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L’Aventure des plans du Bruce-Partington - version bilingue

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L'Aventure des plans du Bruce-Partington, une nouvelle de Sherlock Holmes, par Arthur Conan Doyle.

Traduction en français[modifier]

Au cours de la troisième semaine de novembre, en 1895, une brume jaune et dense s'installa sur Londres. Du lundi au jeudi, je doute qu'il ait été possible un moment de voir de nos fenêtres de Baker Street la silhouette des maisons nous faisant face. Le premier jour, Holmes l'avait passé à indexer son énorme livre de références. Le deuxième et le troisième avaient été patiemment consacrés à un sujet dont il avait récemment fait son hobby : la musique du Moyen Âge. Mais lorsque, pour la quatrième fois, après avoir quitté la table du petit déjeuner, nous vîmes les volutes lourdes, graisseuses et brunes passer devant nous et se condenser en gouttes huileuses sur les carreaux, la nature impatiente et active de mon compagnon ne supporta plus cette terne existence. Une fièvre d'énergie réprimée le poussa à faire les cent pas incessamment dans le salon, se rongeant les ongles, pianotant sur les meubles, et s'irritant contre l'inaction.

"Rien d'intéressant dans les journaux, Watson ?" dit-il.

J'étais conscient que par "intéressant", Holmes entendait "d'intérêt criminel". Il y avait les nouvelles d'une révolution, d'une guerre possible, et d'un changement de gouvernement imminent, mais ces choses n'entraient pas dans les considérations de mon compagnon. Je ne pouvais rien lire dans le domaine du crime qui ne fût commun et mineur. Holmes grogna et recommença ses errances sans répit.

"Le criminel londonien est certainement un homme bien terne", dit-il de la voix querelleuse du chasseur auquel le gibier fait défaut. "Regardez par cette fenêtre, Watson. Voyez comme les formes sont déformées, se distinguent à peine, puis se fondent de nouveau dans le brouillard. Le voleur ou le meurtrier pourrait s'abattre sur Londres un jour pareil comme le tigre sur la jungle, invisible jusqu'à ce qu'il bondisse, visible seulement de sa victime.

"Il y a eu", dis-je, "de nombreux vols mineurs."

Holmes renifla de mépris.

"Cette grande et sombre scène mérite mieux que ça", dit-il. "Il est heureux pour cette communauté que je ne sois pas un criminel."

"En effet!" dis-je du fond du cœur.

"Supposons que je sois Brooks ou Woodhouse, ou l'un quelconque des cinquante hommes qui ont de bonnes raisons de vouloir s'en prendre à ma vie, combien de temps pourrais-je survivre à mes propres plans ? Une convocation, un faux rendez-vous, et tout serait terminé. Heureusement qu'ils n'ont pas de jours de brouillard dans les pays latins - les pays des assassinats. Seigneur ! Voici enfin quelque chose pour rompre cette monotonie mortelle."

C'était la servante, avec un télégramme. Holmes l'ouvrit impatiemment et éclata de rire.

"Eh bien, eh bien ! Quoi d'autre ?" dit-il. "Mon frère Mycroft vient ici."

"Pourquoi pas ?" demandais-je.

"Pourquoi pas ? C'est comme si vous rencontriez un tramway sur une route de campagne. Mycroft a ses rails et ne les quitte jamais. Son logement à Pall Mall, le club Diogène, Whitehall, c'est son circuit. Une, et une seule fois, il est venu ici. Quel bouleversement a bien pu le dérailler ?"

"Il ne l'explique pas ?"

Holmes me tendit le télégramme de son frère.

Dois te voir pour Cadogan West. Arrive immédiatement.
MYCROFT.

"Cadogan West ? J'ai entendu ce nom."

"Ça ne me rappelle rien. Mais que Mycroft se dérange ainsi ! Une planète pourrait tout aussi bien quitter son orbite. Au fait, savez vous ce qu'est Mycroft ?"

J'avais de vagues souvenirs d'une explication datant de l'aventure de l'interprète grec.

"Vous m'avez dit qu'il avait quelque emploi obscur au gouvernement."

Holmes s'esclaffa.

"Je ne vous connaissais alors pas aussi bien. L'on se doit d'être discret lorsqu'on parle des plus hautes affaires de l'État. Vous avez raison de penser qu'il travaille pour le gouvernement. Vous auriez aussi raison, dans un certain sens, si vous disiez qu'occasionnellement, il est le gouvernement britannique.

"Mon cher Holmes !"

"Je pensais bien que ça pourrait vous surprendre. Mycroft touche quatre cent cinquante livres par an, reste un subordonné, n'a pas d'ambition, d'aucune sorte, ne recevra ni honneur, ni titre, mais demeure l'homme le plus indispensable de ce pays."

"Mais comment ?"

"Eh bien, sa position est unique. Il se l'est faite lui-même. Il n'y en eut jamais de semblable, et il n'y en aura plus. Il a le cerveau le plus ordonné et organisé qui soit, avec la plus grande capacité pour mémoriser les faits qu'on ait jamais vue. Ces mêmes talents remarquables que j'ai consacrés aux enquêtes criminelles, il les a utilisés pour ce travail particulier. Les conclusions de chaque département lui sont communiquées, et il est le nœud crucial, le centre de traitement, qui les jauge et les classe. Tous les autres hommes sont des spécialistes, mais sa spécialité est l'omniscience. Supposons qu'un ministre ait besoin d'informations sur un sujet touchant à la fois à la Navy, aux Indes, au Canada et la question du bimétallisme ; il pourrait obtenir les avis des différents départements sur chacun des sujets, mais seul Mycroft peut les traiter comme un tout, et annoncer naturellement dans quelle proportion chaque facteur affectera les autres. Ils ont commencé par l'utiliser comme un raccourci, une commodité ; maintenant, il s'est rendu indispensable. Dans ce grand cerveau qu'est le sien, tout est soigneusement rangé et peut être restitué en un instant. Ses paroles ont plus d'une fois décidé de la politique nationale. Il vit dedans. Il ne pense à rien d'autre, sauf lorsqu'en guise d'exercice intellectuel, je soumets à son avis l'un de mes petits problèmes. Mais Jupiter descend de son Olympe aujourd'hui. Qu'est-ce que cela peut bien signifier ? Qui est Cadogan West, et que représente-t-il donc pour Mycroft ?"

"Je l'ai," m'écriai-je, et me plongeai dans le monticule de journaux sur le sofa. "Oui, oui, il est là, j'en étais sûr ! Cadogan West est le jeune homme qui a été découvert mort dans le métro mardi matin."

Holmes s'assit, l'attention en éveil, la pipe à mi-chemin des lèvres.

"Ce doit être sérieux, Watson. Une mort qui convainc mon frère de changer ses habitudes ne peut être ordinaire. Qu'a-t-il au monde à faire avec elle ? Le cas ne sortait pas de l'ordinaire, pour autant que je me souvienne. Le jeune homme était apparemment tombé du train et s'était tué. Il n'avait pas été volé, et il n'y avait pas de raison particulière de soupçonner de la violence. N'est-ce pas ?"

"Il y a eu enquête," dis-je, "et un certain nombre de faits nouveaux se sont fait jour. Vu de plus près, je dirais qu'il s'agissait certainement d'un curieux cas."

"À en juger par son effet sur mon frère, il doit s'agir d'un cas des plus extraordinaires." Il s'enfonça dans son fauteuil. "Maintenant, Watson, donnez-nous les faits."

"Le nom de l'homme était Arthur Cadogan West. Il était âgé de vingt-sept ans, célibataire, et clerc à l'arsenal de Woolwich."

"Un employé du gouvernement. Le voilà, le lien avec Mycroft !"

"Il a quitté Woolwich soudainement lundi soir. A été vu pour la dernière fois par sa fiancée, Mademoiselle Violet Westbury, qu'il a abruptement laissée dans le brouillard vers 19 h 30 ce soir-là. Il ne se sont pas querellés et elle ne peut donner aucun motif à son geste. On n'a pas eu de nouvelles de lui jusqu'à ce que son corps sans vie soit retrouvé par un installateur de rails nommé Mason, tout près de la station d'Aldgate dans le métro de Londres.

"Quand ?"

"Le corps a été trouvé à six heures mardi matin. Il gisait à l'écart des rails à gauche de la voie pour qui va vers l'est, près de la station, là où la ligne émerge du tunnel où elle circule. La tête était très écrasée -- une blessure qui a très bien pu être causée par une chute du train. Le corps n'a pu venir sur la voie que de cette manière. S'il avait été transporté d'une rue voisine, il aurait dû franchir les barrières de la station, où un contrôleur est présent en permanence. Ce point semble absolument certain."

"Très bien. Le cas semble assez limpide. L'homme, mort ou vif, est soit tombé, soit a été précipité du train. Cela me semble acquis. Continuez."

"Les trains qui parcourent les voies auprès desquelles le corps a été trouvé sont ceux qui vont d'ouest en est, certains purement métropolitains, d'autres de Willesden et des gares au-delà. On peut affirmer avec certitude que ce jeune homme, lorsqu'il a trouvé la mort, voyageait dans cette direction assez tard dans la nuit, mais on ne saurait dire où il est monté dans le train."

"Son ticket, bien sûr, devrait l'indiquer."

"Il n'y avait pas de ticket dans ses poches."

"Pas de ticket ! Watson, mon cher, c'est vraiment très singulier. D'après mon expérience, il n'est pas possible de rejoindre les quais pour monter à bord d'un train métropolitain sans montrer son ticket. On peut donc présumer que le jeune homme en avait un. Lui a-t-il été pris pour dissimuler sa gare d'entrée ? C'est possible. Ou l'a-t-il laissé tomber dans le wagon ? C'est aussi possible. Mais le point est à noter. J'ai cru comprendre qu'il n'y avait pas trace de vol ?"

"Apparemment non. Il y a ici une liste de ses affaires. Sa bourse contenait deux livres quinze. Il avait également un chéquier du guichet de Woolwich de la Capital and Counties Bank. C'est ce qui a permis de l'identifier. Il y avait également deux places pour le premier balcon au théâtre de Woolwich, daté de ce même soir. Ainsi qu'une petite liasse de papiers techniques."

Holmes poussa une exclamation de satisfaction.

"Enfin nous y sommes, Watson ! Gouvernement britannique -- Woolwich. Arsenal -- papiers techniques -- Frère Mycroft, la chaîne est complète. Mais il vient à point, si je ne m'abuse, pour parler de lui-même."

Un instant plus tard, la grande et solide forme de Mycroft Holmes s'introduisit dans la salle. Bâti solidement et d'une corpulence massive, il y avait comme l'impression d'une inertie physique brute dans sa silhouette, mais sur ce cadre brut se perchait une tête si impérieuse dans ses sourcils, si alerte par ses yeux gris acier profondément enfoncés, si ferme dans ses lèvres, et si subtile par ses jeux d'expression, qu'après le premier regard, on oubliait le corps grossier et l'on ne se souvenait que de l'esprit qui dominait.

Sur ses talons venait notre vieil ami Lestrade, de Scotland Yard, mince et austère. La gravité de leurs deux visages augurait d'une requête lourde d'implications. Le détective nous serra la main sans un mot. Mycroft Holmes se débarrassa de son manteau et s'installa dans un fauteuil.

"Une affaire des plus ennuyeuses, Sherlock," dit-il. "J'ai horreur de modifier mes habitudes, mais les pouvoirs en place n'acceptent pas de refus. Vu la situation actuelle du Siam, il est très gênant que je m'absente du bureau. Mais ceci est une vraie crise. Je n'ai jamais vu le premier Ministre dans un état pareil. Quant à l'amirauté, elle bourdonne comme une ruche renversée. As-tu lu le cas ?

"Nous venons de le faire. Quels étaient les papiers techniques ?"

"Ah, c'est là le problème ! Heureusement, ça n'a pas été rendu public. La presse serait furieuse si c'était le cas. Les papiers que ce pauvre jeune homme avait en poche étaient les plans du sous-marin Bruce-Partington."

Mycroft Holmes parlait avec une solennité qui soulignait l'importance du sujet. Son frère et moi restions à l'écoute.

"Vous en avez surement entendu parler ? Je pensais que tout le monde en avait entendu parler."

"Seulement comme un nom."

"Son importance peut difficilement être exagérée. Ça a été le secret le plus jalousement gardé du gouvernement. Tu peux me croire sur parole lorsque je te dis qu'une guerre navale devient impossible dans le rayon d'action d'un Bruce-Partington. Il y a deux ans, une somme très considérable est passée par les bureaux navals et a été utilisée pour acquérir le monopole de l'invention. Tous les efforts ont été faits pour garder le secret. Les plans, qui sont extrêmement compliqués, composés de trente brevets distincts, chacun essentiel au fonctionnement du tout, sont gardés dans un coffre-fort perfectionné dans un bureau discret à côté de l'arsenal, avec des portes et fenêtres à l'épreuve des voleurs. Les plans ne devaient quitter le bureau sous aucun prétexte. Si le constructeur en chef de la Navy souhaitait les consulter, même lui devait se rendre au bureau de Woolwich dans ce but. Et pourtant les voici, retrouvés dans la poche d'un jeune secrétaire mort au cœur de Londres. D'un point de vue officiel, c'est tout simplement consternant."

"Mais vous les avez récupérés ?"

"Non, Sherlock, non ! C'est là la difficulté. Nous ne les avons pas récupérés. Dix papiers ont été pris de Woolwich. Il y en avait sept dans la poche de Cadogan West. Les trois plus importants se sont envolés - volés, disparus. Tu dois tout laisser tomber, Sherlock. Oublie tes petits mystères habituels pour policier. C'est un problème international vital que tu dois résoudre. Pourquoi Cadogan West a-t-il pris les papiers, où sont ceux qui manquent, comment est-il mort, comment son corps est-il arrivé là où il a été trouvé, comment ce drame peut-il être réparé ? Trouve une réponse à chacune de ces questions, et tu auras rendu un grand service à ton pays."

"Pourquoi ne le résous-tu pas toi-même, Mycroft ? Tu peux voir aussi loin que moi."

"Possible, Sherlock. Mais c'est une question de détails. Donne-moi tes faits détaillés, et d'un fauteuil, je te rendrais un excellent avis d'expert. Mais courir ici et là, recouper les interrogatoires des gardes-barrières, et me coucher l'œil collé à une loupe pour réunir les détails - ce n'est pas mon métier. Non, tu es le seul homme à pouvoir dénouer cette situation. S'il te prend l'envie de voir ton nom sur la prochaine liste des honneurs."

Mon ami sourit et secoua la tête.

"Je joue le jeu pour l'amour du jeu," dit-il. "Mais le problème présente certainement des aspects intéressants, et je serais ravi d'y jeter un œil. Un peu plus de faits, s'il te plaît."

"J'ai écrit les plus essentiels sur cette feuille de papier, avec quelques adresses que tu trouveras utiles. Le gardien officiel de ces papiers est en fait Sir James Walter, le célèbre expert du gouvernement. Ses décorations et titres remplissent deux lignes d'un livre de référence. C'est un homme blanchi sous le harnais, un gentleman, un invité honoré des plus nobles maisons et, par dessus tout, un homme dont le patriotisme est au-delà de tout soupçon. Il est l'un des deux hommes possédant une clé du coffre. Je peux ajouter que les papiers étaient indubitablement au bureau pendant les heures de travail lundi, et que Sir James est parti pour Londres vers trois heures de l'après-midi. Il était à la maison de l'amiral Sinclair à Barclay Square pendant toute la soirée lorsque les faits se sont produits."

"Ces faits ont-ils été vérifiés ?"

"Oui. Son frère, le colonel Valentine Walter, a témoigné de son départ de Woolwich, et l'amiral Sinclair de son arrivée à Londres : Sir James n'est plus un facteur direct du problème."

"Qui était l'autre homme avec une clé ?"

"Le secrétaire et dessinateur technique principal, M. Sidney Johnson. Un homme de quarante ans, marié, avec cinq enfants. C'est un homme silencieux et morose, mais il a, l'un dans l'autre, un excellent dossier au service de l'État. Il est impopulaire auprès de ses collègues, mais il travaille dur. D'après son rapport, corroboré par le seul témoignage de sa femme, il était à la maison pendant toute la soirée de lundi après ses heures de bureau, et sa clé n'a jamais quitté la chaîne de montre à laquelle elle est suspendue."

"Parle-nous de Cadogan West."

"Cela faisait dix ans qu'il était dans le service et il faisait du bon travail. Il a la réputation d'être impétueux et tête brûlée, mais droit et honnête. Nous n'avons rien contre lui. Il était le second de Sidney Johnson au bureau. Ses devoirs l'amenaient à être quotidiennement en contact avec les plans. Personne d'autre ne les maniait."

"Qui a enfermé les plans cette nuit-là ?"

"M. Sidney Johnson, le premier secrétaire."

"Eh bien, on dirait très clairement qu'on sait qui les pris. On les a effectivement retrouvés sur la personne de ce jeune secrétaire, Cadogan West. Cela semble définitif, n'est-ce pas ?"

"Certes, Sherlock, et pourtant cela laisse tant de choses inexpliquées. En premier lieu, pourquoi les a-t-il pris ?"

"Je suppose qu'ils avaient de la valeur ?"

"Il aurait pu en obtenir très facilement plusieurs milliers de livres."

"As-tu idée d'une raison pour apporter ces papiers à Londres, hormis pour les vendre ?"

"Non, aucune."

"Dans ce cas nous devons en faire notre hypothèse provisoire. Le jeune West a pris les papiers. Ce qui n'a pu se produire que s'il avait une fausse clé."

"Plusieurs fausses clés. Il devait ouvrir le bâtiment et la pièce."

"Il avait donc plusieurs fausses clés. Il a emmené les papiers à Londres pour vendre ce secret, sans doute dans l'intention de remettre les plans eux-mêmes dans le coffre le matin suivant avant qu'on ne remarque leur absence. Alors qu'il était à Londres pour commettre cette trahison, il a trouvé la mort."

"Comment ?"

"Supposons qu'il était sur son voyage de retour vers Woolwich, lorsqu'il a été tué et jeté hors du wagon."

"Aldgate, où le corps a été trouvé, est assez loin de la station de London Bridge, qui aurait été sur sa route vers Woolwich."

"On peut imaginer bien des raisons pour lesquelles il aurait dépassé London Bridge. Quelqu'un dans le wagon, par exemple, avec qui il aurait été en pleine conversation. Conversation qui aurait mené à une violente querelle dans laquelle il aurait perdu la vie. Il a peut-être essayé de quitter le wagon, est tombé sur la voie, et a fini ainsi. L'autre a fermé la porte. Il y avait un épais brouillard, et on ne pouvait rien voir."

"Aucune meilleure explication ne peut être donnée en l'état actuel de nos connaissances ; et pourtant considère, Sherlock, tout ce que tu laisses de côté. Supposons pour l'amour de la discussion que le jeune Cadogan West avait l'intention d'apporter ces papiers à Londres. Il aurait alors pris rendez-vous avec un agent étranger et gardé sa soirée de libre. Au lieu de quoi il prends deux places pour le théâtre, y escorte sa fiancée jusqu'à mi-chemin, et disparaît subitement."

"Un prétexte," dit Lestrade, qui avait écouté toute cette conversation avec une certaine impatience.

"Un très curieux prétexte. C'était l'objection numéro un. Objection numéro deux : supposons qu'il ait atteint Londres et vu l'agent étranger. Il doit ramener les papiers avant le matin ou leur vol sera découvert. Il en a pris dix. Il n'y en avait que sept dans sa poche. Qu'est-il advenu des trois autres ? Il ne les aura sûrement pas laissés de sa propre volonté. Par ailleurs, qu'en est-il du prix de sa trahison ? On se serait attendu à trouver une bonne somme d'argent dans sa poche."

"Ça me paraît parfaitement clair," dit Lestrade. "Je n'ai aucun doute sur ce qui s'est produit. Il a pris les papiers pour les vendre. Il a vu l'agent. Ils n'ont pas pu se mettre d'accord sur un prix. Il a voulu rentrer, mais l'agent l'a accompagné. Dans le train, l'agent l'a assassiné, a pris les papiers les plus importants, et a jeté son corps du wagon. Cela explique tout, n'est-ce pas ?"

"Pourquoi n'avait-il pas de ticket ?"

"Le ticket aurait montré quelle station est la plus proche de la maison de l'agent. Il l'a donc retiré de la poche de sa victime."

"Bien, Lestrade, très bien," dit Holmes. "Votre théorie se tient. Mais si elle est vraie, alors le cas est déjà terminé. D'un côté, le traître est mort. De l'autre, les plans du sous-marin Bruce-Partington sont sans doute déjà sur le continent. Que nous reste-t-il à faire ?"

"Agir, Sherlock, agir !" s'exclama Mycroft, bondissant sur ses pieds. "Tous mes instincts s'élèvent contre cette explication. Utilise tes dons ! Va sur la scène du crime ! Interroge les personnes concernées ! Ne laisse pas une pierre intacte qui pourrait cacher quelque chose ! Dans toute ta carrière, tu n'as jamais eu une telle chance de servir ton pays.

"Eh bien, nous verrons !" dit Holmes, haussant les épaules. "Venez, Watson ! Et vous, Lestrade, auriez-vous la bonté de nous accompagner pour une heure ou deux ? Nous commencerons notre enquête par une visite à Aldgate Station. À plus tard, Mycroft. Je te ferai un rapport avant ce soir, mais je préfère te prévenir que tu n'as pas grand-chose à espérer."

Une heure plus tard, Holmes, Lestrade et moi nous tenions sur la voie du métropolitain, là où elle émerge du tunnel, immédiatement avant Aldgate Station. Un vieil homme courtois au visage rougeaud représentait la compagnie ferroviaire.

"C'est là que gisait le corps du jeune homme," dit-il, indiquant un endroit à environ un mètre des rails. "Il n'a pas pu tomber de plus haut, car ces murs, comme vous le voyez, ne laissent pas de prise. Il n'a donc pu venir que d'un train, et ce train, pour autant que nous le sachions, a dû passer vers minuit lundi."

"Les wagons ont-ils été examinés à la recherche de traces de violence ?"

"Il n'y aucune trace, et aucun ticket n'a été trouvé."

"Pas de porte reportée trouvée ouverte ?"

"Aucune."

"Nous avons eu quelques nouveaux indices ce matin," dit Lestrade. "Un passager qui a passé par Aldgate dans un métro ordinaire vers 23 h 40 lundi soir a déclaré avoir entendu un choc sourd, comme d'un corps heurtant la ligne, juste avant que le train n'atteigne la station. Il y avait un brouillard dense, cependant, et on ne pouvait rien voir. Il n'en a rien dit sur le moment. Qu'est-ce qui vous chagrine, M. Holmes ?"

Mon ami fixait les voies ferrées là où elles tournaient à la sortie du tunnel avec une expression intense et contenue. Aldgate est une station de correspondance, et il y avait un réseau d'aiguillages. C'est sur ceux-ci qu'étaient fixés ses yeux curieux et impatients, et je pouvais voir sur son visage alerte cette tension des lèvres, ce frémissement des narines, et la concentration des sourcils fournis que je connaissais si bien.

"Aiguillages," murmura-t-il, "les aiguillages."

"Qu'y a-t-il à leur sujet ? Que voulez-vous dire ?"

"Je suppose qu'il n'y a pas tant d'aiguillages que ça sur un système tel que celui-ci ?"

"Non, il y en a très peu."

"Et un tournant, également. Des aiguillages, et une courbe. Seigneur ! Si ça pouvait être ça."

"Qu'y a-t-il, M. Holmes ? Avez-vous un indice ?"

"Une idée, une indication, pas plus. Mais le cas gagne certainement en intérêt. Uniquement, parfaitement unique, et pourtant, pourquoi pas ? Je ne vois aucune trace de saignement sur la voie."

"Il n'y en avait guère."

"Mais j'avais compris qu'il s'agissait d'une blessure considérable."

"L'os était écrasé, mais il n'y avait pas de grande lésion externe."

"Et pourtant l'on s'attendrait à un certain écoulement de sang. Me serait-il possible d'inspecter le train qui contenait le passager qui a entendu le choc d'une chute dans le brouillard ?"

"Je crains que non, M. Holmes. Le train a depuis été démantelé, et les wagons redistribués."

"Je peux vous assurer, M. Holmes," dit Lestrade, "que chaque wagon a été soigneusement examiné. J'y ai veillé personnellement."

C'était l'une des faiblesses les plus évidentes de mon compagnon que d'être impatient avec les intellects moins vifs que le sien.

"Très certainement," dit-il, se détournant. "De fait, ce n'était pas les wagons que je souhaitais examiner. Watson, nous avons fait tout ce que nous pouvions ici. Nous ne vous dérangerons pas plus longtemps, M. Lestrade. Je crois que notre enquête doit nous amener maintenant à Woolwich."

À London Bridge, Holmes écrivit un télégramme à son frère, qu'il me tendit avant de l'envoyer. Il disait :

"Vois quelque lumière dans le noir, mais elle peut s'éteindre. Entre temps, merci d'envoyer par messager, attendant mon retour à Baker Street, une liste complète de tout les espions étrangers ou autres agents internationaux connus pour être en Angleterre, avec adresse complète. SHERLOCK.

"Cela devrait nous être utile, Watson," remarqua-t-il alors que nous prenions place dans le train pour Woolwich. "Nous avons certainement une dette envers Frère Mycroft pour nous avoir présenté ce qui promet d'être réellement un cas tout à fait remarquable.

Son visage impatient avait cette expression d'énergie intense et tendue, qui me montrait qu'un indice nouveau et suggestif avait ouvert la voie à une ligne de pensée stimulante. Voyez le chien de chasse, oreilles pendantes et queue abattue alors qu'il erre dans son chenil, et comparez le avec le même chien alors que, les yeux brillants et les muscles tendus, il saisit l'odeur de sa proie : tel était le changement intervenu chez Holmes depuis ce matin. C'était un homme différent de la silhouette sans ressort attifée de sa robe de chambre couleur souris qui errait sans repos il y a quelques heures seulement dans notre appartement cerné de brume.

"Il y a des faits, là. Il y a du potentiel", dit-il. "Je suis bien lent de n'avoir pas compris ces possibilités."

"Même maintenant, elles me demeurent obscures."

"La fin m'est aussi obscure, mais je tiens une idée qui pourrait nous mener loin. L'homme a trouvé la mort ailleurs, et son corps était sur le toit d'un wagon."

"Sur le toit !"

"Remarquable, n'est-ce pas ? Mais considérez les faits. N'est-ce pas une étrange coïncidence qu'il ait été trouvé au point précis où le train s'incline et oscille alors qu'il négocie un virage sur des aiguillages ? N'est-ce pas l'endroit même où un objet se trouvant sur le toit serait le plus enclin à tomber ? Les aiguillages n'affecteraient aucun objet dans le train. Soit le corps est tombé du toit, soit une très curieuse coïncidence s'est produite. Mais examinez la question du sang. Bien sûr il n'y pas d'épanchement de sang sur la voie si le corps a saigné ailleurs. Chaque fait est un indice par lui-même. Ensemble, ils ont un certain poids."

"Et le ticket, également !" m'écriais-je.

"Exactement. Nous ne pouvions pas expliquer l'absence de ticket. Ceci l'expliquerait. Tout s'assemble."

"Mais supposez qu'il en soit ainsi, nous sommes toujours aussi loin d'avoir élucidé le mystère de sa mort. De fait, elle n'en devient que plus étrange, et non plus simple."

"Peut-être," dit Holmes, pensif, "peut-être." Il replongea dans une méditation silencieuse, qui dura jusqu'à ce que le train, poussif, s'arrête enfin à Woolwich Station. Là, il appela un taxi et sortit le papier de Mycroft de sa poche.

"Nous avons un certain nombre d'entrevues à arranger cet après-midi," dit-il. "Je pense que Sir James Walter réclame notre attention le premier."

La maison du célèbre officier était une villa assez chic avec de vertes pelouses, s'étendant le long de la Tamise. Alors que nous l'atteignions, le brouillard était en train de se lever, et un rayon de soleil timide et humide perçait. Un majordome répondit à notre sonnerie.

"Sir James, monsieur !" dit-il avec le visage grave. "Sir James est mort ce matin."

"Dieu du ciel !" s'écria Holmes de stupéfaction. "Comment est-il mort ?"

"Vous feriez peut-être mieux d'entrer, monsieur, et de voir son frère, le colonel Valentine ?"

"Oui, c'est sans doute la meilleure chose à faire."

Nous fûmes introduits dans un salon peu éclairé où, un instant plus tard, un homme d'une cinquantaine d'années nous rejoignit, très grand, bien fait, avec une barbe claire, le frère cadet du scientifique décédé. Ses yeux sauvages, ses joues tachées et ses cheveux décoiffés indiquaient le coup du sort qui s'était abattu sur la maison. Il était à peine compréhensible alors qu'il en parlait.

"C'était un horrible scandale," dit-il. "Mon frère, Sir James, était un homme à l'honneur très sensible, et il ne pouvait survivre à une telle affaire. Elle lui a brisé le cœur. Il était toujours si fier de l'efficacité de son département, et ce fut un coup fatal.

"Nous espérions qu'il aurait pu nous donner quelque indication qui aurait pu nous aider à éclaircir cette affaire."

"Je vous assure que c'était aussi mystérieux pour lui que pour vous et pour nous tous. Il avait déjà mis tout ce qu'il savait à disposition de la police. Naturellement, il n'avait aucun doute sur la culpabilité de Cadogan West. Mais le reste était inconcevable."

"Vous n'avez rien à ajouter qui puisse aider ?"

"Je ne sais rien personnellement hormis ce que j'en ai lu ou entendu. Je ne souhaite pas être discourtois, mais vous pouvez comprendre, M. Holmes, que nous sommes très pris en ce moment, et je dois vous demander d'abréger cette discussion."

"C'est un développement bien inattendu," dit mon ami lorsque nous eûmes rejoint le taxi. "Je me demande si la mort a été naturelle, ou si le pauvre homme s'est suicidé ! Dans ce dernier cas, cela peut-il être compris comme un signe de contrition pour avoir négligé son devoir ? Nous devons laisser cette question à l'avenir. Maintenant, il est temps d'aller voir les proches de Cadogan West."

Une maison petite, mais bien tenue dans les faubourgs de la ville abritait la mère éplorée. La vieille femme était trop accablée de chagrin pour nous être d'aucune aide, mais à ses côtés se trouvait une jeune femme pâle, qui se présenta comme étant Mademoiselle Violet Westbury, la fiancée du mort, et la dernière à l'avoir vu vivant cette nuit fatidique.

"Je ne puis l'expliquer, M. Holmes," dit-elle. "Je n'ai pas fermé l'œil depuis cette tragédie, pensant, et pensant, et pensant encore, nuit et jour, à ce que pouvait être réellement le sens de tout ça. Arthur était l'homme le plus chevaleresque, patriote et intègre qui soit. Il se serait coupé la main droite plutôt que de vendre un secret d'État confié à sa discrétion. C'est absurde, impossible, inconcevable pour quiconque le connaissait.

"Mais les faits, Mademoiselle Westbury ?"

"Oui, oui, j'admets que je ne puis les expliquer."

"Avait-il besoin d'argent ?"

"Non, il se contentait de peu et son salaire était confortable. Il avait économisé quelques centaines de livres, et nous devions nous marier au nouvel an."

"Aucun signe de nervosité ? Allons, Mademoiselle Westbury, soyez totalement franche avec nous."

L'œil acéré de mon compagnon avait remarqué quelque changement dans ses manières. Elle rougit légèrement et hésita.

"Oui," dit-elle enfin, "j'avais le sentiment que quelque chose le préoccupait."

"Depuis longtemps ?"

"Seulement la dernière semaine, à peu près. Il était pensif et inquiet. Une fois, je l'ai interrogé à ce sujet. Il a admis qu'il y avait quelque chose, et que cela concernait sa vie professionnelle. 'C'est trop sérieux pour que j'en parle, même à toi,' a-t-il dit. Je n'ai rien pu obtenir de plus."

Holmes avait l'air grave.

"Continuez, Mademoiselle Westbury. Même si cela semble parler contre lui, continuez. Nous ne savons pas à quoi ça pourrait mener."

"De fait, je n'ai rien d'autre à dire. Une fois ou deux, il m'a semblé qu'il était sur le point de me dire quelque chose. Il a parlé un soir de l'importance du secret, et il me semble me souvenir qu'il a dit que des espions étrangers paieraient sans doute une fortune pour l'avoir.

Le visage de mon ami se encore plus sombre.

"Autre chose ?"

"Il a dit que nous n'étions pas assez soucieux de ce genre de chose, qu'il serait facile pour un traître d'obtenir les plans."

"Est-ce seulement récemment qu'il a fait de telles remarques ?"

"Oui, assez récemment."

"Maintenant parlez-nous de ce dernier soir."

"Nous devions aller au théâtre. Le brouillard était si dense qu'un taxi aurait été inutile. Nous avons marché, et notre chemin est passé près du bureau. Soudain, il s'est élancé dans le brouillard."

"Sans un mot ?"

"Il a laissé échapper une exclamation ; c'est tout. J'ai attendu, mais il n'est jamais revenu. Alors j'ai marché jusqu'à la maison. Le matin suivant, après l'ouverture du bureau, ils sont venus s'enquérir de lui. Vers midi, nous avons entendu cette affreuse nouvelle. Oh, M. Holmes, si vous pouviez seulement sauvez son honneur ! Il signifiait tant pour lui."

Holmes secoua la tête tristement.

"Venez, Watson," dit-il, "notre place est ailleurs. Notre prochaine étape doit être le bureau où les papiers ont été pris."

"C'était assez incriminant envers ce jeune homme, mais notre enquête empire les choses," remarqua-t-il, alors que le taxi nous emmenait. "Son futur mariage donne un motif pour le crime. Naturellement, il avait besoin d'argent. L'idée lui trottait dans la tête puisqu'il en a parlé. Il a presque fait de la fille sa complice dans la trahison en lui dévoilant ses plans. Tout cela est bien noir."

"Mais sûrement, Holmes, que le caractère joue également un rôle ? De plus, n'oublions pas, pourquoi laisser la fille dans la rue et se précipiter pour commettre un crime ?"

"Exactement ! Ce sont certainement des objections valables. Mais c'est une accusation très solide qu'elles doivent récuser."

M. Sidney Johnson, le secrétaire principal, nous rejoignit au bureau et nous reçut avec le respect que la carte de mon compagnon lui valait. C'était un homme mince, à lunettes, d'âge moyen, les joues hâves, et les mains tressautant de la tension nerveuse à laquelle il avait été soumis.

"C'est mauvais, M. Holmes, très mauvais ! Avez-vous entendu parler de la mort du chef ?

"Nous revenons tout juste de sa maison."

"L'endroit est désorganisé. Le chef mort, Cadogan West mort, nos papiers volés. Et pourtant, lorsque nous avons fermé lundi soir, nous étions un bureau aussi efficace que n'importe quel autre au service du gouvernement. Seigneur, c'est terrible d'y penser ! Que West, entre tous, ait commis un tel acte !"

"Vous êtes donc certain de sa culpabilité ?"

"Je ne vois aucun moyen d'y échapper. Et pourtant je lui aurais fait confiance autant qu'à moi-même."

"À quelle heure le bureau a-t-il fermé lundi ?"

"À cinq heures."

"L'avez-vous fermé ?"

"Je suis toujours le dernier à sortir."

"Où étaient les plans ?"

"Dans ce coffre. Je les y ai mis moi-même."

"N'y a-t-il pas de gardien pour ce bâtiment ?"

"Il y en a un, mais il doit aussi veiller sur d'autres départements. C'est un vieux soldat parfaitement digne de confiance. Il n'a rien vu ce soir-là. Bien sûr, le brouillard était très épais."

"Supposons que Cadogan West ait voulu entrer ici après les heures de bureau : il aurait eu besoin de trois clés, n'est-ce pas, avant de pouvoir mettre la main sur les papiers ?"

"Oui, en effet. La clé de la porte extérieure, la clé du bureau, et la clé du coffre."

"Seuls Sir James Walter et vous-même avez ces clés ?

"Je n'avais pas les clés des portes -- uniquement du coffre."

"Sir James était-il un homme d'habitudes très ordonnées ?"

"Oui, je pense qu'il l'était. Je sais que pour ce qui est de ces trois clés, il les gardait sur le même anneau. Je les y ai souvent vues.

"Et cet anneau l'a accompagné à Londres ?"

"C'est ce qu'il a dit."

"Et votre clé a toujours été en votre possession ?"

"Toujours."

"Alors West, s'il est coupable, a dû avoir un double. Et pourtant aucun n'a été trouvé sur son corps. Un autre point : si un secrétaire de ce bureau souhaitait vendre les plans, ne serait-il pas plus simple de les copier pour lui plutôt que de prendre les originaux, comme ce fut fait ?"

"Copier les plans prendrait, à toutes fins utiles, des connaissances techniques considérables."

"Mais je suppose que vous, ou Sir James, ou West aviez ces connaissances ? "

"Sans aucun doute, mais je vous supplie de ne pas me traîner dans cette affaire, M. Holmes. Quel est l'intérêt de ces devinettes, alors que les plans originaux ont été effectivement trouvés sur West ?"

"Eh bien, il est certainement curieux qu'il ait pris le risque d'emporter les originaux, s'il pouvait plus sûrement en prendre des copies, qui auraient aussi bien servi son but."

"Curieux, sans doute, et pourtant, il l'a fait."

"Toute recherche dans ce cas révèle quelque chose d'inexplicable. Maintenant, il reste trois papiers manquants. Ils sont, tel que je l'ai compris, les plus importants."

"Oui, c'est le cas."

"Voulez-vous dire que quiconque en possession de ces trois papiers et sans les sept autres, pourrait construire un sous-marin Bruce-Partington ?"

"C'est ce que j'ai dit à l'amirauté. Mais aujourd'hui, j'ai regardé de nouveaux les dessins, et je n'en suis plus si sûr. Les doubles valves avec les ouvertures auto-ajustées sont dessinées sur l'un des papiers qui ont été rendus. Jusqu'à ce que les étrangers les aient inventées d'eux-mêmes, ils ne peuvent pas faire le submersible. Bien sûr, il est possible qu'ils surmontent rapidement cette difficulté."

"Mais les trois dessins manquants sont les plus cruciaux ?"

"Indubitablement."

"Je pense qu'avec votre permission, je vais maintenant inspecter les lieux. Je ne pense pas avoir d'autres questions."

Il examina le cadenas du coffre, la porte de la pièce, et finalement les volets de fer de la fenêtre. Ce n'est qu'en parvenant à la pelouse, dehors, que son attention fut puissamment éveillée. Il y avait un laurier sous la fenêtre, et plusieurs des branches avaient visiblement été pliées ou cassées. Il les examina soigneusement avec sa loupe, et ensuite quelques marques vagues et indistinctes sur la terre en dessous. Finalement il demanda au secrétaire principal de fermer les volets de fer, et il me fit remarquer qu'ils se joignaient mal en leur centre, et qu'il serait possible à quelqu'un à l'extérieur de voir ce qui se passait dans la pièce.

"Les indications sont ruinées par les trois jours de délai. Elles peuvent vouloir dire tout ou rien. Eh bien, Watson, je ne pense pas que Woolwich puisse nous aider davantage. C'est une maigre moisson que nous avons faite. Voyons si nous ne pouvons pas mieux faire à Londres.

Et pourtant nous ajoutâmes un épi de plus à notre récolte avant de quitter Woolwich Station. Le guichetier put nous dire avec assurance qu'il avait vu Cadogan West - qu'il connaissait bien de vue - le lundi soir, et qu'il s'était rendu à Londres par le train de 20 h 15 pour London Bridge. Il était seul et n'avait pris qu'un aller simple en troisième classe. Le fonctionnaire avait été frappé par son allure excitée et nerveuse. Si tremblant qu'il avait du mal à ramasser sa monnaie, et que le guichetier l'y avait aidé. En nous reportant aux horaires, nous vîmes que le train de 20 h 15 était le premier que West avait pu prendre après avoir quitté la demoiselle vers 19 h 30.

"Récapitulons, Watson," dit Holmes après une demi-heure de silence. "Je ne me souviens pas avoir rencontré, dans toutes nos collaborations, de cas plus difficile à appréhender. Chaque avancée que nous faisons nous conduit à une difficulté nouvelle. Et pourtant nous avons sûrement fait quelques progrès."

"Les résultats de nos investigations à Woolwich sont dans l'ensemble défavorables au jeune Cadogan West ; mais les indications à la fenêtre se prêtent à une interprétation plus favorable. Supposons par exemple qu'il ait été approché par un agent étranger. Cela a pu se faire sous le sceau du secret, son attachement à sa parole lui aurait interdit d'en parler, et pourtant cela aurait influencé ses pensées dans la direction indiquée par ses remarques à sa fiancée. Très bien. Supposons maintenant qu'alors qu'il se rendait au théâtre avec la demoiselle, il ait eu, à travers le brouillard, un aperçu de ce même agent se dirigeant vers son bureau. C'était un homme impétueux, prompt à se décider. Son devoir passait avant tout : il aurait suivi cet homme, atteint la fenêtre, vu les documents pris, et poursuivi le voleur. De cette façon nous surmontons l'objection que nul n'aurait pris les originaux, alors qu'il pouvait en faire des copies. Cet homme, extérieur au bureau, devait prendre les originaux. Jusque-là, ça se tient."

"Quelle est la prochaine étape ? "

"C'est là que viennent les difficultés. On imagine qu'en de telles circonstances, le premier acte du jeune Cadogan West aurait été de saisir le malfaiteur et de donner l'alarme. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Un supérieur hiérarchique aurait-il pu prendre les papiers ? Cela expliquerait la conduite de West. Ou le voleur a-t-il pu échapper à West dans le brouillard, et West se serait rendu sur le champ à Londres pour le précéder dans son appartement, à supposer qu'il sache où il se trouve ? Ce devait être urgent et important, pour qu'il laisse la fille dans le brouillard et ne fasse aucun effort pour communiquer avec elle. Notre piste se refroidit là, et il reste un gouffre entre ces hypothèses et le corps de West gisant sur le toit d'un train métropolitain avec sept papiers en poche. Mes instincts me disent maintenant de travailler à partir de l'autre côté. Si Mycroft nous a donné la liste des adresses, nous pourrions trouver notre homme et suivre deux pistes au lieu d'une."

Comme il s'y attendait, une note nous attendait à Baker Street. Un messager du gouvernement nous l'avait apportée en hâte. Holmes y jeta un œil et me la jeta.

Le menu fretin est nombreux, mais peu pourraient s'en prendre à une telle affaire. Les seuls hommes qui méritent d'être pris en compte sont Adolph Meyer, du 13, Great Georges Street, Westminster ; Louis la Rothière, de Campden Mansions, Notting Hill ; et Hugo Oberstein, 13 Caulfield Gardens, Kensington. Ce dernier était en ville lundi, et on le dit parti. Heureux d'apprendre que tu vois de la lumière. Le Cabinet attend ton rapport définitif avec la plus grande anxiété. Des demandes urgentes ont émané des plus hauts quartiers. Toute la puissance de l'État est à ta disposition si tu devais en avoir besoin. MYCROFT.

"J'ai bien peur," dit Holmes en souriant, "que tous les chevaux et tous les hommes de la reine ne soient d'aucun secours en la matière." Il avait étalé sa grande carte de Londres et se penchait dessus impatiemment. "Eh bien,", disait-il avec une exclamation de satisfaction, "les choses nous sont enfin un peu plus favorables. Je crois même sincèrement, Watson, que nous y parviendrons, après tout." Il me tapa sur l'épaule avec une soudaine explosion de joie. "Je sors. Ce n'est qu'une reconnaissance. Je ne ferais rien de sérieux sans mon estimé camarade et biographe à mes côtés. Si vous restez ici, il est probable que vous me revoyiez d'ici une heure ou deux. Si le temps se fait long, prenez un papier et une plume, et commencez à raconter comment nous avons sauvé l'État."

Je ressentais moi-même comme un reflet de son excitation, car je savais qu'il ne modifierait pas tant son comportement habituellement austère à moins qu'il n'ait une bonne raison d'exulter. J'attendis son retour toute la longue soirée de novembre, plein d'impatience. Enfin, peu après neuf heures, un messager arriva, porteur d'une note :

Dîne au restaurant Goldini, Gloucester Road, Kensington. Merci de m'y rejoindre tout de suite. Apportez une pince-monseigneur, une lanterne sourde, un ciseau, et un revolver. S. H.

C'était un curieux assortiment à porter le long des rues obscures et brumeuses pour un respectable citoyen. Je rangeai ces outils discrètement dans mon manteau et me rendis directement à l'adresse indiquée. J'y trouvais mon ami, assis à une petite table ronde près de la porte du restaurant italien.

"Avez-vous mangé quelque chose ? Dans ce cas, joignez-vous à moi pour un café et un curaçao. Essayez l'un des cigares du propriétaire. Ils sont moins toxiques que l'on ne pourrait s'y attendre. Avez-vous les outils ?"

"Ils sont là, dans mon manteau."

"Excellent. Laissez-moi vous donner une idée de ce que j'ai fait, et de ce que nous allons faire. Il doit maintenant vous être évident, Watson, que le corps de ce jeune homme a été placé sur le toit du train. C'était clair dès l'instant où j'ai déterminé que c'est du toit, et non du wagon, qu'il était tombé."

"N'a-t-il pas pu être jeté d'un pont ?"

"Je pense que c'est impossible. Si vous examinez les toits vous verrez qu'ils sont légèrement arrondis, et qu'il n'y a pas de rambarde autour. Nous pouvons donc dire avec certitude que le jeune Cadogan West a été placé dessus.

"Comment a-t-il pu y être mis ?"

"C'est la question à laquelle il nous faut répondre. Il n'y a qu'une façon. Vous êtes conscient que le métro sort des tunnels à certains endroits de West End. Je me souviens vaguement d'avoir vu des fenêtres juste au-dessus de ma tête alors que je l'empruntais. Maintenant, supposons qu'un train s'arrête sous une telle fenêtre, serait-il difficile de déposer un corps sur le toit ?"

"Cela semble des plus improbables."

"Nous devons nous rabattre sur le vieil axiome selon lequel, toutes autres possibilités étant exclues, ce qui reste, aussi improbable que ce soit, doit être vrai. Nous venons d'exclure toutes les autres possibilités. Lorsque j'ai découvert qu'un agent d'envergure internationale, qui vient de quitter Londres, vit dans une rangée de maisons qui surplombe le métro, j'étais si content que vous avez été légèrement étonné de ma soudaine frivolité.

"Oh, c'était cela ?"

"Oui, c'était cela. M. Hugo Oberstein, du 13, Caulfield Gardens, est devenu mon objectif. J'ai commencé mes investigations à la station de Gloucester Road, où un fonctionnaire fort serviable m'a emmené le long des voies et permis de constater que non seulement les fenêtres arrière de Caulfield Gardens donnent sur la ligne, mais aussi qu'à cause d'une intersection avec l'une des voies ferrées les plus fréquentées, les trains métropolitains se tiennent fréquemment immobiles pendant plusieurs minutes à cet endroit même.

"Superbe, Holmes ! Vous l'avez !"

"Jusque-là, jusque-là, Watson. Nous avançons, mais le but est encore loin. Enfin, ayant vu l'arrière de Caulfield Gardens, j'ai visité l'avant et constaté de visu que l'oiseau s'était envolé. C'est une maison imposante, non meublée pour autant que je puisse en juger, du moins les pièces supérieures. Oberstein vivait là avec un seul serviteur, qui était sans doute de confiance. Nous devons nous souvenir qu'Oberstein s'est rendu sur le continent pour disposer de son butin, mais sans idée de fuite ; car il n'avait aucune raison de craindre une perquisition, et l'idée d'un cambriolage amateur ne lui est sans doute pas venue. Mais c'est précisément ce que nous nous apprêtons à faire."

"Ne pourrions-nous pas demander un mandat et le faire légalement ?"

"Pas sur des preuves si ténues."

"Que peut-on espérer accomplir ?"

"Nous ne pouvons pas deviner quelles lettres peuvent s'y trouver."

"Je n'aime pas ça, Holmes."

"Mon cher ami, vous ferez le guet. Je m'occuperai de l'aspect illégal. Ce n'est pas le moment de renâcler sur des détails. Pensez au message de Mycroft, à l'amirauté, au cabinet, à la personne de si haut rang qui attend des nouvelles. Nous nous devons d'y aller."

Ma réponse fut de me lever.

"Vous avez raison, Holmes. Nous y sommes tenus."

Il bondit et me serra la main.

"Je savais que vous ne vous déroberiez pas au dernier moment," dit-il, et un instant je vis quelque chose dans ses yeux qui était plus proche de la tendresse que je ne l'avais jamais vu. L'instant suivant, il avait retrouvé sa maîtrise de soi habituelle.

"Il y a presque un kilomètre, mais nous ne sommes pas pressés. Autant marcher," dit-il. "Ne faites pas tomber les outils, je vous en prie. Votre arrestation comme personne suspecte serait une complication des plus malheureuses."

Caulfield Gardens était une de ces rangées de maisons à façades plates, avec piliers et portique, qui sont si typiquement un produit du milieu de l'époque victorienne dans le West End de Londres. La maison voisine semblait abriter une fête d'enfants, car le bourdonnement joyeux de jeunes voix et la cascade de notes d'un piano résonnaient à travers la nuit. Le brouillard continuait de nous envelopper de son flou bienvenu. Holmes avait allumé sa lanterne et éclaira la porte massive.

"C'est un cas difficile," dit-il. "Elle est certainement barrée en plus d'être verrouillée. Nous pourrions faire mieux une fois sur place. Il y a un excellent porche près d'ici, en bas, au cas où un policier trop zélé devrait faire irruption. Donnez-moi un coup de main, Watson, et je ferais de même pour vous."

Une minute plus tard, nous étions tous deux sur place. Nous avions à peine atteint l'ombre bienveillante avant d'entendre les pas d'un policier dans le brouillard au-dessus de nous. Alors que leurs cadences mesurées s'éteignaient, Holmes se mit à l'ouvrage sur la porte du bas. Je le vis se pencher et forcer jusqu'à ce qu'elle s'ouvre brutalement avec un craquement sec. Nous nous précipitâmes à travers le passage obscur, fermant la porte derrière nous. Holmes nous guida en haut d'un escalier incurvé de pierre nue. Son pinceau de lumière jaune brilla sur une fenêtre basse.

"Nous y sommes, Watson, ce doit être celle-ci." Alors qu'il l'ouvrait, nous entendîmes un murmure dur et bas, grandissant en intensité jusqu'à un rugissement métallique alors qu'un train passait dans la nuit. Holmes balaya de sa lumière le cadre de la fenêtre. Il était couvert d'une épaisse couche de suie provenant des moteurs qui passaient, mais la surface noire était frottée, atténuée par endroits.

"Vous pouvez voir où ils ont déposé le corps. Hourra, Watson ! qu'est ceci ? Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une tache de sang." Il pointait à de faibles décolorations le long du cadre de la fenêtre. "On la retrouve sur la pierre de l'escalier également. La démonstration est complète. Attendons qu'un train s'arrête."

Nous n'eûmes pas à attendre longtemps. Le prochain train à arriver rugit du tunnel comme auparavant, mais ralentit à l'air libre, et avec un grincement de freins, s'arrêta juste au-dessous de nous. Il n'y avait pas beaucoup plus d'un mètre de la rambarde de la fenêtre au toit du wagon. Holmes ferma doucement la fenêtre.

"Jusque-là les faits nous donnent raison," dit-il. "Qu'en pensez-vous, Watson ?"

"Un coup de maître. Vous ne vous êtes jamais élevé aussi haut."

"Je ne peux pas être d'accord avec vous. Dès le moment où j'ai conçu l'idée du corps sur le toit, qui n'était pas bien compliquée, le reste était inévitable. S'il n'y avait pas de si graves enjeux, jusque-là cette affaire serait insignifiante. Nos problèmes restent encore à résoudre. Mais nous trouverons peut-être ici quelque chose pour nous y aider.

Nous avions gravi l'escalier de la cuisine et étions entrés dans la suite de pièces du premier étage. Il y avait une salle à manger, spartiatement meublée et ne contenant rien d'intéressant. La deuxième était une chambre à coucher, également décevante. La dernière pièce semblait plus prometteuse, et mon compagnon s'attacha à l'examiner systématiquement. Elle était couverte de livres et de papiers, et était clairement utilisée comme étude. Rapidement et méthodiquement, Holmes retourna les contenus de tiroirs après tiroirs et étagère après étagère, mais aucune lueur de succès ne vint illuminer son visage austère. Au bout d'une heure, il n'était pas plus avancé.

"Le renard a couvert ses traces," dit-il. "Il n'a rien laissé pouvant l'incriminer. Sa correspondance a été détruite ou retirée, et avec elle la menace qu'elle pouvait représenter pour lui. Ceci est notre dernière chance."

C'était une petite boîte de métal qui se trouvait sur le bureau. Holmes en força l'ouverture avec son ciseau. Plusieurs rouleaux de papier s'y trouvaient, couverts de chiffres et de calculs, sans annotations pour indiquer à quoi ils se référaient. Certains mots récurrents, comme "pression de l'eau" et "pression par pouce carré" suggéraient un possible lien avec un sous-marin. Holmes les rejeta impatiemment de côté. Ne restait plus qu'une enveloppe contenant quelques coupures de journaux. Il la vida sur la table, et je vis tout de suite à son expression vibrante qu'il fondait de grands espoirs sur ces coupures.

"Qu'est ceci, Watson ? Eh ? Qu'est-ce ? La trace d'une série de messages dans un journal. Le courrier du Daily Telegraph, à en juger par les caractères et le papier. Le coin supérieur droit d'une page. Pas de dates, mais les messages parlent d'eux-même. Ce doit être le premier :

"Espérais des nouvelles plus tôt. Conditions acceptées. Écrivez à l'adresse donnée sur la carte. PIERROT.

"Ensuite vient :"

"Trop complexe pour description. Dois avoir la totalité. Ce qui est convenu vous attend à la livraison. PIERROT.

"Et alors :

"Devient urgent. Dois retirer offre sauf si contrat rempli. Prenez RDV par lettre. Confirmerais par journal. PERROT.

"Enfin :

"Lundi après 9h pm. Deux coups. Nous seuls. Ne soyez pas si soupçonneux. Paiement en liquide à la livraison. PIERROT.

"Un enregistrement complet, Watson ! Si nous pouvions seulement atteindre l'homme à l'autre bout !" Il s'assit, perdu dans ses pensées, tambourinant la table du bout des doigts. Enfin, il se redressa brusquement.

"Eh bien, peut-être que ce ne sera pas si difficile, après tout. Il n'y a plus rien à faire ici, Watson. Je pense que nous pourrions nous rendre aux bureaux du Daily Telegraph, et ainsi parachever le travail d'une journée fructueuse."

Mycroft Holmes et Lestrade étaient venus sur rendez-vous après le petit-déjeuner le lendemain et Sherlock Holmes leur avait conté nos activités du jour précédent. Le professionnel secoua la tête à notre cambriolage avoué.

"Nous ne pouvons pas nous permettre de tels agissements dans la police, M. Holmes," dit-il. "Il n'est pas surprenant que vous obteniez des résultats au-delà des nôtres. Mais un de ces jours, vous irez trop loin, et vous vous trouverez dans les ennuis avec votre ami."

"Pour l'Angleterre, notre foyer et pour la beauté, eh, Watson ? Martyr sur l'autel de notre pays. Mais qu'en penses-tu, Mycroft ?"

"Excellent, Sherlock ! Admirable ! Mais qu'en feras-tu ?"

Holmes pris le Daily Telegraph qui se trouvait sur la table.

"Avez-vous vu le message de Pierrot aujourd'hui ?"

"Comment ? Un autre ?"

"Oui, juste ici :

"Ce soir. Même heure, même endroit. Deux coups. Importance cruciale. Votre sécurité en jeu. PIERROT.

"Par Georges !" s'écria Lestrade. "S'il répond, nous l'avons !"

"C'était l'idée lorsque je l'ai fait insérer. Je pense que si vous pouviez tous deux vous joindre à nous vers huit heures ce soir à Caulfield Gardens, nous pourrions peut-être approcher un peu plus de la solution.

L'un des traits les plus remarquables de Sherlock Holmes était sa capacité à se détacher de l'action et à consacrer toutes ses pensées à de plus futiles considérations lorsqu'il s'était convaincu d'avoir fait tout son possible. Je me souviens que durant la totalité de ce jour mémorable, il se dédia à corps perdu à la rédaction d'une monographie qu'il avait entamée sur les motets polyphoniques de Lassus. Pour ma part, je n'avais rien de sa capacité de détachement, et la journée me parut en conséquence interminable. L'importance nationale de l'enjeu, le suspense au plus haut niveau de l'État, la nature directe de notre tentative : tout se combinait pour me porter sur les nerfs. Ce fut un soulagement pour moi lorsque enfin, après un dîner léger, nous nous mîmes en route. Lestrade et Mycroft nous rencontrèrent comme convenu à l'extérieur de la station Gloucester Road. La porte arrière de la maison d'Oberstein était restée ouverte la nuit précédente, et il me fut nécessaire, comme Mycroft refusait absolument et avec indignation de grimper à la balustrade, d'entrer et d'ouvrir la porte d'entrée. À neuf heures, nous étiez tous assis dans l'étude, attendant patiemment notre homme.

Une heure passa, puis une autre. Lorsque onze heures sonnèrent, les battements mesurés de la grande horloge de l'église semblèrent sonner le glas de nos espoirs. Lestrade et Mycroft remuaient sur leurs sièges et regardaient leur montre deux fois par minute. Holmes était assis, silencieux et composé, ses paupières à demi fermées, mais tout les sens aux aguets. Il leva la tête d'une brusque secousse.

"Il arrive," dit-il.

Il y avait eu un pas furtif devant la porte. Maintenant on l'entendait de nouveau. Nous entendîmes un bruit étouffé dehors, puis deux coups secs avec le heurtoir. Holmes se leva, nous faisait signe de rester assis. La lampe à gaz dans le hall était réduite à un point de lumière. Il ouvrit la porte extérieure, et alors qu'une silhouette sombre se glissait à l'intérieur il referma et verrouilla la porte. "Par ici !" dit-il, et un moment plus tard notre homme se tenait devant nous. Holmes l'avait suivi de près, et alors que l'homme se tournait avec un cri de surprise et d'alarme, il l'attrapa par le col et le rejeta dans la pièce. Avant que notre prisonnier n'ait retrouvé son équilibre, la porte était fermée et Holmes s'y était adossé. L'homme jeta un regard furieux aux alentours, tituba, et tomba évanoui au sol. Avec le choc, son chapeau à larges bords quitta sa tête, son foulard descendit de ses lèvres, et l'on put voir la longue barbe claire et les traits doux et délicatement ciselés du colonel Valentine Walter.

Holmes eut un sifflement de surprise.

"Vous pouvez me tenir pour un imbécile, cette fois, Watson," dit-il. "Ce n'est pas l'oiseau auquel je m'attendais."

"Qui est-ce ?" demanda Mycroft avec impatience.

"Le jeune frère de feu Sir James Walter, qui était à la tête du département des sous-marins. Oui, oui, je vois à quoi ressemblent les cartes. Il va bientôt le voir aussi. Je crois que vous feriez mieux de me laisser l'interroger."

Nous avions porté le corps prostré sur le sofa. Maintenant notre prisonnier s'asseyait ; il regarda autour de lui d'un air horrifié, et se passa une main sur le front, comme quelqu'un qui ne peut en croire ses yeux.

"Qu'est ceci ?" demanda-t-il. "Je suis venu ici voir M. Oberstein."

"Tout a été découvert, colonel Walter," dit Holmes. "Comment un gentilhomme anglais a pu se comporter de cette façon me dépasse. Mais toute votre correspondance et votre relation avec Oberstein nous sont connues. Tout comme le sont les circonstances de la mort du jeune Cadogan West. Puis-je vous conseiller de regagner au moins le mérite du repentir et d'une confession, puisqu'il reste quelques détails que nous ne pouvons apprendre que de vos lèvres."

L'homme grogna et plongea la tête entre les mains. Nous attendîmes, mais il restait silencieux.

"Je peux vous assurer," dit Holmes, "que l'essentiel nous est déjà connu. Nous savons que vous aviez des soucis d'argent, que vous avez pris l'empreinte des clés dont votre frère avait la garde et que vous avez correspondu avec Oberstein, qui vous répondait par le biais des colonnes du Daily Telegraph. Nous savons que vous vous êtes rendu au bureau, dans le brouillard de la soirée de lundi, mais que vous avez été vu et suivi par le jeune Cadogan West, qui avait sans doute quelque raison antérieure de vous soupçonner. Il a vu votre vol, mais ne pouvait pas donner l'alarme, car il était possible que vous ayez pris les papiers pour les remettre à votre frère à Londres. Laissant ses propres projets de côté, comme le bon citoyen qu'il était, il vous a suivi de près dans la brume et est resté sur vos talons jusqu'à ce que vous atteigniez cette maison. Alors il est intervenu, et c'est alors, Colonel Walter, qu'à la trahison vous avez ajouté le plus grave crime de meurtre."

"Non ! Non ! Devant Dieu je vous jure que je ne l'ai pas fait !" s'écria notre prisonnier effondré.

"Dites-nous, alors, comment Cadogan West est mort avant que vous ne le déposiez sur le toit d'un wagon."

"Je vais le faire. Je vous jure que je vais le faire. J'ai fait le reste. Je l'avoue. Cela s'est passé exactement comme vous l'avez dit. Une dette en bourse devait être payée. J'avais gravement besoin d'argent. Oberstein m'offrait cinq mille. C'était pour me sauver de la ruine. Mais pour ce qui est du meurtre, je suis aussi innocent que vous."

"Que s'est-il passé, alors ?"

"Il avait des soupçons, et m'a suivi comme vous l'avez décrit. Je ne l'ai découvert que sur le seuil de la maison. Le brouillard était épais, et on ne pouvait pas voir à trois pas. J'avais frappé deux coups et Oberstein m'avait ouvert. Le jeune homme s'est jeté sur nous et nous a demandé ce que nous comptions faire avec les papiers. Oberstein avait un gourdin court qu'il porte toujours sur lui. Alors que West s'introduisait de force dans la maison, Oberstein l'a frappé à la tête. Le coup fut fatal. Il était mort dans les cinq minutes. Il gisait dans le hall, et nous n'avions aucune idée de ce qu'il fallait faire. C'est alors qu'Oberstein a eu cette idée au sujet des trains qui s'arrêtaient sous sa fenêtre arrière. Mais nous avons d'abord examiné les papiers que j'avais apportés. Il a dit que trois d'entre eux étaient essentiels, et qu'il devait les garder. 'Vous ne pouvez pas les garder,' ai-je dit. 'Woolwich sera dans tous ses états s'ils ne sont pas rendus.' 'Je dois les garder,' dit-il, 'car ils sont si techniques qu'il est impossible de les copier dans un délai si court.' 'Alors ils doivent être retournés ensemble ce soir,' dis-je. Il a réfléchi un moment, puis s'est exclamé qu'il avait la solution. 'Je vais en garder trois,' dit-il. 'Les autres, nous les mettrons dans la poche de ce jeune homme. Lorsqu'il sera trouvé, toute la faute retombera sans doute sur lui'. Je ne voyais pas d'autre solution, alors nous avons fait comme il le suggérait. Nous avons attendu une demi-heure à la fenêtre avant qu'un train ne s'arrête. Le brouillard était si épais que l'on ne pouvait rien voir, et nous n'avons eu aucun mal à déposer le corps de West sur le train. C'était la fin des événements pour autant que je sois concerné.

"Et votre frère ?"

"Il n'a rien dit, mais il m'avais surpris une fois avec ses clés, et je pense qu'il se doutait. Je voyais dans ses yeux qu'il me suspectait. Comme vous le savez, il ne s'en est pas relevé."

Le silence régnait dans la pièce. Il fut brisé par Mycroft Holmes.

"Ne pouvez-vous offrir réparation ? Cela soulagerait votre conscience, et peut-être diminuerait votre sentence."

"Quelle réparation puis-je faire ?"

"Où se trouve Oberstein avec les papiers ?"

"Je ne le sais pas."

"Ne vous a-t-il pas donné d'adresse ?"

"Il a dit que les lettres adressées à l'hôtel du Louvre, à Paris, finiraient par le joindre."

"Alors, il vous est encore possible de réparer", dit Sherlock Holmes.

"Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir. Je ne dois rien à ce type. Il fut ma ruine et ma chute."

"Voilà du papier et un stylo. Asseyez-vous et écrivez ce que je vais vous dicter. Adressez l'enveloppe comme convenu. C'est cela. Maintenant, la lettre :

"Cher monsieur, Concernant notre transaction, vous aurez sans doute remarqué maintenant qu'il manque un détail essentiel. J'ai le schéma qui complète l'ensemble. Il m'a coûté quelques peines supplémentaires, toutefois, et j'en demande un surplus de cinq cents livres. Je ne puis le confier à la poste, et je ne prendrai que de l'or ou des billets. Je vous rejoindrais bien à l'étranger, mais un tel déplacement de ma part en ce moment attirerait l'attention. J'espère donc vous voir dans le fumoir de l'hôtel Charing Cross à midi ce dimanche. Souvenez-vous que seuls des billets anglais, ou de l'or, seront acceptés.

Cela fera l'affaire. Je serais très surpris que ça ne nous amène pas notre homme."

Et ça a marché ! C'est un fait historique, de cette histoire secrète d'une nation qui est souvent tellement plus intime et intéressante que ses chroniques publiques, qu'Oberstein, impatient de peaufiner l'affaire de sa carrière, mordit à l'hameçon et fut mis en sûreté pour quinze ans dans une prison britannique. Dans ses bagages, on trouva les plans du Bruce-Partington, qu'il avait mis aux enchères dans tous les grands arsenaux d'Europe.

Le colonel Walter mourut en prison vers la fin de la deuxième année de sa peine. Quant à Holmes, il retourna à sa monographie sur les motets polyphoniques de Lassus, qui a depuis été imprimée pour circulation privée, et est considérée par les experts comme étant le dernier mot sur le sujet. Quelques semaines après, j'appris que mon ami avait passé une journée à Windsor, d'où il revint avec une remarquable émeraude montée en épingle de cravate. Lorsque je lui ai demandé s'il l'avait achetée, il répondit qu'il s'agissait d'un cadeau d'une certaine gracieuse dame dans l'intérêt de laquelle il avait eu la chance de rendre un service mineur. Il n'en a pas dit plus, mais je crois que je devine le nom de l'auguste dame, et j'ai peu de doutes que l'épingle d'émeraude rappelle à jamais à mon ami l'aventure des plans du Bruce-Partington.

Texte original en anglais[modifier]

In the third week of November, in the year 1895, a dense yellow fog settled down upon London. From the Monday to the Thursday I doubt whether it was ever possible from our windows in Baker Street to see the loom of the opposite houses. The first day Holmes had spent in cross-indexing his huge book of references. The second and third had been patiently occupied upon a subject which he had recently made his hobby -- the music of the Middle Ages. But when, for the fourth time, after pushing back our chairs from breakfast we saw the greasy, heavy brown swirl still drifting past us and condensing in oily drops upon the window-panes, my comrade's impatient and active nature could endure this drab existence no longer. He paced restlessly about our sitting-room in a fever of suppressed energy, biting his nails, tapping the furniture, and chafing against inaction.

"Nothing of interest in the paper, Watson?" he said.

I was aware that by anything of interest, Holmes meant anything of criminal interest. There was the news of a revolution, of a possible war, and of an impending change of government; but these did not come within the horizon of my companion. I could see nothing recorded in the shape of crime which was not commonplace and futile. Holmes groaned and resumed his restless meanderings.

"The London criminal is certainly a dull fellow," said he in the querulous voice of the sportsman whose game has failed him. "Look out of this window, Watson. See how the figures loom up, are dimly seen, and then blend once more into the cloudbank. The thief or the murderer could roam London on such a day as the tiger does the jungle, unseen until he pounces, and then evident only to his victim."

"There have," said I, "been numerous petty thefts."

Holmes snorted his contempt.

"This great and sombre stage is set for something more worthy than that," said he. "It is fortunate for this community that I am not a criminal."

"It is, indeed!" said I heartily.

"Suppose that I were Brooks or Woodhouse, or any of the fifty men who have good reason for taking my life, how long could I survive against my own pursuit? A summons, a bogus appointment, and all would be over. It is well they don't have days of fog in the Latin countries -- the countries of assassination. By Jove! here comes something at last to break our dead monotony."

It was the maid with a telegram. Holmes tore it open and burst out laughing.

"Well, well! What next?" said he. "Brother Mycroft is coming round."

"Why not?" I asked.

"Why not? It is as if you met a tram-car coming down a country lane. Mycroft has his rails and he runs on them. His Pall Mall lodgings, the Diogenes Club, Whitehall -- that is his cycle. Once, and only once, he has been here. What upheaval can possibly have derailed him?"

"Does he not explain?"

Holmes handed me his brother's telegram.

Must see you over Cadogan West. Coming at once. MYCROFT.

"Cadogan West? I have heard the name."

"It recalls nothing to my mind. But that Mycroft should break out in this erratic fashion! A planet might as well leave its orbit. By the way, do you know what Mycroft is?"

I had some vague recollection of an explanation at the time of the Adventure of the Greek Interpreter.

"You told me that he had some small office under the British government."

Holmes chuckled.

"I did not know you quite so well in those days. One has to be discreet when one talks of high matters of state. You are right in thinking that he is under the British government. You would also be right in a sense if you said that occasionally he is the British government."

"My dear Holmes!"

"I thought I might surprise you. Mycroft draws four hundred and fifty pounds a year, remains a subordinate, has no ambitions of any kind, will receive neither honour nor title, but remains the most indispensable man in the country."

"But how?"

"Well, his position is unique. He has made it for himself. There has never been anything like it before, nor will be again. He has the tidiest and most orderly brain, with the greatest capacity for storing facts, of any man living. The same great powers which I have turned to the detection of crime he has used for this particular business. The conclusions of every department are passed to him, and he is the central exchange, the clearing-house, which makes out the balance. All other men are specialists, but his specialism is omniscience. We will suppose that a minister needs information as to a point which involves the Navy, India, Canada and the bimetallic question; he could get his separate advices from various departments upon each, but only Mycroft can focus them all, and say offhand how each factor would affect the other. They began by using him as a short-cut, a convenience; now he has made himself an essential. In that great brain of his everything is pigeon-holed and can be handed out in an instant. Again and again his word has decided the national policy. He lives in it. He thinks of nothing else save when, as an intellectual exercise, he unbends if I call upon him and ask him to advise me on one of my little problems. But Jupiter is descending to-day. What on earth can it mean? Who is Cadogan West, and what is he to Mycroft?"

"I have it," I cried, and plunged among the litter of papers upon the sofa. "Yes, yes, here he is, sure enough! Cadogan West was the young man who was found dead on the Underground on Tuesday morning."

Holmes sat up at attention, his pipe halfway to his lips.

"This must be serious, Watson. A death which has caused my brother to alter his habits can be no ordinary one. What in the world can he have to do with it? The case was featureless as I remember it. The young man had apparently fallen out of the train and killed himself. He had not been robbed, and there was no particular reason to suspect violence. Is that not so?"

"There has been an inquest," said I, "and a good many fresh facts have come out. Looked at more closely, I should certainly say that it was a curious case."

"Judging by its effect upon my brother, I should think it must be a most extraordinary one." He snuggled down in his armchair. "Now, Watson, let us have the facts."

"The man's name was Arthur Cadogan West. He was twenty-seven years of age, unmarried, and a clerk at Woolwich Arsenal."

"Government employ. Behold the link with Brother Mycroft!"

"He left Woolwich suddenly on Monday night. Was last seen by his fiancee, Miss Violet Westbury, whom he left abruptly in the fog about 7:30 that evening. There was no quarrel between them and she can give no motive for his action. The next thing heard of him was when his dead body was discovered by a plate-layer named Mason, just outside Aldgate Station on the Underground system in London."

"When?"

"The body was found at six on the Tuesday morning. It was lying wide of the metals upon the left hand of the track as one goes eastward, at a point close to the station, where the line emerges from the tunnel in which it runs. The head was badly crushed -- an injury which might well have been caused by a fall from the train. The body could only have come on the line in that way. Had it been carried down from any neighbouring street, it must have passed the station barriers, where a collector is always standing. This point seems absolutely certain."

"Very good. The case is definite enough. The man, dead or alive, either fell or was precipitated from a train. So much is clear to me. Continue."

"The trains which traverse the lines of rail beside which the body was found are those which run from west to east, some being purely Metropolitan, and some from Willesden and outlying junctions. It can be stated for certain that this young man when he met his death, was travelling in this direction at some late hour of the night, but at what point he entered the train it is impossible to state."

"His ticket, of course, would show that."

"There was no ticket in his pockets."

"No ticket! Dear me, Watson, this is really very singular. According to my experience it is not possible to reach the platform of a Metropolitan train without exhibiting one's ticket. Presumably, then, the young man had one. Was it taken from him in order to conceal the station from which he came? It is possible. Or did he drop it in the carriage? That also is possible. But the point is of curious interest. I understand that there was no sign of robbery?"

"Apparently not. There is a list here of his possessions. His purse contained two pounds fifteen. He had also a check-book on the Woolwich branch of the Capital and Counties Bank. Through this his identity was established. There were also two dress-circle tickets for the Woolwich Theatre, dated for that very evening. Also a small packet of technical papers."

Holmes gave an exclamation of satisfaction.

"There we have it at last, Watson! British government -- Woolwich. Arsenal -- technical papers -- Brother Mycroft, the chain is complete. But here he comes, if I am not mistaken, to speak for himself."

A moment later the tall and portly form of Mycroft Holmes was ushered into the room. Heavily built and massive, there was a suggestion of uncouth physical inertia in the figure, but above this unwieldy frame there was perched a head so masterful in its brow, so alert in its steel-gray, deep-set eyes, so firm in its lips, and so subtle in its play of expression, that after the first glance one forgot the gross body and remembered only the dominant mind.

At his heels came our old friend Lestrade, of Scotland Yard -- thin and austere. The gravity of both their faces foretold some weighty quest. The detective shook hands without a word. Mycroft Holmes struggled out of his overcoat and subsided into an armchair.

"A most annoying business, Sherlock," said he. "I extremely dislike altering my habits, but the powers that be would take no denial. In the present state of Siam it is most awkward that I should be away from the office. But it is a real crisis. I have never seen the Prime Minister so upset. As to the Admiralty -- it is buzzing like an overturned bee-hive. Have you read up the case?"

"We have just done so. What were the technical papers?"

"Ah, there's the point! Fortunately, it has not come out. The press would be furious if it did. The papers which this wretched youth had in his pocket were the plans of the Bruce-Partington submarine."

Mycroft Holmes spoke with a solemnity which showed his sense of the importance of the subject. His brother and I sat expectant.

"Surely you have heard of it? I thought everyone had heard of it."

"Only as a name."

"Its importance can hardly be exaggerated. It has been the most jealously guarded of all government secrets. You may take it from me that naval warfare becomes impossible within the radius of a Bruce-Partington's operation. Two years ago a very large sum was smuggled through the Estimates and was expended in acquiring a monopoly of the invention. Every effort has been made to keep the secret. The plans, which are exceedingly intricate, comprising some thirty separate patents, each essential to the working of the whole, are kept in an elaborate safe in a confidential office adjoining the arsenal, with burglar-proof doors and windows. Under no conceivable circumstances were the plans to be taken from the office. If the chief constructor of the Navy desired to consult them, even he was forced to go to the Woolwich office for the purpose. And yet here we find them in the pocket of a dead junior clerk in the heart of London. From an official point of view it's simply awful."

"But you have recovered them?"

"No, Sherlock, no! That's the pinch. We have not. Ten papers were taken from Woolwich. There were seven in the pocket of Cadogan West. The three most essential are gone -- stolen, vanished. You must drop everything, Sherlock. Never mind your usual petty puzzles of the police-court. It's a vital international problem that you have to solve. Why did Cadogan West take the papers, where are the missing ones, how did he die, how came his body where it was found, how can the evil be set right? Find an answer to all these questions, and you will have done good service for your country."

"Why do you not solve it yourself, Mycroft? You can see as far as I."

"Possibly, Sherlock. But it is a question of getting details. Give me your details, and from an armchair I will return you an excellent expert opinion. But to run here and run there, to cross-question railway guards, and lie on my face with a lens to my eye -- it is not my metier. No, you are the one man who can clear the matter up. If you have a fancy to see your name in the next honours list --"

My friend smiled and shook his head.

"I play the game for the game's own sake," said he. "But the problem certainly presents some points of interest, and I shall be very pleased to look into it. Some more facts, please."

"I have jotted down the more essential ones upon this sheet of paper, together with a few addresses which you will find of service. The actual official guardian of the papers is the famous government expert, Sir James Walter. whose decorations and sub-titles fill two lines of a book of reference. He has grown gray in the service, is a gentleman, a favoured guest in the most exalted houses, and, above all, a man whose patriotism is beyond suspicion. He is one of two who have a key of the safe. I may add that the papers were undoubtedly in the office during working hours on Monday, and that Sir James left for London about three o'clock taking his key with him. He was at the house of Admiral Sinclair at Barclay Square during the whole of the evening when this incident occurred."

"Has the fact been verified?"

"Yes; his brother, Colonel Valentine Walter, has testified to his departure from Woolwich, and Admiral Sinclair to his arrival in London; so Sir James is no longer a direct factor in the problem."

"Who was the other man with a key?"

"The senior clerk and draughtsman, Mr. Sidney Johnson. He is a man of forty, married, with five children. He is a silent, morose man, but he has, on the whole, an excellent record in the public service. He is unpopular with his colleagues, but a hard worker. According to his own account, corroborated only by the word of his wife, he was at home the whole of Monday evening after office hours, and his key has never left the watch-chain upon which it hangs."

"Tell us about Cadogan West."

"He has been ten years in the service and has done good work. He has the reputation of being hot-headed and impetuous, but a straight, honest man. We have nothing against him. He was next to Sidney Johnson in the office. His duties brought him into daily, personal contact with the plans. No one else had the handling of them."

"Who locked the plans up that night?"

"Mr. Sidney Johnson, the senior clerk."

"Well, it is surely perfectly clear who took them away. They are actually found upon the person of this junior clerk, Cadogan West. That seems final, does it not?"

"It does, Sherlock, and yet it leaves so much unexplained. In the first place, why did he take them?"

"I presume they were of value?"

"He could have got several thousands for them very easily."

"Can you suggest any possible motive for taking the papers to London except to sell them?"

"No, I cannot."

"Then we must take that as our working hypothesis. Young West took the papers. Now this could only be done by having a false key --"

"Several false keys. He had to open the building and the room."

"He had, then, several false keys. He took the papers to London to sell the secret, intending, no doubt, to have the plans themselves back in the safe next morning before they were missed. While in London on this treasonable mission he met his end."

"How?"

"We will suppose that he was travelling back to Woolwich when he was killed and thrown out of the compartment."

"Aldgate, where the body was found, is considerably past the station for London Bridge, which would be his route to Woolwich."

"Many circumstances could be imagined under which he would pass London Bridge. There was someone in the carriage, for example, with whom he was having an absorbing interview. This interview led to a violent scene in which he lost his life. Possibly he tried to leave the carriage, fell out on the line, and so met his end. The other closed the door. There was a thick fog, and nothing could be seen."

"No better explanation can be given with our present knowledge; and yet consider, Sherlock, how much you leave untouched. We will suppose, for argument's sake, that young Cadogan West had determined to convey these papers to London. He would naturally have made an appointment with the foreign agent and kept his evening clear. Instead of that he took two tickets for the theatre, escorted his fiancee halfway there, and then suddenly disappeared."

"A blind," said Lestrade, who had sat listening with some impatience to the conversation.

"A very singular one. That is objection No. 1. Objection No. 2: We will suppose that he reaches London and sees the foreign agent. He must bring back the papers before morning or the loss will be discovered. He took away ten. Only seven were in his pocket. What had become of the other three? He certainly would not leave them of his own free will. Then, again, where is the price of his treason? One would have expected to find a large sum of money in his pocket."

"It seems to me perfectly clear," said Lestrade. "I have no doubt at all as to what occurred. He took the papers to sell them. He saw the agent. They could not agree as to price. He started home again, but the agent went with him. In the train the agent murdered him, took the more essential papers, and threw his body from the carriage. That would account for everything, would it not?"

"Why had he no ticket?"

"The ticket would have shown which station was nearest the agent's house. Therefore he took it from the murdered man's pocket."

"Good, Lestrade, very good," said Holmes. "Your theory holds together. But if this is true, then the case is at an end. On the one hand, the traitor is dead. On the other, the plans of the Bruce-Partington submarine are presumably already on the Continent. What is there for us to do?"

"To act, Sherlock -- to act!" cried Mycroft, springing to his feet. "All my instincts are against this explanation. Use your powers! Go to the scene of the crime! See the people concerned! Leave no stone unturned! In all your career you have never had so great a chance of serving your country."

"Well, well!" said Holmes, shrugging his shoulders. "Come, Watson! And you, Lestrade, could you favour us with your company for an hour or two? We will begin our investigation by a visit to Aldgate Station. Good-bye, Mycroft. I shall let you have a report before evening, but I warn you in advance that you have little to expect."

An hour later Holmes, Lestrade and I stood upon the Underground railroad at the point where it emerges from the tunnel immediately before Aldgate Station. A courteous red-faced old gentleman represented the railway company.

"This is where the young man's body lay," said he, indicating a spot about three feet from the metals. "It could not have fallen from above, for these, as you see, are all blank walls. Therefore, it could only have come from a train, and that train, so far as we can trace it, must have passed about midnight on Monday."

"Have the carriages been examined for any sign of violence?"

"There are no such signs, and no ticket has been found."

"No record of a door being found open?"

"None."

"We have had some fresh evidence this morning," said Lestrade. "A passenger who passed Aldgate in an ordinary Metropolitan train about 11:40 on Monday night declares that he heard a heavy thud, as of a body striking the line, just before the train reached the station. There was dense fog, however, and nothing could be seen. He made no report of it at the time. Why whatever is the matter with Mr. Holmes?"

My friend was standing with an expression of strained intensity upon his face, staring at the railway metals where they curved out of the tunnel. Aldgate is a junction, and there was a network of points. On these his eager, questioning eyes were fixed, and I saw on his keen, alert face that tightening of the lips, that quiver of the nostrils, and concentration of the heavy tufted brows which I knew so well.

"Points," he muttered, "the points."

"What of it? What do you mean?"

"I suppose there are no great number of points on a system such as this?"

"No; there are very few."

"And a curve, too. Points, and a curve. By Jove! if it were only so."

"What is it, Mr. Holmes? Have you a clue?"

"An idea -- an indication, no more. But the case certainly grows in interest. Unique, perfectly unique, and yet why not? I do not see any indications of bleeding on the line."

"There were hardly any."

"But I understand that there was a considerable wound."

"The bone was crushed, but there was no great external injury."

"And yet one would have expected some bleeding. Would it be possible for me to inspect the train which contained the passenger who heard the thud of a fall in the fog?"

"I fear not, Mr. Holmes. The train has been broken up before now, and the carriages redistributed."

"I can assure you, Mr. Holmes," said Lestrade, "that every carriage has been carefully examined. I saw to it myself."

It was one of my friend's most obvious weaknesses that he was impatient with less alert intelligences than his own.

"Very likely," said he, turning away. "As it happens, it was not the carriages which I desired to examine. Watson, we have done all we can here. We need not trouble you any further, Mr. Lestrade. I think our investigations must now carry us to Woolwich."

At London Bridge, Holmes wrote a telegram to his brother, which he handed to me before dispatching it. It ran thus:

See some light in the darkness, but it may possibly flicker out. Meanwhile, please send by messenger, to await return at Baker Street, a complete list of all foreign spies or international agents known to be in England, with full address. SHERLOCK.

"That should be helpful, Watson," he remarked as we took our seats in the Woolwich train. "We certainly owe Brother Mycroft a debt for having introduced us to what promises to be a really very remarkable case."

His eager face still wore that expression of intense and high-strung energy, which showed me that some novel and suggestive circumstance had opened up a stimulating line of thought. See the foxhound with hanging ears and drooping tail as it lolls about the kennels, and compare it with the same hound as, with gleaming eyes and straining muscles, it runs upon a breast-high scent -- such was the change in Holmes since the morning. He was a different man from the limp and lounging figure in the mouse-coloured dressing-gown who had prowled so restlessly only a few hours before round the fog-girt room.

"There is material here. There is scope," said he. "I am dull indeed not to have understood its possibilities."

"Even now they are dark to me."

"The end is dark to me also, but I have hold of one idea which may lead us far. The man met his death elsewhere, and his body was on the roof of a carriage."

"On the roof!"

"Remarkable, is it not? But consider the facts. Is it a coincidence that it is found at the very point where the train pitches and sways as it comes round on the points? Is not that the place where an object upon the roof might be expected to fall off? The points would affect no object inside the train. Either the body fell from the roof, or a very curious coincidence has occurred. But now consider the question of the blood. Of course, there was no bleeding on the line if the body had bled elsewhere. Each fact is suggestive in itself. Together they have a cumulative force."

"And the ticket, too!" I cried.

"Exactly. We could not explain the absence of a ticket. This would explain it. Everything fits together."

"But suppose it were so, we are still as far as ever from unravelling the mystery of his death. Indeed, it becomes not simpler but stranger."

"Perhaps," said Holmes thoughtfully, "perhaps." He relapsed into a silent reverie, which lasted until the slow train drew up at last in Woolwich Station. There he called a cab and drew Mycroft's paper from his pocket.

"We have quite a little round of afternoon calls to make," said he. "I think that Sir James Walter claims our first attention. "

The house of the famous official was a fine villa with green lawns, stretching down to the Thames. As we reached it the fog was lifting, and a thin, watery sunshine was breaking through. A butler answered our ring.

"Sir James, sir!" said he with solemn face. "Sir James died this morning."

"Good heavens!" cried Holmes in amazement. "How did he die?"

"Perhaps you would care to step in, sir, and see his brother, Colonel Valentine?"

"Yes, we had best do so."

We were ushered into a dim-lit drawing-room, where an instant later we were joined by a very tall, handsome, light-bearded man of fifty, the younger brother of the dead scientist. His wild eyes, stained cheeks, and unkempt hair all spoke of the sudden blow which had fallen upon the household. He was hardly articulate as he spoke of it.

"It was this horrible scandal," said he. "My brother, Sir James, was a man of very sensitive honour, and he could not survive such an affair. It broke his heart. He was always so proud of the efficiency of his department, and this was a crushing blow."

"We had hoped that he might have given us some indications which would have helped us to clear the matter up."

"I assure you that it was all a mystery to him as it is to you and to all of us. He had already put all his knowledge at the disposal of the police. Naturally he had no doubt that Cadogan West was guilty. But all the rest was inconceivable."

"You cannot throw any new light upon the affair?"

"I know nothing myself save what I have read or heard. I have no desire to be discourteous, but you can understand, Mr. Holmes, that we are much disturbed at present, and I must ask you to hasten this interview to an end."

"This is indeed an unexpected development," said my friend when we had regained the cab. "I wonder if the death was natural, or whether the poor old fellow killed himself! If the latter, may it be taken as some sign of self-reproach for duty neglected? We must leave that question to the future. Now we shall turn to the Cadogan Wests."

A small but well-kept house in the outskirts of the town sheltered the bereaved mother. The old lady was too dazed with grief to be of any use to us, but at her side was a white-faced young lady, who introduced herself as Miss Violet Westbury, the fiancee of the dead man, and the last to see him upon that fatal night.

"I cannot explain it, Mr. Holmes," she said. "I have not shut an eye since the tragedy, thinking, thinking, thinking, night and day, what the true meaning of it can be. Arthur was the most single-minded, chivalrous, patriotic man upon earth. He would have cut his right hand off before he would sell a State secret confided to his keeping. It is absurd, impossible, preposterous to anyone who knew him."

"But the facts, Miss Westbury?"

"Yes, yes I admit I cannot explain them."

"Was he in any want of money?"

"No; his needs were very simple and his salary ample. He had saved a few hundreds, and we were to marry at the New Year."

"No signs of any mental excitement? Come, Miss Westbury, be absolutely frank with us."

The quick eye of my companion had noted some change in her manner. She coloured and hesitated.

"Yes," she said at last, "I had a feeling that there was something on his mind."

"For long?"

"Only for the last week or so. He was thoughtful and worried. Once I pressed him about it. He admitted that there was something, and that it was concerned with his official life. 'It is too serious for me to speak about, even to you,' said he. I could get nothing more."

Holmes looked grave.

"Go on, Miss Westbury. Even if it seems to tell against him, go on. We cannot say what it may lead to."

"Indeed, I have nothing more to tell. Once or twice it seemed to me that he was on the point of telling me something. He spoke one evening of the importance of the secret, and I have some recollection that he said that no doubt foreign spies would pay a great deal to have it."

My friend's face grew graver still.

"Anything else?"

"He said that we were slack about such matters -- that it would be easy for a traitor to get the plans."

"Was it only recently that he made such remarks?"

"Yes, quite recently."

"Now tell us of that last evening."

"We were to go to the theatre. The fog was so thick that a cab was useless. We walked, and our way took us close to the office. Suddenly he darted away into the fog."

"Without a word?"

"He gave an exclamation; that was all. I waited but he never returned. Then I walked home. Next morning, after the office opened, they came to inquire. About twelve o'clock we heard the terrible news. Oh, Mr. Holmes, if you could only, only save his honour! It was so much to him."

Holmes shook his head sadly.

"Come, Watson," said he, "our ways lie elsewhere. Our next station must be the office from which the papers were taken.

"It was black enough before against this young man, but our inquiries make it blacker," he remarked as the cab lumbered off. "His coming marriage gives a motive for the crime. He naturally wanted money. The idea was in his head, since he spoke about it. He nearly made the girl an accomplice in the treason by telling her his plans. It is all very bad."

"But surely, Holmes, character goes for something? Then, again, why should he leave the girl in the street and dart away to commit a felony?"

"Exactly! There are certainly objections. But it is a formidable case which they have to meet."

Mr. Sidney Johnson, the senior clerk, met us at the office and recelved us with that respect which my companion's card always commanded. He was a thin, gruff, bespectacled man of middle age, his cheeks haggard, and his hands twitching from the nervous strain to which he had been subjected.

"It is bad, Mr. Holmes, very bad! Have you heard of the death of the chief?"

"We have just come from his house."

"The place is disorganized. The chief dead, Cadogan West dead, our papers stolen. And yet, when we closed our door on Monday evening, we were as efficient an office as any in the government service. Good God, it's dreadful to think of! That West, of all men, should have done such a thing!"

"You are sure of his guilt, then?"

"I can see no other way out of it. And yet I would have trusted him as I trust myself."

"At what hour was the office closed on Monday?"

"At five."

"Did you close it?"

"I am always the last man out."

"Where were the plans?"

"In that safe. I put them there myself."

"Is there no watchman to the building?"

"There is, but he has other departments to look after as well. He is an old soldier and a most trustworthy man. He saw nothing that evening. Of course the fog was very thick."

"Suppose that Cadogan West wished to make his way into the building after hours; he would need three keys, would he not, before he could reach the papers?"

"Yes, he would. The key of the outer door, the key of the office, and the key of the safe."

"Only Sir James Walter and you had those keys?"

"I had no keys of the doors -- only of the safe."

"Was Sir James a man who was orderly in his habits?"

"Yes, I think he was. I know that so far as those three keys are concerned he kept them on the same ring. I have often seen them there."

"And that ring went with him to London?"

"He said so."

"And your key never left your possession?"

"Never."

"Then West, if he is the culprit, must have had a duplicate. And yet none was found upon his body. One other point: if a clerk in this office desired to sell the plans, would it not be simpler to copy the plans for himself than to take the originals, as was actually done?"

"It would take considerable technical knowledge to copy the plans in an effective way."

"But I suppose either Sir James, or you, or West had that technical knowledge?"

"No doubt we had, but I beg you won't try to drag me into the matter, Mr. Holmes. What is the use of our speculating in this way when the original plans were actually found on West?"

"Well, it is certainly singular that he should run the risk of taking originals if he could safely have taken copies, which would have equally served his turn."

"Singular, no doubt -- and yet he did so."

"Every inquiry in this case reveals something inexplicable. Now there are three papers still missing. They are, as I understand, the vital ones."

"Yes, that is so."

"Do you mean to say that anyone holding these three papers and without the seven others, could construct a Bruce-Partington submarine?"

"I reported to that effect to the Admiralty. But to-day I have been over the drawings again, and I am not so sure of it. The double valves with the automatic self-adjusting slots are drawn in one of the papers which have been returned. Until the foreigners had invented that for themselves they could not make the boat. Of course they might soon get over the difficulty."

"But the three missing drawings are the most important?"

"Undoubtedly."

"I think, with your permission, I will now take a stroll round me premises. I do not recall any other question which I desired to ask."

He examined the lock of the safe, the door of the room, and finally the iron shutters of the window. It was only when we were on the lawn outside that his interest was strongly excited. There was a laurel bush outside the window, and several of the branches bore signs of having been twisted or snapped. He examined them carefully with his lens, and then some dim and vague marks upon the earth beneath. Finally he asked the chief clerk to close the iron shutters, and he pointed out to me that they hardly met in the centre, and that it would be possible for anyone outside to see what was going on within the room.

"The indications are ruined by the three days' delay. They may mean something or nothing. Well, Watson, I do not think that Woolwich can help us further. It is a small crop which we have gathered. Let us see if we can do better in London."

Yet we added one more sheaf to our harvest before we left Woolwich Station. The clerk in the ticket office was able to say with confidence that he saw Cadogan West -- whom he knew well by sight -- upon the Monday night, and that he went to London by the 8:15 to London Bridge. He was alone and took a single third-class ticket. The clerk was struck at the time by his excited and nervous manner. So shaky was he that he could hardly pick up his change, and the clerk had helped him with it. A reference to the timetable showed that the 8:15 was the first train which it was possible for West to take after he had left the lady about 7:30.

"Let us reconstruct, Watson," said Holmes after half an hour of silence. "I am not aware that in all our joint researches we have ever had a case which was more difficult to get at. Every fresh advance which we make only reveals a fresh ridge beyond. And yet we have surely made some appreciable progress.

"The effect of our inquiries at Woolwich has in the main been against young Cadogan West; but the indications at the window would lend themselves to a more favourable hypothesis. Let us suppose, for example, that he had been approached by some foreign agent. It might have been done under such pledges as would have prevented him from speaking of it, and yet would have affected his thoughts in the direction indicated by his remarks to his fiancee. Very good. We will now suppose that as he went to the theatre with the young lady he suddenly, in the fog, caught a glimpse of this same agent going in the direction of the office. He was an impetuous man, quick in his decisions. Everything gave way to his duty. He followed the man, reached the window, saw the abstraction of the documents, and pursued the thief. In this way we get over the objection that no one would take originals when he could make copies. This outsider had to take originals. So far it holds together."

"What is the next step?"

"Then we come into difficulties. One would imagine that under such circumstances the first act of young Cadogan West would be to seize the villain and raise the alarm. Why did he not do so? Could it have been an official superior who took the papers? That would explain West's conduct. Or could the thief have given West the slip in the fog, and West started at once to London to head him off from his own rooms, presuming that he knew where the rooms were? The call must have been very pressing, since he left his girl standing in the fog and made no effort to communicate with her. Our scent runs cold here, and there is a vast gap between either hypothesis and the laying of West's body, with seven papers in his pocket, on the roof of a Metropolitan train. My instinct now is to work from the other end. If Mycroft has given us the list of addresses we may be able to pick our man and follow two tracks instead of one."

Surely enough, a note awaited us at Baker Street. A government messenger had brought it post-haste. Holmes glanced at it and threw it over to me.

There are numerous small fry, but few who would handle so big an affair. The only men worth considering are Adolph Meyer, of 13 Great George Street, Westminster; Louis La Rothiere, of Campden Mansions, Notting Hill; and Hugo Oberstein, 13 Caulfield Gardens, Kensington. The latter was known to be in town on Monday and is now reported as having left. Glad to hear you have seen some light. The Cabinet awaits your final report with the utmost anxiety. Urgent representations have arrived from the very highest quarter. The whole force of the State is at your back if you should need it. MYCROFT.

"I'm afraid," said Holmes, smiling, "that all the queen's horses and all the queen's men cannot avail in this matter." He had spread out his big map of London and leaned eagerly over it. "Well, well," said he presently with an exclamation of satisfaction, "things are turning a little in our direction at last. Why Watson, I do honestly believe that we are going to pull it off, after all." He slapped me on the shoulder with a sudden burst of hilarity. "I am going out now. It is only a reconnaissance. I will do nothing serious without my trusted comrade and biographer at my elbow. Do you stay here, and the odds are that you will see me again in an hour or two. If time hangs heavy get foolscap and a pen, and begin your narrative of how we saved the State."

I felt some reflection of his elation in my own mind, for I knew well that he would not depart so far from his usual austerity of demeanour unless there was good cause for exultation. All the long November evening I waited, filled with impatience for his return. At last, shortly after nine o'clock, there arrived a messenger with a note:

Am dining at Goldini's Restaurant, Gloucester Road, Kensington. Please come at once and join me there. Bring with you a jemmy, a dark lantern, a chisel, and a revolver. S. H.

It was a nice equipment for a respectable citizen to carry through the dim, fog-draped streets. I stowed them all discreetly away in my overcoat and drove straight to the address given. There sat my friend at a little round table near the door of the garish Italian restaurant.

"Have you had something to eat? Then join me in a coffee and curacao. Try one of the proprietor's cigars. They are less poisonous than one would expect. Have you the tools?"

"They are here, in my overcoat."

"Excellent. Let me give you a short sketch of what I have done, with some indication of what we are about to do. Now it must be evident to you, Watson, that this young man's body was placed on the roof of the train. That was clear from the instant that I determined the fact that it was from the roof, and not from a carriage, that he had fallen."

"Could it not have been dropped from a bridge?"

"I should say it was impossible. If you examine the roofs you will find that they are slightly rounded, and there is no railing round them. Therefore, we can say for certain that young Cadogan West was placed on it."

"How could he be placed there?"

"That was the question which we had to answer. There is only one possible way. You are aware that the Underground runs clear of tunnels at some points in the West End. I had a vague memory that as I have travelled by it I have occasionally seen windows just above my head. Now, suppose that a train halted under such a window, would there be any difficulty in laying a body upon the roof?"

"It seems most improbable."

"We must fall back upon the old axiom that when all other contingencies fail, whatever remains, however improbable, must be the truth. Here all other contingencies have failed. When I found that the leading international agent, who had just left London, lived in a row of houses which abutted upon the Underground, I was so pleased that you were a little astonished at my sudden frivolity."

"Oh, that was it, was it?"

"Yes, that was it. Mr. Hugo Oberstein, of 13 Caulfield Gardens, had become my objective. I began my operations at Gloucester Road Station, where a very helpful official walked with me along the track and allowed me to satisfy myself not only that the back-stair windows of Caulfield Gardens open on the line but the even more essential fact that, owing to the intersection of one of the larger railways, the Underground trains are frequently held motionless for some minutes at that very spot."

"Splendid, Holmes! You have got it!"

"So far -- so far, Watson. We advance, but the goal is afar. Well, having seen the back of Caulfield Gardens, I visited the front and satisfied myself that the bird was indeed flown. It is a considerable house, unfurnished, so far as I could judge, in the upper rooms. Oberstein lived there with a single valet, who was probably a confederate entirely in his confidence. We must bear in mind that Oberstein has gone to the Continent to dispose of his booty, but not with any idea of flight; for he had no reason to fear a warrant, and the idea of an amateur domiciliary visit would certainly never occur to him. Yet that is precisely what we are about to make."

"Could we not get a warrant and legalize it?"

"Hardly on the evidence."

"What can we hope to do?"

"We cannot tell what correspondence may be there."

"I don't like it, Holmes."

"My dear fellow, you shall keep watch in the street. I'll do the criminal part. It's not a time to stick at trifles. Think of Mycroft's note, of the Admiralty, the Cabinet, the exalted person who waits for news. We are bound to go."

My answer was to rise from the table.

"You are right, Holmes. We are bound to go."

He sprang up and shook me by the hand.

"I knew you would not shrink at the last," said he, and for a moment I saw something in his eyes which was nearer to tenderness than I had ever seen. The next instant he was his masterful, practical self once more.

"It is nearly half a mile, but there is no hurry. Let us walk," said he. "Don't drop the instruments, I beg. Your arrest as a suspicious character would be a most unfortunate complication."

Caulfield Gardens was one of those lines of flat-faced, pillared, and porticoed houses which are so prominent a product of the middle Victorian epoch in the West End of London. Next door there appeared to be a children's party, for the merry buzz of young voices and the clatter of a piano resounded through the night. The fog still hung about and screened us with its friendly shade. Holmes had lit his lantern and flashed it upon the massive door.

"This is a serious proposition," said he. "It is certainly bolted as well as locked. We would do better in the area. There is an excellent archway down yonder in case a too zealous policeman should intrude. Give me a hand, Watson, and I'll do the same for you."

A minute later we were both in the area. Hardly had we reached the dark shadows before the step of the policeman was heard in the fog above. As its soft rhythm died away, Holmes set to work upon the lower door. I saw him stoop and strain until with a sharp crash it flew open. We sprang through into the dark passage, closing the area door behind us. Holmes led the way up the curving, uncarpeted stair. His little fan of yellow light shone upon a low window.

"Here we are, Watson -- this must be the one." He threw it open, and as he did so there was a low, harsh murmur, growing steadily into a loud roar as a train dashed past us in the darkness. Holmes swept his light along the window-sill. It was thickly coated with soot from the passing engines, but the black surface was blurred and rubbed in places.

"You can see where they rested the body. Halloa, Watson! what is this? There can be no doubt that it is a blood mark." He was pointing to faint discolourations along the woodwork of the window. "Here it is on the stone of the stair also. The demonstration is complete. Let us stay here until a train stops. "

We had not long to wait. The very next train roared from the tunnel as before, but slowed in the open, and then, with a creaking of brakes, pulled up immediately beneath us. It was not four feet from the window-ledge to the roof of the carriages. Holmes softly closed the window.

"So far we are justified," said he. "What do you think of it, Watson?"

"A masterpiece. You have never risen to a greater height."

"I cannot agree with you there. From the moment that I conceived the idea of the body being upon the roof, which surely was not a very abstruse one, all the rest was inevitable. If it were not for the grave interests involved the affair up to this point would be insignificant. Our difficulties are still before us. But perhaps we may find something here which may help us."

We had ascended the kitchen stair and entered the suite of rooms upon the first floor. One was a dining-room, severely furnished and containing nothing of interest. A second was a bedroom, which also drew blank. The remaining room appeared more promising, and my companion settled down to a systematic examination. It was littered with books and papers, and was evidently used as a study. Swiftly and methodically Holmes turned over the contents of drawer after drawer and cupboard after cupboard, but no gleam of success came to brighten his austere face. At the end of an hour he was no further than when he started.

"The cunning dog has covered his tracks," said he. "He has left nothing to incriminate him. His dangerous correspondence has been destroyed or removed. This is our last chance."

It was a small tin cash-box which stood upon the writing-desk. Holmes pried it open with his chisel. Several rolls of paper were within, covered with figures and calculations, without any note to show to what they referred. The recurring words "water pressure" and "pressure to the square inch" suggested some possible relation to a submarine. Holmes tossed them all impatiently aside. There only remained an envelope with some small newspaper slips inside it. He shook them out on the table, and at once I saw by his eager face that his hopes had been raised.

"What's this, Watson? Eh? What's this? Record of a series of messages in the advertisements of a paper. Daily Telegraph agony column by the print and paper. Right-hand top corner of a page. No dates -- but messages arrange themselves. This must be the first:

"Hoped to hear sooner. Terms agreed to. Write fully to address given on card. PIERROT.

"Next comes:

"Too complex for description. Must have full report. Stuff awaits you when goods delivered. PIERROT.

"Then comes:

"Matter presses. Must withdraw offer unless contract completed. Make appointment by letter. Will confirm by advertisement. PIERROT.

"Finally:

"Monday night after nine. Two taps. Only ourselves. Do not be so suspicious. Payment in hard cash when goods delivered. PIERROT.

"A fairly complete record, Watson! If we could only get at the man at the other end!" He sat lost in thought, tapping his fingers on the table. Finally he sprang to his feet.

"Well, perhaps it won't be so difficult, after all. There is nothing more to be done here, Watson. I think we might drive round to the offices of the Daily Telegraph, and so bring a good day's work to a conclusion."

Mycroft Holmes and Lestrade had come round by appointment after breakfast next day and Sherlock Holmes had recounted to them our proceedings of the day before. The professional shook his head over our confessed burglary.

"We can't do these things in the force, Mr. Holmes," said he. "No wonder you get results that are beyond us. But some of these days you'll go too far, and you'll find yourself and your friend in trouble."

"For England, home and beauty -- eh, Watson? Martyrs on the altar of our country. But what do you think of it, Mycroft?"

"Excellent, Sherlock! Admirable! But what use will you make of it?"

Holmes picked up the Daily Telegraph which lay upon the table.

"Have you seen Pierrot's advertisement to-day?"

"What? Another one?"

"Yes, here it is:

"To-night. Same hour. Same place. Two taps. Most vitally important. Your own safety at stake. PIERROT.

"By George!" cried Lestrade. "If he answers that we've got him!"

"That was my idea when I put it in. I think if you could both make it convenient to come with us about eight o'clock to Caulfield Gardens we might possibly get a little nearer to a solution."

One of the most remarkable characteristics of Sherlock Holmes was his power of throwing his brain out of action and switching all his thoughts on to lighter things whenever he had convinced himself that he could no longer work to advantage. I remember that during the whole of that memorable day he lost himself in a monograph which he had undertaken upon the Polyphonic Motets of Lassus. For my own part I had none of this power of detachment, and the day, in consequence, appeared to be interminable. The great national importance of the issue, the suspense in high quarters, the direct nature of the experiment which we were trying -- all combined to work upon my nerve. It was a relief to me when at last, after a light dinner, we set out upon our expedition. Lestrade and Mycroft met us by appointment at the outside of Gloucester Road Station. The area door of Oberstein's house had been left open the night before, and it was necessary for me, as Mycroft Holmes absolutely and indignantly declined to climb the railings, to pass in and open the hall door. By nine o'clock we were all seated in the study, waiting patiently for our man.

An hour passed and yet another. When eleven struck, the measured beat of the great church clock seemed to sound the dirge of our hopes. Lestrade and Mycroft were fidgeting in their seats and looking twice a minute at their watches. Holmes sat silent and composed, his eyelids half shut, but every sense on the alert. He raised his head with a sudden jerk.

"He is coming," said he.

There had been a furtive step past the door. Now it returned. We heard a shuffling sound outside, and then two sharp taps with the knocker. Holmes rose, motioning to us to remain seated. The gas in the hall was a mere point of light. He opened the outer door, and then as a dark figure slipped past him he closed and fastened it. "This way!" we heard him say, and a moment later our man stood before us. Holmes had followed him closely, and as the man turned with a cry of surprise and alarm he caught him by the collar and threw him back into the room. Before our prisoner had recovered his balance the door was shut and Holmes standing with his back against it. The man glared round him, staggered, and fell senseless upon the floor. With the shock, his broad-brimmed hat flew from his head, his cravat slipped down from his lips, and there were the long light beard and the soft, handsome delicate features of Colonel Valentine Walter.

Holmes gave a whistle of surprise.

"You can write me down an ass this time, Watson," said he. "This was not the bird that I was looking for."

"Who is he?" asked Mycroft eagerly.

"The younger brother of the late Sir James Walter, the head of the Submarine Department. Yes, yes; I see the fall of the cards. He is coming to. I think that you had best leave his examination to me."

We had carried the prostrate body to the sofa. Now our prisoner sat up, looked round him with a horror-stricken face, and passed his hand over his forehead, like one who cannot believe his own senses.

"What is this?" he asked. "I came here to visit Mr. Oberstein."

"Everything is known, Colonel Walter," said Holmes. "How an English gentleman could behave in such a manner is beyond my comprehension. But your whole correspondence and relations with Oberstein are within our knowledge. So also are the circumstances connected with the death of young Cadogan West. Let me advise you to gain at least the small credit for repentance and confession, since there are still some details which we can only learn from your lips."

The man groaned and sank his face in his hands. We waited, but he was silent.

"I can assure you," said Holmes, "that every essential is already known. We know that you were pressed for money; that you took an impress of the keys which your brother held; and that you entered into a correspondence with Oberstein, who answered your letters through the advertisement columns of the Daily Telegraph. We are aware that you went down to the office in the fog on Monday night, but that you were seen and followed by young Cadogan West, who had probably some previous reason to suspect you. He saw your theft, but could not give the alarm, as it was just possible that you were taking the papers to your brother in London. Leaving all his private concerns, like the good citizen that he was, he followed you closely in the fog and kept at your heels until you reached this very house. There he intervened, and then it was, Colonel Walter, that to treason you added the more terrible crime of murder."

"I did not! I did not! Before God I swear that I did not!" cried our wretched prisoner.

"Tell us, then, how Cadogan West met his end before you laid him upon the roof of a railway carriage."

"I will. I swear to you that I will. I did the rest. I confess it. It was just as you say. A Stock Exchange debt had to be paid. I needed the money badly. Oberstein offered me five thousand. It was to save myself from ruin. But as to murder, I am as innocent as you."

"What happened, then?"

"He had his suspicions before, and he followed me as you describe. I never knew it until I was at the very door. It was thick fog, and one could not see three yards. I had given two taps and Oberstein had come to the door. The young man rushed up and demanded to know what we were about to do with the papers. Oberstein had a short life-preserver. He always carried it with him. As West forced his way after us into the house Oberstein struck him on the head. The blow was a fatal one. He was dead within five minutes. There he lay in the hall, and we were at our wit's end what to do. Then Oberstein had this idea about the trains which halted under his back window. But first he examined the papers which I had brought. He said that three of them were essential, and that he must keep them. 'You cannot keep them,' said I. 'There will be a dreadful row at Woolwich if they are not returned.' 'I must keep them,' said he, 'for they are so technical that it is impossible in the time to make copies.' 'Then they must all go back together tonight,' said I. He thought for a little, and then he cried out that he had it. 'Three I will keep,' said he. 'The others we will stuff into the pocket of this young man. When he is found the whole business will assuredly be put to his account. I could see no other way out of it, so we did as he suggested. We waited half an hour at the window before a train stopped. It was so thick that nothing could be seen, and we had no difficulty in lowering West's body on to the train. That was the end of the matter so far as I was concerned."

"And your brother?"

"He said nothing, but he had caught me once with his keys, and I think that he suspected. I read in his eyes that he suspected. As you know, he never held up his head again."

There was silence in the room. It was broken by Mycroft Holmes.

"Can you not make reparation? It would ease your conscience, and possibly your punishment."

"What reparation can I make?"

"Where is Oberstein with the papers?"

"I do not know."

"Did he give you no address?"

"He said that letters to the Hotel du Louvre, Paris, would eventually reach him."

"Then reparation is still within your power," said Sherlock Holmes.

"I will do anything I can. I owe this fellow no particular good-will. He has been my ruin and my downfall."

"Here are paper and pen. Sit at this desk and write to my dictation. Direct the envelope to the address given. That is right. Now the letter:

"DEAR SIR: "With regard to our transaction, you will no doubt have observed by now that one essential detail is missing. I have a tracing which will make it complete. This has involved me in extra trouble, however, and I must ask you for a further advance of five hundred pounds. I will not trust it to the post, nor will I take anything but gold or notes. I would come to you abroad, but it would excite remark if I left the country at present. Therefore I shall expect to meet you in the smoking-room of the Charing Cross Hotel at noon on Saturday. Remember that only English notes, or gold, will be taken.

That will do very well. I shall be very much surprised if it does not fetch our man."

And it did! It is a matter of history -- that secret history of a nation which is often so much more intimate and interesting than its public chronicles -- that Oberstein, eager to complete the coup of his lifetime, came to the lure and was safely engulfed for fifteen years in a British prison. In his trunk were found the invaluable Bruce-Partington plans, which he had put up for auction in all the naval centres of Europe.

Colonel Walter died in prison towards the end of the second year of his sentence. As to Holmes, he returned refreshed to his monograph upon the Polyphonic Motets of Lassus, which has since been printed for private circulation, and is said by experts to be the last word upon the subject. Some weeks afterwards I learned incidentally that my friend spent a day at Windsor, whence he returned with a remarkably fine emerald tie-pin. When I asked him if he had bought it, he answered that it was a present from a certain gracious lady in whose interests he had once been fortunate enough to carry out a small commission. He said no more, but I fancy that I could guess at that lady's august name, and I have little doubt that the emerald pin will forever recall to my friend's memory the adventure of the Bruce-Partington plans.