L’Encyclopédie/1re édition/LION

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LION, s. m. leo, (Hist. nat. Zoolog.) animal quadrupede si fort & si courageux, qu’on l’a appellé le roi des animaux. Il a la tête grosse, le muffle allongé & la face entourée d’un poil très long : le cou, le garot & les épaules, &c. sont couverts d’un poil aussi long qui forme une belle criniere sur la partie antérieure du corps, tandis qu’il n’y a qu’un poil court & ras sur le reste du corps, excepté la queue qui est terminée par un bouquet de longs poils. La lionne n’a point de criniere ; son muffle est encore plus allongé que celui du lion, & ses ongles sont plus petits. La criniere du lion est de couleur mélée de brun & de fauve foncé ; le poil ras a des teintes de fauve, de blanchâtre & de brun sur quelques parties. Le poil de la lionne a aussi une couleur fauve plus ou moins foncée, avec des teintes de noir & même des taches de cette couleur sur la levre inférieure près des coins de la bouche sur le bord de cette levre & des paupieres, à l’endroit des sourcils, sur la face extérieure des oreilles & au bout de la queue.

Il y a des lions en Afrique, en Asie & en Amérique ; mais ceux de l’Afrique sont les plus grands & les plus féroces, cependant on remarque que les lions du mont Atlas n’approchent point de ceux du Sénégal & de la Gambra pour la hardiesse & la grosseur. Les lions aiment les pays chauds, & sont sensibles au froid. Ces animaux jettent leur urine en arriere, mais ils ne s’accouplent pas à reculons, comme on l’a prétendu. La lionne porte quatre lionceaux, & quelquefois plus. On les apprivoise aisément ; il y en a qui deviennent aussi doux & aussi caressans que des chiens, mais il faut toujours se défier de leur férocité naturelle. Il est très-faux que le lion s’épouvante au chant d’un coq, mais le feu l’effraie ; on en allume pour le faire fuir. La démarche ordinaire de cet animal est lente & grave ; lorsqu’il poursuit sa proie, il court avec une grande vitesse ; il est hardi & intrépide ; quel que soit le nombre de ses adversaires, il attaque tout ce qui se présente si la faim le presse ; la résistance augmente sa fureur : mais s’il n’est pas affamé, il n’attaque pas ceux qu’il rencontre ; lorsqu’ils se détournent & se couchent par terre en silence, le lion continue son chemin comme s’il n’avoit vu personne. On prétend que cet animal ne boit qu’une fois en trois ou quatre jours, mais qu’il boit beaucoup à la fois. Hist. nat. des animaux par MM. de Nobleville & Salerne, tome V.

Lion, (Mat. medic.) & dans le lion aussi, on a cherché des remedes. Le sang, la graisse, le cerveau, le poumon, le foie, le fiel, la fiente, sont donnés pour médicamenteux par les anciens Pharmacologistes. Les modernes ne croient plus aux vertus particulieres attribuées à ces drogues, & ils n’en font absolument aucun usage. (b)

Lion, (Littérat.) cet animal étoit consacré à Vulcain dans quelques pays, à cause de son tempérament tout de feu. On portoit une effigie du lion dans les sacrifices de Cybele, parce que les prêtres avoient, dit-on, le secret d’apprivoiser ces animaux. Les poëtes l’assurent, & les médailles ont confirmé les idées des poëtes, en représentant le char de cette déesse attelé de deux lions. Celui qu’Hercule tua sur le mont Theumessus en Béotie, fut placé dans le ciel par Junon. Ce signe, composé d’un grand nombre d’étoiles, & entr’autres de celle qu’on nomme le cœur du lion, le roitelet, regulus, tient le cinquieme rang dans le zodiaque. Le soleil entre dans ce signe le 19 Juillet ; d’où vient que Martial dit, liv. X. épigr. 62.

Albæ leone flammeo calent luces,
Tostamque fervens Julius coquit messem.

Voyez Lion, constellation. (D. J.)

Lion, (Hist. nat. Ictiolog.) Rondelet donne ce nom, d’après Athénée & Pline, à un crustacée qui ressemble aux crabes par les bras, & aux langoustes par le reste du corps. Il a été nommé lion, parce qu’il est velu, & qu’il a une couleur semblable à celle du lion. Voyez Rond. hist. des poissons, liv. XVIII.

Lion marin, (Hist. nat. des anim.) gros animal amphibie, qui vit sur terre & dans l’eau.

On le trouve sur les bords de la mer du Sud, & particulierement dans l’île déserte de Jean Fernando, où on peut en tuer quantité. Comme il est extrèmement singulier, & que le lord amiral Anson n’a pas dédaigné de le décrire dans son voyage autour du monde, le lecteur sera bien aise de le connoître d’après le récit d’un homme si célebre.

Les lions marins, qui ont acquis leur crue, peuvent avoir depuis douze jusqu’à vingt piés de long, & depuis huit jusqu’à quinze de circonférence. La plus grande partie de cette corpulence vient d’une graisse mollasse, qu’on voit flotter sous la pression des muscles au moindre mouvement que l’animal fait pour se remuer. On en trouve plus d’un pié de profondeur dans quelques endroits de son corps, avant que de parvenir à la chair & aux os. En un mot, l’abondance de cette graisse est si considérable dans les plus gros de ces animaux, qu’elle rend jusqu’à cent vingt-six galons d’huile, c’est à dire environ neuf cens quarante livres.

Malgré cette graisse, ces sortes d’animaux sont fort sanguins ; car quand on leur fait de profondes blessures dans plusieurs endroits du corps, il en jaillit tout de suite autant de fontaines de sang. Mais pour déterminer quelque chose de plus précis à ce sujet, j’ajoute que des gens de l’amiral Anson ayant tué un lion marin à coups de fusil, l’égorgerent par curiosité, & en tirerent deux bariques pleines de sang.

La peau de ces animaux est de l’épaisseur d’un pouce, couverte extérieurement d’un poil court, de couleur tannée-claire. Leur queue & leurs nageoires qui leur servent de piés quand ils sont à terre, sont noirâtres. Les extrémités de leurs nageoires ne ressemblent pas mal à des doigts joints ensemble par une membrane ; cependant cette membrane ne s’étend pas jusqu’au bout des doigts, qui sont chacun garnis d’un ongle.

Outre la grosseur qui les distingue des veaux marins, ils en different encore en plusieurs choses, surtout les mâles, qui ont une espece de trompe de la longueur de cinq ou six pouces, & qui pend du bout de la mâchoire supérieure ; cette partie ne se trouve pas dans les femelles, & elles sont d’ailleurs beaucoup plus petites que les mâles.

Ces animaux passent ensemble l’été dans la mer, & l’hiver sur terre ; c’est alors qu’ils travaillent à leur accouplement, & que les femelles mettent bas avant que de retourner à la mer. Leur portée est de deux petits à la fois ; ces petits tetent, & ont en naissant la grandeur d’un veau marin parvenu à son dernier période de croissance.

Pendant que les lions marins sont sur terre, ils vivent de l’herbe qui abonde aux bords des eaux courantes ; & le tems qu’ils ne paissent pas, ils l’emploient à dormir dans la fange. Ils mettent de leurs camarades autour de l’endroit où ils dorment ; & dès qu’on approche seulement de la horde, ces sentinelles ne manquent pas de leur donner l’allarme par des cris fort différens, selon le besoin ; tantôt ils grognent sourdement comme des cochons, & tantôt ils hennissent comme les chevaux les plus vigoureux.

Quand ils sont en chaleur, ils se battent quelquefois pour la possession des femelles jusqu’à l’entier épuisement de leurs forces. On peut juger de l’acharnement de leurs combats par les cicatrices dont le corps de quelques-uns de ces animaux est tout couvert.

Leur chair n’est pas moins bonne à manger que celle du bœuf, & leur langue est bien plus délicate. Il est facile de les tuer, parce qu’ils marchent aussi lourdement que lentement, à cause de l’excès de leur graisse. Cependant il faut se garder de la fureur des meres : un des matelots du lord Anson fut la triste victime de son manque de précaution ; il venoit de tuer un lionceau marin pour l’équipage, & l’écorchoit tout de suite, lorsque la mere se rua sur lui, le renversa par terre, & lui fit une morsure à la tête, dont il mourut peu de jours après. (D. J.)

Lion, (Astron.) est le cinquieme des douze signes du zodiaque. Voyez Etoile, Ligne & Constellation.

Les étoiles de la constellation du lion sont dans le catalogue de Ptolomée au nombre de 32, & dans celui de Tycho au nombre de 37. Le catalogue anglois en compte 94.

Lion, (Marine.) c’étoit autrefois l’ornement le plus commun qu’on mettoit à la pointe de l’éperon ; les Hollandois le mettent encore ordinairement, d’autant qu’il y a un lion dans les armes de l’état. Les autres nations y mettent présentement des sirenes ou autres figures humaines : le terme général étoit anciennement bestion.

La grandeur de ces figures de l’éperon est assez arbitraire ; cependant les Hollandois suivent cette proportion : savoir, pour un vaisseau de 134 piés de long, de l’étrave à l’étambord, ils donnent au lion 9 piés de long, 19 pouces d’épaisseur, hormis par derriere où il n’a qu’un pié. La tête fait saillie de 14 pouces en avant de la pointe de l’éperon, & s’éleve de 2 piés 7 pouces au-dessus du bout de l’aiguille. (Z)

Lion, (Blason.) le lion a différentes épithetes dans le Blason. Il est ordinairement appellé rampant & ravissant ; & quand sa langue, ses ongles, & une couronne qu’on lui met sur la tête, ne sont pas du même émail que le reste de son corps, on dit qu’il est armé, couronné & lampassé. On dit aussi lion issant & lion naissant. Le premier est celui qui ne montre que la tête, le cou, les bouts des jambes, & les extrémités de la queue contre l’écu ; & l’autre est celui qui ne faisant voir que le train de devant, la tête & les deux piés, semble sortir du champ entre la face & le chef. On appelle lion brochant sur le tout, celui qui étant posé sur le champ de l’écu, chargé déja d’un autre blason, en couvre une partie. Le lion mort né, est un lion sans dents & sans langue ; & le lion diffamé, celui qui n’a point de queue. Lion dragonné, se dit d’un animal qui a le derriere du serpent, & le devant du lion ; & lion léopardé, d’un lion passant, qui montre toute la tête comme fait le léopard.

Lion d’or, (Monnoies.) ancienne monnoie de France. Les premiers lions d’or furent fabriqués sous Philippe de Valois en 1338, & succéderent aux écus d’or. Ils furent ainsi nommés à cause du lion qui est sous les piés du Roi de France. Si le roi d’Angleterre est désigné par ce lion, on n’a jamais fait de monnoie plus insultante, & par conséquent plus odieuse. Ces lions d’or de Philippe de Valois valoient cinquante sols en 1488.

On fabriqua de nouveaux lions d’or sous François I. Cette derniere monnoie d’or avoit pour légende, sit nomen Domini benedictum, & pour figure, un lion. Elle pesoit trois deniers cinq grains, & valoit cinquante-trois sols neuf deniers. (D. J.)