L’Antoniade

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L’Antoniade
ou
La solitude avec Dieu

Trois âges

Poème érémitique
1860




Préface[modifier]

Préludes de l’Antoniade[modifier]

« On a dit à bon droit que la société a deux pôles : L’esprit et la matière. Le pôle de la matière, qui se charge et se décharge incessamment, menace de détruire tout équilibre entre les facultés humaines. Chargez donc aussi l’autre pôle, multipliez les âmes qui oublient le corps pour donner à la société un contre-poids au mal que lui font tant de corps qui oublient l’âme. Il est bon que des apparitions angéliques passent et repassent souvent auprès de tout ce peuple de machines vivantes. »
( L’abbé Mermittod, vic.-gén. de Genève.)



Proèmes patriotiques[modifier]

« Un fait qu’aucun homme ayant quelques connaissances philosophiques, et même que nul homme de sens ne saurait méconnaître, c’est que, plus une société chrétienne est corrompue, ou si l’on veut avancée et civilisée, moins il s’y commet de ces crimes matériels et visibles, de ces calomnies grossières, de ces vols ou de ces viols à force ouverte, de ces provocations patentes au mépris du Gouvernement ou du Clergé, qui appellent l’attention du magistrat, et qui provoquent ses poursuites et ses arrêts. Cette sorte de crimes est le propre des jeunes sociétés. Elle suppose, dans le coupable comme dans la victime, moins d’esprit, et plus de franchise et d’énergie. Dans les vieilles sociétés, au contraire, où les hommes sont naturellement défians et sur leurs gardes, où ils mettent les clefs sur toutes leurs propriétés, et les yeux sur toutes les clefs, où la cupidité , devenue universelle, a provoqué presque autant d’officiers de police que de citoyens, où les femmes provoquent le libertinage loin de lui résister, où les hommes, et même les Gouvernemens, ne tiennent pas plus à leur honneur qu’à celui des autres : c’est le plus petit nombre, c’est même l’infiniment petit nombre des coupables qu’on appelle dans les tribunaux ; et ce petit nombre de coupables se compose précisément des plus petits aux yeux de Dieu, et même aux yeux de la raison. »
(Question d’Etat, p. 17.)

« Le monde marche à grands pas à la constitution d’un despotisme , le plus gigantesque et le plus destructeur que les hommesaient jamais vu.... Savez-vous ce que sont les armées permanentes ? Pour le savoir, il suffit de savoir ce que c’est qu’un soldat : Un soldat est un esclave en uniforme. Il ne suffisait pas aux gouvernements d’être absolus ; ils demandèrent et obtinrent le privilège d’avoir au service de leur absolutisme un million de bras. Les gouvernements dirent : Nous avons un million de bras, et cela ne suffit pas ; nous avons besoin de quelque chose de plus, nous avons besoin d’un million d’yeux : et ils eurent la police. Ce n’est pas assez pour les gouvernements d’avoir un million de bras, d’avoir un million d’yeux ; ils voulurent avoir un million d’oreilles : et ils eurent la centralisation administrative, par laquelle toutes les réclamations, toutes les plaintes, viennent aboutir au gouvernement. »
(L’Eglise et la Révolution, par Donoso Cortès.)



Le Conciliabule infernal[modifier]

Le Nid d’aigle[modifier]

Premier âge[modifier]

« Retirez-vous du bruit du monde, sortez de son tumulte, éloignez-vous de ses agitations ; venez dans le silence d’une profonde solitude ; venez avec moi sur la montagne sainte ; montons, montons ensemble bien au-dessus des hommes, pour nous rapprocher de Dieu ; et quand nous serons là, presque sous l’aile du Seigneur, demandons à l’Esprit qui a parlé à Moïse de nous parler aussi.
L’Esprit qui élève l’âme et qui nous prête ses ailes pour nous porter vers le Créateur n’habite point les cités ; c’est le silence du désert qu’il aime ; c’est là qu’il donne ses inspirations. »
(Adam, ou la Création, préface par M. le Vicomte WALSH.)

« La solitude concentre et fortifie toutes les facultés de l’âme. — Les prophètes, les saints, les grands hommes et les poètes l’ont merveilleusement compris ; et leur nature leur fait chercher à tous le désert, ou l’isolement parmi les hommes.... Par un instinct, que la connaissance des hommes confirma plus tard, je n’ai jamais placé le bonheur que dans la solitude. »
(Lectures pour tous, par A. DE LAMARTINE.)

« On dit que les perles de la première grandeur ne se forment qu’au fond de la mer ; c’est aussi dans la retraite et au fond de la solitude que se forme la plus haute sainteté. »
(LE P. PAUL SEGNERL)


Second âge[modifier]

« L’homme est naturellement porté à se produire au grand jour, et à faire retentir du bruit de sa petite renommée l’étroite sphère de son activité. L’amour de la vie cachée combat directement ce besoin d’estime et de réputation. Il nous fait fuir les regards humains ; il nous fait consentir à vivre et à mourir inaperçus des hommes. La vie cachée est un épouvantail dont la seule idée glace d’effroi notre superbe nature ; mais elle est douce, suave, délicieuse pour l’âme qui a su goûter ses charmes. Toute âme n’est pas capable de la comprendre et de l’apprécier, car il n’appartient qu’à l’esprit intérieur de nous initier à ses secrets ; or, l’esprit intérieur est celui qui ne juge les choses que dans leur rapport avec Dieu, qui ne se laisse pas éblouir par d’éclatantes vanités ; mais qui, à la clarté divine, sait distinguer le réel de l’apparent ; l’esprit intérieur, en un mot, est celui qui, s’attachant à la volonté suprême, estime grand tout ce qui plaît à Dieu, et n’a que du mépris pour ce qui n’élève pas l’âme jusqu’à lui. On ne saurait comprendre la fécondité de la vie cachée ni les trésors qu’elle renferme. Je conduirai l’âme dans la solitude, dit le Seigneur, et là, je parlerai à son cœur. Dieu ne se manifeste pas au milieu du trouble d’une vie agitée ; mais il se communique sans réserve à l’âme qui s’éloigne du théâtre éclatant du monde, pour s’épanouir en sa présence. »
(Le Coeur de Jésus, Ascétisme et Littérature, par le P. E. Desjardins, p. 111 et 112.)

« Le Juste, sévère à lui-même, et persécuteur irréconciliable de ses propres passions ; se trouve encore persécuté par les injustes passions des autres, et ne peut pas même obtenir que ce monde le laisse en repos dans ce sentier solitaire, où il grimpe plutôt qu’il ne marche. »
(BOSSUET, Oraison funèbre de la Reine d’Angleterre.)


Troisième âge[modifier]

« Toute mystique, surtout la mystique ésotérique ou intérieure, a besoin, pour se développer, de la retraite et du silence, afin que les puissances de l’dme, recueillies dans son fond et n’étant point distraites par le bruit des choses extérieures, puissent entendre les douces insinuations de l’Esprit-Saint. Or, c’est dans les déserts de l’Orient qu’ont trouvé ce repos les âmes fatiguées du tumulte du monde et de la vie toute naturelle qu’on y mène. C’est là surtout que s’est développée à cette époque la mystique chrétienne ; et elle a dû nécessairement prendre I’EMPREINTE DU PAYS qui lui a servi, pour ainsi dire, de berceau. La Palestine, la Syrie, la Mésopotamie, les régions arrosées par l’Euphrate et surtout la vallée du Nil attirèrent de préférence les premiers anachorètes... En quittant le monde pour se retirer dans le désert, ils renonçaient , il est vrai, à tous les intérêts humains ; mais, d’un autre côté, par l’empire qu’ils avaient acquis sur leur nature ardente et sauvage, ils devenaient des modèles qui excitaient l’étonnement et l’estime des païens, et que les chrétiens se sentaient disposés à imiter. Le changement profond qui s’était accompli dans leur être, sous l’action victorieuse de la- grâce, offrait au monde l’image des effets merveilleux que le christianisme peut produire sur une plus grande échelle dans la société tout entière. Comme religieux et docteurs, ils ont pour ainsi dire continué le Psautier. Leur vie, sous ce rapport, est comme la lyre de la poésie sacrée, opposée au tumulte épique de l’histoire. Ils avaient saisi le christianisme d’une manière lyrique , et l’exprimaient sous cette forme. Leur être tout entier portait le caractère d’une idylle religieuse....... L’imagination et l’instinct poétique des premiers Solitaires n’avaient point été affaiblis par l’austérité de leurs vies. Séparés entièrement du monde et de toute relation sociale, semblables à des plantes qui, mises dans des vases étroits et ne pouvant s’étendre au large, sont forcées de se développer par en haut, les premiers Solitaires étaient obligés aussi de chercher dans une région supérieure un cercle pour leur activité ; et, s’élevant au-dessus des formes et des instincts de la vie ordinaire, les facultés de leur unie s’épanouissaient dans une sphère poétique et idéale. » (La Mystique Divine, par GÖRRES Liv. I. ch. II, Trad. par Charles Sainte-Fol)


Épilogue[modifier]



« Chez certains individus le sentiment religieux est un besoin irrésistible, Il y a des âmes que les servitudes de la vie écrasent et consument; leur regard, comme celui de l’aigle, est à l’étroit dans l’horizon resserré des vallées. Ce qui fait le bonheur des autres hommes ne donne à leur intelligence que l’inquiétude et l’angoisse ; les vanités de la terre n’attirent pas leur regard, les affections vulgaires ne pourront jamais remplir les abîmes profonds de leur cœur. Ils s’élancent vers l’intini d’un seul bond et comme entraînés par un sublime instinct. Ils ont soif de la vérité et de la lumière, et les fantômes de cet univers ténébreux ne sauraient satisfaire l’ardente sensibilité qui les dévore. »
( Le Mysticisme Catholique, par l’abbé FREDERIC-EDOUARD CHASSAY. pag, 8 et 9.)

Similis factus sum pcllicano solitudinis. ( Ps. 101, v. 7.)

===Notes===

« On raconte que plus d’une fois, dans la mer du Sud, lorsque des voyageurs abordaient dans une île que le pied de l’homme n’avait encore jamais foulée, les animaux qu’elle renfermait, frappes de cette apparition inaccoutumée, accouraient poussés par l’étonnement et la curiosité. Les oiseaux, sortant de l’épaisseur des forêts, volaient autour des étrangers, et se posaient sur leurs épaules. Les habitants de l’abîme eux-mêmes, les chiens de mer par exemple, montaient sur le rivage, et regardaient d’un œil stupéfait la nouvelle merveille. Il en est ainsi pour ceux qui marchent par des sentiers solitaires, et dont la vie se distingue de la vie commune et vulgaire. Pendant quelque temps, ils restent ignorés ; mais lorsqu’on les découvre enfin, aux traces lumineuses que laissent après eux leurs pas, tous alors accourent auprès d’eux. On les regarde, on les examine ; chacun veut sonder l’esprit qui les pousse ; chacun explique à sa manière le mystère qu’il a sous les yeux. C’est de la folie, de la supercherie, de l’illusion, de la magie naturelle, du magnétisme. En un mot, on cherche la cause de ces phénomènes PARTOUT EXCEPTE OU ELLE EST. Aussi après tous ces essais et toutes ces investigations, le mystère échappe à cette sagesse mondaine, qui semble craindre d’apercevoir ici-bas l’intervention de Dieu. Pour ceux qui sont soumis à ces sortes d’examens, ce sont des victimes qu’on étend comme des cadavres que l’on veut disséquer, et à qui l’on permet à peine de tressaillir sous le scalpel qu’on enfonce en leur sein. Conduits par des voies inaccoutumées, il faut qu’ils se résignent à être pour le monde un objet de scandale ; et ILS NE PEUVENT MEME PAS ESSAYER DE SE JUSTIFIER. »
( La Mystique Divine, par Görrès, Liv. II, ch. viii.)


Ce qu’a dit Görrès des Saints qui ne suivent pas les voies communes, on peut le dire d’un livre qui ne défend pas les vérités populaires : Ce livre est excentrique, intempestif, inopportun ; il est inspiré par l’imagination, par l’enthousiasme ; c’est du naturalisme, c’est de la poésie ! Oui, il"se trouve toujours et partout des juges d’un esprit sûr et pratique pour mettre à l’index toute production qui ne porte pas le cachet banal de leur froide et prosaïque routine, de leur égoïste et exclusive charité : ô présomptueuse ignorance et orgueilleuse témérité des prétendus habiles ! ô sacrilège audace de l’aveugle sottise !

Les quelques mots Indiens, que nous avons semés dans le cours de notre ouvrage, sont tirés de l’idiome Chactas ; nous les donnons ici, avec leur signification française :
TAL-OCHÉ, [Tuli-Ushi ?], nom d’un bayou, qui signifie petites pierres, graviers.
TALOA, chant, chant poétique ; poète, chantre.
NAKFÉ, NAKFI, frère.
ITIBAPISHI MA, frère de la même cabane, frère de choix.
PÉNi, pirogue, bateau.
LOUAK, LUAK, feu.
PÉNi-LOUAK, pirogue de feu, bateau à vapeur.
NA-HOULLO, NA-HULLO, un blanc, un pâle-visage.
TÈQUE, TEK. féminin, femelle.
NA-HOULLO TÈQUE, NA HULLO TEK, femme blanche.
OULA, OLA, chant, chant d’oiseau.
TCHOUKA-NAK-BILA, CHUKA-NAK-BILA, Whip-poor-will.
TCHOUKA, CHUKA, cabane, maison.
IANASHI, bison, buffalo.
TCHOUKA-AHANTA, CHUKA-AHANTA, calybite, qui habite une cabane.
ATCHOUKMA, ACHUKMA, bon, beau.
HOPÂKI. HOPAHKI, loin, éloigné.
OKA HOMI, toute liqueur forte.
WAT-UNLA, WATUNLA, grue.
LALESHKÉ, adieu.
TAMAHA, TVMAHA, ville.