables ceux dont la tenue quotidienne contraste avec l’idée que les Américains se font de la France.

Bref, dès janvier, certains groupes signifièrent au gouvernement de Washington, et très haut : « On ne touche pas à la France ». Ces groupes grossirent. Ils disaient d’abord : « La France a le droit de faire ce qu’elle fait. Pratiquement, elle fait peut-être une sottise, mais nul n’a le droit de l’empêcher de la faire. » Plus tard, au fur et à mesure qu’on fut mieux renseigné, on dit : « Ce n’est peut-être pas une sottise. Cette politique, qui n’est pas unjust, pourrait bien ne pas être unsound. » Enfin, à l’époque des voyages de printemps, certains Américains découvrirent l’Europe, les régions dévastées et l’escroquerie allemande, et revinrent en disant : « La politique française est la seule sage. » Enfin beaucoup, qui admirent l’énergie et même ne détestent pas la force, ajoutaient : « La France baissait dans notre estime, elle geignait sans cesse. La voilà qui agit. »

Ils ne pensaient pas tous ainsi. Les graves économistes, les tenants de l’évangile selon saint Maynard Keynes, continuèrent à dire, avec des larmes dans la voix : « La France se suicide. » Les libéraux de The Nation et de New Republic peignirent ce diptyque 1914-1923, et proclamèrent que la France de Poincaré était plus criminelle que l’Allemagne de Guillaume II, la condamnation de Krupp von Bohlen plus scandaleuse que celle de miss Edith Cavell… Pour la presse de l’Ouest, le problème était plus simple : L’Europe, disait-elle, est un petit monde bien déplaisant. Avec ses petits États, ses frontières qu’il faut regarder à la loupe, ses querelles pour des territoires que couvrirait une seule ferme de l’Oklahoma, ses lignes de douanes qui vous forcent à sortir de wagon plusieurs fois en une nuit, ses monnaies qui dansent un cake-walk éperdu, l’Europe semble au lecteur de Hearst infiniment méprisable. Quand Micromégas, un pied sur chaque bord de la Baltique, se penchait pour ramasser une coquille de noix où s’injuriaient des philosophes, il n’éprouvait pas d’autre sentiment que certain citoyen des villes de l’Ouest quand il lit les nouvelles d’Europe.

Mais, de décembre à juin, je crois pouvoir dire que la majorité est venue à nous. On n’a pas suffisamment mesuré, en France, l’importance de ce phénomène : du danger dont nous menaçait la formation d’une coalition anglo-saxonne et l’intervention de cette coalition dans la Ruhr, nous avons été sauvés par « la résistance passive » de l’opinion américaine.

Malgré la similitude de langue et, dans une certaine mesure, la communauté des institutions, l’Américain diffère profondément de l’Anglais. Je trouverais irrévérencieux d’écrire qu’il est plus intelligent. Je dirai qu’il comprend plus vite, et qu’il est moins incapable de changer d’opinion au contact des faits. L’Anglais, robustement attaché à une thèse, y reste fidèle longtemps après qu’elle a cessé d’être vraie. L’Américain change d’avis en présence des faits. Il a même pour le fact une sorte de culte mystique. Cela n’est pas sans danger. On le trompe très bien en lui présentant comme facts et surtout comme figures (c’est-à-dire comme chiffres et statistiques), de simples inventions, des chiffres imaginaires. D’autre part, si sa souplesse d’esprit est grande, si une idée juste se répand sur le continent avec la puissance d’une lame de fond, ces vagues ont leur reflux. Il est très difficile de dire à quoi l’Amérique s’intéressera dans six mois.

Actuellement, elle me paraît être au point que voici : de plus en plus elle approuve la France, et exige qu’on lui laisse les mains libres ; la majorité croit d’autant plus au droit de la France à se faire payer par l’Allemagne qu’elle s’estime en droit de recouvrer ses dettes sur la France comme elle l’a fait sur l’Angleterre ; de plus en plus nombreux sont les Américains qui ne veulent plus que leur pays se désintéresse de l’Europe. Le président Harding ne voulait pas aller plus loin que la Cour de la Haye. Mais des esprits indépendants, quelques-uns appartenant au parti républicain, lui rappelaient déjà, fin mai, qu’il s’était jadis, avec d’autres républicains, engagé à aller, en prenant ses précautions, jusqu’à Genève. Entreprise avec éclat par le président Lowell à Kansas City, en plein royaume des farmers de l’Ouest, cette campagne continuera, et le président Calvin Coolidge devra compter avec elle.

J’espère que mes lecteurs français et américains liront ces modestes pages dans l’esprit où elles ont été écrites, esprit de sincère objectivité, mais aussi de vive sympathie pour un peuple ami.

Je leur ai laissé la forme même que je leur avais donnée dans mes articles, celle d’une libre conversation, à travers l’Océan, avec le public français. Je me suis borné à quelques corrections de détail, à quelques additions. Ces pages, écrites au jour le jour et suivant les circonstances, j’ai essayé de les classer en un ordre logique. Car j’avais, en arrivant en Amérique, un certain nombre de préoccupations directrices : voir les choses et les hommes, tels qu’ils sont ; me rendre compte de la situation économique ; étudier les mouvements de l’opinion. Mais la vie se moque de la logique. On trouvera donc tel aspect de ville Boston, ou Cambridge — mêlé à des observations sur les sentiments de la Nouvelle-Angleterre, tandis que des notes sur la propagande allemande émaillent une description de Milwaukee. Je n’ai pas voulu disloquer ces petites unités, et j’ai même, à la plupart d’entre elles, laissé leurs dates[5].

  1. Parus entre février et juillet. Trois autres articles, plus ou moins utilisés ci-dessous, ont paru dans la Tribune de Genève.
  2. Music-hall se dit en anglais vaudeville.
  3. L’enlèvement et le mariage prématuré deviennent des incidents classiques dans la vie de collège américaine. Plusieurs administrations universitaires ont dû y mettre le holà.
  4. Le professeur Schofield, prématurément enlevé à la science, a voulu que son appartement, installé dans un hall de gradués, servit d’asile au professeur d’échange. On a ainsi le sentiment de vivre chez un collègue absent, et dont la pensée reste présente.
  5. De même je laisse à cet avant-propos sa date : août 1923. Depuis, en ce pays où tout va si vite, de nouvelles vagues ont peut-être déjà balayé bien des digues que j’avais vues grandir (novembre).