L’Annexion de Tahiti à la France
L’annexion de Taïti à la France
os lecteurs connaissent le fait important qui
vient de se passer à Taïti. Pomaré V a abdiqué
entre les mains du Gouvernement français, et
le protectorat que nous exercions sur les îles
de la Société est devenu une prise de possession,
Désormais l’archipel taïtien sera une colonie française.
La conquête pacifique qui vient de s’accomplir avait été préparée par le gouvernement de Juillet, qui avait placé, dès 1842, les États de la reine Pomaré sous le protectorat de la France.
Depuis cette époque, le protectorat de la France à Taïti s’est exercé et affermi par une longue suite de services et de bons procédés. Aussi devons-nous féliciter le gouverneur, M. Chessé, de cette annexion : car, depuis quarante ans, Anglais, Américains et Allemands, ne se sont pas fait faute de nous disputer l’influence dont nous jouissions à Taïti sur son gouvernement et sur ses habitants. Dans ces derniers temps, on n’était pas sans une certaine inquiétude sur le résultat des intrigues dont la cour de Pomaré V était le foyer. La diplomatie habile de M. Chessé et son attitude rigoureuse ont eu raison des stratagèmes de nos rivaux, et c’est la politique de la France qui, grâce à lui, triomphe.
Pomaré V avait succédé, en 1877, à sa mère, la célèbre reine Pomaré IV, qui, elle-même, à l’âge de quatorze ans, en 1823, avait succédé à son frère, Pomaré III.
N’ayant pas eu d’enfant de son premier mariage, la princesse Aïmata, qui reçut à son couronnement le nom de Pomaré Vahina, avait répudié son époux et s’était remariée avec le prince Ari-Faaïté, plus jeune qu’elle de sept ans et qui lui donna sept enfants.

L’ANNEXION DE TAÏTI À LA FRANCE. — La Famille royale de Tahiti. — (Dessin de M. Adrien Marie d’apr. les phot. de M. C. B. Hoaré.)
| Le prince de Joinville (décédé). | Moë, femme de Tamatoa. | Le roi de Honolulu. |
| Terii Vaeatua, fille de Tamatoa. | Pomaré V, roi de Taïti. | Le jeune prince de Joinville. |
| La reine Maraou, femme de Pomaré V. | Tamatoa, frère du roi. | La princesse de Joinville. |
Quant à l’importance réelle de notre nouvelle colonie, elle n’est pas assez considérable pour pouvoir causer d’ombrage à personne.
Taïti, avec Tacarabu, qui y attient, n’offre qu’une superficie de 104 215 hectares, sur lesquels 25 000 hectares seulement sont cultivables, Les autres 75 000 hectares sont en friche ou incultivables. Ce sont de hautes montagnes couvertes de broussailles à peu près impénétrables, parmi lesquelles on cite le Maïo ou Diadème, si connu des navigateurs, auxquels il sert de point de repère.
Le costume des indigènes est des plus simples : il se compose d’une pièce d’étoffe en cotonnade de couleur voyante, ayant la forme d’un long rectangle. Cette partie du vêtement, appelé pareu, remplace la jupe pour les femmes et le pantalon pour les hommes. Les hommes revêtent en outre, mais les jours de fête seulement, une chemise, et les femmes une longue robe montante. Les uns et les autres portent, en outre, un large chapeau de paille, ou, ce qui constituait jadis toute la coiffure, une couronne de fleurs et de verdure.
Leurs plaisirs sont aussi simples : ils consistent à chanter et à danser.
Aujourd’hui, Taïti compte une population de 6 820 indigènes, plus 130 Français, 263 Anglais, 144 Américains, 40 Allemands, 80 Européens de nationalités diverses, 982 Océaniens et 406 Chinois.
Il n’est pas douteux que la transformation de Taïti en colonie française n’attire dans ce pays ceux de compatriotes qui ont le goût de l’émigration, mais qu’ont effrayés jusqu’ici le climat, souvent peu clément de nos autres colonies. Il y a là des places à prendre, et de très importantes. Si, comme le dit avec raison M. de Chessé, l’isthme de Panama ouvre une nouvelle route aux marins des deux mondes, Taïti deviendra alors le point de relâche naturel de toute la navigation à vapeur transpacifique.
Ce jour-là, en effet, Taïti sera la plus enviable des colonies de l’univers.
En publiant le portrait du roi Pomaré V, de la reine et de la famille royale, nous donnons déjà une idée des types et des costumes des habitants du grand monde de Taïti. Nous recevons de nombreux documents qui nous permettront de donner prochainement une idée plus complète de ses naturels et du pays.

COLONIES FRANÇAISES. — Taïti. — Le palais du roi Pomaré V, le jour de l’annexion de Taïti à la France. — (Dessin de M. Vuillier, d’après le croquis de M. J. Viaud.)

