L’Encyclopédie/1re édition/OISEAU

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OISEAU, s. m. (Hist. nat. Ornit) animal couvert de plumes, qui a deux aîles, deux piés, un bec de substance de corne, &c. Les oiseaux n’ont point de vraies dents logées dans des alvéoles, comme les dents des quadrupedes, mais dans quelques especes, par exemple celle des plongeons, le bec est dentelé comme une scie. Le bec des oiseaux leur sert, non-seulement pour prendre leur aliment, mais ils l’emploient aussi comme une arme offensive & défensive ; c’est avec leur bec qu’ils construisent leur nid, qu’ils donnent à manger à leurs petits, & qu’ils arrangent leurs plumes : quelques uns, tels que les perroquets, les bec-croisés, &c. montent le long des arbres à l’aide de leur bec. Tous les oiseaux, excepté ceux qui ne sortent que la nuit, ont la tête petite à proportion de la grosseur du corps. Les yeux des oiseaux, comme ceux des poissons, ont moins de convexité que ceux des quadrupedes : il y a sous les paupieres une membrane, membrana nictitoria, qui sort du grand angle de l’œil, & qui recouvre l’œil en tout ou en partie, au gré de l’oiseau, quoique les paupieres restent couvertes : cette membrane se trouve aussi dans plusieurs quadrupedes ; elle sert à nettoyer la surface de l’œil. Les oreilles des oiseaux n’ont point de conques à l’extérieur, & dans la plûpart le conduit auditif est sans aucun couvercle, mais il y en a un dans les oiseaux de proie nocturnes, & dans quelques-uns des diurnes. Les oiseaux qui ont les pattes longues ont aussi le cou long, autrement ils ne pourroient prendre leur aliment sur la terre ; mais tous ceux dont le cou est long n’ont pas les pattes longues. Quoique tous les oiseaux aient des aîles, il y en a qui ne peuvent pas voler ; tels sont l’autruche, l’émeu, le pingouin : au-moins l’autruche étend ses aîles & les agite pour accélérer sa course ; mais celles de l’émeu sont si petites qu’il ne paroît pas qu’il puisse s’en servir. Les aîles des insectes, des chauves-souris, &c. different de celles des oiseaux, principalement en ce qu’elles ne sont pas couvertes de plumes. Il y a des hirondelles qui ont les pattes si courtes & si foibles, & les aîles si grandes que ces oiseaux ont bien de la peine à prendre leur essor lorsqu’ils se trouvent posés à plate terre. On est bien convaincu à présent que tous les oiseaux ont des pattes, même les oiseaux de paradis ; elles avoient été coupées à tous ceux que l’on a apportés dans ce pays-ci destitués de ces parties. La plûpart des oiseaux ont à chaque pié quatre doigts, trois en avant & un en arriere : il y en a quelques-uns qui n’ont que trois doigts, tous trois en avant, tels sont l’émeu, l’outarde, la pie de mer, le pluvier verd, le pingouin, &c.

Il n’y a que l’autruche qui n’ait que deux doigts à chaque pié : aucun des oiseaux connus n’a plus de quatre doigts, à-moins que l’on ne prenne l’éperon du coq pour un doigt. Dans la plûpart des oiseaux qui en ont quatre, deux sont dirigés en avant & les deux autres en arriere, comme dans le coucou, les perroquets, les pies. Dans quelques-uns des oiseaux qui ont quatre doigts, il y en a deux de dirigés en avant, un seul en arriere, le quatrieme peut s’écarter & se porter en dehors, au point de former un angle presque droit avec le doigt du milieu, on en voit un exemple dans le balbuzard. Les oiseaux qui n’ont point de doigt en arriere ne se trouvent jamais sur les arbres.

Il y a dans le croupion des oiseaux deux glandes où se fait la secrétion d’une humeur onctueuse qui remplit la cavité de ces glandes, & qui en sort par un tuyau excrétoire, lorsque l’oiseau approche son bec des glandes ou des plumes qui les couvrent. Le bec étant chargé de la liqueur des glandes, il la porte sur les plumes dont les barbes sont dérangées & ont besoin de cette onction pour s’affermir les unes contre les autres.

Les jambes & les piés sont dénués de plumes dans la plûpart des oiseaux, quelques-uns n’en ont point sur la tête, tels sont le coq d’Inde, la grue, l’émeu ; mais il n’y a que l’autruche qui n’ait pas le corps entier couvert de plumes.

Les oiseaux qui ont la queue courte & les pattes longues, étendent les piés en arriere, lorsqu’ils volent, pour suppléer au défaut de la queue, & pour les employer comme une sorte de gouvernail qui dirige leur mouvement. Lorsque la queue est grande, ou au-moins de médiocre grandeur, l’oiseau approche ses piés de son corps en volant ou les laisse pendans. La queue ne sert pas seulement aux oiseaux pour modifier leur mouvement, elle sert aussi comme les aîles à soutenir en l’air la partie postérieure du corps. Ceux qui n’ont point de queue, par exemple les colymbes, volent difficilement, & ont le corps presque droit en l’air, parce que la partie postérieure n’est pas soutenue comme dans les oiseaux qui sont pourvûs d’une queue. Les grandes plumes de la queue sont toujours en nombre pair. Les oiseaux muent tous les ans, c’est-à-dire que leurs plumes tombent & qu’il en revient de nouvelles. Les muscles pectoraux sont très-grands & très-forts dans les oiseaux, parce qu’ils servent à une fonction très-pénible, qui est de mouvoir les aîles.

Les oiseaux ont le corps plus court, plus large, & plus épais que les animaux quadrupedes, & la tête plus petite à proportion de la grandeur du corps. L’oiseau-mouche est le plus petit des oiseaux connus, & le condor le plus grand Voyez Oiseau-Mouche, Condor.

Il y a de grandes variétés dans les individus de même espece d’oiseau domestique, pour les couleurs du plumage, le goût de la chair, la grandeur du corps, & peut-être aussi la figure ; ces différences viennent de la température des climats, de la diversité des alimens, &c. La plûpart des oiseaux sauvages de même espece se ressemblent les uns aux autres par les couleurs & par la grandeur ; il s’en trouve néanmoins quelques-uns qui different par les couleurs.

Il y a des oiseaux qui sont toujours attroupés plusieurs ensemble, soit qu’ils volent, soit qu’ils restent en repos, tels sont les pigeons ; d’autres vont deux-à-deux, le mâle & la femelle, dans la saison de leurs amours & de la ponte, & ils restent avec leurs petits, jusqu’à ce que ces petits soient devenus assez grands pour se passer des soins du pere & de la mere. Les perdrix s’apparient, le mâle avec la femelle, & s’aident mutuellement pour élever leurs petits. Le pigeon mâle couve les œufs, travaille à la construction du nid, & nourrit les petits comme la femelle.

La plûpart des oiseaux cachent leur tête sous leur aîle pendant leur sommeil ; la plûpart aussi ne se tiennent que sur un pié pendant qu’ils dorment, ils approchent l’autre de leur corps pour le réchauffer.

Les oiseaux de même espece construisent leur nid avec la même matiere & de la même façon, quelque part qu’ils se trouvent. Presque toutes les femelles des oiseaux restent nuit & jour dans leur nid avec une constance singuliere pour couver leurs œufs ; elles y maigrissent & s’y exténuent faute de nourriture. Si elles quittent le nid pour en chercher, elles y reviennent avec une promptitude extrème. Les oies & les canards couvrent leurs œufs de paille, lorsqu’ils les quittent, quoique ce ne soit que pour très-peu de tems. Les oiseaux les plus timides & les plus foibles montrent du courage & de la force lorsqu’il s’agit de sauver leurs œufs, même des œufs stériles, ou des œufs qui ne viennent pas d’eux, & ce qui est encore plus étrange, des œufs simulés, des œufs de pierre ou autre matiere. L’ardeur que les poules ont pour couver est très-grande ; lorsque ce feu les anime on les entend glousser, on les voit s’agiter, abaisser leurs aîles, hérisser leurs plumes, & chercher par-tout des œufs qu’elles puissent couver, &c.

Tous les oiseaux ont la voix plus forte & la font entendre plus souvent dans le tems de leurs amours.

Les oiseaux prennent leur accroissement plus promptement que les quadrupedes ; les petits oiseaux nourris par le pere & la mere deviennent en un mois ou six semaines assez forts pour faire usage de leurs aîles, en six mois ils prennent tout leur accroissement.

Beaucoup d’oiseaux apprennent à prononcer quelques mots : à cet égard ils sont au-dessus des animaux quadrupedes.

Les oiseaux vivent très long-tems, si l’on ajoute foi à tout ce qui a été rapporté & attesté à ce sujet. On a dit qu’un cygne avoit vécu trois cens ans ; qu’une oie avoit été tuée à l’âge de quatre-vingt ans, lorsqu’elle étoit encore assez saine & assez robuste pour faire croire qu’elle auroit vécu plus long-tems ; qu’un onocrotale a aussi été nourri jusqu’à l’âge de quatre-vingt ans. Les faits que l’on a avancés sur la durée excessive de la vie de l’aigle & du corbeau sont incroyables, mais ils prouvent au-moins que ces oiseaux vivent très-long-tems.

Aldrovande rapporte qu’un pigeon avoit vécu pendant vingt-deux ans, & qu’il avoit engendré pendant tout ce tems, excepté les six dernieres années de sa vie. Les linottes vivent jusqu’à quatorze ans & plus, & les chardonnerets jusqu’à vingt-trois. Willughby, Ornith.

Il y a des oiseaux qui ne se trouvent que dans les pays froids, & d’autres seulement dans les pays chauds, ou dans les climats tempérés. Les oiseaux, tels que les hirondelles, les cailles, les cigognes, les grues, les grives, les bécasses, les rossignols, &c. que l’on appelle oiseaux de passage, passent en effet d’un pays dans un autre, où la température de l’air & la qualité des alimens les attirent en certains tems. On prétend qu’ils traversent les mers, & qu’ils entreprennent de très-longs voyages.

On ne sait pas en quels lieux les oiseaux de passage se retirent quand ils nous quittent. Willughby croit que les hirondelles passent en Egypte & en Ethiopie. Olaüs Magnus dit qu’elles se cachent dans des trous ou sous l’eau ; ce qui est aussi confirmé par Etmuller qui assure avoir vu un groupe gros comme un boisseau, qui étoit composé d’hirondelles accrochées les unes aux autres par la tête & par les piés, & qui avoit été tiré d’un étang gelé, dissert. II. chap. x. Olaüs ajoute que c’est une chose ordinaire dans les pays du nord, que lorsque des enfans portent par hasard ces pelotons d’hirondelles près d’un poële, dès qu’elles sont dégelées, elles commencent à voler mais foiblement, & pour très-peu de tems. Le docteur Colas, homme très-curieux dans ce genre, a confirmé ce fait à la société royale : il dit, en parlant de la maniere de pêcher dans les pays septentrionaux, que les pêcheurs ayant fait des trous & jetté leurs filet ; dessous la glace, il vit seize hirondelles qu’on tira de la sorte du lac de Sameroth, & environ une trentaine du grand étang royal en Rosineilen ; & qu’à Schledeiten, près la maison du comte de Dona, il vit deux hirondelles au moment qu’elles sortoient de l’eau, qui pouvoient à-peine se soutenir, qui étoient humides & foibles, & qui avoient les aîles pendantes : il ajoute qu’il a toûjours observé que les hirondelles sont foibles pendant quelques jours, après qu’elles ont commencé à paroître. Chambers, dict. M. Klein, le P. du Tertre, le P. Kircher, M. Bruhier, M. Ellis, &c. pensent aussi que les hirondelles peuvent passer l’hiver, les unes sous l’eau, & les autres dans les souterreins : mais M. Frisch est d’autant plus opposé à cette opinion, qu’il a fait l’expérience suivante ; il a attaché au pié de quelques hirondelles, un peu avant leur départ, un fil rouge teint en détrempe, ces hirondelles sont revenues l’année suivante avec leur fil qui n’étoit pas décoloré ; ce qui prouve qu’elles n’avoient passé l’hiver ni sous l’eau, ni dans des lieux humides. D’ailleurs, comment les hirondelles pourroient-elles respirer sous l’eau ou vivre sans respiration ? & pourquoi ne seroient-elles pas réellement des oiseaux de passage comme tant d’autres, que l’on ne soupçonne pas de passer l’hiver sous l’eau ou dans des trous ?

Au mois de Septembre & d’Octobre, on voit passer les grues du nord au midi par troupes de cinquante, de soixante & de cent ; la nuit elles s’abattent sur la terre pour prendre de la nourriture. Les oies sauvages arrivent dans ces pays-ci après les grues, & y passent l’hiver. Avant cette saison, les cigognes passent de l’Allemagne dans des lieux plus chauds, &c. Suite de la matiere médicale de M. Geoffroi, tom. XIII.

Willughby, dans sa distribution méthodique des oiseaux, les divise en oiseaux terrestres qui approchent rarement des eaux, & qui restent ordinairement dans des lieux secs ; & en oiseaux aquatiques qui se tiennent dans l’eau ou près de l’eau, & qui cherchent leur nourriture dans des lieux aquatiques.

Les oiseaux terrestres ont le bec & les ongles plus ou moins crochus. Parmi les oiseaux qui ont le bec & les ongles très-crochus, les uns se nourrissent de chair, ils sont nommés carnivores & oiseaux de proie ; les autres vivent de fruits & de graines, on les nomme frugivores, tels sont les perroquets.

Il y a des carnivores qui ne sortent de leur retraite que la nuit, on les appelle carnivores nocturnes ; les autres sont diurnes, ils ne volent que dans le jour.

Les carnivores diurnes sont distribués en deux classes, les grands & les petits. Parmi les grands carnivores diurnes, les uns sont courageux & les autres sont lâches. Les premiers ont le bec courbe & crochu depuis la racine jusqu’à la pointe ; ils sont compris dans le genre des aigles, & les autres dans celui des vautours ; ils n’ont le bec crochu qu’à la pointe. On distingue les petits carnivores diurnes par les mêmes caracteres de courage & de lâcheté ; on dresse pour la chasse du vol ceux qui sont courageux : les uns ont de longues aîles qui étant pliées s’étendent aussi loin que la queue ; les ailes des autres sont plus courtes.

Les oiseaux qui ont le bec & les ongles droits ou presque droits, sont divisés en deux classes, dont l’une comprend les grands & l’autre les petits. Tout oiseau qui est de la grandeur d’une grive est regardé comme grand suivant cette méthode ; mais comme il n’y a point de méthode en ce genre qui n’admette des exceptions, il se trouve des oiseaux plus petits que des grives dans la classe des grands ; par exemple, de petits pics qui ne peuvent pas être séparés de grands pics, parce qu’ils ont les mêmes caracteres génériques. De ces grands oiseaux dont le bec & les ongles sont peu crochus & presque droits, les uns ont le bec gros, alongé, droit & fort ; le bec des autres est petit & court : parmi les premiers, il y en a qui se nourrissent de la chair des quadrupedes, de la substance des insectes & de celle des fruits, d’autres mangent des insectes & des fruits, d’autres enfin ne vivent que d’insectes. Les oiseaux à petit bec ont la chair blanche ou noire ; le genre des gallinacés comprend ceux qui ont la chair blanche : parmi ceux dont la chair est noire, les uns, tels que les pigeons, sont grands, & ne pondent que deux œufs à chaque ponte ; les autres sont petits, & pondent plus de deux œufs, telles sont les grives.

Les petits oiseaux qui ont le bec & les ongles peu crochus & presque droits, sont distribués en deux genres distingués par la grosseur du bec qui est plus ou moins épais : chacun de ces genres comprend plusieurs especes.

Parmi les oiseaux aquatiques, les uns restent près des eaux & cherchent leur nourriture dans les lieux aquatiques sans nager ; les autres nagent. Les premiers ont les doigts séparés les uns des autres : ces oiseaux sont divisés en deux genres dont l’un comprend les grands, par exemple, la grue, & l’autre les petits. Ceux-ci sont sous-divisés en deux autres genres : ceux du premier de ces genres se nourrissent de poisson, tels sont le héron, la palette, la cigogne, l’ibis, &c. ceux du second genre cherchent leur nourriture dans le limon & mangent des insectes ; ils ont le bec court, ou long, ou de médiocre longueur. Le bec du vaneau, du pluvier, &c. est court ; l’himantope, la pie de mer, &c. ont le bec de médiocre longueur ; celui du courlis est long, est courbe ; celui de la becasse est long & droit.

Les oiseaux qui nagent ont les doigts séparés les uns des autres, ou leurs doigts tiennent les uns aux autres par une membrane ; les doigts séparés sont bordés d’une petite membrane ou n’ont aucune bordure : les oiseaux dont les doigts tiennent les uns aux autres par une membrane, sont appellés palmipedes.

Quelques-uns des palmipedes, tels que le flammant, l’avocete, &c. ont les pattes longues. Elles sont courtes dans les autres : ceux-ci ont quatre doigts ou trois comme le pingouin. Lorsqu’il y a quatre doigts à chaque pié, le doigt de derriere n’est pas engagé dans la membrane du pié, ou il tient à cette membrane de même que les autres doigts, comme on le voit dans l’onocrotale, l’oie d’Ecosse, le corbeau aquatique, &c.

Les palmipedes dont la membrane du pié ne s’étend pas jusqu’au doigt de derriere, ont le bec étroit ou large ; les becs étroits sont crochus à l’extrémité ou pointus, & presque droits ; les becs crochus sont dentelés ou lissés : lorsque le bec est pointu & presque droit, les aîles sont longues, &, étant pliées, elles s’étendent aussi loin que la queue, ou elles sont courtes, & ne s’étendent pas aussi loin que la queue lorsqu’elles sont pliées. Les colymbes ont les aîles courtes, mais ils ne sont pas tous palmipedes.

Les palmipedes à jambes courtes qui ont à chaque pié quatre doigts, dont le postérieur n’est engagé dans la membrane, & qui ont le bec large, composent deux genres, celui des oies & celui des canards ; parmi ceux-ci, les uns cherchent leur nourriture dans les eaux salées, & les autres dans les eaux douces. Willughby, Ornith.

M. Klein, dans sa méthode des oiseaux, les a distribués en huit familles, dont la premiere ne comprend que l’autruche, parce que c’est le seul oiseau qui n’ait que deux doigts à chaque pié.

La seconde famille est composée des oiseaux qui ont trois doigts ; tels sont l’autruche d’Amérique, le casoard, l’outarde, les vaneaux, les pluviers, la pie de mer, &c.

M. Klein a réuni dans la troisieme famille les oiseaux qui ont quatre doigts, dont deux sont dirigés en-avant & les deux autres en-arriere ; comme les perroquets, les pics, les coucous, &c.

La quatrieme famille rassemble les oiseaux qui ont quatre doigts, dont trois en-avant & le quatrieme en-arriere. Ce sont les aigles, les vautours, les faucons, les laniers, les oiseaux de nuit, les corbeaux, les corneilles, les pies, les oiseaux de paradis, les étourneaux, les grives, les merles, les alouettes, les rossignols, les fauvettes, les becfigues, les roitelets, les gorges-rouges, les hirondelles, les mésanges, les moineaux, les sereins, les ortolans, les linottes, les gros becs, les pinsons, les chardonnerets, les bécasses, les bécassines, les chevaliers, les râles, les colibris, les grimpereaux, les courlis, les guêpiers, les hupes, les coqs & les poules, le paon, les coqs d’Inde, les faisans, les perdrix, les cailles, les coqs de bruyeres, les pigeons, les tourterelles, les grues, les hérons, les cigognes, les palettes, le flammant, &c.

La cinquieme famille comprend les oiseaux palmipedes qui ont à chaque pié quatre doigts, dont le postérieur n’est pas engagé dans la membrane ; ces oiseaux sont divisés en deux genres : ceux du premier ont le bec plat ou large, tels sont les oies & les canards ; les oiseaux du second genre ont le bec en forme de cône, ce sont les mouettes, les plongeons, &c.

La sixieme classe réunit les oiseaux palmipedes qui ont à chaque pié quatre doigts, tenans tous les quatre à la membrane du pié, tels sont l’onocrotale, l’oie d’Ecosse, le cormoran, &c.

Les palmipedes qui n’ont que trois doigts, dirigés tous les trois en-avant, sont dans la septieme classe.

Ceux qui ont quatre doigts bordés d’une membrane, sans en excepter dans la plûpart le doigt de derriere, se trouvent dans la huitieme classe ; ce sont les colymbes & les foulques.

M. Barrere (Ornith. specin. nov.) distribue les oiseaux en quatre classes, dont la premiere comprend les palmipedes ; la seconde, les semipalmipedes, c’est-à dire, ceux dont les doigts ne sont que bordés par une membrane ; il rassemble dans la troisieme classe les fissipedes, & dans la quatrieme, les semifissipedes, c’est-à-dire, les oiseaux dont les doigts ne sont pas séparés les uns des autres jusqu’à leur origine, mais au contraire tiennent les uns aux autres par une membrane courte, qui ne s’étend pas jusqu’à la moitié de la longueur de tous les doigts. Les genres compris dans chaque classe sont désignes par les noms suivans. Le canard, l’oie, le plongeon, la mouette, l’avocete, le pingouin, le bec-à-ciseaux & le flamant sont dans la premiere classe ; la foulque & le lamprid, dans la seconde ; le busard, le perroquet, le faucon, l’aigle, l’ulote, le hibou-cornu, le crapaud-volant, l’hirondelle, l’outarde, le bruant, le grand-gosier, la bécasse, le pic, le pigeon, l’étourneau, l’alouette, le geai, le bec-figue, la lavandiere, la pie, la hupe, le guêpier, le roitelet, la mésange, le toucan, le corbeau d’eau, le bec-croisé, la palette, le moineau, le chardonneret, la grive, le coucou, la poule d’eau, le râle, la petteuse, la demoiselle de Numidie, le casoard, l’oiseau de paradis & l’autruche, se trouvent dans la troisieme classe ; le héron, la bécasse de mer, le martin-pêcheur, le long-bec, le crabier, le vaneau, le pluvier, la frégate, le courlieu, le chevalier, le coq d’Inde, le paon, le coq, la caille, la perdrix & le coq indien, sont dans la quatrieme classe.

M. Barrere a désigné les caracteres des classes de sa méthode qui viennent de la conformation des piés des oiseaux, & les caracteres des genres qui sont tirés de la conformation du bec, par les dénominations suivantes. Pié dont les doigts tiennent les uns aux autres par une membrane, palmipes ; fig. 19. Pl. des ois. hist. nat. pié dont les doigts ne sont que bordés par une membrane, semipalmipes ; fig. 20 pié dont les doigts sont séparés les uns des autres, fissipes ; fig. 21. pié dont les doigts ne sont pas entierement séparés les uns des autres, semifissipes ; fig. 22. bec en toît, rostrum umbricatum, fig. 23. en hameçon, hamatum ; fig. 24. en faux, falcatum ; fig. 25. partie en faux, partie en hameçon, hamato falcatum ; fig. 26. bec courbe, arcuatum ; fig. 27. bec en sautoir, decussatum ; fig. 28. bec en forme d’alêne, subulatum, fig. 29 bec en forme de couteau, cultratum ; fig. 30. en forme de couteau & vouté, cultrato-gibberum ; fig. 31. en forme de spatule, spathulatum ; fig. 32. conique, conicum ; fig. 33. conique & courbé, conico-incurvum ; fig. 34.

Il y a mille choses à considérer sur la structure du corps des oiseaux ; leur tête est faite pour se frayer un chemin au travers de l’air. Au lieu de levres, les oiseaux sont garnis d’un bec aigu fait de corne, crochu dans ceux qui vivent de proie, droit dans ceux qui amassent leur nourriture, & toujours diversifié, selon leurs classes.

De plus, il est fait pour percer l’air, suppléer au défaut de dents, & peut en quelque maniere leur tenir lieu de main. Sa figure crochue sert aux oiseaux de proie pour saisir & dépecer leur capture. Cette figure n’est pas moins propre à d’autres oiseaux pour grimper, & briser ce qu’ils mangent. Les perroquets, par exemple, grimpent sur tout ce à quoi ils peuvent atteindre avec leur bec : la mâchoire inférieure s’ajuste exactement avec cette figure crochue de la supérieure, & par-là ils peuvent briser leurs alimens en très-petits morceaux.

D’autres oiseaux ont le bec extraordinairement long & grêle, ce qui leur est d’un grand secours pour chercher leur nourriture dans les lieux marécageux ; c’est ce qu’on voit dans les bécasses, les bécassines, &c. qui au rapport de Willughby, vivent aussi d’une humeur onctueuse qu’elles sucent de la terre. Le corlieu & plusieurs oiseaux de mer ont un bec fort long, qui leur procure le moyen de chercher les vers & autres insectes dans les sables des Dunes, qu’ils fréquentent.

Les cannes, les oies & plusieurs autres oiseaux, n’ont le bec si long & si large, qu’afin de pouvoir boire à grands traits, & prendre leur nourriture dans l’eau & dans le limon. Le bec court & gros avec des bords aigus, n’est pas moins nécessaire à d’autres oiseaux pour peler les grains qu’ils avalent. Le bec est fort & aigu dans les oiseaux qui percent le bois & les écorces, comme dans le pic-vert & tous les grimpereaux ; il est menu & délicat dans ceux qui vivent d’insectes ; il est en forme de croix dans ceux qui ouvrent les fruits ; il se croise dans l’oiseau nommé loxia, lequel ouvre avec beaucoup de facilité les pommes ordinaires, celles des sapins, & les autres fruits pour en tirer les pepins. La pie de mer a le bec long, étroit, aigu, applati par les côtés, & disposés à tous égards, pour enlever de dessus les rochers les coquillages qu’on nomme patelles. Les autres formes de bec d’oiseau, toutes ajustées à la maniere de vivre de chaque genre, sont représentées dans les planches de cet ouvrage.

Mais ce qu’il y a de plus digne d’être observé dans les oiseaux à bec plat & large, & qui cherchent leur nourriture en tatonnant ou en fouillant dans la terre, ce sont trois paires de nerfs qui aboutissent au bout de leur bec ; c’est par ces nerfs qu’ils distinguent avec tant de sagacité & d’exactitude, ce qui est propre à leur servir de nourriture, d’avec ce qu’ils doivent rejetter ; ce qu’ils font uniquement par le goût, sans qu’ils voient les alimens. Ces nerfs paroissent avec le plus d’évidence dans le bec & dans la tête du canard, qui les a plus gros que l’oie, ou qu’aucun autre oiseau.

M. Clayton n’a rencontré aucun de ces nerfs dans les oiseaux qui ont le bec rond : mais depuis, faisant plusieurs dissections à la campagne, il vit dans une grôle deux de ces nerfs, qui descendoient entre les deux yeux jusqu’à la partie supérieure du bec ; ils étoient pourtant beaucoup plus menus qu’aucune des trois paires de nerfs qui sont dans le bec du canard, quoiqu’à la vérité plus gros que les nerfs d’aucun autre oiseau à bec rond ; & ce qu’il y a de remarquable, c’est que les grôles paroissent chercher leur nourriture en remuant la bouse de vache, & en fouillant plus qu’aucun autre oiseau à bec rond, &c. trans. philosoph. n°. 206. chez d’autres oiseaux à bec large, le docteur Moulen n’a remarqué que deux paires de nerfs, qui passoient au travers de l’os dans la membrane qui couvre le dedans du bec.

Le cerveau des oiseaux a quelques parties différentes de celui des quadrupedes : on peut voir dans Willis ces différences & leur conformité ; en général, il paroît moins adapté à l’imagination & à la mémoire, que ne l’est le cerveau de l’homme.

L’oreille des oiseaux n’a qu’un seul osselet & un cartilage qui fait une jointure mobile avec l’osselet, lequel d’ailleurs est très-dur & très-menu, appuié sur une base plus large & ronde. M. Derham a fait quelques observations nouvelles sur la membrane du tambour des oiseaux, la petite colonne & ce qu’il appelle la chambre de l’ouie. Voyez sa Théologie physique.

La structure de la langue des oiseaux mérite aussi notre attention, par ses varietés, la forme, la longueur, les attaches & les muscles. On indiquera au mot pic-vert pour exemple, la structure particuliere de la langue de cet oiseau.

Le gésier des oiseaux est très robuste, & a une faculté de trituration bien étonnante. Nous en ferons un article particulier, ainsi que de leur ventricule.

La structure & la situation du poumon, la disposition de la poitrine & de ses os rangés en forme de quille, afin de procurer un passage commode au travers de l’air, sont des parties fort remarquables dans les oiseaux.

Il en faut dire de même des muscles puissans qui meuvent leurs aîles pour contre-balancer, & pour supporter le corps dans le tems que l’oiseau est juché.

Leurs poumons sont attachés au thorax & n’ont que peu de jeu ; au lieu qu’ils jouent librement dans d’autres animaux. Cette structure sert à fournir aux oiseaux leur vol constant. Ils n’ont point de diaphragmes, mais à sa place ils ont plusieurs vessies, composées de membranes fines & transparentes, qui s’ouvrent les unes dans les autres. Vers la partie supérieure, chaque lobe des poumons est percé en deux endroits, par lesquels l’air passe dans les vessies dont nous venons de parler ; de sorte qu’en soufflant dans la trachée-artere, on fait lever tant soit peu les poumons, & tout le ventre est gonflé par l’air : c’est par ce moyen sans doute, que les oiseaux rendent leur corps plus ou moins léger dans leur vol, laissant entrer plus ou moins d’air, à mesure qu’ils veulent monter ou descendre, de la même maniere que les poissons ont une vessie remplie d’air dans le corps. afin de nager plus légerement, & s’enfoncer plus ou moins dans l’eau. Histoire de l’Acad. des Sciences, année 1693.

Les muscles de la poitrine des oiseaux, sont les plus forts de tous pour servir au mouvement des aîles, qui requierent cette force dans les vols prompts & de longue haleine : dans l’homme, ce sont les muscles de la jambe ; de sorte que s’il vouloit voler, ce seroit plutôt par l’action de ses jambes, que par celle des bras qu’il y parviendroit. Transact. philos. n°. 120.

Le col des oiseaux est exactement proportionné à la longueur des jambes, & quelquefois plus long pour pouvoir chercher la nourriture dans les eaux ; comme, par exemple, dans les cygnes, auxquels le long col sert à pouvoir atteindre jusqu’au fond de la vase des rivieres. Le col sert encore à contre-balancer le corps dans le vol, comme il paroît par l’exemple des oies & des canards. Lorsqu’ils volent, ils étendent la tête & le col, formant de cette maniere une équilibre exacte du corps qui pese également des deux côtés sur les aîles ; cependant comme le corps de ces oiseaux est aussi fait pour nager, leurs aîles sont attachées hors du centre de gravité, & plus près de la tête. Dans le héron, la tête & le long col quoique repliés sur le corps, lorsque l’oiseau vole, emportent l’équilibre sur la partie de derriere du corps ; mais pour rétablir cet équilibre, & pour suppléer à la brieveté de sa queue, il étend les jambes en arriere dans le tems du vol.

Je pourrois encore décrire l’organe de la voix des oiseaux, ceux de leur trituration, de leur digestion, de leur génération, &c. mais il faut partager & porter ailleurs ces détails anatomiques, pour leur suppléer ici le tableau charmant du peintre des saisons, que tout le monde s’empressera de lire.

Dieu des arts, fais éclore au sein de ma patrie
Un poëte semblable à cet heureux génie !

« Prens ma muse (c’est lui qui parle) prens un vol nouveau, l’harmonie des bois t’appelle, & t’invite à sortir dans les plus rians atours de la simplicité & de la joie. Vous rossignols, prêtez-moi vos chants, répandez dans mes vers l’ame touchante & variée de votre mélodie.

» Au tems où l’amour, cette ame universelle t’éveille peut-être, échauffe l’air, & souffle l’esprit de vie dans tous les ressorts de la nature, la troupe aîlée renaît à la joie, & sent l’aurore des desirs. Le plumage des oiseaux mieux fourni, se peint de vives couleurs ; ils recommencent leurs chants long-tems oubliés, & gazouillent d’abord foiblement ; mais bien-tôt l’action de la vie se communique aux ressorts intérieurs ; elle gagne, s’étend, entraîne un torrent de délices, dont l’expression se déploie en concerts qui n’ont de bornes, que celles d’une joie qui n’en connoît point.

» La messagere du matin, l’alouette s’éleve en chantant à-travers les ombres qui fuient devant le crépuscule du jour ; elle appelle d’une voix perçante & haute, les chantres des bois, & les éveille au fond de leur demeure. Les taillis, les buissons, chaque arbre irrégulier, chaque arbuste enfin, rend à la fois son tribut d’harmonie. L’alouette semble s’efforcer pour se faire entendre au-dessus de la troupe gazouillante. Philomele écoute, & leur permet de s’égayer ; certaine de rendre les échos de la nuit préférables à ceux du jour.

» Le merle sifle dans la haie ; le pinçon répond dans le bosquet ; les linotes ramagent sur le genêt fleuri, & mille autres sous les feuilles nouvelles, mêlent & confondent leurs chants mélodieux. Le geai, le corbeau, la corneille & les autres voix discordantes, & dures à entendre seules, soutiennent & élevent le concert, tandis que le ton gémissant de la colombe tâche de le radoucir.

» Toute cette musique est la voix de l’amour ; c’est lui qui enseigne le tendre art de plaire à tous les oiseaux du monde. L’espece chantante essaie tous les moyens que l’amour inventif peut dicter ; chacun d’eux en courtisant sa maîtresse, verse son ame toute entiere. D’abord dans une distance respectueuse, ils font la roue dans le circuit de l’air, & tâchent par un million de tours d’attirer l’œil rusé & moitié détourné de leur enchanteresse, volontairement distraite. Si elle semble s’adoucir & ne pas désapprouver leurs vœux, leurs couleurs deviennent plus vives ; attirés par l’espérance, ils avancent d’un vol léger ; ensuite comme frappés d’une atteinte invisible, ils se retirent en desordre ; ils se rapprochent encore en tournant amoureusement, battent de l’aîle, & chaque plume frissonne de desir.

» Les gages de l’hymen sont reçus ; les amans s’envolent au fond des bois où les conduisent leur instinct, le plaisir, leurs besoins, ou le soin de leur sûreté : ils obéissent au grand ordre de la nature, qui a son objet en leur prodiguant ces douces sensations. Quelques-uns se retirent sous le houx pour y faire leurs nids ; d’autres dans le fourré le plus épais. Les uns confient aux ronces & aux épines leur foible posterité ; les fentes des arbres offrent à d’autres un asyle ; leurs nids sont de mousse, & ils se nourrissent d’insectes. Il en est qui s’écartent au fond des vallons déserts, & y forment dans l’herbe sauvage l’humble contexture de leurs nids. La plûpart se plaisent dans la solitude des bois, dans des lieux sombres & retirés, ou sur des bords mousseux, escarpés, rivages d’un ruisseau dont le murmure les flatte, tandis que les soins amoureux les fixent & les retiennent. Il en est enfin qui s’établissent dans les branches du noisettier penché sur le ruisseau plaintif.

» La base de l’architecture de leurs maisons, est de branches seches, construites avec un artifice merveilleux & liées de terre. Tout vit, tout s’agite dans l’air, battu de leurs aîles innombrables. L’hirondelle, empressée de bâtir & d’attacher son fragile palais, rase & enleve la fange des étangs : mille autres arrachent le poil & la laine des troupeaux ; quelquefois aussi ils dérobent les brins de paille dans la grange, jusqu’à ce que leur habitation soit douce, chaude, propre & achevée.

» La femelle garde le nid assiduement ; elle n’est tentée d’abandonner sa tendre tâche, ni par la faim aiguë, ni par les délices du printems qui fleurit autour d’elle. Son amant se met sur une branche vis-à-vis d’elle, & l’amuse en chantant sans relâche. Quelquefois il prend un moment sa place, tandis qu’elle court à la hâte chercher son repas frugal. Le tems marqué pour ce pieux travail étant accompli, les petits, nuds encore ; mais enfin, parvenus aux portes de la vie, brisent leurs liens fragiles, & paroissent une famille foible, demandant avec une clameur constante la nourriture. Quelle passion alors ! quels sentimens ! quels tendres soins s’emparent des nouveaux parens ! Ils volent transportés de joie, & portent le morceau le plus délicieux à leurs petits, le distribuent également, & courent promptement en chercher d’autres. Tel un couple innocent, maltraité de la fortune ; mais formé d’un limon généreux, & qui habite une cabane solitaire au milieu des bois, sans autre appui que la providence, épris des soins que méconnoissent les cœurs vulgaires, s’attendrit sur les besoins d’une famille nombreuse, & retranche sur sa propre nourriture de quoi fournir à sa subsistance.

» Non-seulement l’amour, ce grand être du printems, rend la troupe aîlée infatigable au travail, mais il lui donne encore le courage de braver le péril, & l’adresse de l’écarter de l’objet de ses soins. Si quelque pas effrayant trouble la tranquillité de la retraite, aussi-tôt l’oiseau rusé vole en silence d’une aîle légere sur un arbrisseau voisin ; il sort ensuite de-là comme allarmé, pour mieux tromper l’écolier qu’il éloigne ainsi de son objet. Par un semblable motif, le pluvier à l’aîle blanche, rôde autour de l’oiseleur errant ; il fait raisonner le bruit de ses aîles, & dirigeant son vol en rasant la plaine, il s’écarte pour l’éloigner de son nid. Le canard & la poule de bruyere vont sur la mousse raboteuse & sur la terre inculte, voltigeant comme leurs petits ; pieuse fraude, qui détourne de leur couvée l’épagneul qui les poursuit.

» Muse, ne dédaigne pas de pleurer tes freres des bois, surpris par l’homme tyran, privés de leur liberté & de l’étendue de l’air, & renfermés dans une étroite prison. Ces jolis esclaves s’attristent & deviennent stupides ; leur plumage est terni, leur beauté fanée, leur vivacité perdue. Ce ne sont plus ces notes gaies & champêtres qu’ils gazouilloient sur le hêtre. O vous, amis de l’amour & des tendres chants, épargnez ces douces lignées, quittez cet art barbare, pour peu que l’innocence, que les doux accords ou que la pitié aient de pouvoir sur vos cœurs !

» Gardez-vous sur-tout d’affliger le rossignol en détruisant ses travaux : cet Orphée des bois est trop délicat pour pouvoir supporter des durs liens de la captivité. Quelle douleur pour la tendre mere, quand revenant le bec chargé elle trouve son nid vuide & ses chers enfans en proie à un ravisseur impitoyable ! Elle jette sur le sable sa provision désormais inutile ; son aîle languissante & abattue peut à peine la porter sous l’ombre d’un peuplier voisin pour y pleurer sa perte : là livrée à la plus vive amertume, elle gémit & déplore son malheur pendant la nuit entiere ; elle s’agite sur la branche solitaire ; sa voix toujours expirante, s’épuise en sons lamentables : l’écho des bois soupire à son chant, & répete sa douleur.

» Le tems arrive où les petits parés de leurs plumes, impatiens, dédaignent l’assujettissement de leur enfance ; ils essaient le poids de leurs aîles, & demandent la libre possession des airs. La liberté va bien-tôt rompre les liens de la parenté, devenue désormais inutile. La Providence, toujours économe, ne donne à l’instinct que le nécessaire. C’est dans quelque soirée d’une douce & agréable chaleur, où l’on ne respire que le baume des fleurs, an moment où les rayons du soleil tombent, s’affoiblissent, que la jeune famille parcourt de l’œil l’étendue des cieux, jette ses regards sur le vaste sein de la nature, commune à tous les êtres, & cherche aussi loin que sa vûe peut s’étendre, où elle doit voler, s’arrêter & trouver sa pâture.

» Les jeunes éleves se hasardent enfin : ils voltigent autour des branches voisines ; ils s’effraient sur le tendre rameau, sentant l’équilibre de leurs aîles trop foible encore ; ils se refusent en tremblant la vague de l’air, jusqu’à ce que les auteurs de leurs jours les grondent, les exhortent, leur commandent, les guident & les font partir. La vague de l’air s’enfle sous ce nouveau fardeau, & son mouvement enseigne à l’aîle encore novice l’art de flotter sur l’élément ondoyant. Ils descendent sur la terre ; devenus plus hardis, leurs maîtres les menent & les excitent à prolonger leur vol peu-à-peu. Quand toute crainte est bannie & qu’ils se trouvent en pleine jouissance de leur être, alors les parens quittes envers eux & la nature, voient leur race prendre légerement l’essor, & pleins de joie se séparer pour toujours.

» Sur le front sourcilleux d’un rocher suspendu sur l’abîme, & semblable à l’effrayant rivage de Kilda, qui ferme les portes du soleil quand cet astre court éclairer le monde indien, le même instinct varié force l’aigle brûlant d’une ardeur paternelle, à enlever dans ses fortes serres ses enfans audacieux : déja dignes de se former un royaume, il les arrache de son aire, siége élevé de cet empire, qu’il tient depuis tant de siecles en paix & sans rivaux, & d’où il s’élance pour faire ses courses & chercher sa proie jusques dans les îles les plus éloignées.

» Mais en tournant mes pas vers cette habitation rustique, entourée d’ormes élevés & de vénérables chênes qui invitent le bruyant corbeau à bâtir son nid sur leurs plus hautes branches, je puis d’un air satisfait contempler le gouvernement varié de toute une nation domestique. La poule soigneuse appelle & rassemble autour d’elle toute sa famille caquetante, nourrie & défendue par le superbe coq : celui-ci marche fierement & avec graces ; il chante d’une poitrine vigoureuse, défiant ses ennemis. Sur les bords de l’étang le canard panaché précede ses petits, & les conduit à l’eau en babillant. Plus loin le cygne majestueux navige ; il déploie au vent ses voiles de neige ; son superbe col en arc précede le sillage, & ses piés semblent des rames dorées ; il garde son île environnée d’osier, & protege ses petits. Le coq d’inde menace hautement & rougit, tandis que le paon étend au soleil le fastueux mélange de ses vives couleurs, & marche dans une majesté brillante. Enfin, pour terminer cette scene champêtre, le gémissant tourtereau vole occupé d’une poursuite amoureuse ; sa plainte, ses yeux & ses pas, tout porte vers le même objet.

» Si mon imagination ose ensuite prendre l’essor pour considérer les rois du beau plumage qui se trouvent sur le bord des fleuves des climats brûlans, je les vois de loin portant l’éclat des fleurs les plus vives. La main de la nature, en se jouant, se fit un plaisir d’orner de tout son luxe ces nations panachées, & leur prodigua ses couleurs les plus gaies ; mais si elle les fait briller de tous les rayons du jour, cependant toujours mesurée elle les humilie dans leur chant. N’envions pas les belles robes que l’orgueilleux royaume de Montézuma leur prête, ni ces rayons d’astres volans, dont l’éclat sans bornes réfléchit sur le soleil : nous avons Philomèle ; & dans nos bois pendant le doux silence de la nuit tranquille, ce chantre simplement habillé fredonne les plus doux accens. Il est vrai qu’il cesse son ramage avant que le fier éclat de l’été ait quitté la voûte d’azur, & que la saison couronnée de gerbes de blé soit venue remplir nos mains de ses trésors sans nombre.

» Enfin dès que nos allées jonchées de la dépouille des arbres nous présentent cette saison dans son dernier période, & que le soleil d’occident a donné ses jours raccourcis, l’on entend à peine gazouiller d’autres oiseaux pour égayer les travaux du bucheron. Ces aimables habitans des bois qui formoient encore il y a peu de tems des concerts dans l’ombre épaisse, maintenant dispersés & privés de leur ame mélodieuse, se perchent en tremblant sur l’arbre sans feuillage. Languissans, troublés, éperdus, ils ne concertent plus que des sons foibles, discordans & timides. Mais du-moins que la rage d’un oiseleur, ou que le fusil dirigé par un œil inhumain ne vienne pas détruire la musique de l’année future, & ne fasse pas une proie barbare de ces foibles, innocentes & malheureuses especes emplumées ».

Telle est la peinture enchantée de M. Thompson ; mais comme elle ne doit pas nous engager à supprimer dans cet ouvrage aucun article scientifique de l’Ornithologie, ceux qui en seront curieux pourront lire les mots, Action de couver, Aile, Gésier, Mue, Nid, Œil, Œuf, Oiseaux de passage, Ornithologue, Ornithologie, Piés, Plumes, Queue, Trachée-artere, Ventricule, Voix, Vol des oiseaux, &c. Le chevalier de Jaucourt.

Oiseaux, action de couver des, (Ornithologie.) c’est l’action par laquelle les oiseaux travaillent à la multiplication de leur espece. La partie interne & la coque de l’œuf sont merveilleusement adaptées à cet effet ; une partie de l’œuf est destinée à la formation du corps de l’oiseau avant qu’il soit éclos, & l’autre partie à le nourrir après qu’il a vû le jour, jusqu’à ce qu’il soit en état de pourvoir à sa subsistance. Chacune de ses parties (le jaune & du moins le blanc intérieur) est séparée par sa propre membrane qui l’enveloppe. A chaque bout de l’œuf est une petite tumeur, chalasa, espece de plexus fibreux & réticulaire, par le moyen duquel le blanc & le jaune de l’œuf sont mis ensemble. M. Derham a découvert que non-seulement le chalasa sert à les tenir dans leur place requise, mais encore à tenir la même partie du jaune toujours en dessus, de quel côté que l’œuf soit tourné. Peut-être que ce côté de dessus est le même que celui où est située la petite cicatrice (le germe de l’œuf), qui se trouve communément à la partie supérieure de la coque.

Il auroit été fort difficile aux oiseaux par plusieurs raisons, de donner à tetter à leurs petits ; il n’eût pas été moins difficile de leur conserver la vie en changeant tout-à-coup de nourriture à leur naissance, & de les faire passer d’un aliment liquide à un solide, avant que leur estomac fût fortifié par degrés, & accoutumé à le digérer, & avant que l’oiseau fût fait à se servir de son bec. C’est pourquoi la nature a eu soin de produire un gros jaune dans chaque œuf, dont il reste une grande partie après que l’oiseau est éclos, laquelle est enveloppée dans son ventre : ce jaune passe ensuite par un canal formé à cette fin, & est reçu par degrés dans les boyaux, où il sert assez long-tems à le nourrir au lieu de lait.

Le soin que les oiseaux prennent de couver & ensuite d’élever leurs petits, est une chose admirable. Après avoir choisi un lieu secret & tranquille, ils font leur nid chacun selon leur espece, y déposent & y couvent leurs œufs avec tant d’assiduité, qu’ils se donnent à peine le tems de manger eux-mêmes. Telle est leur ardeur à cet égard, qu’ils continuent de couver encore après qu’on leur a ôté leurs œufs.

Quoique les oiseaux n’aient pas une connoissance exacte du nombre de ces œufs, ils ne laissent pas de distinguer un grand nombre d’avec un petit, & de connoître qu’ils approchent d’un certain nombre, puisqu’alors ils cessent de pondre & commencent à couver, quoiqu’ils puissent encore pondre davantage. Qu’on ne touche point, par exemple, aux œufs des poules, on trouvera qu’elles cesseront de pondre & se mettront à couver aussi-tôt qu’elles en auront quatorze ou quinze : au contraire qu’on leur ôte tous les jours leurs œufs, elles continueront de pondre jusqu’à ce qu’elles en aient produit quatre ou cinq fois autant. Peut-être que les oiseaux qui vivent long-tems ont une quantité suffisante d’œufs dès le commencement, pour leur servir pendant plusieurs années, & pour fournir à un certain nombre de couvées, tandis que les insectes produisent tous leurs œufs à-la-fois. Il n’est pas nécessaire d’en dire davantage ; je m’imagine qu’on a traité tous les mysteres de l’incubation sous ce mot même. (D. J.)

Oiseaux, gésier des, (Anat. comparée.) poche musculeuse, forte & compacte. La structure de cette poche ne laisse aucun lieu de douter qu’elle ne soit destinée à exercer une très-forte action sur les corps qui y sont renfermés : on est bientôt confirmé dans cette opinion, lorsqu’on observe les rugosités & les plis qui sont dans son intérieur, & on en demeure entierement convaincu, si on examine le gésier d’une espece de pigeon sauvage assez commun aux Indes, & sur-tout dans l’île de Nicobar. M. Lemarié, chirurgien major de la compagnie des Indes à Pondichery, a observé dans le gésier de cet animal deux meules, non de pierre, comme les habitans du pays le prétendent, mais d’une corne très-dure & cassante. L’usage de ces meules intérieures n’étoit pas équivoque, & elles ne pouvoient servir qu’a broyer plus puissamment les grains que l’animal avoit avalés.

Ce que les pigeons de l’Inde operent par le moyen de leurs meules, la plûpart de nos oiseaux le font avec une quantité de grains de sable qu’ils avalent, & dont on leur trouve le gésier rempli : il semble au premier coup-d’œil que l’intérieur du gésier devroit avoir pour le moins autant à craindre de l’action de ces petites pierres, que les matieres qui peuvent y être contenues ; cette difficulté a même paru si considérable à Vallisnieri, qu’il aime mieux supposer dans le gésier des oiseaux un dissolvant capable de dissoudre le verre, que de croire qu’il y ait été réduit en poudre impalpable par l’action seule de ce viscere.

Il est certain que les oiseaux avalent de petites pierres rudes & inégales, qu’ils rejettent ensuite aprés qu’elles sont devenues polies par le broyement. Mais pour éclaircir cette question, Redi a fait le premier plusieurs expériences curieuses avec des boules creuses de verre & de métal. Enfin M. de Réaumur a répété & diversifié les mêmes expériences avec plus d’exactitude encore, comme on peut le voir dans l’hist. de l’acad. des Sciences, année 1752. Cependant c’est assez pour nous de remarquer qu’il semble résulter des expériences de l’académicien de Paris, que la digestion se fait par trituration dans les oiseaux qui ont un gésier, & qu’elle est opérée par un dissolvant dans ceux qui ont, comme la buse, un estomac membraneux. Une seconde conséquence est qu’il est très-vraissemblable que les oiseaux dont l’estomac est en partie membraneux & en partie musculeux, & ceux dans lesquels il est d’une consistance moyenne, mettent en usage l’une & l’autre maniere de digérer ; c’est ce qui pourra être vérifié par les expériences. Il est encore naturel d’inférer des expériences de M. de Réaumur, que les animaux qui ont comme les oiseaux de proie un estomac membraneux, digerent aussi comme eux à l’aide d’un dissolvant. (D. J.)

Oiseaux de passage, (Ornithologie.) On appelle ainsi tous les oiseaux qui à certaines saisons reglées de l’année se retirent de certains pays, & dans d’autres saisons fixes y retournent encore, en traversant de vastes contrées.

Qui peut raconter combien de transmigrations diverses se font annuellement sur notre hémisphere par différentes especes d’oiseaux ? Combien de nations volantes vont & viennent sans cesse ? combien de nuages aîlés s’élevent au-dessus des nuages de l’air au printems, en été, en automne, & même dans la saison des frimats ?

« Aux lieux où le Rhin perd sa source majestueuse, dans les plaines Belgiques arrachées à l’abîme furieux par une industrie étonnante & par la main invincible de la liberté, les cigognes s’attroupent pendant plusieurs jours ; elles consultent ensemble, & semblent hésiter à entreprendre leur pénible voyage à-travers le firmament liquide ; elles se déterminent enfin à partir, & se choisissent leurs conducteurs. Leurs bandes étant formées & leurs aîles vigoureuses nettoyées, la troupe s’essaie, vole en cercle, & retourne sur elle-même ; elle s’éleve enfin en un vol figuré, & cette haute caravane se déployant dans la vague de l’air, se mêle avec les nuages.

» Quand l’automne répand dans nos climats ses derniers rayons qui annoncent les approches de l’hiver, les hirondelles planent dans l’air, volent en rasant les eaux, s’assemblent & se rejoignent, non pas pour aller se cacher dans des creux éboulés sous les eaux, ni pour se pendre par pelotons dans des cavernes à l’abri de la gelée, mais pour se transporter dans des climats plus chauds avec des autres oiseaux de passage, où elles gazouilleront gaiment, jusqu’à ce que le printems les invitant à revenir, nous ramenent cette multitude à aîle legere.

» Dans ces plages, où l’Océan septentrional bouillonne en de vastes tourbillons autour des îles éloignées, tristes & solitaires de Thulé, ainsi qu’aux lieux où les flots atlantiques se brisent contre les orageuses Orcades, l’air est obscurci par l’arrivée d’une multitude de nouveaux hôtes qui viennent y aborder : la rive retentit du bruit sauvage que produit l’ensemble de leurs cris. Là des habitans simples & innocens soignent sur la verdure touffuë leurs jeunes troupeaux, entourés & gardés par les mers. L’oiseau qui s’y rend, vêtu d’un habit d’hermine & chaussé de brodequins noirs, n’y craint rien pour sa couvée : son unique soin est de chercher à la faire subsister ; il n’hésite point à s’attacher aux plus âpres rochers de la Calydonie, pour être en état de découvrir sa pâture ; d’autres fois il épie le poisson qui s’approche du rivage, & l’attrape avec autant d’adresse que de célérité. Enfin il ramasse tantôt les flocons de laine blanche, & tantôt les duvets de plumes éparses sur le bord de la mer, trésor & luxe de son nid » !

Mais reprenons le ton simple, qui est absolument nécessaire aux discussions de Physique, car c’en est une bien curieuse que de rechercher les causes qui obligent tant d’oiseaux à passer régulierement en certaines saisons de l’année d’un pays froid dans un plus chaud, & ce qui est plus singulier, d’un pays chaud dans un froid. Il est vrai que c’est pour trouver & la subsistance & la température que demande leur constitution ; c’est donc par cet instinct qu’ils sont dirigés dans leurs transmigrations à se rendre aux mêmes endroits. Les oies sauvages, soland-goose, passent la mer & viennent annuellement dans la même saison à la petite île de Bais dans le détroit d’Edimbourg en Ecosse. Les cailles passent d’Italie en Afrique, & s’arrêtent quelquefois de fatigue sur les vaisseaux qu’elles rencontrent. Le moteur de la nature leur a donné l’instinct puissant dont nous parlons ; mais quelle est la patrie de ces divers oiseaux de passage que nous connoissons ? quel est le lieu où se terminent leurs courses ? Traversent-ils l’Océan ou seulement les golfes les plus étroits ? Vont-ils du midi au nord, ou du nord au midi ? Comme on ne peut résoudre définitivement toutes ces questions, nous nous bornerons à de simples réflexions générales qui pourront peut-être conduire à la solution de quelques-unes en établissant des faits.

La plus grande partie des oiseaux qui passent l’hiver dans nos climats, ont des becs forts, & peuvent subsister de la pâture que le hasard leur fournit dans cette saison. Les oiseaux au contraire qui nous quittent en automne, ont des becs fins, délicats, & vivent d’insectes ailes qui, disparoissant aux approches de l’hiver, obligent ces oiseaux d’en aller chercher ailleurs Comme la nature leur a donné communément de grandes & bonnes ailes, ils attrapent leur pâture en volant & en faisant route, ce qui les met en état de continuer long-tems leur course sans se reposer.

Quoique nous ignorions, faute du témoignage des yeux, quelles sont les contrées ou se retirent ces oiseaux, il est néanmoins vraissemblable que ces contrées doivent être dans la même latitude méridionale que les endroits d’où ils sont venus, ensorte que dans le retour des saisons ils retrouvent la même température d’air & la même subsistance qui leur conviennent.

Comme les hirondelles nous viennent plûtard & nous quittent avant les rossignols & autres oiseaux de passage qui trouvent encore à vivre de végétaux ou de vers, lorsque les cousins & les mouches ne volent plus dans l’air, il est apparent que les hirondelles passent au tropique du cancer plutôt qu’à celui du capricorne, mais l’endroit nous est inconnu.

Les oiseaux de passage qui n’ont pas la même célérité & la même constance de vol que d’autres, peuvent cependant arriver à leur commun séjour à-peu-près en même tems. Par exemple, les oiseaux à aîle courte, comme la rouge-gorge, volent moins vîte & moins constamment que les hirondelles ; mais d’un autre côté, ces dernieres n’ont aucun besoin de se hâter, parce que chaque jour de leur voyage leur procure une continuation de vivres qui leur permet de faire de longues stations en route.

Plusieurs oiseaux de passage sont encore instruits par leur instinct à connoître les plus courts trajets, les lieux de relais, & à ne voyager que de nuit, pour éviter les oiseaux de proie : c’est une observation de M. Catesby. Etant un soir sur le tillac d’un bâtiment qui faisoit voile au nord de Cuba, lui & sa compagnie entendirent successivement pendant trois nuits des vols d’oiseaux qu’ils reconnurent à leur cri, & qui passerent par-dessus leurs têtes, prenant le droit chemin du continent méridional d’Amérique, d’où ils se rendent à la Caroline quand le blé commence à murir, & de-là s’en retournent dans les parties méridionales pour s’en engraisser au tems de la récolte.

Il semble que les oiseaux à courte queue soient peu propres à de longs vols ; mais quoique la caille, qui est de ce genre, ne vole pas long tems dans nos climats, il n’en faut pas conclure qu’elle ne le puisse. Belon en a vû des troupes passer & repasser la mer Méditerranée. Le même instinct qui porte les oiseaux de passage à se retirer dans des contrées éloignées, les dirige aussi à prendre le plus court chemin, & les envoie aux côtes les plus étroites, au lieu de leur faire traverser le vaste Océan.

Entre les oiseaux de passage, il y en a quelques-uns qui nous arrivent en automne, tels sont la bécasse & la bécassine, qui se retirent ensuite aux parties plus septentrionales du continent, où ils sejournent l’été, & y font des petits.

On n’entend pas trop bien les raisons de la transmigration des oiseaux qui nous quittent en hiver pour se rendre en Suede & autres lieux septentrionaux de même latitude ; s’ils trouvent nos pays trop froids, comment peuvent-ils mieux subsister dans ceux du Nord ? mais ils voyagent graduellement en prolongeant leur passage par les contrées tempérées de l’Allemagne & de la Pologne : par ce moyen ils n’arrivent que fort tard aux lieux septentrionaux où ils doivent passer leur été, & où ils font des petits. C’est donc là que ces oiseaux prennent la naissance, & leur voyage chez nous n’étant fait que pour jouir quelque tems d’un climat qui leur fournit une abondante pâture, il n’est pas étonnant qu’ils retournent chez eux lorsqu’ils y doivent retrouver les mêmes faveurs.

Il semble encore que les oiseaux ont des tempéramens qui se font aux différens degrés de chaud & de froid qui leur sont les plus agréables, au moyen de quoi ils peuvent voyager de lieux en lieux ; ils vivent pendant l’hiver du fruit de l’aubépine en Angleterre, & cependant dans les lieux où ils pondent comme en Suede, il n’y a point d’aubépine, ni dans la plûpart des pays qu’ils traversent pour se rendre dans leur patrie.

Outre les oiseaux de passage qui séjournent tout un hiver, ou tout un été en divers pays, il y en a d’autres qui ne se montrent annuellement que dans certains lieux particuliers au tems de la maturité de certains grains de leur goût, & que leur pays natal ne produit pas ; tels sont les grives, les becfigues, dans les pays vignobles de l’Europe ; l’ailebleue & l’oiseau-de-blé a la Caroline. Ces oiseaux semblables aux hommes, cherchent leur sensualité jusques dans les pays les plus éloignés ; & quand ils ont découvert quelque nourriture agréable, ils se joignent en essaims nombreux, & font des voyages annuels pour se régaler d’un mets étranger.

Depuis la découverte de l’Amérique, les Européens ont cultivé dans cette partie du monde diverses plantes qui y étoient inconnues, & qui pendant long-tems n’ont été ni goûtées ni recherchées par aucun oiseau de passage, mais qui aujourd’hui sont pour eux une nourriture friande. Il y a une espece charmante de ces oiseaux qui seulement depuis peu d’années se rendent dans la Virginie au tems de la maturité du blé ; elle y revient alors annuellement en grande troupe, & les habitans les nomment par cette raison oiseaux-de-blé, wheat-birds. Philosop. transact. n°. 483. Le Chevalier de Jaucourt.

Oiseaux de proie, (Ornithol.) leurs marques caractéristiques sont d’avoir 1° le bec & les talons crochus, forts, terminés en pointe, propres à la rapine & à dépecer les chairs ; 2° des serres, pour déchirer & pour porter leur proie ; 3° des cuisses robustes, pour la serrer avec violence ; 4° une vûe perçante & subtile pour l’épier de loin.

Les oiseaux de proie sont solitaires, ne s’attroupent point, multiplient peu, & ne produisent guere qu’un petit ou deux, rarement davantage à-la-fois ; comme les repas de ces oiseaux ne sont pas toujours assûrés, la nature leur a donné la faculté de l’abstinence. (D. J.)

Oiseau de Banana, cet oiseau est de la grandeur de l’étourneau ; il a le bec long, épais & pointu, la piece supérieure est d’un brun cendré, & l’inférieure bleue ; la tête, le cou, une partie du dos, les ailes & la queue sont entierement noires, à l’exception de quelques taches blanches qui se trouvent sur les petites plumes des ailes ; tout le reste du corps est d’un beau jaune luisant. On trouve cet oiseau à la Jamaïque ; il est carnacier, & il fait la guerre aux autres oiseaux, comme l’étourneau. Hist. nat. des oiseaux, par Derham, t. II. Voyez Oiseau. (I)

Oiseau couronné du Méxique, cet oiseau est de la grosseur de la grive ; il a sur la tête une huppe formée de plumes vertes qu’il dresse à son gré ; le bec est épais, court comme celui du gros bec & de couleur de chair ; l’iris des yeux est de la même couleur, & entouré d’un cercle rouge ; il y a près des coins de la bouche une tache noire qui s’étend au dessus des yeux, & une bande blanche au-dessus de la tache noire ; la tête, le cou, le dos, la poitrine, la partie supérieure du ventre sont verds : la partie inférieure du ventre & des cuisses est d’un brun obscur : les quatre premieres grandes plumes des aîles sont d’un beau rouge, les autres ont une couleur pourprée ; la queue est de cette même couleur, celles des petites plumes des ailes & des grandes plumes des épaules est pourprée & mêlée de verd : les jambes & les piés ont une couleur bleuâtre. Hist. nat. des oiseaux, par Derham, t. II. Voyez Oiseau. (I)

Oiseau de Paradis, manucodiata, avis paradisæa, Pl. II. fig. 4. oiseau qui paroît plus gros qu’il ne l’est en effet, parce que les côtés du corps sont garnis d’une grande quantité de très-longues plumes, dont toutes les barbes sont séparées les unes des autres ; il a environ un pié de longueur depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité de la queue, & dix pouces jusqu’au bout des ongles. La longueur du bec est d’un pouce & demi depuis la pointe jusqu’aux coins de la bouche, & celle de la queue est de 6 pouces 4 lignes. Quand les aîles sont pliées, elles s’étendent presque aussi loin que la queue ; la tête, la gorge & le cou sont couverts de plumes très-courtes, fort épaisses & roides. Le dessus de la tête & la partie supérieure du cou ont une belle couleur d’or pâle. La racine du bec est entourée d’un noir velouté & changeant qui paroît à certains aspects, d’un verd semblable à celui de la tête des canards. Les plumes de la gorge & des joues ont la même couleur. La partie inférieure du cou est d’un verd doré luisant. Le dos, le croupion, le bas-ventre, les plumes qui recouvrent en-dessus & en-dessous la racine de la queue, les aîles & la queue sont d’une couleur de maron clair. La poitrine a la même couleur, mais beaucoup plus foncée, & le dessus du ventre est d’une couleur moins claire que celle du bas-ventre, & moins foncée que celle de la poitrine. Les plus longues plumes des côtés du corps ont jusqu’à un pié 6 pouces 8 lignes de longueur, les supérieures sont en partie d’une couleur de maron pourpré & en partie blanchâtre, les autres sont d’un blanc jaunâtre, quelques-unes des plus courtes ont une belle couleur d’or, il sort du croupion au-dessus de l’origine de la queue, deux plumes longues d’environ deux piés neuf pouces, qui n’ont de barbes qu’à leur origine sur la longueur de 4 pouces, & à leur extrémité sur la longueur de 3 pouces & demi ; ces dernieres barbes ont une couleur noire & changeante, comme celle du dessus de la tête ; les barbes qui sont à la racine, ont une couleur de maron claire ; le tuyau a une couleur noirâtre qui devient de plus en plus foncée, à mesure qu’elle est plus près de l’extrémité. La tête & les yeux sont petits. Le bec a une couleur verdâtre. Les piés sont gros & ont une couleur brune, ainsi que les ongles qui sont longs. On trouve cet oiseau aux Moluques. Ornithologie de M. Brisson, tome II. Voyez Oiseau.

M. Brisson donne encore la description d’une autre espece d’oiseau de paradis, dont Willughby & plusieurs autres auteurs ont parlé sous le nom de rex avium paradisearum. Cet oiseau est beaucoup plus petit que le précédent, il n’a que 4 pouces 9 lignes de longueur depuis la pointe du bec jusqu’à l’extrémité de la queue, & 5 pouces & demi jusqu’au bout des ongles. Les aîles étant pliées, s’étendent de plus d’un pouce au-delà du bout de la queue. Les deux plumes qui sortent du croupion au-dessus de la racine de la queue n’ont que 6 pouces de longueur, leur extrémité est tournée en spirale du côté intérieur. Cet oiseau differe encore du précédent par les couleurs, il a la tête, la gorge, le cou, le dos, le croupion, les petites plumes des aîles & celles qui recouvrent l’origine de la queue de couleur de maron pourprée & très-brillante ; cette couleur est foncée à la partie inférieure du cou & claire sur la tête, les plumes de la poitrine, du ventre, des jambes & celles qui sont sous la queue ont une couleur blanchâtre. La poitrine est traversée par un trait large d’environ cinq lignes, & d’un beau verd doré pareil à la couleur du cou du canard. Les grandes plumes des aîles sont rousses, & la queue est brune. Ornithologie de M. Brisson, t. II. Voyez Oiseau. (I)

Oiseau de roche, charadrios sive hiaticula, oiseau qui est un peu plus gros que l’alouette commune ; le bec a une couleur jaune dorée depuis sa racine jusqu’à la moitié de sa longueur, & le reste est noir ; il a presque un pouce de longueur, sa racine est entourée d’une petite bande noire qui s’étend depuis les coins de la bouche jusqu’aux oreilles en passant sur les yeux & qui traverse le milieu de la tête ; cette bande entoure une autre petite bande qui s’étend depuis l’angle intérieur de l’un des yeux jusqu’au même angle de l’autre œil. Le derriere de la tête est cendré, & le menton a une couleur blanche. Le cou est entouré de deux sortes de colliers, dont le supérieur est blanc & l’inférieur noir. Le dos & les petites plumes des aîles ont une couleur cendrée. La poitrine & le ventre sont blancs, chaque aîle est noire & traversée par une longue ligne blanche. Les piés ont une couleur jaune-pâle, & les ongles sont noirs. Cet oiseau n’a point de doigt de derriere ; il se trouve en Europe & en Amérique. Raii, Synop. meth. avium. Voyez Oiseau. (I)

Oiseau de S. Martin, voyez Jean-le-blanc.

Oiseau moqueur, voyez Moqueur.

Oiseau mouche, nellisuga, mellivora avis minima, c’est le plus petit de tous les oiseaux, il est de la grosseur du petit bout du doigt ; il a les grandes plumes des aîles & de la queue noires ; tout le reste du corps est d’un brun mêlé d’un rouge vermeil ; le bec est noir, droit, très-mince & un peu long. Les mâles ont sur la tête une petite huppe d’un verd clair mêlé d’une couleur d’or. Selon le P. du Tertre, ce caractere sert à faire distinguer les mâles d’avec les femelles. Dès que le soleil paroît, on voit ces petits oiseaux voltiger autour des fleurs sans se poser, ils insinuent leur bec jusqu’au fond de la fleur, dont ils succent les parties intérieures avec leur petite langue qui est composée de deux filets, ils ne prennent pas d’autre nourriture. Ces oiseaux font leur nid sur les orangers, les citronniers, les grenadiers, & même dans les cases des habitans avec du coton, de la mousse bien fine, de petits morceaux d’écorce de gommier ; c’est le mâle seul qui apporte tout ce qui doit entrer dans la composition du nid, la femelle le construit ; le milieu du nid est de coton, & l’extérieur est garni de mousse & d’écorce de gommier. Il n’excede pas la grosseur de la moitié d’un œuf de pigeon. La femelle pond deux œufs gros comme de petits pois ; le mâle & la femelle les couvent alternativement pendant l’espace de 10 ou 12 jours. Hist. gén. des Antilles, par le P. du Tertre, t. II.

Il y a plusieurs especes d’oiseaux mouches, qui different plus par la couleur que par la grosseur ; on distinguera aisément ces oiseaux de tous les autres par leur petitesse, qui égale celle de nos plus gros bourdons. Voyez Oiseau. (I)

Oiseau pourpré, Voyez Poule sultane.

Oiseau royal, Pl. IX. fig. 2. oiseau auquel on a donné ce nom, parce qu’il a sur le derriere de la tête une huppe composée de plumes très-fines, qui forment une sorte de couronne ; il a environ 3 piés 8 pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu’au bout des doigts, & 5 piés & demi d’envergure ; le cou a 15 pouces de longueur, celle de la queue n’est que de cinq ; il y a 3 pouces de distance depuis la pointe du bec jusqu’à l’œil. Les plumes du corps sont d’un gris fort brun tirant sur le verd. Toutes les plumes des ailes ont une couleur blanche, excepté les grandes plumes extérieures, dont les unes sont roussâtres & les autres d’un gris brun. Le cou est couvert de plumes très-longues, fort étroites, très-pointues, & si effilées qu’elles ressemblent à des crins, comme dans la demoiselle de Numidie, les plus longues ont jusqu’à 7 pouces. Le dessus de la tête est garni de plumes très-noires, très-fines, très-courtes & très-serrées, qui ressemblent parfaitement à du velours noir. Cette couleur noire s’étend derriere les joues jusques sous le cou, les côtés de la tête sont dégarnis de plumes, & couverts seulement d’une peau blanche légerement teinte de rouge. Les brins ou les petites plumes qui forment la couronne, sont applatis & contournés en forme de vis, les brins ont chacun une houppe de petits filets noirs à leur extrémité, & sont garnis dans toute leur longueur & sur les côtés, d’autres filets qui sont blancs à la racine, & noirs par le bout ; les plus longs brins ont jusqu’à trois pouces & demi de longueur. L’oiseau royal a, comme la poule, au-dessous de la gorge deux peaux d’une belle couleur rouge, qui semblent former une espece de sac ; la surface de ces peaux est inégale, on y distingue en quelques endroits de petits grains. Le bec est d’un gris brun & fort pointu, il a 2 piés de longueur. L’iris des yeux est blanche. Les jambes sont dégarnies de plumes presque jusqu’au ventre, la partie supérieure est couverte d’écailles héxagones, & l’inférieure d’écailles en table ; celles des doigts ont la même forme que ces dernieres. Il n’y a que trois doigts qui portent sur la terre, celui de derriere est élevé au-dessus des autres comme un ergot. Les ongles sont courts & pointus. Cet oiseau a vécu quelque tems à la ménagerie de Versailles, il avoit été apporté des grandes Indes. Mémoire pour servir à l’hist. nat. des animaux, par M. Perrault, tome III. part. III. p. 201 & suiv. Voyez Oiseau. (I)

Oiseau du Tropique, voyez Paille-en-cul.

Oiseau, (Fauconnerie.) la Fauconnerie a son langage particulier pour les oiseaux, dont nous allons indiquer les principaux termes.

On appelle en Fauconnerie oiseaux de proie, ou absolument, oiseaux, les gros oiseaux qui vivent de grip, de rapt & de rapine, qu’on dresse & qu’on apprivoise.

Oiseaux niais, ceux qui sont pris au nid.

Oiseau branchier, celui qui n’a encore que la force de voler de branche en branche.

Oiseau sor, celui qui n’a point encore mué. Il ne se dit que des oiseaux de passage, & non du niais & du branchier.

Oiseau hagard, celui qui a été à soi, qui est plus farouche.

Oiseau de bonne ou de mauvaise affaire, celui qui est docile ou farouche.

On appelle parement de l’oiseau la maille qui lui couvre le devant du col ; manteau d’oiseau, le plumage des épaules, du dos & du dessus des aîles ; serres d’oiseau, ce sont leurs griffes ; mains d’oiseau, sont leurs piés ; la couronne de l’oiseau, c’est le duvet qui couronne, qui joint le bec à la tête ; train de l’oiseau, son derriere ou son vol, &c.

On nomme oiseau de poing, celui qui étant réclamé, fond sur le poing sans entremise de leurre, comme l’autour, l’épervier.

Oiseau de leurre, celui qui fond sur le leurre, quand on le lui jette, & de-là sur le poing. On en compte ordinairement dix, le grand faucon, le gerfaut, le sacre, le lanier, l’aigle, le fagarot, l’émérillon, le hobereau, le faucon bâtard & le sacre bâtard.

Oiseau de montée est celui qui s’éleve fort haut, comme le milan, le héron, &c.

Il y a des oiseaux pour la haute & pour la basse volerie, comme oiseau pillard, celui qui pille & qui détrousse un autre ; oiseau chariard, qui dérobe sa perdrix ; oiseau bas & tenu par le bec, c’est-à-dire en faim.

L’oiseau bâtard est un faucon né d’un tiercelet de faucon & du lanier, ou un sacre né du sacre & du lanier.

On appelle oiseaux vilains, poltrons & trépiers, ceux qui ne suivent le gibier que pour la cuisine, qu’on ne peut affairer ni dresser, comme les milans & les corbeaux qui ne combattent que les poulets, lesquels n’ont ni vol ni défense.

Oiseau dépiteux, qui ne veut pas revenir quand il a perdu sa proie.

Oiseau attrempé, celui qui n’est ni gras, ni maigre.

Oiseau âpre à la proie, est celui qui est bien armé de bec & d’ongles ; oiseau fort à délivre, qui n’a point de corsage, qui est presque sans chair, comme le héron.

On nomme oiseau alongé, celui dont les pennes sont bien entieres, qui ont toute la longueur qu’elles doivent avoir ; oiseau trop en corps, celui qui est trop gras.

Les oiseaux de leurres doivent avoir les mahutes hautes, les reins larges, bien croisés, bas assis, court jointés, les mains longues.

On dit aussi, un oiseau de bonne aire, un oiseau de grand travail & de bon guet, un oiseau de bonne compagnie, un oiseau pantois ou asthme, un oiseau égalé, quinteux, écartable, rebuté, un oiseau d’échappe, un oiseau bon chaperonier. On dit encore apoltronir un oiseau, l’abécher, l’abattre, l’abaisser, l’entraver, l’estimer, &c. mais il ne s’agit pas ici d’expliquer tous ces termes. (D. J.)

Oiseau de poing, (Fauconnerie.) c’est un oiseau de proie qui, étant reclamé, revient sur le poing du fauconnier sans leurre. (D. J.)

Oiseau monstrueux, (Hist. nat.) c’est le nom sous lequel Ximenès, naturaliste espagnol, désigne un oiseau de la nouvelle Espagne ; il est, selon lui, de la grosseur du plus gros coq-d’inde, dont il a la forme. Ses plumes sont blanches & tachées de noir. Il a le bec d’un épervier, mais plus aigu ; il vit de poisson, & va aussi sur terre. Ce qu’il y a de plus singulier, & qui paroît rendre le récit de Ximenès fabuleux, c’est qu’il a le pié gauche d’une oie ; il lui sert à nager, tandis que du pié droit, qui ressemble aux serres d’un faucon, il tient sa proie, soit en l’air, soit dans l’eau.

Oiseaux aquatiques, (Pêche.) voyez la maniere dont elle se fait dans la baie & le bassin d’Arcasson, ressort de l’amirauté de Bordeaux. Elle est d’autant meilleure, que le froid est plus grand. On plante sur le terrein, qui est ordinairement élevé de trois à quatre piés au-dessus des achenaux, de longues perches de quatre à cinq brasses de haut, éloignées de cinq à six de chûte. La nuit les oiseaux marins qui de basse mer viennent paître sur ces mottes de terre, & qui vont de-là boire, s’embarrassent dans les fillets & s’y prennent. Plus la nuit est obscure, plus la pêche est abondante. C’est la même chose que la chasse des bécasses à la passée, & que celles des heurons des pêcheurs picards. Il y a autour du bassin vingt à trente de ces sortes de pêcheries, garnies chacune de cent piés de filets.

Les oiseaux de mer se prennent encore comme les allouettes & autres petits oiseaux de terre. Ceux qui font cette pêche choisissent un lieu convenable & voisin des marigots ou flasque d’eau que la mer laisse, quand elle s’est retirée. Ils ont des oiseaux privés qu’ils rangent au bord de la marée, & dans l’eau sur des piquets. Ils élevent à une distance convenable un petit cercle, ou une terrasse de gason, avec une ou deux embrasures, d’où ils puissent voir les oiseaux & tirer le filet, quand les oiseaux se sont abatus. Cette pêche est quelquefois si abondante, qu’on a une douzaine d’oiseaux presque pour rien. Voyez cette pêche dans nos Planches.

On fait une pêche différente des précédentes avec le feu. Elle est très-industrieuse & particuliere aux riverains de la baie S. Michel. Lors de la basse eau & dans une nuit tranquille & fort obscure, ils partent deux dans un profond silence. Celui qui marche le premier porte un grand pot de terre ou de bois, qu’on appelle baratte ou barette. C’est la même machine dont on se sert pour battre le beurre. Elle est défoncée par le bas, le haut en est bouché. On y met environ une livre de poix résine, avec un morceau de torche ou de gaudron. Quand on entend le cri des oiseaux, qu’on sifle quelquefois pour les découvrir, le pêcheur qui porte la baratte, y met le feu, & en expose la grande ouverture vers le lieu où il a entendu les oiseaux. Le second pêcheur qui l’accompagne est immédiatement derriere lui, portant sur ses épaules un filet tendu, large de cinq à six piés en quarré, & dont les mailles ont deux pouces. Celui-ci n’agit qu’au signal de son compagnon. Lorsque les oiseaux de mer s’approchent, le porteur de baratte tâche d’en tourner l’ouverture vers son compagnon, afin que les oiseaux ne soient point effrayés de la trop grande lueur. Mais quand il s’en voit comme investi, aussi-tôt il retourne la baratte vers les oiseaux qui voltigent autour, & touche de la main son compagnon qui jette le filet. On prend ainsi beaucoup d’oiseaux. Voyez cette pêche dans nos Planches.

Autre pêche qui se fait à la côte à pié. On forme le long du rivage, dans un endroit convenable, des petites haies avec des branches de genêt ; on laisse à ces haies, de distance en distance, des passages étroits, où l’on place des lacets de crin. Les oiseaux marins qui de basse mer viennent quêter leur pâturage, se présentent à ces ouvertures & se prennent.

On en tue au fusil en se mettant dans des petites chaloupes, ou en rangeant la côte à pié, où l’on trouve toujours ceux de l’espece des piés fendus.

On pêche aussi les oiseaux à la ligne. On a des lignes doubles sur lesquelles on frappe de distance en distance des piles ou menues frulles, d’une longueur proportionnée à la profondeur des fonds. Il faut que l’apât dont les ains des piles sont garnis soit à fleur d’eau. Les lignes sont tendues avec un bateau. Il y a au bout de chaque ligne une grosse pierre pour la faire caler & la tenir sur fond. C’est ainsi qu’on attrape des maquereuses, des canards, & autres oiseaux à piés feuillés. Ces oiseaux ne mordent à l’apât que la nuit. Cette pêche ne se pratique qu’en hiver. Les nuits obscures y sont favorables.

Les pêcheurs de Bugules, lieu dans le ressort de l’amirauté de Morlaix, font pendant l’hiver une pêche ou une chasse abondante de bernaches. Les bernaches sont les véritables demies-oies de mer des pêcheurs normands & picards, que l’on confond en Bretagne avec les macreuses, censées du genre des poissons, & dont, sur ce fondement, les religieux qui font par leurs vœux une abstinence continuelle de viande, usent, sans scrupule, les jours gras, & les séculiers les jours maigres.

On ne prend ces sortes d’oiseaux qu’en hiver, qu’ils viennent en abondance à la côte ; pour lors les riverains vont avec leurs chaloupes entre les roches voisines de leurs côtes, où elles sont presque toutes isolées, quelques-uns se mettent dessus, les autres restent dans la chaloupe ; les bernaches ne se prennent guere que de nuit ; les nuits plus obscures sont les plus favorables. Lorsque les bernaches traversent le canal des islots de l’autre bord, ceux qui sont à terre, ou dans les chaloupes les tirent. Ces oiseaux sont fort estimés sur-tout pendant le carême. Les riverains y font alors un gros profit ; mais le froid de l’hiver est le tems le plus convenable pour en trouver en grand nombre.

Oiseaux petits, (Diete.) on mange en automne en beaucoup de pays, & principalement dans presque toutes les provinces de ce royaume, plusieurs especes de petits oiseaux, qui sont très-gras dans cette saison, sur tout après les pluies. Les principales especes sont le bequefigue, qu’on appelle dans quelque province pivoine, & qui ne paroît pas différer de l’oiseau qu’on appelle en Gascogne murier, quoique dans ce pays on donne ce nom à des petits oiseaux de plusieurs especes, dont les principaux sont du genre des fauvettes, la rouge-gorge, le rossignol, qui devient très-gras dans cette saison, &c.

Tous ces oiseaux, qu’on mange ordinairement rôtis, fournissent un aliment très-délicat & très-salutaire ; & qui, quoique très-gras, n’est ni fastidieux, ni pesant à l’estomac, défaut qui se rencontre dans l’ortolan. Voyez Ortolan. (b)

Oiseau du paradis, (Astrol.) constellation de l’hémisphere méridional, qui est du nombre de celles qu’on ne sauroit voir dans ces climats. Voyez Constellations. (O)

Oiseau, terme de Maçonnerie, signifie une espece de demi-auget composé de planches légeres, arrondies par une extrémité, & jointes en équerre par l’autre, dont celle d’en-bas est posée horisontalement sur deux morceux de bois en forme de bras assez longs ; & celle d’en-haut est attachée à deux autres petits bâtons, qui tombent d’aplomb sur chacun des bras. C’est sur cette petite machine que de jeunes manœuvres, qu’on nomme goujats, portent sur leurs épaules le mortier aux maçons & limosins, lorsque le service ne se peut faire à la pelle. (D. J.)

Oiseau, (Sculpture.) c’est une espece de palette sur laquelle les sculpteurs mettent le mortier avec lequel ils travaillent de stuc.