L’Encyclopédie/1re édition/CISEAU

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  CISAILLER
CISELER  ►

* CISEAU, s. m. (Art Méch.) Il y a deux especes d’instrumens de ce nom, d’une construction très-différente. L’une est d’un usage presque général dans les arts & dans l’économie domestique ; l’autre ne sert guere qu’aux ouvriers en bois & en fer. Ce sont les Couteliers qui font la premiere ; ce sont les Taillandiers qui font la seconde.

Pour faire le ciseau à diviser les étoffes, prenez une barre de fer plus ou moins forte, selon la nature des ciseaux que vous voulez forger. Commencez par l’entailler à son extrémité, & par y former une tête semblable à celle d’un piton, ronde, plate, mais non percée. Coupez ensuite ce piton, en y laissant une queue plus ou moins longue, selon la longueur que vous vous proposez de donner au ciseau. Allongez cette queue en pointe ; puis plaçant cette enlevure sur le quarré de l’enclume, obliquement, faites-y entrer, d’un coup de marteau fortement appliqué, l’arrête de l’enclume. Vous formerez ainsi l’embase du ciseau, qui doit être égale à l’épaisseur de la lame. Par ce moyen, lorsque les deux embases seront appliquées l’une sur l’autre, vous n’aurez que la même épaisseur. Percez le piton sur l’enclume avec un poinçon. Aggrandissez & formez l’anneau à la bigorne, après quoi faites recuire ces branches. Pour cet effet, mettez-les dans un feu de charbon de bois, que vous laisserez allumer & éteindre seul ; ce recuit les attendrit. Donnez-leur ensuite à la lime la figure la plus approchée du ciseau. Trempez, émoulez, & polissez à l’ordinaire. Clouez les branches ensemble. Brunissez les anneaux & les branches, puis vos ciseaux seront faits, ou vous aurez un instrument composé de deux pieces d’acier, qui se croiseront à-peu-près comme une Encyclopedie-3-p478-ciseau.PNG, assemblées en e par un clou sur lequel elles se mouveront, & capables de saisir & de trancher tout ce qu’on placera dans l’angle acb, en conséquence de l’action des doigts, qui, placés dans des anneaux pratiqués en c, d, feront approcher les points a & b, quand ils feront approcher les points c & d.

Il est évident que plus les branches ec, ed, seront grandes, plus le ciseau coupera facilement. Voyez les articles Cisailles & Levier. Les parties ea, eb, s’appellent les lames ; celles des lames où elles sont entaillées & assemblées par le clou en e, s’appellent les embases. On les fait toutes plus ou moins fortes, selon l’espece de ciseaux. Les anneaux pratiqués en c & d, où l’on place les extrémités du pouce & de l’index, sont quelquefois si grands, qu’on peut insérer le pouce entier dans l’un, & tous les autres doigts de la main dans l’autre, & alternativement. Les ouvriers sauront donner aux ciseaux les proportions requises pour les ouvrages auxquels ils sont destinés ; ces proportions varient dans la longueur des branches, la longueur, la force, la largeur, & l’épaisseur des lames. Les uns sont pointus des deux bouts, les autres camus ; il y en a qui ont une lame pointue & l’autre camuse. On y pratique quelquefois un bouton ; il y en a de droits, de courbes. Les Chirurgiens, les Bourreliers, les Selliers, les Cartiers, les Tailleurs, &c. ont chacun leurs ciseaux. De ces ciseaux, les uns s’appellent cisailles ou cisoires ; les autres, forces. Voyez Cisailles, Cisoires, & Forces. Mais ils se travaillent tous de la même façon, à peu de chose près. Il y a seulement des ouvriers qui, pour épargner l’acier, font la lame seulement d’acier, & les branches de fer ; mais cet ouvrage est mauvais.

On ne s’attend pas que nous parlions ici de tous les ciseaux qui sont employés dans les arts ; ces instrumens se ressemblent si fort que nous ne ferions que nous répéter sans cesse. Nous renvoyerons là-dessus aux différens articles des arts où nous exposons les manœuvres qui exigent leur usage.

Pour faire le ciseau à couper le bois, prenez un morceau de fer, & tirez-le en long, plus ou moins fort, plus ou moins plat, plus ou moins large ; que la partie de ce morceau que vous appellerez la tête, soit à-peu-près quarrée ; que celle que vous appellerez le tranchant, soit très-mince & très-plate. Acérez cette partie mince avec du bon acier ; rendez-la tranchante à la lime & à la meule ; il faut qu’elle soit bien trempée, & vous aurez un ciseau à couper le fer. Quelquefois le tranchant en est en biseau ; d’autres fois, au lieu de tête, on y pratique une soie qui est reçue dans un manche de bois. En un mot, cette sorte de ciseau varie prodigieusement, selon l’usage, la matiere à couper, les formes à faire. Il y en a, & de la plus petite grandeur, & de la plus grande force. Voyez la suite de cet article.

Ciseau, instrument de Chirurgie, composé de deux branches égales en longueur, tranchantes en-dedans, & jointes ensemble par un clou. Il faut avoir des ciseaux qui ne servent qu’aux appareils, pour couper les linges qui servent à faire les bandes, compresses, & autres pieces.

Les Chirurgiens doivent avoir en outre des ciseaux à incision ; les uns sont droits, & les autres courbes ; il faut qu’ils soient construits avec toute l’attention possible. Les pointes doivent être mousses, pour qu’en opérant on ne soit point obligé de changer les anneaux des doigts, pour mettre la branche boutonnée dans la plaie, lorsqu’elle ne s’y présente pas naturellement. Voyez Chirurgie, Pl. I. fig. 1.

Les ciseaux courbes servent à faire des incisions dans des endroits un peu caves ; il faut que leur courbure soit petite & douce ; qu’elle prenne du milieu même de l’entablure, & qu’augmentant presque insensiblement, la pointe s’écarte à peine de cinq lignes de l’axe des ciseaux. Cette structure rend les ciseaux courbes, non seulement propres à toutes les opérations qui demandent la courbure des lames, mais ils sont si commodes & si dégagés, qu’ils peuvent exécuter celles qui semblent exiger l’usage des ciseaux droits. Voyez la fig. 1. Pl. III. M. de Garengeot a traité fort au long, dans son livre d’instrumens, de la construction des ciseaux.

M. Petit a imaginé des ciseaux particuliers pour l’opération du filet. Voyez Filet, & la fig. 4. Pl. XIX. (Y)

Ciseau d’embas, morceau de fer, acéré par le bout tranchant, à l’usage de ceux qui travaillent à l’ardoise. Voyez Ardoise.

Ciseau, à l’usage des Arquebusiers. Ils en ont de plusieurs fortes, parmi lesquelles on en distingue quatre particulierement : le ciseau à bride. le ciseau à chaud, le ciseau de côté, le ciseau à ébaucher.

Le ciseau à bride est un petit morceau d’acier long de six ou huit pouces, quarré, de l’épaisseur d’une ligne & demie en tout sens. Ce morceau d’acier est reployé aux deux tiers, quarrément, & se reploye encore en-devant, d’un petit bec de la grandeur d’une ligne. Ce bec est fort tranchant ; les Arquebusiers s’en servent pour vuider & nettoyer une entaille ou une mortoise dans un bois de fusil.

Le ciseau à chaud est un morceau de fer ou d’acier quarré, d’environ huit pouces, gros de deux, peu tranchant, & servant à l’Arquebusier pour partager un morceau de fer en deux, ou pour y faire des entailles.

Le ciseau de côté est fait à-peu-près comme le bec d’âne, voyez Bec d’âne ; il est plus plat ; son tranchant est en biseau ; il ne coupe proprement qu’en un sens. L’arquebusier s’en sert pour graver des ornemens. Il en a de très-petits & très-déliés.

Le ciseau à ébaucher ressemble au fermoir des Menuisiers, voyez Fermoir, & sert à l’Arquebusier pour ébaucher un bois de fusil, & commencer à lui faire prendre sa forme. Voyez les Planches du Menuisier.

Ciseau des Cartiers, ce sont de grands ciseaux composés de deux lames fort grandes & fort tranchantes, jointes par un clou-à-vis, qui se serre au moyen d’un écrou. Ces lames ont à leur extrémité opposée, l’une un anneau pour passer une partie de la main, & celle-ci est mobile ; & l’autre, un morceau de fer recourbé qui s’attache sur l’établi, au moyen d’un crochet qui passe à travers la table, & est rendu immobile par un écrou qui serre fortement la vis de ce crochet. Les ciseaux servent à couper & rogner les cartes quand elles ont été lissées. C’est la derniere façon que l’on donne aux cartes pour les fabriquer. Voyez la fig. 4. Pl. du Cartier, qui représente le coupeur ; & les figures 10, 11, 12, qui représentent les ciseaux & tout ce qui leur appartient. Z est une planche de bois posée verticalement sur l’établi, où elle est retenue par les deux tenons 4, 4, qui passent au-travers dudit établi. 5, 5 sont deux clés qu’on fait passer dans les trous des tenons par-dessous de l’établi, pour y tenir assujettie cette planche Z. V est la machoire fixe des ciseaux, qui est retenue contre le bord antérieur de l’établi par la vis 1, qui passe par le trou 2 de cette branche. L’autre branche u est articulée avec celle-ci par le moyen d’une vis & d’un écrou qui traverse à la fois les deux branches u & V, & la fourchette X, dont l’extrémité inférieure est faite en vis, qui entre dans l’établi. Cette fourchette sert à soûtenir les ciseaux, dont la branche fixe & supérieure est encore arrêtée par la piece a, qui est une cheville de fer qui passe par le trou 2 de la planche Z, où elle est retenue par l’écrou à oreilles b. A l’autre extrémité de cette cheville sont deux disques, 1, 2, entre lesquels passe la branche fixe des ciseaux. Voyez l’article Cartes.

Ciseau, outil de Charron, morceau de fer de la longueur de deux piés ou environ, rond par en-haut, de la grosseur d’un pouce & demi, large, plat ; & acéré par en-bas, de la largeur de deux pouces & demi, & épais de deux à trois lignes, qui sert aux Charrons à former & élargir les mortaises.

Ciseau à un biseau des Charpentiers. Il ressemble au précédent, & sert à dresser les mortaises, les tenons, &c.

Ciseau des Cloutiers. C’est un instrument dont ils se servent pour couper les cloux à mesure qu’ils les fabriquent. Il est de fer, acéré, pointu par un bout par ou on l’enfonce dans le bloc ; il a environ cinq pouces de hauteur, & trois de largeur ; il est applati & tranchant par le haut. Pour couper le clou, l’ouvrier applique sa baguette de fer sur le ciseau précisément à l’endroit où il doit être coupé, & en la frappant d’un coup de marteau, le clou se sépare du reste de la baguette. Voyez Pl. du Cloutier, fig. 24. & 22. qui représente le billot monté de toutes ses pieces.

Ciseau des Cordonniers. Ils sont en tout semblables à ceux des Tailleurs.

Ciseau de Doreur sur bois ; c’est un ciseau ordinaire de Sculpteur. Les Doreurs s’en servent à lever les ornemens de sculpture couverts par le blanc.

Ciseau de Ferblantier. Cet outil est en tout semblable à celui des Serruriers. Voyez la fig. 43. Pl. du Ferblantier.

Ciseau de Fourbisseur. Ce sont de forts ciseaux qui n’ont rien de particulier, & qui servent aux Fourbisseurs pour rogner le haut des fourreaux quand ils sont trop longs.

Ciseau de Guainier : ils sont faits exactement comme ceux des Couturieres, & servent au Guainier à couper le bois pour ses ouvrages. Il en a d’autres qui sont en forces. Ces ciseaux sont beaucoup plus grands ; ils ont les lames rondes ; ils ressemblent aux forces des Tailleurs. Ils servent aux Guainiers à couper & tailler les peaux & cuirs dont ils couvrent leurs ouvrages. Voyez les Pl. du Tailleur.

Ciseau de jardinage. Ils sont beaucoup plus forts & plus longs que les ciseaux ordinaires, Ils ont deux mains de bois, ce qui facilite la tonte des boüis & autres arbrisseaux.

Ciseau de Maçon ou de Tailleur de pierre ; c’est un outil de fer, acéré, long, de la forme d’un clou sans tête, applati & tranchant par le bout. Il sert à commencer le lit ou la taille de la pierre.

Ciseau des Menuisiers, c’est un outil de fer & acéré par le tranchant : il a un biseau & un manche de bois ; il sert à nettoyer les mortaises, faire les tenons, &c. Voyez la fig. 46. Pl. de Menuiserie.

Ciseau d’Orfevre, voyez les Ciseaux du Serrurier.

Ciseau de Perruquier, voyez le premier article ou le Ciseau de Chirurgien.

Ciseau de Relieur, voyez le premier article Ciseau.

Ciseau de Sculpteur en marteline, voyez Marteline.

Ciseau, (Serrurier.) ces ouvriers ont le ciseau à chaud : c’est un gros ciseau à deux biseaux, qui sert à couper le fer chaud. Sa forme n’a rien de particulier : c’est la même que celle d’un burin gros & long. On observe seulement de le jetter dans l’eau quand on s’en est servi, & de le retremper quelquefois. On lui donne le nom de ciseau à chaud, parce que ce ciseau n’a pas plûtôt servi à la forge, qu’il s’amollit en se détrempant, & qu’il ne seroit plus en en état de couper du fer froid.

Ciseau à froid ; c’est un ciseau qui ne differe du précédent qu’en ce qu’il est moins long, & qu’il ne sert jamais sur le fer chaud.

Ciseaux à ferrer ; ce sont des ciseaux à deux biseaux, mais dont le taillant est très-mince, ainsi que toute la partie qui le précede ; leur usage n’est qu’à couper du bois, & préparer les endroits des fiches, serrures, &c.

Ciseau de Tailleur, voyez le premier article Ciseau.

Ciseau à tondre, (Œconom. rust.) voyez l’article Tondre, & le premier article Ciseau.

Ciseau de Verrerie ; voyez Verrerie, & le premier article Ciseau.