L’Encyclopédie/1re édition/BIENVEILLANCE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 245).
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BIENVEILLANCE, s. f. (Morale.) La bienveillance est un sentiment que Dieu imprime dans tous les cœurs, par lequel nous sommes portés à nous vouloir du bien les uns aux autres. La societé lui doit ses liens les plus doux & les plus forts. Le principal moyen dont s’est servi l’auteur de la nature pour établir & conserver la societé du genre humain, a été de rendre communs entre les hommes leurs biens & leurs maux, toutes les fois que leur intérêt particulier n’y met point obstacle. Il est des hommes en qui l’intérêt, l’ambition, l’orgueil empêchent qu’il ne s’éleve de ces mouvemens de bienveillance. Mais il n’en est point qui n’en portent dans le cœur les semences prêtes à éclorre en faveur de l’humanité & de la vertu, dès qu’un sentiment supérieur n’y fait point d’obstacle. Et s’il étoit quelque homme qui n’eût point reçû de la nature ces précieux germes de la vertu, ce seroit un défaut de conformation semblable à celui qui rend certaines oreilles insensibles au plaisir de la musique. Pourquoi ces pleurs que nous versons sur des héros malheureux ? avec quelle joie les arracherions-nous à l’infortune qui les poursuit ! leur sommes-nous donc attachés par les liens du sang ou de l’amitié ? Non certainement : mais ce sont des hommes & des hommes vertueux. Il n’en faut pas davantage pour que ce germe de bienveillance que nous portons en nous-mêmes, se développe en leur faveur. (X)

Bienveillance, (Hist. mod.) terme usité dans les statuts & dans les chroniques d’Angleterre pour signifier un présent volontaire que les sujets font à leur souverain, chacun y contribue à proportion de sa fortune. Voyez Subside & Taxe.

La bienveillance prise dans ce sens, équivaut à ce que les autres nations appellent subsidium charitativum, que les tenanciers payent quelquefois à leur seigneur, le clergé aux évêques.

En France on appelle ce secours don gratuit. Dans les besoins de l’état, le clergé assemblé soit ordinairement, soit extraordinairement, accorde au roi un don gratuit indépendamment des décimes & autres impositions dont il est chargé, & le recouvrement de ces sommes est reparti sur les provinces ecclésiastiques. Dans les provinces d’Etats, outre les subsides ordinaires, à la tenue des états on accorde aussi au roi un don gratuit plus ou moins fort, selon les circonstances. Voyez Aides. (G)