L’Encyclopédie/1re édition/GRECE

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GRECE, (Eglise de la) Hist. ecclés. L’église de la Grece, qu’il faut distinguer de l’église greque, est l’église établie par S. Paul & par ses collégues, à Corinthe, à Thessalonique, & autres lieux de l’ancienne Grece en Europe. On peut encore y ajoûter l’église fondée par les apôtres, à Ephese, à Antioche, & dans les autres villes de la Grece asiatique. (D. J.)

Grece, s. f. (Géog.) Nous comprenons aujourd’hui sous le nom de Grece, divers pays qui n’en étoient pas tous anciennement, & qu’on pourroit diviser en sept parties soûmises au grand-seigneur : savoir, 1°. la Romanie ou Rumelie, qui étoit la Thrace des anciens : 2°. la Macédoine, qui renferme le Jamboli, le Coménolitari & la Janna : 3°. l’Albanie : 4°. la Livadie : 5°. la Morée, autrefois le Péloponnese : 6°. l’île de Candie, autrefois Crete : 7°. les iles de l’Archipel au nombre de quarante-trois.

Toute cette étendue de pays est bornée à l’est par la mer Egée, au nord par les provinces du Danube, à l’ouest & au sud par une partie de la Méditerranée. Le gouvernement politique s’exerce sous le département général de deux bachas, de celui de Rumélie & du capoutan bacha. Celui de Rumélie a sous lui 24 sangiacs ; le capoutan bacha, qui est l’amiral de l’Archipel, a sous ses ordres treize sangiacs.

La religion dominante est le Mahométisme ; le Christianisme du rit grec, suivi par le plus grand nombre des habitans qui cultivent les îles de l’Archipel, y est toléré.

Les langues d’usage sont le turc & le grec vulgaire. La langue turque est employée par les Mahométans, & la greque par les Chrétiens.

Les denrées, sur-tout celles des îles de l’Archipel dont il se fait un grand commerce, consistent en huiles, vins, soies crues, miel, cire, coton, froment, &c. L’ile de Candie est renommée pour ses oliviers qui ne meurent que de vieillesse, parce qu’il n’y gele jamais. Chio est célebre pour son mastic & pour ses vins ; Andros, Tine, Thermie & Zia, pour leurs soies ; Mételin qui est l’ancienne Lesbos, pour ses vins & ses figues ; Naxie, pour son émeril ; Milo, pour son soufre ; Samos, pour son ochre ; Siphanto, pour son coton ; Skino, pour son froment ; Amorgos, pour une espece de lichen, plante propre à teindre en rouge, & que les Anglois consomment, &c.

Cependant la Grece a essuyé tant de revers, qu’on ne trouve plus en elle aucune trace de son ancienne gloire & de sa grandeur passée. Ses villes autrefois si nombreuses & si florissantes, n’offrent aujourd’hui que des monceaux de ruines ; ses provinces jadis si belles & si fertiles, sont desertes & sans culture. Telle est la pesanteur du joug des Ottomans sous lequel les habitans gémissent, qu’ils en sont entierement accablés, & leur seul aspect ne fait appercevoir que des esprits abattus. Voyez Grecs. (D. J.)

Grece asiatique, (Géog. anc.) on a autrefois ainsi nommé la partie de l’Asie où les Grecs s’étoient établis, principalement l’Eolide, l’Ionie, la Carie & la Doride, avec les îles voisines. Ces Grecs asiatiques envoyerent le long de la Propontide & même jusqu’au fond du Pont-Euxin, des colonies qui y établirent d’autres colonies : de-là vient que l’on y trouve des villes qui portent des noms purement grecs, comme Héraclée, Trébisonde, Athenes. Voyez Athenes, Héraclée, Trébisonde. (D. J.)

Grece, (grande) Géog. anc. dénomination anciennement donnée à la partie orientale & méridionale d’Italie, où les premiers Grecs envoyerent un grand nombre de colonies, qui y fonderent plusieurs villes considérables, comme nous l’apprend Denis d’Halicarnasse. La grande Grece comprenoit la Pouille, la Messapie la Calabre, les Salentins, les Lucaniens, les Brutiens, les Crotoniates & les Locriens. Le P. Briet en a fait une table, dont voici l’abregé.

La Pouille Daunienne ville Siponte.
Peucétienne ville Canusium, aujourd’hui Canosa.
La Messapie les Calabrois.
villes Brindes.
les Salentins.
ville Tarente.
L’Œnotrie les Lucaniens.
villes de Pœte & Sybaris, aujourd’hui ruinées.
les Burtiens.
villes Rheggium, aujourd’hui Reggio.
& Hipponium, aujourd’hui Monteléone.
les Crotoniates.
ville Crotona, aujourd’hui Cortone.
les Locriens.
ville Geirazzo.

Cette dénomination de grande Grece ne s’est introduite vraissemblablement que quand la république romaine a été formée, & a possédé un état, dont les Latins, les Volsques & les Sabins faisoient partie ; car ces peuples étoient Grecs d’origine, & leur pays pouvoit être naturellement compris dans la Grece italique : mais comme ils avoient subi le joug des Romains & parloient une langue différente de celle des Grecs, on réserva le nom de grecs à ceux qui avoient conservé leur langue originale, qu’ils mêlerent pourtant ensuite avec la latine. Ainsi nous voyons que du tems d’Auguste on parloit encore à Canuse un jargon qui étoit un mélange de grec & de latin : Canusini more bilinguis.

Quelques modernes comparant l’étendue de la Grece italique avec celle de la Grece proprement dite, qui comprenoit l’Achaïe, le Péloponnese, & la Thessalie, ont cru que le nom de grande Grece lui avoit été très-mal appliqué : mais les observations astronomiques du P. Feuillée, de M. Vernon & autres, prouvent le contraire. En effet il résulte de ces observations que la longueur & la largeur qu’on donnoit ci-devant à la Grece propre, excédoit de plusieurs degrés sa veritable étendue, ensorte que ce pays se trouva plus petit de la moitié qu’on ne le supposoit.

On peut donc aujourd’hui établir pour certain, que la Grece italique a été jadis nommée grande Grece avec beaucoup de fondement, puisqu’elle étoit en réalite plus grande que la veritable Grece, & cela même sans qu’il soit besoin d’y attacher la Sicile, quoique cette île étant pleine de colonies greques, pût aussi être appellée Grece, comme l’ont fait Strabon & Tite-Live.

Il est vrai néanmoins que la grande Grece diminua insensiblement, à mesure que la république romaine s’aggrandit. Strabon observe qu’il ne restoit plus de son tems que Tarente, Rheges & Naples qui eussent conservé les mœurs greques, & que toutes les autres villes avoient pris les manieres etrangeres, c’est-à-dire celles des Romains leurs vainqueurs.

Au reste la Grece italique a produit, ainsi que la véritable Grece, quantité d’hommes illustres : entre les Philosophes Pythagore, Parménide, Zénon, &c. entre les Poëtes Ibicus & quelques autres : mais ces Grecs d’Italie ayant avec le tems cultivé la langue latine, s’en servirent dans leurs poésies ; Horace par exemple & Racuve, tous deux nés dans la Pouille, étoient Grecs, quoiqu’ils soient du nombre des poetes latins. (D. J.)

Grece propre, (Géog. anc.) La Grece propre ou proprement dite, n’étoit d’abord qu’une petite contrée de Grece dans la Thessalie ; mais ce nom se donna dans la suite à un terrein plus étendu, & enfin la Grece propre renferma tout le pays que possédoit la Macédoine, l’Epire & la plus grande partie du Péloponnese, lorsque leurs peuples, las des rois, s’erigerent en républiques pour conserver leur liberté par leurs alliances contre l’oppression étrangere, & par la police & les lois, contre l’asurpation ou le trop grand crédit des particuliers. On comprenoit alors dans la Grece propre l’Acarnanie, l’Etolie, la Doride, la Locride, la Phocide, la Béotie, l’Attique & la Mégaride. (D. J.)