L’Encyclopédie/1re édition/CONCUPISCENCE

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CONCUPISCENCE, s. f. parmi les Théologiens, signifie l’appétit, ou le desir immodéré, ou la convoitise des choses sensuelles, inhérent à l’homme depuis sa chûte.

Le P. Malebranche définit la concupiscence, un effort naturel que les traces, les impressions du cerveau font sur l’ame pour l’attacher aux choses sensibles. L’empire & la force de la concupiscence sont, selon lui, ce que nous appellons le péché originel.

Il attribue l’origine de la concupiscence à ces impressions faites sur le cerveau de nos premiers parens, au tems de leur chûte, qui se sont transmises & qui se transmettent continuellement à leurs descendans : car de même, dit-il, que les animaux produisent leurs semblables, & avec les mêmes traces dans le cerveau (ce qui produit les mêmes sympathies & antipathies, & la même conduite dans les mêmes occasions) ; de même nos premiers parens ayant après leur chûte reçu des traces si profondes dans le cerveau, par l’impression des objets sensibles, on peut supposer avec raison qu’ils les communiquerent à leurs enfans. Mais on doit se borner à croire ce mystere, sans l’expliquer.

Les Scholastiques se servent du terme d’appétit concupiscible, pour signifier l’envie que nous avons de posséder un bien, en opposition à celui d’appétit irascible qui nous porte à fuir un mal.

S. Augustin, dans ses écrits contre Julien évêque d’Eclane, liv. IV. chap. xjv. distingue quatre choses dans la concupiscence ; la nécessité, l’utilité, la vivacité, & le desordre du sentiment ; & il ne trouve de mauvais que cette derniere qualité. La concupiscence considérée sous ce dernier rapport, est ce penchant que nous avons tous au mal, & qui reste dans les baptisés & dans les justes comme une suite & une peine du péché originel, & pour servir d’exercice à leur vertu. Voyez Péché originel. (G)