L’Encyclopédie/1re édition/AUGURES

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 1p. 876).
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AUGURES, s. m. (Hist. anc.) nom de dignité à Rome. C’étoient des ministres de la religion, qu’on regardoit comme les interpretes des dieux, & qu’on consultoit pour savoir si on réussiroit dans ses entreprises. Ils en jugeoient par le vol des oiseaux ; par la maniere dont mangeoient les poulets sacrés. Les augures ne furent d’abord créés qu’au nombre de trois ou de quatre, & depuis augmentés jusqu’à quinze : ils juroient de ne révéler jamais aucun de leurs mysteres, sans doute pour ne pas se décréditer dans l’esprit du peuple ; car les grands & les savans n’en étoient pas dupes, témoin ce que Cicéron dit de leurs cérémonies, qui étoient si ridicules, qu’il s’étonne que deux augures puissent s’entre-regarder sans éclater de rire. Leurs prédictions étoient néanmoins rangées dans l’ordre des prodiges naturels, mais personne n’en avoit la clé qu’eux ; aussi interprétoient-ils le chant & le vol des oiseaux à leur fantaisie, tantôt pour, tantôt contre. Varron a pretendu que les termes d’augur & d’augurium venoient ex avium garritu, du gasouillement des oiseaux, qui faisoit un des objets principaux de l’attention des augures. Festus & Lloyd, Anglois, en ont tiré l’étymologie moins heureusement ; le premier, ex avium gestu, la contenance des oiseaux ; & le second, d’avicurus, avicurium, soin des oiseaux, parce que les augures étoient chargés du soin des poulets sacrés. Le P. Pezron tire ce nom du Celtique au, foie, & gur, homme ; de sorte qu’à son avis l’augure étoit proprement celui qui observoit les intestins des animaux, & devinoit l’avenir en considérant leur foie ; opinion qui confond l’augure avec l’aruspice, dont les fonctions sont néanmoins très-distinguées dans les anciens auteurs. (G)