L’Encyclopédie/1re édition/JEU

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 531-542).
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JEU, s. m. (Droit natarel & Morale.) espece de convention fort en usage, dans laquelle l’habileté, le hasard pur, ou le hasard mêlé d’habileté, selon la diversité des jeux, décide de la perte ou du gain, stipulés par cette convention, entre deux ou plusieurs personnes.

On peut dire que dans les jeux, qui passent pour être de pur esprit, d’adresse, ou d’habileté, le hasard même y entre, en ce qu’on ne connoît pas toûjours les forces de celui contre lequel on joue, qu’il survient quelquefois des cas imprévûs, & qu’enfin l’esprit ou le corps ne se trouvent pas toûjours également bien disposes, & ne font pas toûjours leurs fonctions avec a même vigueur.

Quoi qu’il en soit, l’amour du jeu est le fruit de l’amour du plaisir, qui se varie à l’infini. De toute antiquité, les hommes ont cherché à s’amuser, à se délasser, à se récréer, par toutes sortes de jeux, suivant leur génie & leurs tempéramens. Long-tems avant les Lydiens, avant le siege de Troye & durant ce siege, les Grecs, pour en tromper la longueur, & pour adoucir leurs fatigues, s’occupoient à différens jeux, qui du camp passerent dans les villes, à l’ombre du loisir & du repos.

Les Lacédémoniens furent les seuls qui bannirent entiérement le jeu de leur république. On raconte que Chilon, un de leurs citoyens, ayant été envoyé pour conclure un traité d’alliance avec les Corinthiens, il fut tellement indigné de trouver les magistrats, les femmes, les vieux & les jeunes capitaines tous occupés au jeu, qu’il s’en retourna promptement, en leur disant que ce seroit ternir la gloire de Lacédémone, qui venoit de fonder Byzance, que de s’allier avec un peuple de joueurs.

Il ne faut pas s’étonner de voir les Corinthiens passionnés d’un plaisir qui communément regne dans les états, à proportion de l’oisiveté, du luxe & des richesses. Ce fut pour arrêter, en quelque maniere, la même fureur, que les lois romaines ne permirent de jouer que jusqu’à une certaine somme ; mais ces lois n’eurent point d’exécution, puisque parmi les excès que Juvenal reproche aux Romains, celui de mettre tout son bien au hasard du jeu est marqué précisément dans sa premiere satyre, vers 88.

. . . . . . . . . . . Alea quando
Hos animos ? Neque enim loculis comitantibus
Ad casum tabuloe, posita sed luditur arca.

« La phrénésie des jeux de hasard a-t-elle jamais été plus grande ? Car ne vous figurez pas qu’on se contente de risquer, dans ces académies de jeux, ce qu’on a par occasion d’argent sur soi ; on y fait porter exprès des cassettes pleines d’or, pour les jouer en un coup de dé ».

Ce qui paroît plus singulier, c’est que les Germains mêmes goûterent si fortement les jeux de hasard, qu’après avoir joué tout leur bien, dit Tacite, ils finissoient par se jouer eux-mêmes, & risquoient de perdre, novissimo jactu, pour me servir de son expression, leur personne & leur liberté. Si nous regardons aujourd’hui les dettes du jeu comme les plus sacrées de toutes, c’est peut-être un héritage qui nous vient de l’ancienne exactitude des Germains à remplir ces sortes d’engagemens.

Tant de personnes de tout pays ont mis & mettent sans cesse une partie considérable de leur bien à la merci des cartes & des dés, sans en ignorer les mauvaises suites, qu’on ne peut s’empêcher de rechercher les causes d’un attrait si puissant.

Un joueur habile, dit l’abbé du Bos, pourroit faire tous les jours un gain certain, en ne risquant son argent qu’aux jeux où le succès dépend encore plus de l’habilité des tenans que du hasard des cartes & des dés ; cependant il préfere souvent les jeux où le gain dépend entierement du caprice des dés & des cartes, & dans lesquels son talent ne lui donne point de supériorité sur les joueurs. La raison principale d’une prédilection tellement opposée à ses intérêts, procéde de l’avarice, ou de l’espoir d’augmenter promptement sa fortune.

Outre cette raison, les jeux qui laissent une grande part dans l’événement à l’habileté du joueur, exigent une contention d’esprit trop suivie, & ne tiennent pas l’ame dans une émotion continuelle, ainsi que le font le passe-dix, le lansquenet, la bassette, & les autres jeux où les événemens dépendent entierement du hasard. A ces derniers jeux, tous les coups sont décisifs, & chaque événement fait perdre ou gagner quelque chose ; ils tiennent donc l’ame dans une espece d’agitation, de mouvement, d’extase, & ils l’y tiennent encore sans qu’il soit besoin, qu’elle contribue à son plaisir par une attention sérieuse, dont notre paresse naturelle est ravie de se dispenser.

M. de Montesquieu confirme tout cela par quelques courtes réflexions sur cette matiere. « Le jeu nous plait en général, dit-il, parce qu’il attache notre avarice, c’est-à-dire, l’espérance d’avoir plus. Il flatte notre vanité, par l’idée de la préférence que la fortune nous donne, & de l’attention que les autres ont sur notre bonheur. Il satisfait notre curiosité, en nous procurant un spectacle. Enfin, il nous donne les différens plaisirs de la surprise. Les jeux de hasard nous intéressent particulierement, parce qu’ils nous présentent sans cesse des événemens nouveaux, prompts & inattendus. Les jeux de société nous plaisent encore, parce qu’ils sont une suite d’événemens imprévûs qui ont pour cause l’adresse jointe au hasard ».

Aussi le jeu n’est-il regardé dans la société que comme un amusement, & je lui laisse cette appellation favorable, de peur qu’une autre plus exacte ne fît rougir trop de monde. S’il y a même tant de gens sages qui jouent volontiers, c’est qu’ils ne voyent point quels sont les égaremens cachés du jeu, ses violences & ses dissipations. Ce n’est pas que je prétende que les jeux mixtes, ni même les jeux de hasard ayent rien d’injuste, à en juger par le seul droit naturel ; car outre que l’on s’engage au jeu de plein gré, chaque joueur expose son argent à un péril égal ; chacun aussi, comme nous le supposons, joue son propre bien, dont il peut par conséquent disposer. Les jeux, & autres contrats où il entre du hasard, sont légitimes dès que ce qu’on risque de perdre de part & d’autre, est égal ; & dès que le danger de perdre, & l’espérance de gagner, ont de part & d’autre une juste proportion avec la chose que l’on joue.

Cependant, cet amusement se tient rarement dans les bornes que son nom promet ; sans parler du tems précieux qu’il nous fait perdre, & qu’on pourroit mieux employer, il se change en habitude puérile, s’il ne tourne pas en passion funeste par l’amorce du gain. On connoit à ce sujet les vers si délicats & si pleins de vérité de M. de Deshoulieres :

Le desir de gagner, qui nuit & jour occupe,
Est un dangereux aiguillon :
Souvent quoique l’esprit, quoique le cœur soit bon,
On commence par être dupe,
On finit par être fripon.

C’est envain qu’on sait que les personnes ruinées par le jeu, passent en nombre les gens robustes que les médecins ont rendu infirmes ; on se flate qu’on sera du petit nombre de ceux que ses bienfaits ont favorisé depuis l’origine du monde.

Mais comme le souverain doit porter son attention à empêcher la ruine des citoyens dans toutes sortes de contrats, c’est à lui qu’il appartient de régler celui-ci, & de voir jusqu’où l’intérêt de l’état & des particuliers exige qu’il défende le jeu, ou souffre qu’il le permette en général. Les lois des gouvernemens sages ne sauroient trop sévir contre les académies de Philocubes (pour me servir du terme d’Aristénete) & celles de tous les jeux de hasard disproportionnés.

M. Barbeyrac a publié un traité des jeux, à Amsterdam en 1709. in-12. où cette matiere, envisagée selon les principes de Morale & de Droit naturel, est traitée à fond avec autant de lumieres que de jugement : j’y renvoie les lecteurs curieux. (D. J.)

Le jeu occupe & flate l’esprit par un usage facile de ses facultés ; il amuse par l’espérance du gain. Pour l’aimer avec passion, il faut être avare ou accablé d’ennui ; il n’y a que peu d’hommes qui ayent une aversion sincere pour le jeu. La bonne compagnie prétend que sa conversation, sans le secours du jeu, empêche de sentir le poids du desœuvrement : on ne joue pas assez.

Jeu de la nature. (Anat. Physiol.) On entend par jeu de la nature dans le corps humain, une conformation de quelques-unes, ou de plusieurs de ses parties solides, différentes de celle qui est appellée naturelle, parce qu’elle se présente ordinairement.

Si l’on ouvroit plus de cadavres, dit M. de Fontenelle, les singularités des jeux de la nature deviendroient plus communes, les différentes structures mieux connues, & par conséquent les hypothèses plus rares. Peut-être encore qu’avec le tems, on pourroit, par toutes les conformations particulieres, tirer des éclaircissemens sur la conformation générale.

Je n’examinerai point si toutes ces conséquences sont également justes ; c’est assez de remarquer qu’on peut rassembler un nombre très-considérable d’observations qui constatent les jeux de la nature à plusieurs égards, & qui sont en même tems fort singuliers. J’avois moi-même formé sur ce sujet un grand recueil, que je regrette, & qui a péri dans un naufrage. Je desire que quelqu’un plus heureux travaille un plan de cette espece, en réunissant avec choix les faits épars sur cette matiere, & sur-tout en accompagnant son ouvrage de réflexions physiologiques, dans le goût de celles que M. Hunaud nous a données sur les jeux du crâne. Ce travail ainsi digéré, répandroit, je pense, des lumieres intéressantes sur l’économie animale. Au pis aller, un tel répertoire contiendroit quantité de faits curieux ; le lecteur en jugera par un petit nombre d’exemples, qui m’ont paru dignes de lui être communiqués, & dont j’ai conservé le souvenir.

Premier exemple. Jeux variés de la nature dans un même sujet. Non seulement l’on a découvert par l’Anatomie des jeux de la nature dans diverses personnes, sur quelques parties du corps humain en particulier ; mais il se rencontre quelquefois dans un même sujet plusieurs conformations différentes du cours ordinaire. Morgagni en a vû de pareilles dans trois ou quatre cadavres qu’il disséquoit en 1740.

Savoir, 1°. six vertebres lombaires dans un sujet qui avoit vingt-six côtes, dont la premiere soûtenoit les petites côtes surnuméraires, & la derniere étoit continuée à la premiere de l’os sacrum. 2°. Il a trouvé dans un autre sujet la veine iliaque droite revenant à son origine, après avoir fait quelque chemin au-dessous du tronc de la veine-cave, & formant une espece d’île. 3°. Dans une femme de 39 ans, il a vû quatre valvules, au lieu de trois, à l’orifice de l’artere pulmonaire. Comme les autres variétés qu’il trouva dans les mêmes sujets, portoient sur des ramifications de vaisseaux, sur des vertebres doubles, sur des os, &c. nous n’en parlerons pas.

Second exemple de semblables jeux. M. Poupart, faisant la dissection d’une fille âgée de sept ans, trouva qu’elle n’avoit du côté gauche, ni artere, ni veine émulgente, ni rein, ni uretere, ni artere ni veine spermatiques ; il ne vit même nulle apparence qu’aucune de ces parties eût jamais existé, & se fût flétrie ou détruite par quelque indisposition. Le rein & l’uretere du côté droit étoient seulement plus gros qu’ils ne sont naturellement, parce que chacun d’eux étoit seul à faire une fonction qui auroit dû être partagée. Hist. de l’acad. ann. 1700, p. 35.

Troisieme exemple. Jeux de la nature tant intérieurement qu’extérieurement. Voici un troisieme exemple de jeux de la nature, tant en-dedans qu’en-dehors, dans une petite fille qui vêcut peu de jours, & qui fut disséquée soigneusement par Saviard & Duverney.

Les mains de cette fille étoient extérieurement semblables aux mitaines que l’on met pendant l’hiver aux petits enfans, fort unies au-dehors ; elles avoient en-dedans plusieurs replis à l’ordinaire ; il n’y avoit point de doigts à leurs extrémités, mais elles étoient terminées par un gros bourlet ; les piés étoient comme les mains sans orteils, & terminés de la même maniere.

L’on remarquoit à l’extrémité de chaque os du métacarpe & du métatarse un petit allongement qui sembloit être disposé à former la phalange d’un doigt ou d’un orteil.

Quant aux vaisseaux ombilicaux, il n’y avoit qu’une seule artere, au lieu de deux, qui sont pour l’ordinaire des branches de l’iliaque ou de l’hypogastrique ; & cette artere étoit formée du tronc de l’artere, qui auroit dû produire l’iliaque gauche.

Les capsules rénales étoient trois fois plus grosses qu’elles ne le sont naturellement, & leurs vaisseaux étoient à l’ordinaire.

Il n’y avoit dans la région lombaire, tant au côté droit qu’au côté gauche, ni rein, ni vaisseaux émulgens, ni ureteres ; mais en poursuivant la dissection jusqu’à une tumeur qui s’élevoit sur l’os sacrum, à l’endroit où il commence sa courbure pour former le bassin de l’hypograste, & ayant ouvert la membrane qui enveloppoit cette éminence, on apperçut les deux reins. Ils étoient distans l’un de l’autre de deux lignes ou environ, & cependant liés ensemble par le moyen d’un petit uretere, qui sortant du rein droit, alloit se décharger dans un canal commun qui recevoit pareillement un autre petit uretere sortant du canal gauche ; ce canal commun se portoit dans une poche commune.

Le souffle introduit dans cette poche donna lieu d’observer deux petites matrices, qui avoient chacune une veine & une artere spermatiques, lesquelles se distribuoient de leur côté à un petit testicule attaché au ligament large.

Ces deux petites matrices avoient chacune leurs ligamens larges & ronds, leurs trompes, leurs franges ou pavillons, leurs vaisseaux déférens, & leur vagin fort court ; cependant le droit un peu plus long que le gauche, tomboit un peu plus bas dans la poche commune ; & le petit vagin gauche étoit percé pour recevoir le canal commun de l’uretere, qui déchargeoit la sérosité séparée par les reins dans cette poche, laquelle n’étoit, à vrai dire, que la fin du boyau droit un peu dilaté.

Il est probable, par la description de ces organes, que si cet enfant eût vêcu jusqu’à l’âge des adultes, il eût été incapable de génération, par le mélange qu’il y auroit eu de la semence avec les excrémens, tant stercoraux qu’urinaires, outre que l’urine & les matieres stercorales seroient sorties involontairement. Saviard, observ. 94.

Quatrieme exemple de jeux de la nature dans la transposition des visceres d’un enfant. J’ai lû les observations de deux ou trois exemples bien singuliers en ce genre. Je commencerai par citer le fait communiqué en 1742 à l’académie royale des Sciences, par M. Sué, parce que ce fait exclut tout sujet de doute. L’enfant, dont il s’agit, est dans le cabinet du Roi, n°. 350. M. Daubenton en a donné la description & la figure dans l’histoire de ce cabinet, tab. iij. p. 204. Planche VIII.

La poitrine & le bas-ventre de cet enfant, ainsi que les visceres qui y étoient renfermés, paroissent à découvert ; on voit clairement leur transposition. Voici comme ils sont situés.

La pointe du cœur est tournée à droite, & la base est inclinée à gauche. Les troncs des gros vaisseaux sont transposés d’un côté à l’autre ; ainsi la courbure de l’aorte est dirigée du côté droit, l’œsophage est placé du côté droit, la bifurcation de la trachée-artere se trouve au côté gauche de l’aorte, & le poumon a trois lobes de ce même côté.

Le foie est à l’endroit où devroit être la rate, qui est placée du côté droit ; l’orifice supérieur de l’estomac est à droite, & le pylore à gauche. La direction du canal intestinal étoit en sens contraire, à celui de l’état ordinaire. Le pancréas est placé sous la rate, & son conduit est dirigé du côté gauche, pour entrer dans le duodenum avec le canal cholidoque. Il n’avoit que le rein gauche, & il étoit plus gros qu’il ne devoit être. Les capsules atrabilaires étoient à leur place.

Les vaisseaux étoient transposés comme les visceres, & le canal thorachique s’ouvroit dans la soûclaviere du côté droit. La veine ombilicale étoit dirigée du côté gauche, pour arriver dans la scissure du foie.

L’enfant est mort cinq jours après sa naissance ; mais faut-il en attribuer la cause au dérangement de ses parties, qui étoient d’ailleurs très-bien conformées ? C’est ce dont il est permis de douter, d’autant mieux que nous avons l’exemple d’un soldat qui a vêcu 70 ans, quoiqu’il eût un déplacement général de toutes les parties contenues dans la poitrine & dans le bas-ventre. On n’a connu cette singularité de déplacement de parties que par l’ouverture de son cadavre.

Cinquieme exemple de pareils jeux dans un vieillard. Le soldat dont il s’agit, étant mort âgé de 70 ans, le 23 Octobre 1688, à l’hôtel des Invalides, M. Morand fit l’ouverture de son cadavre en présence de MM. du Parc, Saviard, & autres chirurgiens.

Après avoir levé les tégumens communs, & découvert la duplicature du péritoine, on y trouva le veine ombilicale couchée au long de la ligne blanche, laquelle, aulieu de se détourner ensuite du côté droit pour entrer dans la scissure du foie, se trouvoit effectivement placée, ainsi que la rate, au côté droit, contre l’ordre naturel.

Le grand lobe du foie occupoit entierement l’hypochondre gauche, & la scissure regardoit le derriere du cartilage xiphoïde. Son petit lobe occupoit une partie de la région épigastrique, & déclinoit vers l’hypocondre droit.

On remarqua dans la poitrine, que l’œsophage y entroit par le côté droit, & passoit au-devant de l’uretere ; puis descendant & se glissant du même côté droit, y perçoit le diaphragme, & après l’avoir traversé, se glissoit entre le foie & la rate pour entrer dans le bas-ventre.

Le fond de l’estomac, suivant la même route, étoit situé du côté droit, entre le foie & la rate ; le pylore & l’intestin duodenum se trouvoient au dessous du foie ; & ce boyau passant par-dessous la veine & l’artere mésentérique supérieure, puis faisant sa courbure, se glissoit du côté droit vers la partie lombaire, & formoit le jejunum.

Tous les intestins grêles avoient aussi changé de situation ; le cœcum & le commencement du colon étoient placés dans l’île gauche, & le contour de ce dernier boyau passoit à l’ordinaire, mais de gauche à droite, sous l’extrémité du foie, du ventricule & de la rate, & descendoit ensuite dans la région iliaque droite, pour produire le rectum.

La même transposition s’étoit faite aux reins & aux parties génitales : car le rein droit se trouvant au côté gauche, & le gauche étant au côté droit, l’on voyoit la veine spermatique droite sortir de l’émulgente, & la veine spermatique gauche sortir du tronc de la cave contre l’ordre naturel.

De plus, le rein du côté droit étoit plus élevé que celui du côté gauche, & deux ureteres sortoient du rein droit, l’un du bassinet à l’ordinaire, & l’autre de sa partie inférieure.

Les capsules atrabilaires avoient aussi passé d’un côté à l’autre, ce qu’on reconnut par les veines, la capsule gauche recevant la sienne du tronc de la cave, & la droite de l’émulgente.

Le cœur lui-même prenoit part à ce changement ; sa base étoit située au milieu de la poitrine, mais sa pointe inclinoit du côté droit contre son ordinaire, qui est de se porter du côté gauche. De cette façon, le ventricule droit du cœur regardoit le côté gauche de la poitrine, & la veine-cave qui en sortoit du même côté, produisoit deux troncs à l’ordinaire ; l’inférieur perçoit le diaphragme au côté gauche du corps des vertebres, & l’artere du poumon sortoit de ce même ventricule, se glissant du côté droit, & là se partageoit en deux branches à l’ordinaire.

Le tronc de l’aorte sortant du ventricule gauche, & se trouvant placé au côté droit de la poitrine, se courboit du même côté contre la coûtume ; après quoi, perçant le diaphragme au côté droit, & descendant jusqu’à l’os sacrum, il occupoit toûjours le côté droit du corps des vertebres.

La veine du poûmon sortant du même ventricule, se courboit aussi un peu du côté droit.

Enfin, la veine azygos se trouvoit au côté droit du corps des vertebres, ensorte que la distribution des vaisseaux souffroit un changement conforme à celui qui étoit arrivé aux visceres. Voyez l’observat. 112 de Saviard, ou l’hist. de l’acad. royale des Sciences de 1686 à 1699. tom. II p. 44.

6°. Autres exemples confirmatifs. Ce fait tout étrange, tout surprenant qu’il paroisse, n’est cependant pas unique ; on avoit déja vû à Paris en 1650 un pareil exemple dans le meurtrier qui avoit tué un gentilhomme, au lieu de M. le duc de Beaufort, & dont le corps, après avoir été roué, fut disséqué par M. Bertrand, chirurgien, qui en a publié l’histoire avec des remarques, dans un traité particulier. Cette même histoire est détaillée plus au long dans les observat. médic. de M. Cattier, docteur en Médecine. Bonet l’a inséré dans son sepulchretum, liv. IV. sect. 1. obs. 7. 5. 3. Il en est aussi fait mention dans les mémoires de Joly, qui à cette occasion rapporte qu’on avoit observé la même chose dans un chanoine de Nantes.

Un savant plein d’érudition, ce doit être M. Falconet, m’a encore indiqué le journal de dom Pierre de Saint-Romuald, imprimé à Paris en 1661, où il est dit qu’on trouva une pareille transposition de visceres en 1657, dans le cadavre du sieur Audran, commissaire des gardes françoises.

On peut joindre à tout ceci l’observation d’Hoffman, imprimée à Leipsick en 1671, in-4°. sous le titre de Cardianastrophe, seu cordis universi, memorabilis observatio, &c.

Septieme exemple de jeux de la nature sur la situation de visceres dans la poitrine. Les Transactions philosophiques de l’année 1702, n°. 275, & les acta eruditorum, même année 1702, p. 524. font le détail du cas suivant, qui est fort extraordinaire.

Charles Holt, en disséquant un enfant de deux mois, en présence de trois témoins experts en Anatomie, ne découvrit ni d’intestins hormis le rectum, ni de mésentere dans la cavité du bas ventre ; mais ayant détaché le sternum, il les trouva dans la cavité de la poitrine, couchés sur le cœur & les poumons. Pour comble de surprise, l’omentum & le médiastin manquoient. Le pylore étoit retiré vers le fond du ventricule près des vertebres du dos : le gros boyau s’étendoit obliquement depuis l’anus vers un trou particulier du diaphragme, & étoit caché dessous avec une partie du duodenum. Il paroît que ce trou du diaphragme étoit absolument naturel, & avoit servi au passage des intestins dans la poitrine, car tout étoit entier sans aucun déchirement. On ne trouva pas la moindre communication des intestins avec aucune autre partie du corps ; cependant l’enfant avoit vêcu, prenoit tous les jours des alimens, & alloit à la selle.

Ce petit nombre de faits singuliers, tirés de bonnes sources, ne suffit que trop pour conclure qu’aujourd’hui comme du tems de Pline, nous pouvons répéter avec lui, ignotum est quo modo & per quæ vivimus.

Huitieme exemple de jeux de la nature sur le manque des parties de la génération. Ces parties, qui depuis tant de siecles renouvellent continuellement la face de l’univers par un méchanisme inexplicable, sont non-seulement exposées à des vices bisarres d’origine & de conformation ; mais quelquefois même elles manquent absolument dans des enfans qui viennent au monde. Ainsi Saviard a été le témoin oculaire d’un enfant né à l’Hôtel-Dieu de Paris, manquant des parties de la génération qui appartiennent à l’un ou à l’autre sexe, & n’ayant d’autre ouverture à l’extérieur que celle du rectum.

Ainsi le docteur Barton témoigne avoir vû dans le comté d’Yorck un enfant qui ressembloit entierement à celui de Saviard. Cet enfant n’avoit aucune partie extérieure de la génération, ni mâle, ni femelle, ni aucun vestige de ces organes. Les autres parties du corps étoient conformes à l’état naturel & ordinaire, excepté que vers le milieu de l’espace qui est entre le nombril & l’os pubis, se trouvoit une substance spongieuse, nue, sans prominence, tendre, fort sensible, percée de pores innombrables, desquels pores l’urine sortoit sans cesse. L’enfant a vêcu cinq ans, & est mort de la petite vérole. Mém. d’Edinb. ann. 1740. tom. V. p. 428.

Exemples de jeux de la nature qui peuvent être utiles dans la pratique. Il est possible quelquefois de trouver dans les jeux de la nature des variations, dont la connoissance peut avoir quelque utilité, c’est-à-dire peut servir dans l’explication des fonctions de l’économie animale ou des maladies, & peut faire éviter quelque erreur dans la pratique. Je compte au nombre de ces variations les os triangulaires, qu’on trouve quelquefois dans les sutures du crane, & plus fréquemment dans la suture lambdoïde, que dans aucune autre ; parce que, faute de connoître ces jeux, quelqu’un pourroit se tromper à l’égard de ceux qui ont de pareils os, & prendre une légere plaie pour une fracture considérable.

Observation générale. Enfin, personne n’ignore les jeux de la nature qui s’étendent sur les proportions des parties du corps d’un même individu, car non seulement les mêmes parties du corps n’ont point les mêmes dimensions proportionelles dans deux personnes différentes ; mais dans la même personne une partie n’est point exactement semblable à la partie correspondante. Par exemple, souvent le bras ou la jambe du côté droit n’a pas les mêmes dimensions que le bras ou la jambe du côté gauche. Ces variétés sont faciles à comprendre ; elles tirent leur origine de celle de l’accroissement des os, de leurs ligamens, de leur nutrition, des vaisseaux qui se distribuent à ces parties, des muscles qui les couvrent, &c. C’est à l’art du dessein qu’on doit les idées de la proportion ; le sentiment & le goût ont fait ce que la méchanique ne pouvoit faire, & comme dit encore M. de Buffon, on a mieux connu la nature par la représentation que par la nature même. (D. J.)

Jeux de la Nature, lusus naturæ. (Hist. nat. Lithologie.) Les Naturalistes nomment ainsi les pierres qui ont pris par divers accidens fortuits une forme étrangere au regne minéral, & qui ressemblent ou à des végétaux, ou à des animaux, ou à quelques-unes de leurs parties, ou à des produits de l’art, &c. sans qu’on puisse indiquer la cause qui a pû leur donner la figure qu’on y remarque. Ces pierres ainsi conformées ne different point dans leur essence des pierres ordinaires ; ce sont ou des cailloux, ou des agates, ou des pierres à chaux, ou du grès, &c. toute la différence, s’il y en a, vient de la curiosité & de l’imagination vive de ceux qui forment des cabinets d’histoire naturelle, & qui attachent souvent de la valeur à ces pierres, en raison de la bizarrerie de leurs figures. Wallerius à raison de dire que dans ces sortes de pierres la nature n’a fait qu’ébaucher des ressemblances grossieres, que l’imagination des propriétaires supplée à ce qui leur manque, & qu’on pourroit plûtôt les nommer lusus lithophilorum que lusus naturæ.

On doit placer parmi les jeux de la nature les pierres ou marbres de Florence sur lesquelles on voit des ruines, les priapolites, les dendrites, les agates herborisées, les agates & les jaspes, & les marbres sur lesquels on remarque différens objets, dont la ressemblance n’est formée que par l’arrangement fortuit des veines, des taches, & des couleurs de ces sortes de pierres.

Bruckmann, grand compilateur d’histoire naturelle, rapporte une dissertation, intitulée de Papatu à naturâ detestato ; l’auteur de cette ridicule dissertation est un nommé Gleichmann. Il y est question d’une pierre, sur laquelle on voyoit, ou du moins on croyoit voir, une religieuse ayant une mitre sur sa tête, vêtue des ornemens pontificaux, & portant un enfant dans ses bras. Il dit que la papesse Jeanne se présenta aussitôt à son imagination, & il ne douta pas que la nature en formant cette pierre n’eût voulu marquer combien elle avoit d’horreur pour le papisme. Voyez Bruckmann, Epistolæ itinerariæ, centuriâ I. epistol. lvj. On conserve deux agates dans le cabinet d’Upsal, sur l’une desquelles on dit qu’on voit le jugement dernier, & sur l’autre le passage de la mer Rouge par les enfans d’Israël. Voyez Wallerius, Minéralogie, tome I.

Il y a des gens qui connoissant le goût de quelques collecteurs d’histoire naturelle pour le merveilleux, savent le mettre à profit, & leur font payer cherement, comme jeux de la nature, des pierres chargées d’accidens, qu’ils ont eu le secret d’y former par art, ou du-moins dans lesquelles ils ont aidé la nature, en perfectionnant des ressemblances qu’elle n’avoit fait que tracer grossierement, avec de la dissolution d’or, avec celle d’argent, &c. On peut tracer des desseins assez durables sur les agates ; il est aussi fort aisé d’en former sur le marbre, &c. Voyez la Minéralogie de Wallerius, tome I. page 172 de la traduction françoise, & tome II. page 128.

On ne doit point confondre avec les jeux de la nature les pierres qui doivent leurs figures à des causes connues, telles que sont celles qui ont été moulées dans des coquilles, celles qui ont pris les empreintes des corps marins qui se trouvent dans le sein de la terre, celles dans lesquelles on voit des empreintes de végétaux & de poissons, les bois pétrifiés, les crabes pétrifiés, &c. ce n’est point le hasard qui a produit les figures qu’on y remarque. Voyez Fossiles.

Il ne faut point non plus appeller jeux de la nature les corps que la nature produit toûjours sous une forme constante & déterminée, tels que les crystallisations, les marcassites, &c. & encore moins ceux qui sont des produits de l’art des hommes. Voyez Figurées Pierres. (—)

Jeu de mots, (Gramm.) espece d’équivoque, dont la finesse fait le prix, & dont l’usage doit être fort modéré. On peut la définir, une pointe d’esprit fondée sur l’emploi de deux mots qui s’accordent pour le son, mais qui different à l’égard du sens. Voyez Pointe.

Les jeux de mots, quand ils sont spirituels, se placent à merveille dans les cris de guerre, les devises & les symboles. Ils peuvent encore avoir lieu, lorsqu’ils sont délicats, dans la conversation, les lettres, les épigrammes, les madrigaux, les impromptus, & autres petites pieces de ce genre. Voltaire pouvoit dire à M. Destouches,

Auteur solide, ingénieux,
Qui du théatre êtes le maître,
Vous qui fîtes le Glorieux,
Il ne tiendroit qu’à vous de l’être.

Ces sortes de jeux de mots ne sont point interdits, lorsqu’on les donne pour un badinage qui exprime un sentiment, ou pour une idée passagere ; car si cette idée paroissoit le fruit d’une réflexion sérieuse, si on la débitoit d’un ton dogmatique, on la regarderoit avec raison comme une petitesse frivole.

Mais on ne permet jamais les jeux de mots dans le sublime, dans les ouvrages graves & sérieux, dans les oraisons funebres, & dans les discours oratoires. C’est par exemple un jeu de mots bien misérable que ces paroles de Jules Mascaron, évêque de Tulles, & puis d’Agen, dans l’oraison funebre d’Henriette d’Angleterre. « Le grand, l’invincible, le magnanime Louis, à qui l’antiquité eut donné mille cœurs, elle qui les multiplioit dans les héros, selon le nombre de leurs grandes qualités, se trouve sans cœur à ce spectacle ».

Il est certain que ce mauvais goût a paru & s’est éclipsé à plusieurs reprises dans les divers pays. Il n’y a même nul doute qu’il ne revienne dans une nation, toutes les fois que l’amour de la frivolité, de la plaisanterie, & du ridicule, succédera à l’amour du bon, du solide & du vrai. Si cette réflexion est juste, craignons le retour prochain de ce mauvais goût parmi nous. Cependant je n’appréhende pas si-tôt le retour des jeux de mots grossiers ; nous sommes encore assez délicats pour les renvoyer, je ne dirai point aux gens de robe, comme on le prétend à la cour, mais aux spectacles des farceurs, ou aux artisans qui sont les plaisans de leur voisinage. (D. J.)

Jeu, lusus. (Bell. lett.) Voyez Jouer & Jeux.

Jeu de théatre, (en poësie.) Voyez Drame, Tragédie, Comédie, &c.

Jeux (Salle de). Voyez Théatre, Amphithéatre, &c.

Jeux, s. m. pl. (Antiq. greq. & rom.) sortes de spectacles publics qu’ont eû la plûpart des peuples pour se délasser, ou pour honorer leurs dieux ; mais puisque parmi tant de nations nous ne connoissons gueres que les jeux des Grecs & des Romains, nous nous retrancherons à en parler uniquement dans cet article.

La religion consacra chez eux ces sortes de spectacles ; on n’en connoissoit point qui ne fût dédié à quelque dieu en particulier, ou même à plusieurs ensemble ; il y avoit un arrêt du sénat romain qui le portoit expressément. On commençoit toûjours à les solemniser par des sacrifices, & autres cérémonies religieuses : en un mot, leur institution avoit pour motif apparent la religion, ou quelque pieux devoir.

Les jeux publics des Grecs se divisoient en deux especes différentes ; les uns étoient compris sous le nom de gymniques, & les autres sous le nom de scéniques. Les jeux gymniques comprenoient tous les exercices du corps, la course à pié, à cheval, en char, la lutte, le saut, le javelot, le disque, le pugilat, en un mot le pentathle ; & le lieu où l’on s’exerçoit, & où l’on faisoit ces jeux, se nommoit Gymnase, Palestre, Stade, &c. selon la qualité des jeux. Voyez Gymniques, Gymnase, Palestre, Stade, &c.

A l’égard des jeux scéniques on les représentoit sur un théatre, ou sur la scene, qui est prise pour le théatre entier. Voyez Scene.

Les jeux de Musique & de Poësie n’avoient point de lieux particuliers pour leurs représentations.

Dans tous ces jeux il y avoit des juges pour décider de la victoire, mais avec cette différence que dans les combats tranquilles, où il ne s’agissoit que des ouvrages d’esprit, du chant, de la musique, les juges étoient assis lorsqu’ils distribuoient les prix ; & dans les combats violens & dangereux, les juges prononçoient debout : nous ignorons la raison de cette différence. Pour ce qui regarde l’ordre, les lois, les statuts de ces derniers combats, on en trouvera le détail au mot Gymniques.

Toutes ces choses présupposées connues, nous nous contenterons de remarquer, que parmi tant de jeux, les Olympiques, les Pythiens, les Néméens & les Isthmiens, ne sortiront jamais de la mémoire des hommes, tant que les écrits de l’antiquité subsisteront dans le monde.

Dans les quatre jeux solemnels qu’on vient de nommer ; dans ces jeux qu’on faisoit avec tant d’éclat, & qui attiroient de tous les endroits de la terre une si prodigieuse multitude de spectateurs & de combattans ; dans ces jeux, dis-je, à qui seuls nous devons les odes immortelles de Pindare, on ne donnoit pour toute récompense qu’une simple couronne d’herbe ; elle étoit d’olivier sauvage aux jeux Olympiques, de laurier aux jeux Pythiques, d’ache verd aux jeux Néméens, & d’ache sec aux jeux Isthmiques. La Grece voulut apprendre à ses enfans que l’honneur devoit être l’unique but de leurs actions.

Aussi lisons-nous dans Hérodote que durant la guerre de Perse, Tigrane entendant parler de ce qui constituoit le prix des jeux si fameux de la Grece, il se tourna vers Mardonius, & s’écria, frappé d’étonnement : « Ciel, avec quels hommes nous avez-vous mis aux mains ! insensibles à l’intérêt, ils ne combattent que pour la gloire ». Voyez donc Jeux Olympiques, Pythiens, Néméens, Isthmiens.

Il y avoit quantité d’autres jeux passagers, qu’on célébroit dans la Grece ; tels sont dans Homere ceux qui furent faits aux funérailles de Patrocle ; & dans Virgile, ceux qu’Enée fit donner pour le jour de l’anniversaire de son pere Anchise. Mais ce n’étoient là que des jeux privés, des jeux où l’on prodiguoit pour prix des cuirasses, des boucliers, des casques, des épées, des vases, des coupes d’or, des esclaves. On n’y distribuoit point de couronnes d’ache, d’olivier, de laurier ; elles étoient réservées pour de plus grands triomphes.

Les jeux Romains ne sont pas moins fameux que ceux des Grecs, & ils furent portés à un point incroyable de grandeur & de magnificence. On les distingua par le lieu où ils étoient célébrés, ou par la qualité du dieu à qui on les avoit dédiés. Les premiers étoient compris sous le nom de jeux circenses & de jeux scéniques, parce que les uns étoient célébrés dans le cirque, & les autres sur la scene. A l’égard des jeux consacrés aux dieux, on les divisoit en jeux sacrés, en jeux votifs, parce qu’ils se faisoient pour demander quelque grace aux dieux ; en jeux funebres & en jeux divertissans, comme étoient par exemple les jeux compitaux. Voyez Circenses, Funebres, Sacrés, Votifs.

Les rois réglerent les jeux Romains pendant le tems de la royauté ; mais après qu’ils eurent été chassés de Rome, dès que la république eut pris une forme reguliere, les consuls & les préteurs présiderent aux jeux Circenses, Apollinaires & Séculaires. Les édiles plébéïens eurent la direction des jeux Plébéiens ; le préteur, ou les édiles curules, celle des jeux dédiés à Cérès, à Apollon, à Jupiter, à Cybele, & aux autres grands dieux, sous le titre de jeux Mégalésiens. Voyez Apollinaires, Jeux céréaux, Capitolins, Mégalésiens

Dans ce nombre de spectacles publics, il y en avoit que l’on appelloit spécialement jeux Romains, & que l’on divisoit en grands, magni, & très-grands, maximi.

Le sénat & le peuple ayant été réunis l’an 387, par l’adresse & l’habileté de Camille, la joie fut si vive dans tous les ordres, que pour marquer aux dieux leur reconnoissance de la tranquillité, dont ils esperoient jouir, le sénat ordonna que l’on fît de grands jeux à l’honneur des dieux, & qu’on les solemnisât pendant quatre jours, au lieu qu’auparavant les jeux publics n’avoient eû lieu que pendant trois jours, & ce fut par ce changement qu’on appella ludi maximi les jeux qu’on nommoit auparavant ludi magni.

On célébroit chez les Romains des jeux, non-seulement à l’honneur des divinités qui habitoient le ciel, mais même à l’honneur de celles qui régnoient dans les enfers ; & les jeux institués pour honorer les dieux infernaux étoient de trois sortes, connus sous le nom de Taurilia, Compitalia, & Terentini ludi. Voyez Tauriliens, jeux, Compitales & Térentins.

Les jeux scéniques comprenoient toutes les représentations qui se faisoient sur la scene. Elles consistoient en tragédies, comédies, satyres, qu’on représentoit sur le théatre en l’honneur de Bacchus, de Vénus, & d’Apollon. Pour rendre ces divertissemens plus agréables, on les préludoit par des danseurs de corde, des voltigeurs, & autres spectacles pareils ; ensuite on introduisit sur la scene les mimes & les pantomimes, dont les Romains s’enchanterent dans les tems où la corruption chassa les mœurs & la vertu. Voyez Scéniques, jeux, Schoenobate, Mime & Pantomime.

Les jeux scèniques n’avoient point de tems marqués, non plus que ceux que les consuls & les empereurs donnoient au peuple pour gagner sa bienveillance, & qu’on célébroit dans un amphithéatre environné de loges & de balcons ; là se donnoient des combats d’hommes ou d’animaux. Ces jeux étoient appellés agonales, & quand on couroit dans le cirque, équestres ou curules. Les premiers étoient consacrés à Mars & à Diane ; les autres à Ncptune & au soleil. Voyez Agonales, Equestres, Cirque, &c.

Les jeux séculaires en particulier, ne se célébroient que de cent ans en cent ans. Voyez Séculaires, jeux.

On peut ajouter ici les jeux Actiaques, Augustaux & Palatins, qu’on célébroit à l’honneur d’Auguste ; les Néroniens à l’honneur de Néron, ainsi que les jeux à l’honneur de Commode, d’Adrien, d’Antinoüs, & tant d’autres imaginés sur les mêmes modeles. Voyez Jeux Actiaques, Augustaux, Néroniens, Palatins

Enfin, lorsque les Romains devinrent maîtres du monde, ils accorderent des jeux à la plûpart des villes qui en demanderent ; on en trouve les noms dans les marbres d’Arondel, & dans une inscription ancienne érigée à Mégare, dont parle M. Spon dans son voyage de Grece.

Comme les édiles au sortir de charge donnoient toûjours des jeux publics au peuple Romain, ce fut entre Luculle, Scaurus, Lentulus, Hortensius, C. Antonius & Muroena, à qui porteroit le plus loin la magnificence ; l’un avoit fait couvrir le ciel des théatres, de voiles azurés ; l’autre avoit couvert l’amphithéatre de tuiles de cuivre surdorées, &c. Mais César les surpassa tous dans les jeux funebres qu’il fit célébrer à la mémoire de son pere ; non content de donner les vases, & toute la fourniture du théatre en argent, il fit paver l’arène entiere de lames d’argent ; de sorte, dit Pline, « qu’on vit pour la premiere fois les bêtes marcher & combattre sur ce métal ». Cet excès de dépense de César, étoit proportionné à son excès d’ambition ; les édiles, qui l’avoient précédé, n’aspiroient qu’au consulat, & César aspiroit à l’empire.

C’en est assez sur les jeux de la Grece & de Rome, considérés d’une vue générale ; mais comme ils sont une branche très-étendue de la littérature, le lecteur trouvera dans cet ouvrage les détails qui concernent chacun de ces jeux, sous leurs noms respectifs : voici la liste des principaux, dont il importe de consulter les articles.

Actiaques, Apollinaires, Augustaux, Capitolins, Céréaux, Circenses, Jeux de Castor et de Pollux, Compitales, Consuales, Floraux, Funebres, Gymniques, Isthmiens, Jeux de la Liberté, Luculliens, Martiaux, Mégalésiens, Néméens, Néroniens, Olympiques, Palatins, Panhelléniens, Panathénées, Plébéiens, Pyrrhiques, Pythiens, Romains, Sacrés, Scéniques, Séculaires, Tauriliens, Térentins, Troyens, Voties, & quelques autres, dont les noms échappent à ma mémoire. (D. J.)

Jeux Augustaux, Augustales ludi ; (Antiq. Rom.) les jeux Augustaux ou les Augustales, étoient des jeux Romains, qui furent établis en l’honneur d’Auguste, l’an 735 de la fondation de Rome, lorsque ce prince revint de Grece. On les célébra le quatrieme avant les ides d’Octobre, c’est-à-dire le 12 de ce mois ; & le sénat par un decret solemnel, émané sous le consulat d’Ælius Tuberon, & de P. Fabius, ordonna qu’ils fussent encore représentés le même jour au bout de huit ans. (D. J.)

Jeux Carniens, (Antiq. greq.) fête célébrée à Sparte en l’honneur d’Apollon. Elle y fut instituée dans la xxxvj olympiade, & telle en fut l’occasion suivant Pausanias, liv. III. ch. xij.

Un Arcanien nommé Carnus, devin fameux, inspiré par Apollon même, ayant été tué par Hippotes, Apollon frappa de peste tout le camp des Doriens ; alors ils bannirent le meurtrier, & appaiserent les manes du devin par des expiations, qui furent prescrites sous le nom de fêtes Carniennes ; d’autres, continue Pausanias, donnent à ces fêtes une origine differente. Ils disent que les Grecs, pour construire ce cheval de bois si fatal aux Troyens, ayant coupé sur le mont Ida beaucoup de cornoüilliers (κρανείας), dans un bois consacré à Apollon, irriterent ce dieu contre eux, & que pour le fléchir ils établirent un culte en son honneur, & lui donnerent le surnom de Carnien, en lui appliquant celui de l’arbre qui faisoit le sujet de leur disgrace.

Cette fête Carnienne avoit quelque chose de militaire : on dressoit neuf loges, en maniere de tentes que l’on appelloit ombrages, σκιάδος ; sous chacun de ces ombrages soupoient ensemble neuf Lacédémoniens, trois de chacune des trois tribus, conformément à la proclamation du crieur public. La fête duroit neuf jours ; on y célébroit des jeux, & l’on y proposoit un prix aux joueurs de cythare. Terpandre fut le premier qui le remporta, & Timothée y reçut un affront pour avoir multiplié les cordes de l’ancienne lyre, & avoir par conséquent introduit dans la musique le genre chromatique : les Lacédémoniens suspendirent sa lyre à la voûte d’un édifice, qu’on voyoit encore du tems de Pausanias. Mem. des Inscript. tom. XIV. (D. J.)

Jeux de Castor et de Pollux, (Antiq. rom.) jeux qu’on célébroit à Rome en l’honneur de ces deux héros, qui étoient comptés au nombre des grands dieux de la Grece : voici quelle fut l’occasion de ces jeux.

A. Posthumius, dictateur, voyant les affaires des Romains dans un état déplorable, s’engagea par un vœu solemnel, au cas que la victoire les rétablît, de faire représenter des jeux magnifiques en l’honneur de Castor & de Pollux. Le succès de cette guerre ayant été favorable, le sénat, pour remplir le vœu de Posthumius, ordonna qu’on célébreroit chaque année, pendant huit jours, les jeux que leur dictateur avoit voués.

Ces jeux étoient précédés du spectacle des gladiateurs, & les magistrats accompagnés de ceux de leurs enfans qui approchoient de l’âge de puberté, & suivis d’une nombreuse cavalcade, portoient les statues ou les images des dieux en procession, depuis le capitole jusques dans la place du grand cirque. Voyez les autres détails dans Hospinien, de festis Græcorum, & dans le Dict. de Pitiscus. (D. J.)

Jeux Curules, (Antiq. Rom.) les jeux curules ou équestres consistoient en des courses de chars ou à cheval, qui se faisoient dans le cirque dédié à Neptune ou au soleil. (D. J.)

Jeux Eléuthériens, voyez Jeux de la Liberté.

Jeux des enfans de Rome, (Hist. Rom.) tous les enfans ont des jeux qui ne sont pas indifférens pour faire connoître l’esprit des nations. Les jeux de nos enfans sont ceux de la toupie, de cligne-musette, de colin-maillard, &c. Les enfans de Rome représentoient dans leurs jeux des tournois sacrés, des commandemens d’armées, des triomphes, des empereurs, & autres grands objets. Nous lisons dans Suétone que Neron dit à ses gens de jetter dans la mer son beau-fils Rufinus Crispinus, fils de Poppée, & encore enfant, quia ferebatur ducatus & imperia ludere.

Un de leurs principaux jeux étoit de représenter un jugement dans toutes les formes, ce qu’ils appelloient judicia ludere. Il y avoit des juges, des accusateurs, des défendeurs, & des licteurs pour mettre en prison celui qui seroit condamné. Plutarque, dans la vie de Caton d’Utique, nous raconte qu’un de ces enfans, après le jugement, fut livré à un garçon plus grand que lui, qui le mena dans une petite chambre, où il l’enferma. L’enfant eut peur, & appella à sa défense Caton, qui étoit du jeu ; alors Caton se fit jour à-travers ses camarades, délivra son client, & l’emmena chez lui, où tous les autres enfans le suivirent.

Ce Caton, depuis si grand homme, tenoit déja dans Rome le premier rang parmi les enfans de son âge. Quand Sylla donna le tournoi sacré des enfans à cheval, il nomma Sextus, neveu du grand Pompée, pour un capitaine des deux bandes ; mais tous les enfans se mirent à crier qu’ils ne courroient point. Sylla leur demanda quel camarade ils vouloient donc avoir à leur tête ; alors tous répondirent à la fois Caton, & Sextus lui céda volontairement cet honneur, comme au plus digne. (D. J.)

Jeux de la Liberté, (Antiq. greq.) on appelloit ainsi les jeux qui se célébroient à Platée, en mémoire de la victoire remportée par les Grecs à la bataille de ce nom, dans la lxxv. olympiade, l’an de Rome 275.

Aristide établit qu’on tiendroit tous les ans dans cette ville de la Béotie une assemblée générale de la Grece, & que l’on y feroit un sacrifice à Jupiter, pour lui rendre d’éternelles actions de graces. En même tems il ordonna que de cinq ans en cinq ans on y célébreroit les jeux de la liberté, où l’on couroit tout armé autour de l’autel de Jupiter, & il y avoit de grands prix proposés pour cette course.

On célébroit encore du tems de Plutarque, & ces jeux, & la cérémonie de l’anniversaire des vaillans hommes qui périrent à la bataille de Platée. Comme dans le lieu même où les Grecs défirent Mardonius, on avoit élevé un autel à Jupiter éléuthérien, c’est-à-dire libérateur, les jeux de la liberté s’appellerent aussi eleutheria, jeux ou fêtes éléuthériennes. Voyez Eleuthere. (D. J.)

Jeu de Fief, (Jurisprud.) est une aliénation des parties du corps matériel du fief, sans division de la foi dûe pour la totalité du fief. Voyez ce qui en est dit au mot Fief. (A)

Jeux de hasard. Voyez l’article Jouer.

Jeu, (Marine.) on dit le jeu du gouvernail ; c’est son mouvement.

Jeu de voiles. Voyez Jet de voiles.

Jeu-parti ; on dit faire jeu-parti quand de deux ou plusieurs personnes qui ont part à un vaisseau, il y en a une qui veut rompre la société, & qui demande en jugement que le tout demeure à celui qui fera la condition des autres meilleures, ou bien que l’on fasse estimer les parts.

Jeu, (terme d’Horlogerie.) si l’on suppose une cheville plus petite que le trou dans lequel on la fait entrer, elle pourra se mouvoir dans ce trou de-çà & delà ; c’est l’espace qu’elle parcourt, en se mouvant ainsi, que les Horlogers appellent le jeu. Ainsi ils disent qu’un pivot a du jeu dans son trou, lorsqu’il peut s’y mouvoir de cette façon ; & qu’au contraire il n’a point de jeu, lorsqu’il ne le peut pas, & qu’il ne peut s’y mouvoir qu’en tournant. C’est encore de même qu’ils disent qu’une roue a trop de jeu dans sa cage, lorsque la distance entre ses deux parties n’est pas assez grande, & qu’elle differe trop de celle qui est entre les deux platines. Il faut que les roues ayent un certain jeu dans leur cage, & leur pivot dans leurs trous, pour qu’elles puissent se mouvoir avec liberté ; sans cela elles sont génées, défaut essentiel, dont il résulte beaucoup de frottemens, & par conséquent beaucoup d’usure. Voyez Roue, Tige, Portée, &c.

Jeu, en fait d’escrime ; on entend par jeu, la position des épées de deux escrimeurs qui font assaut.

L’assaut comprend deux jeux, qui sont le sensible & l’insensible. Quelquefois on exécute ces deux jeux dans un même assaut, en passant de l’un à l’autre, & quelquefois on n’en exécute qu’un ; c’est pourquoi je les traiterai séparement. Voyez Jeu sensible & insensible.

Jeu insensible, est un assaut qui se fait sans le sentiment de l’épée. Voyez Assaut, & Sentiment d’Epée.

Cet assaut s’exécute toujours sous les armes à votre égard, parce que de quelque façon que l’ennemi se mette en garde, d’abord qu’il ne souffre pas que les épées se touchent, vous tenez la garde haute.

On suppose dans ce jeu que les escrimeurs étant en garde, leurs épées ne se touchent point, mais qu’elles se rencontrent dans les parades, & dans les attaques.

De ce qu’on doit pratiquer dans l’assaut du jeu insensible. Article I. Dans ce jeu, 1°. comme on ne sent pas l’épée de l’ennemi, on se met toujours hors de mesure pour éviter d’être surpris. 2°. On tient une garde haute, le bras plus étendu que dans la garde basse, la pointe de l’épée vis-à-vis l’estomac de l’ennemi, afin de le tenir éloigné, & qu’il ne puisse faire aucune attaque sans détourner cette pointe. 3°. On regarde sa main droite, afin de s’appercevoir des mouvemens qu’il fait pour frapper votre épée avec la sienne.

Article II. Les attaques qui se font dans ce jeu, sont des feintes & doubles feintes. On les peut faire parce qu’on est hors de mesure ; d’où il suit que l’ennemi ne peut pas vous prendre sur ce tems. Si ces feintes ébranlent l’ennemi, & qu’il aille à l’épée, voyez Aller a l’Epée, on les entreprend ainsi.

Exemple. Lorsque vous faites le premier tems de la feinte, ou feinte droite, voyez Feinte, si l’ennemi va à votre épée, vous profitez de son mouvement pour entrer en mesure en dégageant, & incontinent vous recommencez la feinte. Remarquez que dans cette attaque vous dégagez quatre fois par la feinte, & trois fois par la feinte droite, que le premier dégagement est volontaire, & les autres forcés (Voyez deuxieme Dégagement forcé), & qu’au dernier vous détachez l’estocade.

Article III. L’ennemi qui vous attaque, est obligé, par votre position, de détourner votre épée. Voyez Engagement. S’il la force, voyez premier Dégagement forcé. Et s’il la veut frapper, dégagez par le deuxieme dégagement forcé.

Article IV. On regarde le pié gauche de l’ennemi, & dès qu’on s’apperçoit qu’il l’avance pour entrer en mesure, on l’attaque sur ce mouvement par une estocade. Ce procédé l’oblige de parer, & on profite de ce défaut. Voyez Défaut.

Article V. Quand vous attaquez l’ennemi par une feinte, s’il ne va pas à l’épée, Voyez Aller a l’Épée, vous entrez en mesure sans dégager, en vous tenant prêt à parer. Si l’ennemi ne vous porte pas l’estocade sur le tems que vous entrez en mesure, incontinent que vous y êtes arrivé, & de la position où vous êtes, vous détachez l’estocade droite ; car il est à présumer que l’ennemi s’attend que vous allez faire une feinte. S’il n’alloit à l’épée que lorsque vous entrez en mesure, alors y étant arrivé, vous lui feriez une feinte. Voyez Feinte.

Article VI. Dans ce jeu, on entreprend ni botte de passe, ni de volte, ni desarmement, excepté le desarmement en faisant tomber l’épée de l’ennemi en la frappant, quand il porte une estocade de seconde.

Article VII. Toutes les fois que l’ennemi vous parera une estocade, & que vous lui en parerez une, il faut suivre ce qui est dit aux articles 1, 2, 3 du jeu sensible. Voyez Jeu sensible.

Article VIII. Si en attaquant l’ennemi il se défend par la parade du cercle, vous ferez sous les armes ce qui se pratique sur les armes au 10 article du jeu sensible. Voyez 10 article du jeu sensible.

Jeu sensible, est un assaut qui se fait par le sentiment de l’épée. Voyez Sentiment d’Épée, & Assaut.

Cet assaut s’exécute sur les armes, ou sous les armes, si les escrimeurs tiennent une garde basse ou ordinaire, & sous les armes s’ils en tiennent une haute. Voyez Garde ordinaire ou Garde haute.

Si l’ennemi tient une garde haute, il faut absolument la tenir de même ; mais s’il en tient une basse, vous pouvez tenir la même, ou bien la garder haute.

On suppose dans ce jeu que l’ennemi laisse sentir son épée.

Avertissement. Pour entendre ce que je dirai sur ce jeu, j’avertis 1°. qu’il sera toujours supposé qu’on y tiendra la garde qu’il convient. 2°. Tout ce qui se fait dans la garde haute, se peut faire dans la garde ordinaire, à moins que je ne fasse des remarques particulieres. 3°. Quand je ferai tirer de pié ferme, il sera supposé qu’on est en mesure, & qu’il ne faut pas remuer le pié gauche 4°. Quand je parlerai d’estocade droite, il sera entendu qu’elle se portera sans dégager. 5°. Quand j’indiquerai un mouvement quelconque, de tirer quarte, ou parer quarte, ou tierce, &c. ils se feront comme il est expliqué en son lieu.

De ce qui doit se pratiquer dans l’assaut du jeu sensible sur les armes, ou sous les armes. Article I. On fait d’abord attention si l’on est en mesure ou hors de mesure. Voyez Mesure. Si l’on est en mesure, on regarde le pié droit de l’ennemi, par le mouvement duquel on connoît s’il faut parer, & l’on sent son épée, parce que ce sentiment nous en assure la position, & nous avertit s’il dégage, ou s’il porte l’estocade droite, ou s’il fait toutes autres attaques. Voyez Sentiment d’Épée. Supposons maintenant que les épées soient engagées dans les armes.

La premiere attaque que l’on fait à l’ennemi, est d’opposer en quarte. Voyez Opposition. Ce mouvement vous couvre tout le dedans des armes, & détermine l’ennemi ou à dégager, ou à porter l’estocade en dégageant, ou à demeurer en place. 1°. S’il dégage, détachez incontinent l’estocade de tierce-droite. 2°. S’il porte l’estocade en dégageant, son pié droit vous avertit de parer, & vous tâchez de riposter. Voyez Riposte. Et 3°. s’il demeure en place, vous détachez l’estocade de quarte-droite, ou vous faites un coulement d’épée. Voyez Coulement d’Épée de pié ferme.

Article II. Si dans l’instant qu’on pare l’estocade, on ne saisit pas le tems de la riposte, voyez Riposte ; on donne le tems à l’ennemi de se remettre en garde, pour le prendre dans le défaut de ce mouvement. Remarquez qu’après avoir poussé une botte, il faut absolument que l’ennemi se remette, ou qu’il le feigne, ce qu’il ne peut faire, & porter l’estocade ; donc, si on l’attaque sur ce tems, on le mettra dans la nécessité de parer, & on le prendra dans le défaut de sa parade. Voyez Défaut.

Exemple. Pendant que l’ennemi feint de se remettre, sans quitter son épée, & en la sentant toujours également, on lui porte une estocade droite, qu’on n’allonge qu’à demi, c’est-à-dire, qu’on ne porte le pié droit qu’à moitié chemin de ce qu’il pourroit faire. Sur ce mouvement on doit s’attendre que l’ennemi parera, s’il pare, vous dégagez finement, & vous lui détachez l’estocade de tierce, tandis qu’il croit parer la quarte, & s’il ne paroit pas votre demi-estocade droite, vous l’acheveriez, car il ne seroit plus à tems de la parer.

Article III. Si l’ennemi pare l’estocade que vous lui portez, il faut remarquer qu’il peut faire, en vous remettant, ce que vous lui avez fait ; mais aussi qu’il peut tomber dans le défaut que voici, qui est de se remettre avec vous, c’est-a-dire, de quitter l’opposition, parce qu’il croit que vous vous remettrez en garde.

Exemple. Après que l’ennemi a paré votre estocade, vous feignez de vous remettre en garde, & si vous vous appercevez, par le sentiment de l’épée, qu’il cesse d’opposer, alors, au lieu d’achever de vous remettre, vous profitez de ce defaut, en lui repoussant la même estocade. Voyez Botte de reprise. Si au contraire l’ennemi résistoit toujours également à votre épée ; alors, comme il aura le côté opposé à découvert, il est certain qu’il se portera nécessairement à parer de ce côté-là ; c’est pourquoi en finissant de vous remettre, vous feindrez une estocade en dégageant, voyez Feinte ; & dans l’instant qu’il se portera à la parade, vous dégagerez. Voyez second dégagement serré. Il portera la botte dans le défaut, c’est-à-dire qu’il recevra le coup d’un côté, tandis qu’il pare de l’autre. Si l’ennemi n’alloit pas à la parade de cette feinte, vous rompriez la mesure : si l’ennemi profite du tems que vous vous remettez en garde pour vous attaquer, faites retraite.

Article IV. Vous pourrez aussi attaquer l’ennemi par un battement d’épée, voyez Battement d’Épée ; & s’il pare votre estocade, observez, en vous remettant, ce qui est contenu en l’article III. Si l’ennemi vous porte une botte, observez ce qui est contenu à l’article I. & II. & si l’ennemi ne pare pas, & qu’il n’ait pas reçu l’estocade, c’est signe qu’il a rompu la mesure, c’est pourquoi portez-lui une estocade de passe. Voyez Estocade de passe. Si l’ennemi pare l’estocade de passe, vous remettrez promtement votre pié gauche où il étoit, & vous reculerez un peu le droit. Vous devez vous attendre que l’ennemi va venir sur vous ; mais remarquez qu’il n’est pas alors en mesure : (car vous êtes aussi éloigné de lui, qu’avant de porter l’estocade de passe ;) c’est pourquoi il ne faut pas s’amuser à parer, mais remarquer son pié gauche, & aussi-tôt qu’il le remue, détacher l’estocade droite, s’il ne force pas votre épée, & si vous sentez qu’il la force, vous détacherez l’estocade en dégageant. Voyez premier dégagement forcé.

Article V. Si l’on est hors de mesure, il faut observer le pié gauche de l’ennemi, & sentir son épée. Voyez Sentiment d’Épée.

Les attaques qu’on doit faire hors de mesure, sont des coulemens d’épées ; & toutes les fois que l’ennemi pare votre estocade, & que vous parez la sienne, il faut suivre les maximes des articles I. II. III.

Article VI. Quelque mouvement que l’ennemi puisse faire hors de mesure, vous n’y devez point répondre, à moins que vous ne preniez le tems pour l’attaquer. Observez continuellement son pié gauche, parce qu’il ne peut vous offenser qu’en l’avançant ; mais aussi-ôt qu’il l’avance, détachez-lui l’estocade droite, s’il ne force pas votre épée, & s’il la force, portez l’estocade en dégageant. Voyez Premier dégagement forcé.

Il faut aussi faire attention que l’ennemi pourroit avoir la finesse de forcer votre épée, pour vous faire détacher l’estocade, afin de vous la riposter ; voyez Riposte : il n’y a que la pratique qui puisse vous faire connoître cette ruse. Cette remarque se rapporte au précepte 21 ; voyez Escrime, précepte 21, qui dit qu’il ne faut jamais tirer dans un jour que l’ennemi vous donne.

Article VII. Tout ce qui est enseigné aux articles 1, 2, 3, 4, 5, 6, peut s’exécuter en tierce, en quarte, en quarte basse, & en seconde ; il n’y a qu’à déterminer une de ses positions, & suivre ce qui y est enseigné.

Article VIII. Vous devez connoître par les attaques que vous faites à l’ennemi, qu’il peut vous en faire autant ; d’où il est clair que s’il vous fait les mêmes attaques, il vous avertit de son dessein, dont vous tâcherez de profiter.

Exemple. Si l’ennemi vous attaque par un coulement d’épée, ou battement d’épée, &c. vous feindrez d’en être ébranlé, pour lui faire détacher l’estocade, afin de lui riposter, ou de le desarmer ; voyez Riposte & Désarmement ; ou pour volter, voyez Estocade de volte. Nota que le desarmement de tierce & de quarte ne s’exécute pas en quarte basse, ni en seconde ; & l’estocade de volte ne se pratique que dans le jeu sensible.

Article IX. Quelque variées que puissent être les attaques d’un escrimeur, elles se rapportent toujours à la feinte ou double feinte, à l’appel, ou coulement d’épée, au battement d’épée, ou à forcer l’épée.

Article X. Si l’ennemi se défend par la parade du cercle, voyez Parade du contre, du contre-dégagement, vous le poursuivrez dans le défaut de cette parade.

Exemple. Quand l’ennemi pare au contre du contre, il faut 1°. tenir la pointe de votre épée près de la garde, & du talon de la sienne ; 2°. dégager finement cette pointe autour de sa lame, en suivant son même mouvement ; 3°. pendant ce dégagement vous avancerez à chaque révolution la pointe de votre épée, jusqu’à ce qu’elle soit si près de son corps qu’il ne puisse plus parer, & alors vous enfoncerez l’estocade.

Nota que l’ennemi ne rencontrera pas votre épée ; à moins qu’il ne rétrograde son mouvement, (maxime que doivent observer tous ceux qui font cette mauvaise parade) ; & que s’il rétrograde, alors il rencontrera nécessairement votre épée : en pareil cas, vous lui détacherez aussi-tôt l’estocade du même côté que les épées se seront touchées ; c’est-à-dire, que s’il rencontre votre épée dans les armes, vous lui porterez une estocade de quarte ; & si c’est hors les armes, vous lui porterez une estocade de tierce.

Remarquez que je vous fais pousser l’estocade du même côté où les épées se touchent, pour prendre le défaut du mouvement de l’ennemi ; car (voyez Défaut & Assaut) quand il a porté son bras du côté de votre épée, pour la détourner de la ligne, il a découvert le côté opposé, & il lui est naturel de venir le couvrir craignant d’y être frappé. Remarquez encore qu’au lieu de venir parer le côté qu’il découvre par son mouvement de rétrograder, il pourroit détacher l’estocade au même instant, & du même côté que les épées se touchent ; c’est pourquoi j’ai eu raison de vous faire détacher cette estocade, puisqu’en la portant avec opposition, ainsi que je l’ai enseigné, voyez Opposition, vous vous garentissez en même tems de celle de l’ennemi.

Jeux, (Orgue.) noms que l’on donne aux tuyaux d’orgue qui sont rangés sur le même registre. Tous les tuyaux du même jeu rendent des sons qui ne different que par les différences de l’aigu au grave ; au lieu que les tuyaux d’un autre jeu rendent des sons qui different encore d’une autre maniere, de même que plusieurs nuances de bleu, par exemple, different des nuances de rouge qui participeroient également du clair & de l’obscur, qui dans cette comparaison répondent à l’aigu & au grave.

Les jeux, outre les noms qui les distinguent les uns des autres, prennent encore une dénomination de la longueur en piés de leur plus grand tuyau qui est le c sol ut, le plus grave des basses. Celui qui répond à la premiere touche du clavier du côté de la main gauche de l’organiste, lorsque le clavier n’est point à ravalement. Ainsi on dit que le prestant sonne le quatre-pié, parce que son plus grand tuyau (le c sol ut) a quatre piés de long. La doublette sonne le deux-pié, parce que son plus grand tuyau, le même c sol ut au clavier, n’a que deux piés ; de même des autres jeux, comme on peut voir dans la table du rapport des jeux, dans nos Planches d’orgue, & à leurs articles particuliers.

Cette table du rapport des jeux représente par les espaces ou colonnes verticales les octaves réelles, c’est-à-dire celles qui sont au-dessus & au-dessous du son fixe marqué un pié. Nous prenons pour son fixe le son que rend un tuyau d’un pié ; ce son est moyen entre les extrèmes de l’orgue, & est l’octave du son fixe de M. Sauveur ; le pié harmonique est au pié de roi comme 17 à 18 ; ainsi il n’a que 11 pouces 4 lignes. On a marqué par les longueurs qui rendent les sons, & par les signes + ou −, les octaves de ces sons, savoir les octaves aiguës ou au-dessus du son fixe par +1, +2, +3, +4, les octaves graves, ou au-dessous du même son fixe par −1, −2, −3, −4, & par les longueurs un pié, qui est le ton ; pié, qui est l’octave au-dessus ; pié, la double octave, & pié, qui est la triple octave aiguë.

On trouve les octaves graves en doublant successivement la longueur du tuyau de ton ; pour la premiere 2 piés, pour la seconde 4 piés, pour la troisieme 8 piés, pour la quatrieme 16 piés, & pour la cinquieme 32 piés ; dans laquelle les tuyaux ne descendent au plus que jusqu’à la quinte. Voyez la table du rapport des jeux qui sont ceux qui suivent.

Montre de 16 piés toute d’étain, dont le plus grand tuyau le c sol ut des basses, a 16 piés de long. Voyez Montre de 16 piés, & la figure Planche d’orgue.

Bourdon de 16 piés. Les basses, c’est-à-dire deux octaves, & quelquefois trois sont en bois, & les dessus ont seulement une octave en plomb bouchés aussi-bien que les basses & à oreilles pour les accorder. Voyez l’article Bourdon de seize piés, & la fig. Planche d’orgue.

Bombarde d’étain ou de bois, est un jeu d’anche. Voyez Trompette. Elle sonne le 16 piés. Voyez Bombarde, & la figure Planche d’orgue.

Bourdon de 4 piés bouché sonnant le 8 piés ; les basses de ce jeu sont de bois, les tailles de plomb bouchées à rase & à oreilles ; & les dessus à cheminées & à oreilles. Voyez Bourdon de quatre piés bouché, & la fig. Planche d’orgue.

Huit piès ouverts, ou huit piés en résonance, sonne l’unisson de quatre piés bouché : ce jeu est d’étain & ouvert par le haut. Voyez Huit pié ouvert, & la figure Planche d’orgue.

Prestant. Le prestant sonne le quatre piés : ce jeu est d’étain ; c’est le premier jeu de l’orgue, sur lequel on fait la partition, & sur lequel on accorde tous les autres. Il doit ce privilége à ce qu’il tient le milieu quant au grave ou à l’aigu entre tous les jeux qui composent l’orgue. Voyez Prestant & la figure Planche d’orgue.

Flûte sonne l’unisson du prestant, mais est de plus grosse taille ; les basses sont bouchées à rase, les tailles à cheminées, & les dessus ouverts. Voyez Flûte, Jeu d’orgue, & la figure Planche d’orgue.

Gros nazard, sonne la quinte au-dessus du huit piés, & la quarte au-dessous du prestant ; ce jeu est fait en pointe ou en fuseau par le haut, comme la figure le fait voir ; & quelquefois il est comme les autres, les basses bouchées à rase, les tailles à cheminées & les dessus ouverts. Voyez Gros nazard, & la figure Planche d’orgue.

Double tierce, sonne la tierce au-dessus du prestant ou 4 pié : ce jeu est de plomb & fait en pointe par le haut ; on l’accorde par les oreilles. Voyez Double tierce, & la fig. Pl. d’orgue.

Nazard. Ce jeu qui est de plomb & fait en pointe, sonne la quinte au-dessus du prestant ou 4 pié, & la tierce mineure au-dessus de la double tierce, l’octave au-dessus du gros nazard. On accorde le jeu lorsqu’il est fait en pointe par les oreilles ; quelquefois sur-tout dans les petits cabinets d’orgue les basses sont bouchées à rase, les tailles à cheminées, & les dessus ouverts. Voyez la fig. Pl. d’orgue, & l’article Nazard.

Quarte de nazard, sonne l’octave au-dessus du prestant, & par conséquent le deux piés, le jeu qui est de plomb a les basses à cheminées & les dessus ouverts. Voyez la figure. Il y a des orgues où ce jeu a les dessus & la moitié des tailles en pointes par le haut. Voyez l’article 4. de nazard.

Doublette. La doublette sonne l’octave au-dessus du prestant, & l’unisson de la quarte de nazard ; elle doit porter 2 piés de long : ce jeu est d’étain. Voyez Doublette, & la figure Pl. d’orgue.

Tierce. La tierce est de plomb, & forme la tierce au-dessus de la doublette ou 2 piés, & l’octave au-dessus de la double-tierce. Voyez Tierce, jeu d’orgue, & la figure Pl. d’orgue.

Larigot. Le larigot sonne l’octave au-dessus du nazard, & la quinte au-dessus de la doublette ou du 2 piés : ce jeu est de plomb, & tout ouvert. Voyez Larigot, & la figure Pl. d’orgue.

Grand cornet, composé de cinq tuyaux sur chaque touche, est composé d’un dessus de bourdon A, c’est-à-dire, des deux octaves supérieures ; ce qui comprend les tailles & les dessus proprement dits, d’un dessus de flûte B, d’un dessus de nazard C, d’un dessus de quarte de nazard D, & d’un dessus de tierce E. Voyez Grand-Cornet, & la figure Pl. d’orgue : ce jeu n’a que deux octaves.

Cornet de récit, est composé de même que le grand cornet de cinq tuyaux sur chaque touche, mais qui sont de plus menue taille. Voyez Cornet de Récit, & la figure ; ce jeu n’a que deux octaves.

Cornet d’écho, composé de même que le grand cornet de cinq tuyaux sur chaque touche, mais qui sont de plus menue taille que ceux du cornet de récit. Ce jeu est renfermé dans le pié de l’orgue, afin qu’on l’entende moins, & qu’il forme ainsi un écho. Voyez Cornet d’écho, & la figure Pl. d’orgue.

Flûte allemande, la flûte allemande sonne l’unisson des dessus du huit piés, c’est-à-dire le deux piés ; ce jeu qui est de plomb & de grosse taille, n’a que les deux octaves des tailles & des dessus comme les cornets d’écho de récit, grand cornet, & trompette de récit. Voyez Flûte allemande de l’orgue.

Fourniture, partie du plein jeu, est composée de 4, 5, 6, ou 7 tuyaux sur chaque touche ; elle occupe toute l’étendue du clavier. Voyez Fourniture, & la figure Pl. d’orgue.

Cimballe, partie du plein jeu ; elle a aussi plusieurs tuyaux sur chaque touche, & elle occupe toute l’étendue du clavier. Voyez Cimballe, & la figure Planche d’orgue.

Trompette, jeu d’anche, sonne l’unisson du huit piés ; ce jeu est d’étain & en entonnoir par le haut. Voyez Trompette, & la figure Pl. d’orgue.

Voix humaine de l’orgue, sonne l’unisson du huit piés & de la trompette & du cromorne. Ce jeu est d’étain, & le corps qui n’a pour les plus grands tuyaux que 7 à 8 pouces, est à moitié fermé par une lamme de même matiere, que l’on soude sur l’ouverture du tuyau : ce jeu est un jeu d’anche. Voyez Voix humaine, & la figure Pl. d’orgue.

Cromorne, jeu d’anche, sonne l’unisson du 8 piés ; les corps de ce jeu sont cylindryques, c’est-à-dire, ne sont pas plus larges en-haut qu’en-bas. Voyez Cromorne, & la figure Pl. d’orgue.

Clairon, jeu d’anches de l’orgue, sonne l’octave au-dessus de la trompette & l’unisson du prestant, & par conséquent le 4 pié ; ce jeu est d’étain, & est plus ouvert que la trompette. Voyez Clairon, & la figure Pl. d’orgue.

Voix angélique, sonne l’unisson du prestant ou le 4 pié, & l’octave de la voix humaine à laquelle elle est semblable : ce jeu est d’étain, & est à anches. Voyez Voix angélique, & la figure Pl. d’orgue.

Trompette de récit, sonne l’unisson de la trompette, & par conséquent le 8 pié : ce jeu qui est d’étain n’a que les deux octaves des dessus & des tailles. Voyez Trompette de récit, & la figure qu’il faut imaginer plus petite.

Tous ces jeux de l’orgue sont accordés entre eux, comme il est dit au mot Accord, & à leurs articles particuliers. Dans les orgues complets il y a encore les jeux suivans, qu’on appelle pédales, parce que c’est avec le pié qu’on abbaisse les touches du clavier de pédale qui les fait parler ; ces jeux sont,

La pédale de 4 ou de 4 piés, sonne l’unisson du prestant. Lorsqu’il y a ravalement, le ravalement descend à l’unisson du 8 piés ; les basses de ce jeu se font en bois, & les dessus en plomb tous ouverts. Voyez l’article Pédale de 4, & la figure Planche d’orgue.

Pédale de clairon, jeu d’anche ; ce jeu qui est d’étain, sonne l’unisson de la pédale de 4, & l’octave de la pédale de trompette. Voyez Pédalle de clairon.

Pédale de 8, autrement nommée pédale de flûte, sonne l’unisson du 8 pié ; les basses de ce jeu sont en bois, & on ne les bouche pas par le haut avec un tampon ; les dessus sont de plomb. Voyez Pédalle de 8 ou de Flûte.

Pédale de trompette, jeu d’anche, sonne l’unisson du 8 piés, & par conséquent l’unisson de la trompette, dont elle ne differe qu’en ce qu’elle est de plus grosse taille : ce jeu est d’étain. Voyez Pédale de trompette.

Pédale de bombarde, jeu d’anche, ne se met que dans des orgues bien complets ; elle sonne l’unisson de la bombarde, & par conséquent du 16 piés. Ce jeu est d’étain ou de bois ; s’il y a ravalement au clavier de pédale, le ravalement de la bombarde entre dans le 32 piés. Voyez Pédalle de bombarde, & la figure Pl. d’orgue.

Tous ces jeux sont rangés sur les sommiers ou pieces gravées, en telle sorte que l’organiste laisse aller le vent à tel jeu qu’il lui plaît, en ouvrant le registre qui passe sous les piés des tuyaux, & à tel tuyau de ce jeu qu’il lui plaît, en ouvrant la soûpape qui ferme la gravûre sur laquelle le tuyau répond. Voyez Sommier de grand Orgue, & l’article Orgue.

On laisse partir ordinairement plusieurs jeux à-la-fois, ce qui forme des jeux composés ; le principal des jeux composés s’appelle plein jeu, qui est la montre & le bourdon de 16 piés, le bourdon de 8 piés ouvert, le prestant, la doublette, la fourniture, la cimballe & la tierce.

Les autres jeux composés sont à la discrétion des Organistes qui les composent chacun à leur gré, en prenant dans le nombre presque infini de combinaisons qu’on en peut faire celles qui leur plaisent le plus, ce dont ils s’apperçoivent en tâtant le clavier. Cependant on peut dire que de toutes les combinaisons possibles de ces différens jeux pris 2 à 2, 3 à 3, 4 à 4, &c. quelqu’unes doivent être exclues : telles, par exemple, que celles dont les sons correspondans à une même touche, forment une dissonance comme les tierces & la quarte de nazard. Voyez la table générale du rapport & de l’étendue des jeux de l’orgue.

Jeu, terme de Fauconnerie. On dit donner le jeu aux autours, c’est leur laisser plumer la proie.

Jeu, terme de tripot ; c’est une division d’une partie de paume : les parties sont ordinairement de huit jeux ; chaque jeu contient quatre coups gagnés ou quinze ; le premier se nomme quinze ; le second trente ; le troisieme quarante-cinq ; & le quatrieme jeu. Quand les joueurs ont chacun un quinze, on dit qu’ils sont quinzains ; quand ils ont chacun trente, on dit qu’ils sont trentains ; quand ils ont chacun quarante-cinq, cela s’appelle être en deux ; & pour lors il faut encore deux coups gagnés de suite pour avoir le jeu : le premier se nomme avantage, & le second jeu.

Lorsque les deux joueurs ont chacun sept jeux, ils sont ce qu’on appelle à deux de jeu ; alors la partie est remise en deux jeux gagnés de suite, dont le premier se nomme avantage de jeu.

Cette acception du mot jeu, est commune à presque tous les jeux qui se jouent par parties. La partie est composée de plusieurs jeux, & celui qui le premier a gagné ce nombre de jeux a gagné la partie.

Jeu (l’île d’,) Géog. petite île de l’Océan, sur les côtes de Poitou, à environ 13 lieues de la contrée qu’on nomme l’Arbauge ; c’est à tort que quelques-uns appellent cette île l’île de l’Oie, d’autres l’île des Œufs, d’autres l’île-Dieu, d’autres enfin, l’île de Dieu ; il faut dire l’île-Dieu, suivant M. de Valois, dans sa not. Gall. p. 390. (D. J.)