L’Encyclopédie/1re édition/TREFFLE

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TREFFLE, s. m. (Hist. nat. Botan.) trifolium, genre de plante dont la fleur est papilionacée, ou ressemble beaucoup aux fleurs papilionacées. La fleur papilionacée est composée de quatre pieces qui représentent un pavillon, deux ailes & une carene ; ces pieces sortent toutes du calice avec le pistil qui est enveloppé d’une gaine frangée. Le pistil devient dans la suite une semence qui a le plus souvent la forme d’un rein, & qui adhere très-fort aux parois de la capsule quand elle est parvenue à son degré de maturité.

La fleur qui ressemble aux fleurs papilionacées, est monopétale ; le pistil sort du calice de cette fleur, & devient dans la suite une capsule membraneuse renfermée dans le calice de la fleur ; cette capsule contient une semence qui est le plus souvent oblongue, ou qui a la forme d’un rein. Ajoutez aux caracteres de ce genre qu’un seul pédicule porte trois feuilles, & rarement quatre ou cinq. Tournefort, inst. rei herb. Voyez Plante.

Tournefort distingue quarante-quatre especes de treffles, outre ceux que l’on range parmi les lotiers ; mais il suffira de décrire le treffle des prés, trifolium pratense, flore monopetalo, I. R. H. 404, en anglois, the common purple-meadow-trefoil, or clover. Sa racine est presque grosse comme le petit doigt, longue, ronde & fibreuse. Elle pousse des tiges à la hauteur d’environ un pié & demi, grêles, cannelées, quelquefois un peu velues, en partie droites, en partie serpentant par terre. Ses feuilles sont les unes rondes, les autres oblongues, attachées presque toujours trois ensemble à une même queue, marquées au milieu d’une tache blanche ou noire, qui a presque la figure d’une lune. Ses fleurs naissent aux sommités des tiges, d’une seule piece, ressemblantes aux fleurs légumineuses ; elles sont disposées en tête ou en épi court & gros, de couleur purpurine, empreintes au fond d’un suc mielleux, doux & agréable, d’une odeur qui n’est pas disgracieuse, & d’une saveur légérement astringente. Lorsque ces fleurs sont passées, il leur succede de petites capsules rondes enveloppées chacune d’un calice, & terminées par une longue queue ; chaque capsule contient une semence qui a la figure d’un petit rein. Cette plante croît partout dans les prés, dans les pâturages, aux lieux humides & marécageux ; elle fleurit en Avril, Mai & Juin. Sa fleur est recherchée des abeilles, & toute l’herbe est une des plus excellentes nourritures pour engraisser les bestiaux.

Le petit treffle des champs est la plante que l’on nomme vulgairement pié de lievre, trifolium arvense, humile, spicatum sive lagopus. I. R. H. 405. Voyez Pié de lievre, Botan.

Le treffle bitumineux, trifolium bitumen redolens, I. R. H. 404, est ainsi nommée, parce que ses feuilles sont douces au toucher & d’une odeur de bitume. Cette plante croît abondamment dans les pays chauds, en Candie, en Sicile, en Languedoc, aux environs de Montpellier, de Narbonne, sur les côteaux pierreux voisins de la mer ; on la cultive quelquefois dans les jardins des curieux, où elle fleurit en été, & résiste à l’hiver quand il est doux. Elle s’éleve en arbrisseau à la hauteur d’une à deux coudées ; ses tiges sont roides, velues, noirâtres & cannelées. Ses feuilles sont grisâtres, velues, oblongues, pointues, glutineuses au toucher, & ayant l’odeur desagréable du bitume. Ses fleurs forment une tête longuette, d’un violet purpurin, & sont placées dans des calices veloutés, oblongs & cannelés ; sa semence est noire, inégale, velue, & se termine en une pointe feuillue. Cette semence a, comme le reste de la plante, un goût médicamenteux ; mais elle le perd dans nos pays. Celle qu’on apporte d’Italie, produit d’abord une plante bitumineuse, mais la semence du même treffle ne donne plus à la troisieme année qu’une plante sans odeur & sans goût. (D. J.)

Treffle de marais, (Botan.) ce treffle est distingué de tout autre, & fait un genre à part nommé par Tournefort menyanthes palustre, latifolium & triphyllum. I. R. H. 117, en anglois buckbéan.

Sa racine est genouillée, longue, blanche, traçante, garnie de fibres qui plongent par intervalles. Ses feuilles attachées au nombre de trois, sur une large & longue queue, ressemblent à celles des feves en figure & en grandeur, sont lisses & douces au toucher. Il s’éleve d’entr’elles une tige à la hauteur d’un pié & demi, grêle, verte, portant un bouquet de fleurs en entonnoir, d’une blancheur purpurine, lesquelles avant que de s’ouvrir, sont rouges en-dehors, & qui étant ouvertes, se découpent en cinq segmens pointus. Ces fleurs sont soutenues par des calices formés en godet & dentelés. De chaque fleur sortent cinq étamines blanches dont les sommets sont jaunes ; le pistil qui occupe le milieu, est plus court. Lorsque les fleurs sont passées, il leur succede des fruits arrondis & oblongs qui renferment des semences ovales semblables à celles de l’hélianthème, d’un brun jaunâtre & d’un goût amer.

Cette plante croît naturellement dans les marais & autres lieux aquatiques, en terre maigre, hors de l’eau. Elle ne dure pas long-tems, fleurit en Mai & Juin, & varie pour la grandeur, suivant les lieux. Elle n’est pas moins utile que le cresson, nasturtium, dans les maladies scorbutiques ; & c’est Simon Paulli qui en a le premier fait l’observation ; son goût est d’abord un peu desagréable ; cependant on vient bientôt à bout de vaincre cette répugnance.

Mais on emploie cette plante en Angleterre dans le Hampshire à un usage bien remarquable ; les brasseurs s’en servent dans leur biere à la place du houblon. Elle conserve cette boisson, & lui donne une amertume qui n’est desagréable ni à l’odeur, ni au goût ; d’ailleurs elle est bienfaisante, & a cet avantage qu’il n’en faut que la huitieme partie de la quantité de houblon. Enfin l’expérience mériteroit d’être répétée ailleurs, parce qu’on peut très-aisément cultiver le treffle de marais, d’autant mieux qu’il vient à merveille dans des terres de fondriere, qui ne peuvent guere produire d’autres plantes. (D. J.)

Treffle musqué, (Botan.) voyez Lotier odorant, Botan. (D. J.)

Treffle d’eau ou de marais, voyez Menianthe, Mat. méd.

Treffle sauvage jaune, (Botan.) c’est le lotus, sive melilotus, pentaphyllos, minor glabra de Tournefort, nommée en françois lotier. Voyez Lotier. (D. J.)

Treffle, (Agriculture.) le treffle en anglois clover, est une plante fort estimée pour l’amélioration qu’elle donne au terrein sur lequel elle croît, pour la bonté de son foin, & pour le mérite de sa graine. Le grand bien qu’elle procure au terrein, c’est de nourrir beaucoup de bétail à la fois, dont le fumier bonifie tellement le sol, qu’au bout de deux ou trois ans quelqu’épuisé qu’il ait été, il se fertilise de nouveau, & devient propre à donner du froment.

On estime surtout l’espece de treffle dont la graine est semblable à celle de la moutarde, & seulement plus oblongue ; on préfere sa couleur verdâtre avec une teinte de rouge, & surtout celle d’Angleterre. Un arpent de terre demande dix à douze livres de cette graine, & le mieux est d’en semer plus que moins.

Le treffle aime une bonne terre chaude, & réussit à merveille dans celles qui ont été fumées & labourées ; il prospere surtout dans les terres glaises, où les mauvaises herbes ne viennent point le détruire ; il est vrai que dans les bonnes terres il produit des récoltes abondantes pendant trois ou quatre ans, mais pas au-delà. Il est aisé de distinguer la bonne graine de treffle de la mauvaise ; il suffit pour cela de la jetter dans un verre d’eau, la bonne graine va au fond, & la mauvaise qui ne végéteroit jamais, surnage.

On peut semer le treffle avec de l’orge ou de l’avoine, sur la fin de Mars, ou au commencement d’Avril, dans un jour calme & serain ; quelques-uns le sement avec du froment ou du seigle, à Noël, ce qui donne un moyen de répandre sa semence sur le terrein, & d’avoir par conséquent l’année suivante une récolte plus abondante ; mais alors il faut choisir des terres seches ; quelques laboureurs aiment encore mieux le semer seul à Noël, que dans le printems, pour lui donner la force de se maintenir contre la gelée, & cette méthode paroît la meilleure.

La fin de Mai est le tems propre de couper le premier treffle & d’en faire du foin ; s’il ne se trouve pas assez fort, il est excellent pour engraisser le bétail. Après cette premiere récolte, on peut encore en faire deux autres avant l’hiver. Consultez Mortimer sur ce sujet. (D. J.)

Treffle, (Jardinage.) est un ornement dans la broderie des parterres qui imite le treffle des prés. On le place ordinairement dans le milieu d’un tableau pour lier les autres parties de la broderie qui en sortent. On lui donne différentes figures, & souvent on le compose de quatre parties régulieres comme des rosettes. Voyez Rosettes.

Treffles, s. f. pl. (Sculpt.) c’est un ornement qui se taille sur les moulures. Il y en a à palmettes & à fleurons. Le mot treffle est dérivé du latin trifolium, herbe à trois feuilles.

Treffles de moderne, ce sont, dans les compartimens des vitraux, pignons & frontons gothiques, de petites roses à jour, faites de pierre dure avec nervures, & formées par trois portions de cercles, ou par trois petits arcs en tiers-point. Daviler. (D. J.)

Treffle, est un gros bouton, ainsi nommé par les Metteurs en œuvre, parce qu’il représente la plante de l’herbe de ce nom. Il sert à arrêter le ruban d’un bracelet sur la barriere.

Treffle, s. m. (terme de Mineur.) fourneau de mine fait en forme de treffle, & qui n’a que deux logemens, au-lieu que le double en a quatre, & le triple six. (D. J.)

Treffle, (terme de Blason.) c’est la figure du treffle posé sur un écu aux extrémités d’une croix. On dit une croix trefflée, & cantonnée de treffles. On représente le treffle dans les armoiries avec une queue, sans toutesfois l’exprimer.