L’Apparition de l’Homme/Le Sinanthropus Pekinensis
une importante découverte de paléontologie humaine
LE SINANTHROPUS
PEKINENSIS
a grande presse, aussi bien que les Revues scientifiques,
ont déjà beaucoup parlé de la récente trouvaille
faite à Choukoutien, près de Péking, du crâne d’un
Hominien particulièrement ancien et « primitif », le Sinanthropus pekinensis. Mais, comme il arrive toujours en pareil
cas, beaucoup d’inexactitudes ou d’interprétations hâtives
se sont glissées, au sujet de cette découverte, même dans des
articles signés de noms connus.
Les lecteurs de la Revue des Questions Scientifiques ne seront pas fâchés d’avoir, sur la question très sérieuse de l’ « Homme de Péking », quelques détails et appréciations de première main, fournis par un paléontologiste officiellement attaché aux fouilles de Choukoutien.
A) Description préliminaire du gisement
de Choukoutien et historique des fouilles
Choukoutien est une localité située à une cinquantaine de kilomètres au Sud-Ouest de Péking, en bordure de la chaîne (Si Shan, ou Collines de l’Ouest) qui limite, en ce point, la grande plaine du Tchéli. Tout autour du village, les derniers contreforts des montagnes s’abaissent en croupes arrondies formées d’une roche calcaire bleue et très dure, d’âge ordovicien que, depuis un temps immémorial, les gens du pays exploitent pour faire de la chaux. Dans ce calcaire, un réseau de fissures remplies de terre rouge, presque toutes fossilifères, est mis à nu par les fronts de carrière. C’est l’une de ces fissures (nous l’appellerons « Localité i ») qui a livré les restes de Sinanthropus, objet du présent article.
L’histoire des recherches qui viennent d’aboutir à la découverte du fameux crâne couvre près de dix ans. Nous pouvons la résumer ainsi :
En 1922, le paléontologiste autrichien (attaché à l’Université d’Upsal) O. Zdansky, fouillant la Localité i, prospectée l’année précédente par un géologue dont l’œuvre est grande en Chine, le Dr J.G. Andersson, recueille deux dents isolées (une dernière molaire et une prémolaire supérieure) de type humain. Il en reconnaît la nature, mais ne publie que quatre ans plus tard sa découverte. À cette époque (1926), le Dr. Andersson quittait la Chine. Il fallait lui trouver un continuateur pour une recherche systématique qui s’imposait. Grâce à une coopération étroite du Service Géologique de Chine et de la Fondation Rockefeller, un plan de fouilles très largement conçu est dressé par le Dr. W.H. Wong, Directeur du Service Géologique de Chine, et le Dr. Davidson Black, professeur d’Anatomie à l’Union Medical College de Péking ; et on passe immédiatement à l’exécution. En 1927 (DDr. C. Li et B. Bohlin en charge de fouilles), 300 mètres cubes de roche et de brèche fossilifère sont retirés de la Localité i ; en 1928 (DDr. B. Bohlin, C.C. Young et W.C. Pei), 2800 ; en 1929 (W.C. Pei et Dr. Young), encore 3000. Grâce à ce travail opiniâtre, presque toujours conduit à la mine dans un terrain très dur, et exigeant en même temps des recherches minutieuses, environ 1 500 caisses de fossiles ont déjà été extraites et cet énorme matériel est en préparation continue dans les deux laboratoires affectés, à Péking, aux recherches de Choukoutien. — Jamais, croyons-nous, moyens aussi puissants n’ont été mis en œuvre pour les recherches de Paléontologie humaine, même au cours des fouilles célèbres faites à Grimaldi et en Espagne sous les auspices du Prince de Monaco !
Toute découverte, surtout en Paléontologie, a sa part de chance. Dans le cas du Sinanthropus, il est bon de noter que cette part est réduite au minimum. Ce qu’un hasard avait amorcé, la méthode l’a patiemment achevé. La découverte du Sinanthropus n’est pas, comme on a pu le croire, le résultat d’un heureux coup de pioche. Elle représente trois années d’un travail systématique et acharné.
B) Caractères géologiques et paléontologiques
du gisement de Choukoutien
Ainsi que nous l’avons dit, plusieurs des fissures à terre rouge de Choukoutien sont fossilifères (elles contiennent du reste une faune qui paraît être toujours la même). Mais seule la Localité i a été jusqu’ici convenablement explorée. Les travaux en ce seul point demanderont encore, vraisemblablement, plusieurs années d’effort. Cependant, dès maintenant, il est possible de se faire une idée claire du gisement[1].
Tout d’abord, il semble prouvé que la Localité i représente, non pas, comme on l’avait quelque temps pensé, une fissure ouverte où les ossements auraient été entraînés et accumulés par quelque action torrentielle, — mais une ancienne caverne remplie, ou, plus exactement, le fond rempli d’une caverne dont le toit a été enlevé ultérieurement par érosion. Les analyses lithologique et faunistique du remplissage concluent toutes les deux dans ce sens : pas de graviers dans les dépôts, mais seulement des argiles de dissolution, des sables fins feuilletés contenant des restes de Rongeurs, des brèches cimentées, des revêtements de stalagmite ; et, pris dans ce complexe sédimentaire, une abondance caractéristique de débris appartenant aux grands fauves des cavernes : Tigres, Ours, Hyènes surtout, dont les crânes entiers et les coprolithes sont particulièrement abondants dans les niveaux profonds. Ces Carnassiers (et comme eux, sans doute, le Sinanthropus) ont bien vraisemblablement vécu en ce lieu, sur place, comme dans un repaire, où ils traînaient le corps des Ongulés, leur proie.
D’un mot, plus on observe la fissure de Choukoutien, plus on est frappé des analogies que présentent ses dépôts avec les remplissages classiques des cavernes d’Europe. Mais, ce qui fait l’intérêt exceptionnel du gisement chinois, c’est que, tant par la Stratigraphie que par la Paléontologie, il se présente comme notablement plus ancien qu’aucune des cavernes ayant jusqu’ici fourni, en Europe, des restes humains.
En Chine du Nord, on n’a longtemps distingué qu’une seule formation d’âge pléistocène (ou quaternaire) : le Loess (ou Terre Jaune), caractérisé par la présence du Rhinoceros tichorhinus, du Bos primigenius, du Cerf élaphe, — et aussi par des quartzites taillés de type moustérien ou aurignacien. Mais, grâce à des recherches récentes, il devient évident que, sous le Loess classique, et confondue jusqu’ici avec lui, une très puissante série de sables, argiles et loess rougeâtres représente une formation distincte, dont la physiographie et la faune (Rhinoceros cf. sinensis, Hyaena sinensis, Machairodus, Rongeurs spéciaux, etc.) sont entièrement différentes de celles du Loess. Cette formation rougeâtre sous-loessique débute probablement à la fin extrême du Tertiaire, puisque certains de ses niveaux (les déjà fameuses « couches de Nihowan ») montrent une association fort curieuse de Cheval, Bison, Hipparion et Chalicotherium. Mais elle couvre aussi le Pléistocène inférieur. Or, c’est tout juste à ce vieux Quaternaire qu’il convient de rattacher la formation fossilifère de Choukoutien.
Sur ce point capital, la Stratigraphie est formelle, puisque les brèches et argiles de la Localité i passent latéralement à des dépôts superficiels de terre rouge qui passent eux-mêmes sous le Loess. La Physiographie, à son tour, apporte ses confirmations, puisque la colline contenant le gisement a dû être abrasée au cours de l’érosion précédant le dépôt du Loess. Mais la Paléontologie surtout est décisive. Dans l’énorme masse de fossiles recueillie au cours des fouilles de Choukoutien, aucune des formes animales caractéristiques du Loess n’a été rencontrée. Et, en revanche, la faune (identique à elle-même, semble-t-il, du haut en bas des dépôts) contient toute une série d’espèces rencontrées dans les « couches à Hipparion et Cheval de Nihowan » (v. ci-dessus) : le même Rhinocéros et la même Hyène, le même curieux petit Chien à dentition presque omnivore (Canis sinensis) voisin d’une forme classique du Pliocène supérieur de France, le même Machairodus, etc. Pour les formes spéciales au gisement, citons : un Cerf à bois courts et largement palmés, rappelant de très loin le Megaceros, dont les mâchoires et les os du crâne sont épaissis au point de paraître difformes ; le Cerf Sika ; le Daim musqué ; un Buffle dont les cornes fortement triangulaires et l’occiput largement développé font penser aux Buffles pliocènes des Siwaliks (Indes) ; un grand Sanglier ; deux espèces d’Ours ; un grand Tigre ; un Macaque, etc.
C’est parmi cet ensemble faunistique si riche et si bien daté que se trouve le plus remarquable des types zoologiques rencontrés à Choukoutien : le Sinanthropus.
C) Les restes fossiles du Sinanthropus
Une singularité notable du gisement de Choukoutien, c’est que les restes fossiles du Sinanthropus se recueillent pratiquement dans toute l’épaisseur des 35 mètres de dépôts qui remplissent la fissure. Un crâne écrasé de jeune (et sans doute quelques parties de squelette appartenant au même individu et aussi à un adulte) ont été trouvés à 6 mètres de profondeur seulement. Plus bas, vers 17 mètres, une demi-mandibule et un fragment de pariétal d’adulte gisaient sur un niveau durci qui représente peut-être un ancien sol d’habitation. Plus bas encore, dans la moitié inférieure des dépôts, de nombreuses dents isolées (plus de dix en 1929) ont été rencontrées à différents niveaux. Le crâne, enfin, découvert le dernier jour de la campagne de 1929, gisait au plus profond de la fouille, dans un diverticule latéral de la fissure principale, associé à une faune particulièrement riche et bien conservée (crânes d’Hyènes et de Rhinocéros). Au total, une bonne douzaine d’individus se trouvent représentés dans le matériel actuellement rassemblé.
La persistance du Sinanthropus à travers la série entière des dépôts de la caverne est conforme à l’homogénéité dans la faune que nous signalions un peu plus haut. Mais la concentration des restes d’une forme zoologique aussi rare dans un espace aussi restreint est un fait remarquable et qui suggérerait, à lui seul, l’idée d’un lieu d’habitation. D’autant plus curieux, dans ces conditions, apparaîtra cet autre fait que, depuis le début des fouilles, aucun indice n’a encore été relevé dans le gisement, trahissant l’usage du feu ni une industrie quelconque. Choukoutien, il faut le dire, ne fournit aucune roche siliceuse propre à recevoir et à conserver nettement la trace du travail humain. Des outils sont peut-être là que nous ne reconnaissons pas encore. Peut-être, aussi, le Sinanthropus se servait-il d’instruments en bois !… Mais une autre hypothèse se présente à l’esprit : en dépit du développement avancé de son cerveau, le Sinanthropus, point encore Homo sapiens, était-il seulement, déjà, « Homo faber » ?
La préparation et l’étude des restes de Sinanthropus sont entièrement dévolues au Dr. D. Black, qui s’acquitte de ce double travail avec une technique et une science consommées. C’est donc aux publications actuellement en cours de cet auteur que doivent se référer ceux de nos lecteurs qui désirent avoir des renseignements tout à fait précis sur les caractères anatomiques des fossiles. Nous nous bornerons ici à signaler les points les plus importants reconnus jusqu’ici par le jeune et brillant anthropologiste, — non sans avoir rappelé préalablement que la préparation des restes du Sinanthropus, toujours engagés (au moins partiellement) dans un travertin extrêmement dur, est délicate, et non encore achevée.
Rien n’est encore connu, malheureusement, des membres de « l’Homme de Péking ». Par contre, la dentition supérieure et inférieure, la mâchoire inférieure et le crâne, sont bien représentés dans les récoltes ; et leur étude est profondément suggestive.
D’une façon générale, les dents, très robustes et à racines fort longues, sont essentiellement de type humain : dernière molaire réduite ; — prémolaires inférieures uni-radiculées (ces dents ont deux racines chez les Singes anthropomorphes) canine inférieure pas notablement plus forte que la prémolaire adjacente (la canine est très développée chez les grands Singes).
Malgré cette dentition typiquement humaine, la mandibule[2] présente une coupe très différente de celle rencontrée chez les Hommes actuels. Pour ne parler que de la région symphysaire, non seulement le menton est absent (comme chez les Hommes de Neanderthal), mais l’os mandibulaire, au point de soudure des deux demi-mâchoires droite et gauche, est distinctement incliné, ou inverti, en dedans, — pas autant que chez les Singes, — mais plus que sur la fameuse mâchoire de Mauer (Homo heidelbergensis).
Le crâne[3], surtout, fait la grande valeur scientifique du Sinanthropus. Sur ce magnifique fossile, la partie antérieure (mâchoires et face au-dessous des orbites) manque. Mais toute la partie cérébrale est admirablement conservée et nullement déformée (à l’exception du pourtour du trou occipital, qui est endommagé). À l’heure actuelle, la pièce n’est pas encore vidée du moulage naturel en travertin qui remplit la cavité cérébrale, de sorte que ni la capacité crânienne (probablement faible, étant données les dimensions relativement petites du crâne et l’épaisseur considérable des parois osseuses), ni le détail des empreintes du cerveau ne sont connus. En revanche, l’extérieur du spécimen est parfaitement dégagé du travertin dans lequel il était pris d’un côté, en sorte qu’il est possible de se faire une première idée des particularités morphologiques du fossile.
Ce qui frappe le regard, à première vue, dans le crâne du Sinanthropus, c’est la parenté générale qu’il présente, pour le contour, avec le crâne des Hommes de Neanderthal et celui du Pithécanthrope : même allongement antéro-postérieur, et même aplatissement de la face supérieure ; même étalement du frontal et même puissance des bourrelets orbitaires au-dessus des yeux : même grandeur des orbites… Mais ce qui devient tout à fait captivant, à une analyse plus attentive, c’est d’observer comment, entre le type Néanderthal et le Pithécanthrope, le nouvel Hominien s’intercale harmonieusement. Plus proche du Pithécanthrope que des Hommes de Néanderthal par la longueur de la visière supra-orbitaire, par la force de la constriction post-orbitaire, et par la petitesse générale du crâne, le Sinanthropus est très en avance sur le Pithécanthrope par le développement bien dessiné des protubérances frontales et pariétales. On pourrait presque le définir (du seul point de vue crânien) comme un Pithécanthrope dont les régions frontales et pariétales tendraient à prendre la courbure d’un Néanderthal.
Ceci, toutefois, n’est qu’une approximation. À mesure qu’une étude plus serrée des détails anatomiques lui est permise, le Dr. Black s’aperçoit que le Sinanthropus présente une série de particularités crâniennes qui lui assignent une place à part parmi tous les Hominiens (ou Hominoïdes) connus. Citons par exemple un très curieux développement de l’os tympanique, qui forme au-dessous de l’orifice externe de l’oreille, une double et large apophyse dont l’équivalent n’existe que chez les grands Singes. Mentionnons encore cette disposition importante de l’architecture crânienne, en vertu de laquelle la largeur maximum de la boîte cérébrale, au lieu d’être située au niveau des pariétaux (environ à mi-hauteur de la tête), se trouve placée beaucoup plus bas (un peu au-dessus des apophyses mastoïdes) : regardé par sa face postérieure (en « norma occipitalis ») le crâne du Sinanthropus se présente avec un contour grossièrement triangulaire (comme celui des Singes) plutôt qu’ovoïde (comme celui des Hommes actuels). Zoologiquement, le Sinanthropus mérite de former un genre nouveau.
C) Conséquences de la découverte du sinanthropus.
Il serait prématuré, et du reste assez inutile, de pousser plus loin les considérations d’ordre morphologique qui précèdent. Nous devons attendre maintenant, pour avancer sur cette voie, le résultat des études ultérieures du Dr. Black sur le matériel déjà recueilli ; — et aussi, espérons-le, le produit des fouilles prochaines, de 1930. Les travaux de 1929 se sont arrêtés, disions-nous, au point précis où a été découvert le crâne, dans une zone particulièrement riche en fossiles bien conservés. La prochaine campagne nous réserve peut-être des surprises.
En toute hypothèse, un point essentiel est d’ores et déjà bien établi : à savoir la présence en Chine orientale, au Pléistocène inférieur, d’un Hominien de type pré-Néanderthal.
Comment cet être se rattache-t-il à l’autre Hominien connu, sensiblement à la même époque, en Europe occidentale (Homo heidelbergensis ? Pour diverses raisons théoriques assez séduisantes, le Dr. Black et plusieurs paléontologistes américains supposent que le type humain aurait pris naissance, vers la fin du tertiaire, en Asie centrale, — et que c’est à partir de là qu’il aurait rayonné simultanément vers l’Est et vers l’Ouest. Une autre hypothèse, mieux appuyée il nous semble sur les faits paléontologiques, serait d’imaginer que le Sinanthropus a remonté, de l’Inde ou de l’Indonésie, vers le Nord, en suivant la côte, — en même temps que les Buffles, les Cerfs Rusa et les Muntjacks qui apparaissent en Chine du Nord à l’extrême début du Quaternaire. On pourrait faire d’autres suppositions encore. Il faut avouer que, présentement, on ne peut guère édifier sur ce terrain que des hypothèses provisoires, utiles surtout à fournir des lignes de recherche.
Le Sinanthropus excite donc, plutôt qu’il ne la satisfait, notre curiosité en matière de Paléogéographie humaine. Mais grâce à lui, du moins, une importante perspective se dégage à nos yeux dans un jour meilleur, celle d’une nappe bien déterminée d’Humanité primitive qui aurait occupé l’Ancien Monde au tout premier commencement (sinon avant le commencement) de la phase caractérisée par les plus anciens outils paléolithiques. Contemporain, en gros, de l’Homo heidelbergensis, ei de l’encore énigmatique Pithécanthrope, le Sinanthropus se rattache distinctement à tous les deux par la forme exceptionnellement primitive soit de son crâne, soit de sa mâchoire inférieure. Avancer d’un seul pas vers cette découverte d’une phase pré-Neanderthal traversée par l’Humanité est une conquête scientifique dont on ne saurait exagérer le prix.
D’un point de vue plus général, il n’échappe à personne que la trouvaille du Sinanthropus représente une sérieuse « manche » gagnée par les tenants de l’extension du Transformisme à la forme zoologique humaine. Ce succès risque d’avoir certaines conséquences fâcheuses, même pour la vraie Science. Bien des affirmations sentant un matérialisme vieilli ont été déjà, et seront certainement encore, re-sorties, à l’occasion de l’ « Homme de Péking ». C’est le moment de rappeler avec insistance que nulle considération tirée de la Paléontologie ne saurait jamais lutter contre la Grandeur éblouissante du fait humain actuel. La Paléontologie humaine ne travaille, en somme, qu’à retrouver l’embryogénèse de l’espèce humaine. Or, pas plus dans le cas de l’Homme-espèce que dans le cas de l’Homme-individu, les états embryonnaires ne permettent de définir la valeur de l’être adulte. Le Sinanthropus nous aide très heureusement à mieux comprendre suivant quelles apparences successives le type humain a pu se former au sein du reste de la Vie. Mais pour apprécier, même scientifiquement, quel prodigieux événement représente, dans l’histoire de la Terre, l’apparition de la Pensée, il nous faut regarder dans une autre direction. La solution scientifique du problème humain ne se déterminera point par l’étude des fossiles, mais par une considération plus attentive des propriétés et des possibilités qui, dans l’Homme d’aujourd’hui, permettent de prévoir l’Homme de demain.
- ↑ Pour une étude plus détaillée du gisement, voir : P. TEILHARD DE CHARDIN et C.C. YOUNG, Preliminary report on the Chou Kou Tien fossiliferous deposits. Bulletin of the Geological Society of China, vol. 8, no3, 1929, pp. 173-202 (imprimé par la Société, 9. Ping Ma Ssu, Peiping W.).
- ↑ On possède actuellement deux mandibules de Sinanthropus : l’une, d’adulte, montre la série complète des dents (représentées au moins par les alvéoles), mais est brisée près de la symphyse ; l’autre, appartenant au crâne broyé de jeune mentionné plus haut, montre complètement la symphyse, et pourra être reconstituée en entier. Cf. DAVIDSON BLACK, Preliminary note on additional Sinanthropus material discovered in Chou Kou Tien during 1928. Bull. Geol. Soc. China, vol. 8, no1, 1929, pp. 15-32.
- ↑ Cf. DAVIDSON BLACK, Preliminary notice on the discovery of an adult Sinanthropus skull at Chou Kou Tien. Bull. Geol. Soc. China, vol. 8, no3, 1929, pp. 207-230.
- ↑ Revue des Questions Scientifiques, 20 juillet 1930.