L’Encyclopédie/1re édition/SENONES

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  SENNE

SENONES, (Géog. anc.) 1°. Peuples de la Gaule Celtique ou Lyonnoise, vers l’embouchure de l’Yonne. Ptolomée, lib. II. c. viij. nomme leur capitale Agedicum ou Agendicum, aujourd’hui Provins.

2°. Peuples d’Italie dans la Gaule Cispadane, sur le bord de la mer Adriatique. Ces peuples gaulois d’origine, ne s’étoient point avisés de passer les Alpes, aux quatre premieres migrations des Gaulois sous Bellovèse. Ils n’y penserent qu’environ 200 ans après, à la sollicitation d’Aruns qui vouloit se venger de Lucumon. Celui-ci parmi tous les peuples de la Gaule Celtique, choisit les Sénonois, peut-être parce que leur pays étoit moins épuisé d’hommes ; puisque les Sénonois n’avoient point suivi Bellovèse. Il leur vanta l’abondance dont ils jouiroient en Italie, & leur fit goûter du vin qu’il en avoit apporté. Les Sénonois se déterminerent à le suivre, & leur armée fut très-nombreuse.

Après avoir passé les Alpes, ils n’attaquerent point les Celtes, mais allerent se jetter sur l’Umbrie, qui n’avoit encore été que peu entamée. Ils s’y établirent, selon Polybe & Tite-Live, depuis l’Uteus jusqu’à l’Æsis, & depuis la mer Adriatique jusque vers l’Apennin. Ils mirent environ six ans a cet établissement. Au bout de ce tems, & de l’année de Rome 362, Aruns les conduisit devant Clusium, pour assiéger cette place, où sa femme & son ravisseur s’étoient enfermés. Les Romains inquiets du voisinage de ces peuples, offrirent de terminer le différend à l’amiable par leur médiation ; cette médiation fut rejettée.

Les ambassadeurs romains, de pacificateurs étant alors devenus ennemis, les Sénonois qui s’en apperçurent, en envoyerent demander justice à la république ; & comme elle refusa de leur donner la satisfaction qu’ils exigeoient, ils marcherent droit à Rome. Ils défirent, chemin faisant, l’armée romaine & entrerent quelques jours après dans Rome, qu’ils pillerent & reduisirent en cendres, à l’exception du capitole qu’ils tenterent inutilement d’emporter ; & dont la résistance facilita aux Romains le moyen de chasser à la fin leurs ennemis.

Environ 100 ans après cette grande expédition, les Sénonois furent, selon Strabon, lib. V. exterminés par les Romains ; mais Polybe, lib. II. plus exact dans cet endroit que Strabon, dit qu’ils furent chassés du pays qu’ils occupoient, par M. Curius Dentatus, consul avec P. Cornelius Rufinus, l’an de Rome 463.

Ce ne fut que 7 ans après, à ce que nous apprennent Polybe, Denis d’Halicarnasse & Florus, que les Sénonois furent exterminés par le consul Dolabella. Ils furent alors tellement anéantis, qu’à peine resta-t-il dans l’Italie quelques vestiges de cette nation que la prise de Rome avoit si fort distinguée. Dès le consulat de. M. Curius Dentatus, ils avoient perdu la plus grande partie de leur pays, depuis l’Æsis jusqu’au Rubicon, & les Romains avoient envoyé une colonie à Sena gallica, aujourd’hui Sinigaglia. Ils occupoient le reste du pays depuis le Rubicon jusqu’à l’Uteus, lorsque P. Cornelius Dolabella les défit sur les bords du lac de Vadimon en Etrurie. (D. J.)