L’Encyclopédie/1re édition/B QUARRE ou BÉQUARRE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 2-3).

B QUARRE ou BÉQUARRE, signe de Musique qui s’écrit ainsi ♮, & qui placé à la gauche d’une note, marque que cette note ayant précédemment été baissée par un b mol, ou haussée par un diese, doit être remise à son élévation naturelle ou diatonique.

Le b quarre fut inventé par Guy d’Arezzo. Cet auteur qui donna des noms aux six premieres notes de l’octave, n’en laissa point d’autre que la lettre b pour exprimer le si naturel ; car chaque note avoit dès-lors sa lettre correspondante : & comme le chant diatonique de ce si est assez dur quand il monte depuis le fa, il l’appella simplement b dur ou b quarre, par une allusion dont j’ai déjà parlé au mot B mol.

Le b quarre servit dans la suite à détruire l’effet du b mol antérieur sur une note quelconque ; il suffisoit pour cela de placer le b quarre à la gauche de cette note : c’est que le b mol se plaçant plus ordinairement sur le si, le b quarre qui venoit ensuite ne produisoit en le détruisant que son effet naturel, qui étoit de représenter la note si sans altération. A la fin on s’en servit par extension & faute d’autre signe, à détruire aussi l’effet du diese ; & c’est ainsi qu’il s’employe encore aujourd ’hui. Le b quarre efface également le diese ou le b mol qui l’ont précédé.

Il y a cependant une distinction à faire. Si le diese ou le b mol sont accidentels, ils sont détruits sans retour par le b quarre dans toutes les notes qui suivent sur le même degré, jusqu’à ce qu’il s’y présente un nouveau b mol ou un nouveau diese. Mais si le b mol ou le diese sont à la clé, le b quarre ne les efface que pour la note qu’il précede, ou tout au plus pour la mesure où il se trouve ; & à chaque degré altéré à la clé, il faut sans cesse un nouveau b quarre. Tout cela est assez mal imaginé : mais tel est l’usage.

Quelques-uns donnoient un autre sens au b quarre, & lui accordant seulement le droit de rétablir les diese, ou b mols accidentels, lui ôtoient celui de rien changer à la disposition de la clé ; de sorte qu’en ce sens le b quarre sur un fa diésé, ou sur un si bémolisé à la clé, ne serviroit que pour détruire un diese accidentel sur ce si, ou un b mol sur ce fa, & signifieroit toûjours un fa diese, ou un si b mol.

D’autres enfin se servoient bien du b quarre pour effacer le b mol, même celui de la cle, mais jamais pour effacer le diese. C’est le b mol seulement qu’ils employoient dans ce dernier cas.

Le premier usage prévaut à la vérité ; ceux-ci sont plus rares & s’abolissent tous les jours : mais il est bon d’y faire attention en lisant d’anciennes musiques. (S)