L’Encyclopédie/1re édition/INVESTIR

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 862-863).

INVESTIR, (Art milit.) Investir une place, c’est en occuper toutes les avenues ; c’est le préliminaire d’un siége.

Investir une place, c’est l’entourer de troupes de tous côtés, comme dans le blocus ; de maniere que la ville ne puisse recevoir aucun secours, soit d’hommes ou de provisions : c’est proprement une préparation pour l’assiéger dans les formes.

L’investissement doit être fait de nuit avec de la cavalerie, afin d’empêcher qu’il ne sorte ou n’entre plus rien dans la place qu’on investit. Il faut aussi le plus promptement qu’il se peut, faire arriver l’infanterie, & mettre les troupes hors la portée du canon pendant le jour, pour qu’elles soient moins exposées au feu de la place ; mais les approcher beaucoup plus pendant la nuit.

On ne doit se montrer d’abord devant la place, que par des détachemens, qui poussant de tous côtés jusqu’aux portes de la ville, enlevent tout ce qui se trouve dehors, hommes & bestiaux. Ces détachemens doivent être soutenus par quelques escadrons qu’on fait avancer autant qu’il est nécessaire. Il est même avantageux d’essuyer quelques volées de canon pour avoir lieu d’en remarquer la portée.

Pendant que cette petite expédition se fait, on doit se saisir de toutes les avenues favorables aux secours qui pourroient se jetter dans la place. On forme pendant la nuit une espece d’enceinte autour de la place, en sorte qu’il ne reste aucun espace par où l’ennemi puisse pénétrer. En cet état on tourne le dos à la place, & on dispose de petites gardes devant & derriere pour n’être point surpris. Enfin, on fait tête à l’ennemi de quelque côté qu’il puisse se présenter, tenant toûjours la moitié de la cavalerie à cheval, pendant que l’autre met pied à terre, pour faire un peu reposer les hommes & les chevaux. Le matin on se retire peu-à-peu avec le jour, faisant souvent halte jusqu’à ce que le lever du soleil donne lieu de se retirer au quartier.

On pose des gardes ordinaires, qui font tête à la place, & d’autres plus fortes sur les côtés par où les secours pourroient arriver. Après quoi les escadrons qui ne sont pas de garde, se retirent au camp pour se reposer, sans se deshabiller, ni deseller les chevaux, qu’autant de tems qu’il est nécessaire pour les panser.

Dès le jour même que la place est investie, l’armée se met en mouvement pour arriver devant avec l’artillerie & les autres choses nécessaires au siége. Lorsque l’armée est prête d’arriver, le lieutenant général qui a fait l’investissement, va au-devant pour rendre compte au général de ce qu’il a fait, lequel, sur le rapport de cet officier, regle la derniere disposition pour le campement de l’armée autour de la place.

Le général fait le lendemain de son arrivée le tour de la place pour en finir la circonvallation, & distribuer les quartiers aux troupes & aux officiers généraux. Il regle aussi le quartier général, celui des vivres, le parc d’artillerie, &c. Ce qui étant fait, les ingénieurs tracent la circonvallation, afin que les troupes puissent marquer leur camp & demeure ; ce qui se fait en établissant le front de bandiere parallélement à la circonvallation & à la distance de 60, 80, 100, ou 120 toises au plus. Voyez Circonvallation, Attaque des Places du maréchal de Vauban.

Investir, (Marine.) se dit parmi les matelots de la Méditerranée pour échouer ou toucher sur une côte ou sur un banc de sable. (Q)