L’Encyclopédie/1re édition/FLEURI

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FLEURI, adj. (Littér.) qui est en fleur, arbre fleuri, rosier fleuri ; on ne dit point des fleurs qu’elles fleurissent, on le dit des plantes & des arbres. Teint fleuri, dont la carnation semble un mélange de blanc & de couleur de rose. On a dit quelquefois, c’est un esprit fleuri, pour signifier un homme qui possede une littérature legere, & dont l’imagination est riante.

Un discours fleuri est rempli de pensées plus agréables que fortes, d’images plus brillantes que sublimes, de termes plus recherchés qu’énergiques : cette métaphore si ordinaire est justement prise des fleurs qui ont de l’éclat sans solidité. Le style fleuri ne messied pas dans ces harangues publiques, qui ne sont que des complimens. Les beautés legeres sont à leur place, quand on n’a rien de solide à dire : mais le style fleuri doit être banni d’un plaidoyer, d’un sermon, de tout livre instructif. En bannissant le style fleuri, on ne doit pas rejetter les images douces & riantes, qui entreroient naturellement dans le sujet. Quelques fleurs ne sont pas condamnables ; mais le style fleuri doit être proscrit dans un sujet solide. Ce style convient aux pieces de pur agrément, aux idyles, aux églogues, aux descriptions des saisons, des jardins ; il remplit avec grace une stance de l’ode la plus sublime, pourvû qu’il soit relevé par des stances d’une beauté plus mâle. Il convient peu à la comédie qui étant l’image de la vie commune, doit être généralement dans le style de la conversation ordinaire. Il est encore moins admis dans la tragédie, qui est l’empire des grandes passions & des grands intérêts ; & si quelquefois il est reçû dans le genre tragique & dans le comique, ce n’est que dans quelques descriptions où le cœur n’a point de part, & qui amusent l’imagination avant que l’ame soit touchée ou occupée. Le style fleuri nuiroit à l’intérêt dans la tragédie, & affoibliroit le ridicule dans la comédie. Il est très à sa place dans un opéra françois, où d’ordinaire on effleure plus les passions qu’on ne les traite.

Le style fleuri ne doit pas être confondu avec le style doux.

Ce fut dans ces jardins, où par mille détours
Inachus prend plaisir à prolonger son cours ;
Ce fut sur ce charmant rivage
Que sa fille volage
Me promit de m’aimer toûjours.
Le Zéphyr fut témoin, l’onde fut attentive,
Quand la nymphe jura de ne changer jamais :
Mais le Zéphyr leger, & l’Onde fugitive,
Ont bien-tôt emporté les sermens qu’elle a faits.

C’est-là le modele du style fleuri. On pourroit donner pour exemple du style doux, qui n’est pas le doucereux, & qui est moins agréable que le style fleuri, ces vers d’un autre opéra :

Plus j’observe ces lieux, & plus je les admire ;
Ce fleuve coule lentement,
Et s’éloigne à regret d’un séjour si charmant.

Le premier morceau est fleuri, presque toutes les paroles sont des images riantes. Le second est plus dénué de ces fleurs ; il n’est que doux. Article de M. de Voltaire.

Fleuri, terme de Blason. Voyez Fleuré.

Guillem Montjustin, au comtat d’Avignon, d’argent au rosier de sinople, fleuri & boutonné de gueules à la bordure d’azur, chargée de huit étoiles d’or.