L’Encyclopédie/1re édition/TROU

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TROU, s. m. (Gram.) c’est en général toute ouverture pratiquée naturellement ou par art à quelque chose que ce soit.

Trou, (Architect.) nom général qu’on donne à toute cavité en pierre & en plâtre, creusée quarrément, dans laquelle on scelle des pattes, gonds, barreaux de fer, &c. & que les tailleurs de pierre & les maçons marchandent par nombre à chaque croisée, porte, vitrail, &c. Les trous se font en menuiserie avec des instrumens pointus, comme poinçons, forêts, vrilles, &c. En maçonnerie avec des tarieres, des pinces, des marteaux, des pics, &c. (D. J.)

Trou, en Anatomie, est un nom qui se donne à des cavités qui percent d’outre en outre ; on s’en sert aussi quelquefois pour exprimer l’orifice d’un canal. Voyez Canal.

Le trou de la membrane du tympan. C’est une fente qui se trouve à la membrane du tympan ou du tambour de l’oreille, qui permet à l’air, à la fumée, &c. de passer de dedans la bouche dans le tambour par la trompe d’Eustache. Voyez Oreille.

Cette fente est très-petite ; elle part obliquement de la partie supérieure de la membrane du tympan, proche l’apophyse du marteau. On prouve mieux l’existence de ce trou quand il y a quelque ulcere au palais & que le malade se bouche le nez & la bouche, & qu’il oblige ainsi l’air de se porter dans les oreilles & de sortir par la fente du tympan, que par aucun examen anatomique. Voyez Tympan.

Trou ovale ou trou botal, ou trou qui se trouve dans le cœur du fœtus, & qui se ferme après sa naissance. Voyez nos Planches anat. & leur explic. Voyez Fœtus. Il naît au-dessus de la veine coronaire, proche de l’oreillette droite, & passe directement dans l’oreillette gauche du cœur. Voyez Cœur.

Le trou ovale est une des choses particulieres au fœtus, & par où il differe de l’adulte ; il sert à la circulation du sang du fœtus jusqu’à ce qu’il puisse respirer & que les poumons soient dilatés. Voyez Respiration.

Leon Botal, d’Asti en Piémont, a le premier décrit exactement, en 1562, l’usage de ce trou. Lorsqu’il décrit la circulation du sang, il assure que le trou ovale est une des voies par où le sang, dans le fœtus, est porté du ventricule droit dans le ventricule gauche.

Les anatomistes modernes approuvent cette découverte, & regardent tous le trou ovale comme absolument nécessaire pour la circulation du sang dans le fœtus. Voyez Circulation.

À l’ouverture du trou il y a une espece de membrane flottante qui ressemble à une valvule, mais elle n’en fait point l’office, car elle ne peut point empêcher le sang de passer d’une oreillette dans l’autre. Suivant M. Winslow cette membrane ne sert qu’à fermer le trou lorsque le fœtus est né.

C’est un sentiment unanimement reçu, que le trou ovale peut quelquefois rester ouvert, même dans les adultes ; nous en avons beaucoup d’exemples rapportés par différens auteurs.

Le docteur Connor assure qu’il a trouvé un trou botal à demi-ouvert dans une fille âgée de quatre ou cinq ans, & il le trouva assez grand dans une fille qu’il ouvrit à Oxfort pour laisser passer une tente. Dissert. médic. & phys. de Stap. oss. coat.

L’exact M. Cowper ajoute, qu’il a souvent trouvé le trou botal ouvert dans les adultes. Anat. app. f. 3.

Des anatomistes de Paris observent, que le trou ovale reste toujours ouvert dans le veau marin, c’est pour cela qu’il peut rester pendant si long-tems sous l’eau.

Ceux qui ont été rappellés à la vie après avoir resté long-tems sous les eaux, ou après avoir été pendus, étoient peut-être dans ce cas. Voyez Noyé. mais M. Cheselden rejette sans hésiter toutes ces autorités, & il soutient que ni dans les animaux adultes, soit terrestres, soit amphibies, ce trou n’est jamais ouvert.

Il dit que quand il commença à disséquer qu’il pensoit comme les autres auteurs au sujet du trou botal, mais qu’il s’apperçut par la suite qu’il avoit pris l’orifice de la veine coronaire pour le trou ovale, & il pense que les autres auteurs qui assurent qu’il est toujours ouvert dans les amphibies, ont donné dans la même méprise que lui, parce qu’après nombre de recherches faites avec exactitude, il n’a jamais trouvé ce trou ouvert dans ces animaux. Voyez Amphibies.

Et il ne peut pas croire que l’ouverture de ce trou pût mettre ces animaux en état de vivre sous l’eau comme le fœtus vit dans la matrice, à-moins que le canal artériel ne fût aussi ouvert. Cheseld. Ap. phys. thesl. l. IV. c. vij.

On vient de voir que le trou ovale a une valvule, qui dans le fœtus laisse passer le sang d’une oreillette du cœur dans l’autre, & qu’après la naissance de l’enfant elle se colle peu-à-peu à la circonférence de ce trou, & ne permet plus cette communication qui étoit entre les deux oreilles ; cependant M. Hunauld a fait voir à l’académie le cœur d’un sujet de 50 ans, où cette valvule collée exactement comme elle devroit être, à la circonférence du trou ovale, étoit percée dans son milieu d’une ouverture d’environ trois lignes de diametre, & par conséquent donnoit au sang un passage d’une oreillette dans l’autre, aussi libre qu’avant la naissance, si elle avoit toujours été collée, & presque aussi libre, si elle ne l’avoit pas toujours été. L’ouverture de la valvule n’avoit été produite ni par un déchirement, ni par une suppuration, & cela se reconnoissoit facilement à son rebord. Il est nécessaire que le trou ovale soit ouvert dans le fœtus qui ne respire pas, mais il n’est peut-être pas également nécessaire qu’il soit fermé quand on respire. En 1740 M. Duhamel a lû à l’académie une seconde observation de M. Aubert, médecin de la marine à Brest, qui confirme exactement celle de M. Hunauld ; toute la différence est que le sujet de de M. Hunauld avoit cinquante ans, & celui de M. Aubert trente.

La valvule que nous avons dit se coller quelque tems après la naissance au bord du trou ovale, paroit une partie bien nécessaire à la circulation du sang dans le fœtus ; cependant M. Lieutaud dit l’avoir vû manquer entierement dans un fœtus de neuf mois. (D. J.)

Trous du crane, (Anatomie.) comme dans une grande ville il y a differentes portes, au moyen desquelles les habitans de la campagne communiquent avec ceux de la ville pour les besoins réciproques ; de même dans le crâne il se rencontre différens trous, au moyen desquels il entre, par divers canaux, la nourriture pour le cerveau, & il en sort par d’autres les esprits préparés dans cet organe, & qui sont nécessaires pour exécuter les mouvemens du corps ; Keill a fait l’énumération de tous ces trous, mais il importe encore plus de savoir qu’ils offrent, comme les autres parties du corps, des jeux & des variétés de la nature ; j’en citerai seulement deux ou trois exemples.

On rencontre quelquefois, contre l’ordinaire, un trou ou canal à la partie inférieure & antérieure des os pariétaux, par lequel passe une branche de la carotide externe, qui va distribuer ses rameaux à la dure-mere.

Les temporaux ont communément cinq trous extérieurs ; l’un d’eux est situé de chaque côté derriere l’apophyse mastoïde ; ce trou, quoique considérable, ne se rencontre dans quelque sujet que d’un côté, & d’autres fois point-du-tout.

L’occipital a d’ordinaire sept trous, au nombre desquels il y en a deux considérables qui répondent aux fosses jugulaires, & cependant ils ne se trouvent quelquefois que d’un côté ; M. Hunaud, Mém. de l’acad. 1730, a remarqué au sujet de ces deux trous, que celui du côté droit est ordinairement bien plus grand que celui du côté gauche ; & comme le diametre du sinus latéral droit est aussi d’ordinaire à proportion plus grand que celui du gauche, cet académicien en conclut que la saignée de la jugulaire du côté droit est différente par son effet de celle du côté gauche ; mais il falloit conclure seulement, qu’en ce cas le sang s’évacuoit plus promptement du côté droit dans le même tems donné. (D. J.)

Trous d’amures, (Marine.) voyez Amures.

Trous d’ecoutes, (Marine.) trous ronds percés en biais dans un bout de bois, en maniere de dalots, par où passent les grandes écoutes.

Trou, (Horlogerie.) outil à rapporter des trous : c’est un instrument représenté dans nos Planches de l’Horlogerie, dont les Horlogers se servent lorsqu’ils ont besoin de refaire un trou dans une platine (ou comme ils disent de le reboucher), dans le même endroit précisément où il étoit avant. Ce qu’il y a d’essentiel dans cette opération, c’est de déterminer deux points fixes sur la platine dont on connoisse la distance au centre du trou. Voici comment on les détermine avec cet outil. La piece mo mobile sur les deux pivots TT est continuellement poussée à-travers le trou V de m vers o, au moyen du ressort r qui appuie dessus en m, de façon que la pointe o de cette piece deborde toujours les autres PP ; ainsi faisant entrer cette pointe dans le trou que l’on veut reboucher, on abaisse ensuite les deux autres PP, & on les presse un peu contre la platine, au moyen de quoi elles marquent deux points ; le trou étant rebouché, on représente l’outil sur la platine en élevant la pointe o, de façon qu’il n’y ait que les deux autres qui portent dessus cette platine, & on les fait rentrer bien précisément dans les mêmes points ou petits trous qu’elles avoient marqués ci-devant ; cela étant sait, on lâche la pointe o dont l’extrémité fort aiguë marque un petit point dans le même endroit précisément où étoit le centre du trou avant de l’avoir bouché, puisque la distance entre ce centre & ces points a été prise d’une maniere invariable par ces trois pointes O & PP. Dans cet outil la pointe O communément n’est ni mobile, comme elle est ici, ni dans une même ligne ; elle est seulement un peu plus longue que les deux autres, & forme avec elles une espece de triangle. Cette disposition lui donne un grand défaut, parce que les trous que l’on rebouche, étant plus ou moins grands, la pointe oy entre plus ou moins avant ; d’où il arrive que le point que cet outil donne (en s’en servant de la même maniere approchant que du précédent), n’est point au centre du trou que l’on a bouché, mais dans l’arc du cercle décrit par la pointe O dans ces différentes situations ; pour peu qu’on y fasse attention, on en concevra la raison facilement, & pourquoi on a donné à cet outil la disposition représentée dans la figure ; cet instrument est en général fort utile en ce qu’il épargne beaucoup de peine à l’ouvrier.

Trou du tampon, les Fondeurs appellent ainsi le trou par lequel le métal sort du fourneau pour entrer dans l’écheno. Il est fait en forme de deux entonnoirs joints l’un contre l’autre par leurs bouts les plus étroits. On bouche celui qui est du côté du fourneau, avec un tampon de fer de la figure de l’ouverture qu’il doit remplir, & que l’on met par le dedans du fourneau avec de la terre qui en bouche les joints ; de sorte que le tampon étant en forme de cone, le métal ne peut le pousser dehors. Voyez Fonderie & les Planches de la fonderie des figures équestres.

Trou, (Jardinage.) est l’ouverture que l’on creuse pour planter les arbres proportionnément à leur force ; on les fait de six piés en quarré pour les plus grands arbres ; ordinairement ils ne sont que de trois ou quatre piés en quarré, & leur profondeur se regle suivant la qualité de la terre. Voyez Planter.

Trou, terme de jeu de Paume, c’est un petit trou d’environ un pié en quarre, pratiqué au-bas d’un des murs du bout d’un jeu de paume au niveau du pavé. Lorsqu’une balle entre dans le trou de volée ou du premier bond, le joueur qui l’a poussée, gagne quinze.

Trou-madame, s. f. (Jeux.) espece de jeu où l’on joue avec des petites boules ordinairement d’ivoire, qu’on tache de pousser dans des ouvertures en forme d’arcades marquées de différens chiffres. Jouer au trou-madame, c’est, dit Richelet, jouer à une sorte de jeu composé de treize portes & d’autant de galeries, auquel on joue avec treize petites boules. On appelle du même nom l’espece de machine ouverte en forme d’arcades, dans lesquelles on pousse les boules.