L’Encyclopédie/1re édition/FARCE

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FARCE, s. f. (Belles-Lettres.) espece de comique grossier où toutes les regles de la bienséance, de la vraissemblance, & du bon sens, sont également violées. L’absurde & l’obscene sont à la farce ce que le ridicule est à la comédie.

Or on demande s’il est bon que ce genre de spectacle ait dans un état bien policé des théatres réguliers & décens. Ceux qui protegent la farce en donnent pour raison, que, puisqu’on y va, on s’y amuse, que tout le monde n’est pas en état de goûter le bon comique, & qu’il faut laisser au public le choix de ses amusemens.

Que l’on s’amuse au spectacle de la farce, c’est un fait qu’on ne peut nier. Le peuple romain desertoit le théatre de Térence pour courir aux bateleurs ; & de nos jours Mérope & le Méchant dans leur nouveauté ont à peine attiré la multitude pendant deux mois, tandis que la farce la plus monstrueuse a soûtenu son spectacle pendant deux saisons entieres.

Il est donc certain que la partie du public, dont le goût est invariablement décidé pour le vrai, l’utile, & le beau, n’a fait dans tous les tems que le très-petit nombre, & que la foule se décide pour l’extravagant & l’absurde. Ainsi, loin de disputer à la farce les succès donc elle joüit, nous ajoûterons que dès qu’on aime ce spectacle, on n’aime plus que celui-là, & qu’il seroit aussi surprenant qu’un homme qui fait ses délices journalieres de ces grossieres absurdités, fût vivement touché des beautés du Misantrope & d’Athalie, qu’il le seroit de voir un homme nourri dans la débauche se plaire à la société d’une femme vertueuse.

On va, dit-on, se délasser à la farce ; un spectacle raisonnable applique & fatigue l’esprit ; la farce amuse, fait rire, & n’occupe point. Nous avoüons qu’il est des esprits, qu’une chaîne réguliere d’idées & de sentimens doit fatiguer. L’esprit a son libertinage & son desordre où il est plus à son aise ; & le plaisir machinal & grossier qu’il y prend sans réflexion, émousse en lui le goût de l’honnête & de l’utile ; on perd l’habitude de refléchir comme celle de marcher, & l’ame s’engourdit & s’énerve comme le corps, dans une oisive indolence. La farce n’exerce, ni le goût ni la raison : de-là vient qu’elle plaît à des ames paresseuses ; & c’est pour cela même que ce spectacle est pernicieux. S’il n’avoit rien d’attrayant, il ne seroit que mauvais.

Mais qu’importe, dit-on encore, que le public ait raison de s’amuser ? Ne suffit-il pas qu’il s’amuse ? C’est ainsi que tranchent sur tout ceux qui n’ont refléchi sur rien. C’est comme si on disoit : Qu’importe la qualité des alimens dont on nourrit un enfant, pourvû qu’il mange avec plaisir ? Le public comprend trois classes ; le bas peuple, dont le goût & l’esprit ne sont point cultivés, & n’ont pas besoin de l’être ; le monde honnête & poli, qui joint à la décence des mœurs une intelligence épurée & un sentiment délicat des bonnes choses ; l’état mitoyen, plus étendu qu’on ne pense, qui tâche de s’approcher par vanité de la classe des honnêtes gens, mais qui est entraîné vers le bas peuple par une pente naturelle. Il ne s’agit donc plus que de savoir de quel côté il est le plus avantageux de décider cette classe moyenne & mixte. Sous les tyrans & parmi les esclaves la question n’est pas douteuse ; il est de la politique de rapprocher l’homme des bêtes, puisque leur condition doit être la même, & qu’elle exige également une patiente stupidité. Mais dans une constitution de choses fondée sur la justice & la raison, pourquoi craindre d’étendre les lumieres, & d’ennoblir les sentimens d’une multitude de citoyens, dont la profession même exige le plus souvent des vûes nobles, un sentiment délicat & un esprit cultivé ? On n’a donc nul intérêt politique à entretenir dans cette classe du public l’amour dépravé des mauvaises choses.

La farce est le spectacle de la grossiere populace ; & c’est un plaisir qu’il faut lui laisser, mais dans la forme qui lui convient, c’est-à-dire avec des treteaux pour théatres, & pour salles des carrefours ; par-là il se trouve à la bienséance des seuls spectateurs qu’il convienne d’y attirer. Lui donner des salles décentes & une forme réguliere, l’orner de musique, de danses, de décorations agréables, c’est dorer les bords de la coupe où le public va boire le poison du mauvais goût. Article de M. Marmontel.

Farce, en Cuisine, est une espece de garniture ou mêlange de différentes viandes hachées bien menues, assaisonnées d’épices & de fines herbes.

Farce, se dit encore, parmi les Cuisiniers, d’un mets fait avec plusieurs sortes d’herbes, comme oseille, laitue, porée, &c. hachées ensemble, & brouillées avec des œufs ; avant de la servir, outre ceux qu’on y a brouillés, on y met encore des quartiers d’œufs durs, tant pour orner le plat de farce, que pour adoucir la trop grande aigreur des herbes.