L’Encyclopédie/1re édition/CAVALERIE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 781-782).
CAVALIER  ►

CAVALERIE, s. f. (Art. milit.) corps de gens de guerre destinés à combattre à cheval, equitatus.

La cavalerie Françoise est distinguée en compagnies d’ordonnance, comme gardes du corps, gendarmes, chevaux-legers, &c. & en régimens qui sont commandés par des mestres de camp. Ce sont ces régimens qui forment ce qu’on appelle la cavalerie-legere.

Les compagnies d’ordonnance tiennent lieu de ce qu’on appelloit autrefois en France la gendarmerie, qui étoit composée du corps de la noblesse armée de pied-en-cap, & les regimens de cavalerie des gens de cheval armés à la légere, dont on se servoit pour poursuivre l’ennemi, lorsqu’il avoit été rompu par les gendarmes, & l’empêcher de se rallier. Cette distinction ne peut aujourd’hui avoir lieu ; les compagnies d’ordonnance & les régimens sont armés, & combattent de la même maniere.

La cavalerie-legere Françoise n’étoit guere estimée ; c’étoit la gendarmerie qui faisoit toute la force de l’armée, tant par la bonté de ses armes, que par la force de ses chevaux, qui étoient des destriers, dextrarii ; c’est-à-dire, des chevaux de bataille. Une ancienne chronique dit que cent hommes de gendarmerie suffisoient pour battre mille autres cavaliers non armés, c’est-à-dire, armés à la légere ; parce que les armes des gendarmes étoient presque impénétrables, & que leurs grands & forts chevaux culbutoient des le premier choc ceux de cette cavalerie légere.

La cavalerie-légere de France a été composée de différentes especes de troupes qu’on n’y trouve plus aujourd’hui, comme des estradiots, ou stradiots, des argoulets, des carabins, &c.

Les estradiots furent une milice dont les François n’eurent connoissance que durant les guerres d’Italie sous Charles VIII. comme Comines le remarque. Leur nom est Grec, & stradiot vient de στρατιώτης, qui signifie soldat. Aussi étoient-ils Grecs ou des environs de la Grece. On les appelloit aussi cavalerie Albanoise, la plûpart étant de l’Albanie, & des places que les Vénitiens possédoient dans la Morée. Ils combattoient à pié & à cheval ; & leur principale arme offensive étoit l’arzegaye, sorte de long bâton ferré par les deux bouts, & qui avoit environ dix à douze piés de long : un de leurs principaux exercices étoit de bien se servir de cette arme, & à toutes mains, en donnant tantôt d’une pointe, & tantôt d’une autre.

Pour les argoulets, voici comment en parle M. de Montgommery : « Les argoulets, dit-il, étoient armés de même que les estradiots, excepté la tête où ils mettoient un cabazet qui ne les empêchoit point de coucher en joue. Leurs armes offensives étoient l’épée au côté, la masse à l’arçon gauche, & à droite une arquebuse de deux piés & demi de long dans un fourreau de cuir bouilli, &c. ». On regardoit ces troupes comme la partie la moins considérable de la cavalerie légere.

Les carabins ne faisoient point un corps séparé dans les troupes de France sous le regne d’Henri IV. un certain nombre étoit comme incorporé dans une compagnie de chevau-légers, ou plûtôt y étoit joint sans être du corps : leurs armes défensives étoient une cuirasse échancrée à l’épaule droite, afin de mieux coucher en joue ; un gantelet à coude pour la main de la bride ; un cabazet en tête : & pour armes offensives, une longue escopette de trois piés & demi pour le moins, & un pistolet.

Leur maniere de combattre étoit de former un petit escadron plus profond que large, à la gauche de l’escadron de la compagnie des chevau-légers ; d’avancer au signal du capitaine jusqu’à deux cens pas d’un escadron de lances de l’ennemi, & à cent, si c’étoit un escadron de cuirassiers ; de faire leur décharge rang à rang l’un après l’autre, & de se retirer à la queue de leur escadron : si les ennemis avoient aussi des carabins, ils devoient les attaquer, non pas en gros, mais en les escarmouchant, pour les empêcher de faire feu sur les chevau-légers dans le tems que ceux-ci marchoient pour charger. Ils étoient institués, ajoûte l’auteur, pour entamer le combat, pour les retraites, & pour les escarmouches.

Il en est souvent parlé dans l’histoire du regne d’Henri IV. mais il y en avoit avant le regne de ce prince.

Il en est parlé dans l’Extraordinaire des guerres dès le tems d’Henri II. L’historien Dupleix pretend que ceux qu’on appelloit carabins de son tems, étoient ceux-là même auxquels sous le regne d’Henri II. on donnoit le nom d’argoulets ; & Daubigné dit que ce ne fut que sous Henri III. que le nom de carabin commença à être bien en usage pour cette espece de milice. Missar, dit-il, commandoit dans les carabins de Mets, desquels le nom a été depuis plus familier : ce qu’il y a de certain, c’est que le service des argoulets & des carabins étoit fort semblable.

Cette milice subsistoit du tems de Louis XIII. comme nous l’apprenons du sieur de Belon qui écrivoit sous le regne de ce prince. Il décrit ainsi l’armure des carabins. « Ils auront la cuirasse ou un pot de salade sans autres armes défensives, & pour armes offensives, une grosse arquebuse à roüet, de trois piés ou un peu plus, ayant gros calibre, & l’épée au pistolet court. C’est, ajoûte-t-il, comme le Roi lui-même les a institués ».

Il se trompe s’il entend par-là que le roi Louis XIII. eût créé cette milice ; mais il veut dire apparemment que ce prince avoit ainsi réglé leur armure.

Il continue : « ils porteroient, si l’on vouloit, les casaques & les gamaches, pour mettre mieux pied à terre au besoin : étant ainsi armés & montés, ils peuvent combattre à pié & à cheval, & se mêler avec la cavalerie ».

Les carabins qui, sous le regne d’Henri IV. ne faisoient point un corps séparé, mais étoient joints aux compagnies de cavalerie légere, sous le commandement des capitaines de ces compagnies, ne formerent des régimens entiers que sous Louis XIII. Il s’en trouve dans l’état de l’armée de l’an 1643, jusqu’à douze régimens étrangers. On fit sous ce regne pour les carabins, ce qu’on fit sous celui de Louis le grand pour les carabiniers : on les sépara de la cavalerie-légere pour les mettre en corps : de même que de toutes les compagnies de carabiniers qui étoient dans les regimens de cavalerie légere, on forma le régiment des carabiniers commandé aujourd’hui par M. le Prince de Dombes. Voyez Carabiniers.

Les plus fameux carabins du regne de Louis XIII. furent les carabins d’Arnaut, qui étoit mestre de camp d’un de ces régimens. Ce régiment étoit de onze compagnies, gens déterminés, comme le furent depuis les dragons de la Ferté. Alors, selon le même état de 1643, la garde des généraux d’armées étoit ordinairement de carabins. Il est marqué que le maréchal de la Meilleraye avoit pour sa garde trente carabins ; le maréchal de Chatillon autant ; le duc d’Angoulême, qui commandoit en Picardie, autant. M. du Hallier lieutenant général, en avoit vingt ; le duc d’Enguien en avoit aussi.

Il y avoit une charge de général des carabins ; elle subsista même depuis la suppression des carabins, qui ne se fit que plusieurs années après la paix des Pyrenées ; car il est fait encore mention de carabins dans une ordonnance de Louis XIV. du mois de Novembre de l’an 1665.

M. le comte de Tessé, depuis maréchal de France, acheta cette charge du comte de Quincé l’an 1684 ; la fit supprimer par le Roi, & obtint en même tems pour lui la charge de mestre-de-camp général des dragons.

La charge de général des carabins étoit la même que celle de mestre-de-camp général des carabins, dont il est parlé dans l’ordonnance de Louis XIII. du 26 de Mars 1626. Il prenoit son attache du colonel général de la cavalerie, & étoit de sa dépendance. C’est pourquoi M. de Bassompierre, dans sa critique de l’histoire de Dupleix, le reprend aigrement à son ordinaire, de ce qu’il avoit appellé le sieur de Gié colonel général des carabins. « Cet ignorant, dit-il, ne sait pas que les carabins sont du corps de la cavalerie, & que ce n’étoit que leur mestre-de-camp. Art. tiré de l’Hist. de la mil. Franç. du P. Daniel »

La cavalerie dans une armée rangée en bataille, se place ordinairement sur les ailes, & l’infanterie au centre ; elle y forme toûjours différens corps appellés escadrons. Voyez Escadron.

La cavalerie est absolument utile à la guerre pour les détachemens, les escortes, & pour combattre en plaine : mais le trop grand nombre peut être nuisible ; car la grande consommation de fourrage qu’il exige, peut souvent obliger un général de changer de camp ou de position, lorsqu’il est dans un poste avantageux, pour trouver le moyen de faire subsister sa cavalerie. M. Folard prétend que le grand nombre de cavalerie ne vient que du défaut de discipline & d’intelligence militaire. (Q)