L’Encyclopédie/1re édition/INSTRUMENT

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 802-804).

INSTRUMENT, s. m. (Gramm.) ce qui sert à une cause pour produire son effet. Voyez Effet.

Instrumens de sacrifice, (Hist. anc.) ce sont des ornemens de l’Architecture ancienne ; tels que sont les vases, pateres, candelabres, couteaux avec lesquels on égorgeoit les victimes, comme on en voit à une frise d’ordre corinthien d’un vieux temple qui est à Rome derriere le Capitole. Voyez Frise.

Instrument, (Astron.) en général on appelle ainsi les quarts de cercle, les secteurs, les octans, &c. avec lesquels les astronomes s’observent.

Instrument de Hadley. Voyez Octant.

Instrument (Jurisprud.) signifie titre. Instrument public est un acte reçu par un officier public, tel qu’un notaire, greffier, ou autre officier. Ces sortes d’actes sont authentiques, & font foi lorsqu’ils sont en bonne forme. Les instrumens privés ou écritures privées, telles que les cédules ou promesses, livres de comptes, lettres missives ne sont point authentiques, & sont sujets à reconnoissance & vérification.

Ce terme d’instrument est présentement peu usité, sur-tout en parlant des écritures privées. Voyez au digeste le titre de fide instrumentorum. (A)

Instrument, en Chirurgie, moyen auxiliaire, dont on se sert pour les opérations. Ils sont composés de différentes matieres ; mais l’acier & le fer en fournissent la plus grande partie ; l’or, l’argent, le plomb & plusieurs autres matieres y sont aussi employées.

Les instrumens qui doivent résister beaucoup, ou qui doivent inciser par leur tranchant, doivent absolument être fabriqués d’acier & de fer, ou des deux ensemble. Les instrumens plians comme les algalies, les canules, doivent être d’argent, & l’on fait indifféremment d’acier, de fer ou d’argent, plusieurs autres instrumens. Quelques uns donnent la préférence à l’acier bien poli, à cause de la propreté ; d’autres aiment mieux l’argent, parce qu’il n’est point sujet à la rouille, & que les instrumens qui en sont construits exigent moins de soins.

On divise communément les instrumens de Chirurgie en communs & en particuliers. Les instrumens communs servent à plusieurs opérations, au pansement des plaies, &c. Tels sont les ciseaux, les bistouris, les sondes, &c. Les instrumens particuliers sont ceux dont l’usage est fixé à certaines opérations, comme les algalies pour la vessie, les scies pour les amputations des membres, le trépan pour le crane, &c. Les instrumens communs sont aussi appellés portatifs, parce que le chirurgien est toujours obligé de les avoir sur lui ; les autres au contraire sont nommés non-portatifs, parce qu’il suffit qu’on les ait chez soi en bon état pour le besoin.

M. de Garengeot a fait un traité sur les instrumens de Chirurgie, le premier qui ait paru depuis l’arsenal de Scultet. Il en donne des connoissances très distinctes, en entrant dans la discussion de toutes leurs parties ; il s’attache principalement aux circonstances propres à en faire connoître le jeu ; il déduit la construction & la régularité de leurs dimensions, & enseigne la meilleure maniere de s’en servir, en parlant de leurs usages. Les figures en taille-douce rendent toutes ces applications fort intelligibles pour les jeunes chirurgiens qui ne peuvent être trop au fait de la matiere instrumentale. (Y)

Intrumens, (Chimie.) L’attirail chimique, l’assortiment des meubles du laboratoire, supellex chimica, est formé par la provision convenable de fourneaux, de vaisseaux, & de quelques autres ustensiles de différens genres, qui servent aux opérations mécaniques, préparatoires ou subsidiaires, à manier ou à soutenir les vaisseaux, ou enfin à procurer diverses commodités à l’artiste.

Les instrumens de cette derniere division n’ont point de nom classique ; renvoyant donc aux articles Fourneau & Vaisseaux (Chimie), pour les deux premieres divisions, nous nous bornerons à donner dans celui-ci une idée des instrumens que nous rangeons sous la troisieme.

Les opérations que nous appellons mécaniques, sont celles qui se bornent à diviser les masses des corps, ou à en rassembler les parties, & à déplacer ou agiter diversement les sujets chimiques par des actions mécaniques. Telles sont l’action de les limer, de les raper, de les piler, de les laminer, grenail ler, former en lingots, en trochisques, jetter en moule ; de les détacher, en ratissant, d’un vaisseau auquel ils adherent, de les projetter, d’en ramasser des poudres, de remuer un corps qu’on veut fondre ou dissoudre ; séparer une poudre d’une liqueur où elle n’étoit pas dissoute, &c. Voyez Opérations, Chimie. Ces opérations exigent donc que le chimiste soit pourvu de hachoirs, de ciseaux, de limes, de rapes, de pilons & mortiers, de tamis, de laminoirs, de granulatoires, de houssoirs, de pates de lievre, de lingotieres, de ratissoirs, de cuillieres, de spatules, de verges de fer, de filtres, &c.

Les instrumens qui servent à manier les vaisseaux qu’on ne sauroit toucher avec les mains, sont les pincettes de différentes especes ; les outils appellés mains, des torchons, du gros papier, &c. Ceux qui servent à les soutenir sont les supports de toutes les façons, & des especes de tourteaux de paille, de jonc ou d’osier, appellés valets.

Enfin les instrumens qui ne font que procurer diverses commodités aux artistes, sont les pincettes, les pelles, & les capsules de fer qui leur servent à manier le charbon & à le placer dans les fourneaux, les bancs & les carrelets à soutenir des filtres ; les anneaux de fer qu’on rougit pour couper les cols de certains vaisseaux ; les soufflets, les écrans à fenêtre, & les vers colorés pour regarder des matieres sujettes à éclater, & vivement embrasées ; les pinceaux à étendre certains luts, les éponges & autres matieres propres à nettoyer les vaisseaux, &c. Les divers thermometres & pyrometres, qu’on pourroit être tenté de regarder comme des moyens très propres à déterminer avec justesse les différens degrès de feu, ne sauroient être mis au nombre des instrumens chimiques. Voyez Feu, Chimie.

Outre ces instrumens qui, bien que communs pour la plupart à differens arts, sont pourtant d’un usage immédiat & prochain dans la pratique de la Chimie ; il y en d’autres qui, quoique d’un emploi plus éloigné, sont absolument nécessaires à l’artiste. Comme il doit, par exemple déterminer avec justesse & par le poids, autant qu’il est possible, les quantités absolues, mais plus encore les quantités proportionnelles ou respectives des différentes matieres qu’il met en œuvre ; le laboratoire doit être nécessairement meublé de balances de toutes les grandeurs, & de poids proportionnés.

Les luts qui ne sont pas communément compris sous la dénomination d’instrument chimique, méritent pourtant d’y être rapportés, & d’être regardés comme un espece de supplément ou d’appendix des vaisseaux, soit qu’ils soient employés à les cuirasser, soit qu’ils servent à les unir. Voyez Lut & Vaisseau.

Au reste il y a dans ce dictionnaire des articles particuliers pour tous les instrumens que nous venons de nommer, & même pour quelques autres pour ainsi dire moins techniques, ou d’un usage moins commun, dont nous n’avons pas cru devoir faire mention dans cet article, que nous avons destiné seulement à donner une idée générale, & composée du gros de cet attirail chimique qu’on peut regarder comme subalterne, en le comparant aux fourneaux & aux vaisseaux.

Il faut se souvenir aussi qu’il n’est ici question que des instrumens de la Chimie philosophique ou expérimentale. Les différentes branches de la Chimie pratique, ou les différens arts chimiques en ont chacun quelques-uns qui leur sont propres, & que le chimiste philosophe ne transporte dans son laboratoire, & ordinairement en petits, que quand il y veut répéter & étudier les procédés propres à ces arts. On trouvera la liste de ces instrumens particuliers dans les articles destinés à ces arts, par exemple à l’article Docimastique, à l’article Métallurgie, &c.

On emploie dans le langage philosophique de la chimie moderne le mot instrument dans un sens bien différent de celui que nous venons de lui donner. Il est en usage comme synonyme d’agent, de cause, de principe. C’est dans ce sens que les premiers principes ou élémens des corps, sont appellés instrumens actifs, universels & primitifs, & que j’ai dit d’une maniere beaucoup plus précise, ce me semble, que les deux agens ou instrumens véritablement premiers & universels des chimistes, étoient le feu ou la chaleur & les menstrues. Voyez l’article Chimie, Feu & Menstrue. (b)

Instrumens Docimastiques. Les essayeurs appellent ainsi des petits parallélipipedes de terre cuite, qu’ils placent diversement dans les mouffles du fourneau de coupelle, pour gouverner plus exactement le feu employé aux essais. Voyez Essai. Ces instrumens sont sur-tout nécessaires, lorsqu’on se sert, comme dans quelques endroits de l’Allemagne, de mouffles percées de grands trous. Les mouffles percées de petits trous d’une ligne, ou d’une ligne & demie de diametre, sont plus commodes, principalement en ce qu’elles dispensent de l’emploi de ces instrumens, qui est difficile pour ceux qui ne sont pas dans l’habitude de les manier. (b)

Instrument, (Art mécanique.) il s’étend à tous les outils, dont un ouvrier se sert pour faire plus facilement son ouvrage. Ce détail tient une grande place dans ce Dictionnaire, & fournira un grand nombre de Planches.

* Instrumens, (Musiq. & Luth.) ce sont des machines inventées & disposées par l’art du luthier pour exprimer les sons au défaut des voix, ou pour imiter la voix naturelle de l’homme. La musique composée pour être exécutée sur ces sortes de machines, se nomme instrumentale. On range ordinairement ces instrumens sous trois classes, savoir, 1°. les instrumens à cordes : ils en ont plusieurs que l’on fait raisonner ou avec les doigts comme le luth, le theorbe, la guittare, la harpe, &c. ou avec un archet, comme le violon, la viole, la trompette marine, &c. ou par le moyen de sautereaux, comme l’épinette, le clavessin, la vielle, &c.

2°. Les instrumens à vent que l’on fait parler avec la bouche, comme les flûtes, trompetes, haut-bois, bassons, serpens, &c. ou avec des soufflets, comme les musettes, les chalemies ou loures, & l’orgue.

3°. Les instrumens de percussion qu’on frappe soit avec des baguettes, comme le tambour & les timbales, soit avec de petits bâtons, comme le psalterion, soit avec une plume, comme le cistre, soit enfin avec des marteaux ou des battans, comme les cloches, &c. Voyez ces instrumens à leurs articles, & les figures des Planches de Lutherie.

Nous observerons seulement ici que chaque instrument a son étendue propre, son expression & son caractere que le musicien doit bien connoître.

S’il porte l’instrument au-delà de sa véritable étendue, il le rendra aigu, sourd ou criard.

S’il ne connoît pas son expression, il ne l’appliquera pas dans les circonstances où il aura le plus d’effet.

C’est une partie très-importante de l’étude d’un compositeur, que celle du caractere des instrumens. Ce sont les voix différentes par lesquelles il parle à nos oreilles.

Mais ce n’est pas assez que de connoître chaque instrument en particulier ; il faut encore avoir l’expérience de l’effet de leurs sons combinés entr’eux : il ne faut quelquefois qu’une note de cors bien placée, pour causer l’émotion la plus violente.

Il n’y a point de phénomenes dans la nature, point de passions, point de sentimens dans le cœur de l’homme, qu’on ne puisse imiter avec le même instrument ; mais on ne peut pas dire qu’ils soient tous également propres à toutes ces imitations. Si les sons aigus des petites flutes se font entendre par intervalles dans la peinture d’une tempête, ils lui donneront beaucoup de vérité. Les sons bas & lugubres des cors annonceront d’une maniere effrayante l’arrivée des spectres & des ombres ; il faut tantôt soutenir les sons des instrumens à corde, tantôt les pincer, &c.

Qui est-ce qui sait parmi nous ce que j’appellerois volontiers la perspective musicale ?

On n’invente plus d’instrumens, & il y en a assez d’inventés ; mais je crois qu’il y a beaucoup de découvertes à faire sur leur facture.

La facture a pour objet la matiere & la forme. Combien d’expériences à faire sur l’une & l’autre.

La matiere comprend le choix des bois & leur préparation.

La forme comprend le rapport du plein au vuide, les contours, les ouvertures, les épaisseurs, les longueurs, largeurs & profondeurs, les accords, les cordes, les touches, &c.