L’Entonnoir de cuir

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L’ENTONNOIR DE CUIR


Mon ami Lionel Dacre vivait à Paris. Il occupait, avenue de Wagram, cette belle maison, précédée d’une pelouse et d’une grille, qu’on apercevait sur la gauche en descendant de l’Arc de Triomphe, et qui devait, je présume, exister dès avant la percée de l’avenue, car le lichen en dévorait les tuiles grises et l’âge en marbrait de rouille les murs décolorés. Grande d’apparence avec ses cinq fenêtres de façade, elle s’approfondissait à l’arrière en une chambre unique. C’était là que Dacre avait installé, en même temps que son étrange bibliothèque, tous ces objets fantastiques où sa manie et la gaîté de ses amis trouvaient également à se satisfaire. Riche et d’humeur excentrique, il avait consacré une notable partie de sa vie et de sa fortune à former une collection réputée unique d’ouvrages sur le Talmud, la cabale et la magie. Il inclinait par nature vers le merveilleux et le monstrueux ; et je m’étais laissé dire que ses recherches dans la voie de l’inconnu avaient franchi les limites du permis et de l’honnête. Vis-à-vis de ses compatriotes, il s’abstenait de toute allusion à ces sortes de choses et se donnait le ton d’un savant et d’un dilettante ; mais un Français de goûts analogues m’a certifié que les pires excès de la messe noire s’étaient perpétrés dans ce spacieux et haut réduit où s’étageaient ses livres et ses vitrines.

On devinait au seul aspect de Dacre que l’intérêt qu’il portait aux questions psychologiques était d’ordre intellectuel plus que moral. Sur ses traits lourds, nulle trace d’ascétisme ; mais beaucoup de force mentale dans l’ampleur de sa coupole crânienne, qui s’incurvait par dessus les minces touffes de ses cheveux comme une cime neigeuse par dessus un liséré de sapins. Il avait plus de savoir que de sagesse, et plus de moyens que de caractère. Ses grands yeux brillants, profondément enfoncés dans sa figure charnue, pétillaient d’intelligence et trahissaient une infatigable curiosité de la vie ; mais c’étaient les yeux d’un sensuel et d’un égoïste. Passons. Il est mort, le pauvre diable, mort au moment même où il se croyait certain, d’avoir découvert l’élixir de vie ; et ce n’est pas la complexité de son caractère qui m’occupe ici, mais l’incident très étrange et tout à fait inexplicable qui marqua ma visite chez lui aux premiers jours du printemps de 1882.

J’avais connu Dacre en Angleterre lors de mes recherches dans la section assyrienne du British Muséum. Lui-même, en ce temps-là, s’efforçait de trouver un sens mystique et ésotérique aux tablettes babyloniennes. Cette communauté de préoccupations nous rapprocha. Quelques remarques de hasard nous conduisirent à des conversations quotidiennes, puis à des relations voisines de l’amitié. Je dus lui promettre de ne pas faire un séjour à Paris sans l’y voir. Le jour où je pus tenir ma promesse, j’habitais un chalet à Fontainebleau. Les trains du soir étaient peu commodes. Il me demanda de passer la nuit dans sa maison.

— Je n’ai, en fait de lit, que ceci de disponible, dit-il, en me désignant un vaste sofa dans son salon. J’espère que vous vous en arrangerez le mieux possible.

Singulière chambre à coucher que cette pièce aux murs très élevés, et toute garnie de volumes ! Au demeurant, il n’en pouvait y avoir de plus agréable pour un bouquineur de mon espèce ; car aucun parfum ne flatte mes narines autant que la fade et subtile odeur des vieux livres. J’assurai Dacre qu’il m’offrait la chambre de mes rêves, le cadre selon mes vœux.

— Si l’installation que voici n’a tenu compte ni des conventions ni des convenances, elle a coûté fort cher, dit-il, en inspectant d’un coup d’œil les rayons. J’ai dépensé près d’un quart de million pour les objets qui vous entourent. Bouquins, armes, joyaux, sculptures, tapisseries, estampes, il n’y a rien là qui n’ait son histoire, et une histoire digne d’être contée.

Il s’était assis, tout en parlant, à l’un des coins de la cheminée, et j’avais pris place à l’autre. Sur une table de lecture, la lumière d’une forte lampe inscrivait un rond doré. Un palimpseste à demi roulé était posé au centre. Tout un bric-à-brac fantasque s’éparpillait à l’entour. Là se trouvait notamment un large entonnoir, du genre de ceux qu’on emploie pour remplir les futailles : il semblait fait de bois noir, et garni, au bord, d’un cercle de cuivre terni.

— Voilà, remarquai-je, un objet curieux. Quelle en est l’histoire ?

— Je me le suis demandé, et je donnerais beaucoup pour le savoir, dit Dacre. Prenez l’entonnoir, examinez-le.

Je fis comme il disait, et constatai que ce que je croyais du bois était du cuir, mais terriblement racorni par l’âge. L’entonnoir pouvait tenir un litre. Outre sa bordure de cuivre à la circonférence, il portait un bout de métal à son orifice inférieur.

— Qu’en pensez-vous ? me dit mon ami.

— Je croirais volontiers, répondis-je, qu’il dut appartenir à quelque cabaretier ou malteur de l’ancien temps. J’ai vu en Angleterre des brocs en cuir du XVIIe siècle, des black-jacks, comme on les appelait. Ils étaient de couleur identique, et aussi durs.

— Mon entonnoir date vraisemblablement de la même époque. Mais, si mes soupçons ne me trompent, c’est un cabaretier peu banal que celui qui en faisait usage… et quel usage ! N’observez-vous rien de bizarre à l’extrémité du tuyau ?

Je portai l’objet à la lumière et constatai qu’à cinq ou six centimètres du bout de cuivre le col étroit de l’entonnoir était sillonné d’écorchures et d’entailles, comme si quelqu’un y eût tracé des encoches avec une lame ébréchée. On sentait à cet endroit un léger amollissement de la surface durcie et noire.

— Quelqu’un a essayé de couper le tuyau.

— Pouvez-vous dire « couper » ? C’est déchiré et lacéré. Quelque instrument dont on se soit servi, il a fallu de la vigueur pour imprimer de telles marques sur une matière aussi résistante. N’est-ce pas votre avis ? Vous en savez là-dessus plus que vous ne dites.

Dacre eut un sourire, et je vis dans ses yeux le regard de l’homme qui sait.

— Avez-vous, demanda-t-il, compris dans vos études la psychologie des songes ?

— J’ignorais qu’il y en eût une.

— Mon cher Monsieur, ce rayon, là-bas, au-dessus de la vitrine aux pierres précieuses, est garni d’ouvrages, à commencer par ceux d’Albert-le-Grand, qui ne traitent pas d’autre chose. C’est toute une science.

— Une science de charlatan.

— Le charlatan est toujours le précurseur. De l’astrologue procède l’astronome, de l’alchimiste le chimiste, du magnétiseur le psychologue expérimental. L’empiriste d’hier est le professeur de demain. Des phénomènes subtils et illusoires comme les songes s’ordonneront eux-mêmes un jour et se réduiront en système. Les recherches des amis dont les livres s’alignent sur cette planche de bibliothèque auront cessé alors d’amuser les mystiques, pour devenir les fondements d’une science.

— Soit ! Mais qu’est-ce que la science des songes peut avoir à faire avec un entonnoir large et noir et cerclé de cuivre ?

— Je vais vous le dire. Vous savez que j’ai un agent toujours en quête de pièces rares pour ma collection. Il apprit ces jours derniers qu’un brocanteur des quais s’était rendu acquéreur de quelques antiquailles, d’un fond de placard provenant d’une vieille maison dans le Quartier Latin. La salle à manger de cette archaïque demeure est décorée d’armoiries qui, vérification faite, sont celles d’un haut fonctionnaire de Louis XIV, Nicolas de La Reynie. Incontestablement, les objets du placard datent des premiers temps du règne de Louis XIV. D’où s’ensuit qu’ils appartinrent à ce Nicolas de La Reynie, dont la charge, autant que je sache, consistait à maintenir et appliquer les lois draconiennes de l’époque.

— Mais ensuite ?

— Reprenez l’entonnoir, examinez-en de nouveau le bord de cuivre, voyez si vous y discernez quelque chose comme des lettres.

Assurément, le métal portait des marques, mais presque effacées. Dans l’ensemble, cela faisait l’effet de caractères alphabétiques, dont le dernier offrait quelque ressemblance avec un B.

— Vous croyez à un B ?

— J’y crois.

— Moi aussi. À dire vrai, je n’en doute pas le moins du monde.

— Mais le gentilhomme dont vous parlez avait un R pour initiale ?

— Parfaitement. Et c’est la beauté du problème. Il possédait ce curieux objet, mais marqué à des initiales étrangères. Pourquoi ?

— Je n’en ai pas idée. Et vous ?

— Moi, peut-être. Remarquez-vous une espèce de dessin le long du cercle ?

— On dirait une couronne.

— C’en est une. En l’examinant à une bonne lumière, vous vous convaincrez que ce n’est pas une couronne quelconque, mais une couronne héraldique, insigne du rang : quatre perles alternant avec des feuilles d’ache, l’emblème du marquisat. Nous en déduirons que la personne dont les initiales finissaient par un B avait qualité pour porter cette couronne.

— Alors, ce vulgaire entonnoir appartint à un marquis ?

Un sourire ambigu flotta sur les lèvres de Dacre.

— Ou à quelque personne de la famille d’un marquis, dit-il. C’est ce que démontrent clairement les marques de ce cercle.

— Et quel rapport ceci a-t-il avec les songes ?

Si ce fut le visage de Dacre qui m’impressionna, ou quelque chose d’indéfinissable dans son attitude, je l’ignore : mais un sentiment de répulsion, d’instinctive horreur, me saisit, tandis que je considérais ce bloc de vieux cuir noueux.

— J’ai dû aux songes plus d’une information importante, me déclara mon ami, sur ce ton didactique qu’il affectait volontiers. Aujourd’hui, toutes les fois que j’ai un doute sur un point de fait à propos d’un objet quelconque, je place cet objet près de moi quand je me couche, et j’en attends un éclaircissement. Ce qui se passe ne me paraît pas très obscur, bien que n’ayant pas encore reçu la consécration de la science orthodoxe. D’après ma théorie, tout objet qui s’est trouyé associé à une émotion humaine, joie ou douleur, portée à son paroxysme, en garde une certaine atmosphère, une certaine faculté d’association, susceptible de se communiquer à un esprit sensible. Par esprit sensible, je n’entends pas un esprit anormal, mais un esprit façonné par l’éducation, comme le vôtre ou le mien.

— Vous voulez dire que si, par exemple, j’avais près de moi, en dormant, la vieille épée fixée à votre mur, je rêverais de quelque sanglante affaire où elle joua son rôle ?

— Excellent exemple. Car le fait est qu’en ayant usé de la sorte avec cette épée, j’ai vu dans mon sommeil la mort de son maître, tué dans une échauffourée que je n’ai pu authentifier, mais qui se produisit durant la Fronde. Songez-y donc, certaines de nos coutumes populaires montrent que le phénomène était connu de nos ancêtres, qui l’avaient, dans leur sagesse, classé au nombre des superstitions.

— Ainsi, notamment ?…

— Ainsi, notamment, l’usage de placer derrière l’oreiller le gâteau de la mariée, afin que le sommeil lui procure de bons rêves. C’est une des preuves multiples que j’invoque, comme vous le verrez, dans une plaquette que je suis en train d’écrire. Pour en revenir à notre entonnoir, je le pris une nuit à mon côté en me couchant, et j’eus un rêve qui, certainement jette un jour singulier sur sa fonction et son origine.

— Qu’avez-vous donc rêvé ?

— J’ai rêvé…

Une soudaine inspiration anima sa figure massive.

— Bonne idée, by Jove ! dit-il. Voilà une jolie expérience à faire. Vous devez être un excellent sujet psychique, avec des nerfs qui répondent vivement à l’impression.

— Je ne me suis jamais mis à l’épreuve.

— Nous allons vous y mettre. Puis-je vous demander de vouloir bien, quand vous serez couché là cette nuit, avoir ce vieil entonnoir près de votre oreiller ?

La requête me sembla grotesque. Mais j’ai, moi aussi, dans ma complexe nature, la soif du bizarre ; et du fantastique. Je n’accordais aucun crédit à la théorie de Dacre ; je ne mettais pas le moindre espoir dans l’issue d’une pareille expérience ; et cela m’amusait pourtant que l’expérience fut tentée. Dacre, le plus gravement ; du monde, disposa à la tête du sofa une petite place où il mit l’entonnoir ; puis, après un bout de causette, il me souhaita une bonne nuit et me laissa seul.

Devant le feu qui brûlait sans flamme, je restai quelque temps à fumer, tout en retournant dans mon esprit le curieux incident survenu et l’étrange expérience en perspective. Nonobstant mon scepticisme, je ne laissais pas d’être un peu troublé par l’assurance de Dacre ; et ce décor insolite, cette énorme chambre peuplée d’objets extravagants, souvent sinistres, me disposait aux graves pensées. Je me dévêtis enfin, soufflai ma lampe et m’allongeai. Et voici, fidèlement décrite, la scène que je vis en rêve. Elle s’évoque dans mon souvenir plus nette qu’aucune autre dont je fus le témoin éveillé.


J’étais devant une espèce de salle basse. Quatre arcs s’élançant des côtés se rejoignaient pour en soutenir la voûte concave. L’architecture en était rude, mais puissante. Cette salle faisait évidemment partie d’un grand édifice.

Trois hommes en noir, coiffés de toques en velours évasées dans le haut, siégeaient sur une estrade tendue de rouge. À leur gauche se tenaient, debout, deux hommes en longues robes, portant des serviettes qui semblaient bourrées de volumineux dossiers ; à leur droite, et me faisant face, une femme petite et blonde, avec des yeux d’azur limpide, des yeux d’enfant. Elle avait passé la première jeunesse, sans qu’on pût dire qu’elle avait atteint l’âge mûr. Solidement bâtie, elle respirait l’orgueil et la confiance. La pâleur n’altérait pas la sérénité de son visage. Le curieux visage ! Avenant et félin tout ensemble, avec une pointe de subtile cruauté dans la bouche droite et forte et dans les mâchoires grasses ! Elle avait une sorte de robe blanche très flottante. Un prêtre l’assistait : maigre et fervent, il ne cessait pas de lui murmurer des mots à l’oreille, ni de brandir devant elle un crucifix. Elle, cependant, détournait la tête, et, par-dessus le crucifix, attachait obstinément ses regards sur les trois hommes en noir, que je compris être ses juges.

Comme je considérais ce spectacle, les trois hommes se levèrent. Il y eut quelques paroles dites ; mais je n’en pus distinguer aucune, bien que j’eusse conscience que c’était l’homme du milieu qui parlait. Puis, tous les trois quittèrent la salle, suivis des deux porteurs de dossiers. Au même instant, plusieurs gaillards de mine sévère, bien découplés dans de solides justaucorps, entrèrent fort affairés. Ils enlevèrent d’abord les tentures rouges, puis les charpentes de l’estrade, de façon à débarrasser complètement la salle. Cet écran ôté, des meubles surprenants apparurent. L’un d’eux semblait un lit, avec des roulettes de bois à chacune de ses extrémités, et une manivelle pour en régler la longueur. Un deuxième avait l’air d’un cheval de bois. J’en remarquai un certain nombre d’autres tout aussi spéciaux, et des quantités de cordes suspendues à des poulies. Cela faisait assez l’effet d’un gymnase moderne.

Un nouveau personnage fit alors son entrée en scène. Tout en noir, il était grand, mince, avec des traits tirés et austères. Sa seule vue me donna le frisson. Des taches constellaient ses vêtements, tout lustrés de graisse. Il manifestait une dignité lente qui me frappa, comme s’il eût pris un commandement dès son entrée. En dépit de son physique grossier et de sa tenue sordide, c’était ici son affaire, sa place, son service. Il portait à son bras gauche un rouleau de cordes légères. La dame le toisa d’un regard interrogateur, mais sans que rien s’émût sur son visage, qui continua d’exprimer la confiance, et même le défi. Au contraire, le visage du prêtre se couvrit d’une pâleur mortelle, et sur son front qui s’inclinait je vis la sueur perler. Il élevait les mains dans un geste de prière, et, penché, marmottait sans trêve des mots éperdus à l’oreille de la dame.

S’avançant vers elle, l’homme en noir prit à son bras gauche une des cordes, dont il lui ligota les mains. Elle les lui tendait avec douceur. Alors, d’une poigne brutale, il la saisit par un bras et la conduisit vers le cheval de bois, qui lui allait un peu plus haut que la ceinture. On la hissa sur le cheval, on l’y coucha sur le dos, tandis que le prêtre, frémissant d’horreur, prenait la fuite. Un mouvement rapide animait les lèvres de la femme : sans rien entendre, je savais qu’elle priait. Elle avait les jambes ballantes des deux côtés du cheval. Je m’aperçus que les aides lui avaient noué aux poignets des cordes dont ils avaient assujetti les bouts à des anneaux de fer fixés aux dalles.

Le cœur me battait à rompre tandis que je suivais ces lugubres préparatifs ; mais, fasciné par l’atrocité du spectacle, je n’en pouvais détacher les yeux. Un homme survint, portant de chaque main un baquet d’eau ; puis un autre homme, portarrt un seul baquet. Ils se rangèrent de compagnie à côté du cheval de bois. Le second des deux hommes, dans la main qui ne portait pas le baquet, avait une sorte de grande cuiller en bois à long manche. Il la fit passer à l’homme en noir. Immédiatement, l’un des aides s’approcha, tenant un objet de couleur brune, que, même dans mon rêve, je crus vaguement reconnaître : c’était un entonnoir de cuir. Avec une affreuse énergie, il en mit le tuyau… Mais je n’en pus supporter davantage ! Mes cheveux se hérissaient sur ma tête ! Je me mis à me tordre et à me débattre ; tellement que, brisant les liens du sommeil, je réintégrai dans un cri aigu ma vie réelle, et me retrouvai, convulsé d’épouvante, dans l’immense bibliothèque, où, sur le mur opposé à la fenêtre, le clair de lune tendait un capricieux réseau de taches claires et sombres. Ah ! le soulagement que j’éprouvai à me sentir revenu en plein dix-neuvième siècle, évadé d’entre ces voûtes contemporaines du moyen-âge, rentré dans un monde où les hommes avaient un cœur d’homme dans leur poitrine ! Je me dressai sur ma couche, frissonnant de tous mes membres, l’esprit partagé entre l’horreur et la gratitude. Penser que de telles choses se fussent accomplies, eussent jamais pu s’accomplir sans que Dieu frappât de mort les coupables ! La fantaisie d’un songe m’abusait-elle, ou si vraiment quelque chose de pareil était arrivé aux jours noirs et cruels de l’Histoire ? Je plongeai dans mes mains qui tremblaient mes tempes palpitantes. Et soudain, je crus que mon cœur s’arrêtait. Le saisissement ne me laissait plus la force d’émettre un son. Une ombre venait vers moi le long de la chambre obscure. Incapable de raisonner et de prier, je demeurais là comme pétrifié, regardant l’ombre s’approcher à travers la vaste chambre. Elle coupa le chemin blanc frayé par le clair de lune ; et alors je repris haleine : j’avais reconnu Dacre. Son visage me le montrait aussi effrayé que moi.

— Est-ce vous ?… Pour l’amour de Dieu, qu’avez-vous ? demanda-t-il d’une voix rauque.

— Ah ! Dacre, je suis heureux de vous voir ! Je reviens de l’enfer ! L’horrible chose !

— C’est donc bien vous qui avez poussé ce cri ?

— Sans doute.

— Il a secoué la maison et terrifié les domestiques.

Frottant une allumette, il ralluma la lampe.

— Nous pourrions ranimer le feu, ajouta-t-il en jetant des bûches sur les braises. Bon Dieu, mon cher ! mais vous êtes tout pâle ! Viendriez-vous de voir un revenant ?

— Ce n’est pas un revenant que je viens de voir, mais plusieurs !

— L’entonnoir de cuir a donc opéré ?

— Je ne voudrais pas, pour tout l’or du monde, revivre cette nuit infernale.

Dacre ricana.

— Je pensais bien, dit-il, que vous lui devriez une nuit mouvementée. Vous m’avez d’ailleurs revalu cela : un cri comme le vôtre, à deux heures du matin, n’a rien de drôle. J’imagine, d’après vos propos, que vous avez vu toute l’effroyable affaire.

— Quelle effroyable affaire ?

— La torture de l’eau, la « question extraordinaire », comme on disait au bon temps du Roi-Soleil. En avez-vous eu le spectacle jusqu’au bout ?

— Non, Dieu merci ! Je me suis réveillé avant que rien eût effectivement commencé.

— Autant vaut-il pour vous. Moi, pour mon compte, je suis allé jusqu’au troisième baquet. Ah ! c’est de l’histoire ancienne ! Tous les acteurs du drame sont aujourd’hui dans la tombe. Comment nous les retrouvons ici, voilà ce qu’il faudrait savoir. Vous n’avez, je suppose, aucune idée de ce que vous avez vu ?

— La torture infligée à une femme criminelle. Et terriblement criminelle sans doute si ses crimes furent proportionnés à sa peine.

— Nous avons cette petite consolation, fit Dacre, ramenant autour de lui les plis de sa robe de chambre et se blottissant contre le feu : ses crimes furent proportionnés à sa peine. En admettant du moins que je ne fasse pas erreur sur la personne.

— Comment la connaîtriez-vous ?

Pour toute réponse, Dacre prit dans la bibliothèque un vieux volume à couverture de vélin.

— Écoutez ceci, dit-il. C’est du français du dix-septième siècle. Je vous le traduis tant bien que mal. Vous jugerez si j’ai ou non déchiffré l’énigme.


« La prisonnière fut conduite par devant les Grand’Chambre et Tournelles du Parlement siégeant comme cour de justice, à l’effet d’y être interrogée sur le meurtre de M. Dreux d’Aubray son père, et de MM. d’Aubray ses frères, l’un conseiller au Parlement, l’autre lieutenant civil. Il semblait malaisé de croire qu’elle eût commis de tels forfaits, à voir sa petite taille, sa peau blanche et ses yeux bleus. Cependant, la Cour, l’ayant reconnue coupable, la condamna à la question ordinaire et extraordinaire, afin qu’elle désignât de force ses complices ; ensuite de quoi elle serait portée en place de Grève, pour y être sa tête tranchée, son corps brûlé et ses cendres jetées au vent. »


Ceci est daté du 16 juillet 1676.

— Intéressant, dis-je, mais non pas concluant. Où trouvez-vous la preuve que la femme du livre et la mienne n’en font qu’une ?

— J’y arrive. La suite du récit précise l’attitude de la femme durant la question.


« Lorsque l’exécuteur s’approcha, elle le reconnut aux cordes qu’il portait et lui tendit aussitôt les main, en le toisant du regard, sans prononcer une parole.


Que vous semble de ce détail ?

— Tout à fait conforme.


« Elle considéra sans sourciller le chevalet et les anneaux, qui avaient tordu tant de membres et arraché tant de cris d’agonie. Quand ses yeux tombèrent sur les trois seaux d’eau qu’on avait apportés pour elle : « Ah ! Monsieur, dit-elle en souriant, il faut qu’on apporte cette eau dans le dessein de me noyer. Vous ne comptez pas en faire avaler autant à une personne de ma taille ? »


Vous lirai-je les détails de la torture ?

— Non, par le ciel ! faites-m’en grâce !

— Voici qui vous prouvera que la scène rapportée dans ce livre est la même à laquelle vous assistiez tout à l’heure :


« Le bon abbé Pirot, incapable de supporter la vue des angoisses subies par sa pénitente, s’était enfui de la salle. »


Cela vous convainc-t-il ?

— Tout à fait. L’événement du récit est certainement celui de mon rêve. Mais qui donc était-elle, cette femme ornée de tant d’attraits, et qui eut une fin si tragique ?

Dacre, sans répondre, plaça la petite lampe sur la table, à côté de mon lit, et, soulevant l’entonnoir fatal, en présenta le bord de cuivre à la lumière. Vues de la sorte, les marques s’y détachaient plus nettes que la veille au soir.

— Nous avons déjà reconnu, dit-il, le chiffre d’un marquis ou d’une marquise. Nous avons établi en outre que la dernière lettre est un B.

— Incontestablement.

— À mon avis, les autres lettres, de gauche à droite, sont deux MM majuscules, un petit d, un A majuscule, un petit d, et la dernière un grand B.

— Vous avez sûrement raison. Je discerne très exactement les deux petits d.

— Ce que je viens de vous lire est le procès-verbal officiel du jugement de Marie-Magdeleine d’Aubray, marquise de Brinvilliers, l’une des plus célèbres criminelles de l’histoire.

Je gardai le silence, bouleversé que j’étais par l’extraordinaire incident dont le sens venait de m’être si complètement démontré par Dacre. Je me rappelais confusément certaines particularités de la vie de cette femme, son goût effréné de la débauche, les longues tortures qu’elle avait infligées de sang-froid à son père malade, le meurtre de ses frères pour de mesquines raisons d’intérêt. Je me souvenais aussi de sa fin courageuse, qui avait racheté dans quelque mesure l’abomination de sa vie, et que tout Paris, pris de compassion pour elle à ses dernières heures, l’avait bénie comme martyre après l’avoir maudite comme empoisonneuse. Une objection, mais une seule, me venait à l’esprit : comment ses initiales et sa couronne marquaient-elles l’entonnoir ? Le respect pour la noblesse n’allait pas si loin qu’on décorât de ses titres les instruments de torture !

— C’est un fait qui m’a intrigué, répondit Dacre. Il admet une explication, bien simple. Le procès suscita une émotion exceptionnelle ; et rien que de naturel si La Reynie, chef de la police, tint à garder en souvenir le sinistre entonnoir. Il n’arrivait pas tous les jours qu’une marquise de France subît la question extraordinaire : on s’explique que pour l’édification des autres il ait gravé sur cet objet les initiales de la Brinvilliers.

— Et ceci ? demandai-je, montrant les égratignures sur le col de l’entonnoir.

— Ce fut une tigresse, dit mon ami, en se retirant ; je crois bien que, comme toutes les tigresses, elle avait les dents aiguës et fortes.



My friend, Lionel Dacre, lived in the Avenue de Wagram, Paris. His house was that small one, with the iron railings and grass plot in front of it on the left-hand side as you pass down from the Arc de Triomphe. I fancy that it had been there long before the avenue was constructed, for the gray tiles were stained with lichens, and the walls were mildewed and discolored with age. It looked a small house from the street, five windows in front, if I remember right, but it deepened into a single long chamber at the back. It was here that Dacre had that singular library of occult literature, and the fantastic curiosities which served as a hobby for himself, and an amusement for his friends. A wealthy man of refined and eccentric tastes, he had spent much of his life and fortune in gathering together what was said to be a unique private collection of Talmudic, cabalistic, and magical works, many of them of great rarity and value. His tastes leaned toward the marvelous and the monstrous, and I have heard that his experiments in the direction of the unknown have passed all the bounds of civilization and of decorum. To his English friends he never alluded to such matters, and took the tone of the student and virtuoso; but a Frenchman whose tastes were of the same nature has assured me that the worst excesses of the black mass have been perpetrated in that large and lofty hall, which is lined with the shelves of his books, and the cases of his museum.

Dacre's appearance was enough to show that his deep interest in these psychic matters was intellectual rather than spiritual. There was no trace of asceticism upon his heavy face, but there was much mental force in his huge, dome-like skull, which curved upward from amongst his thinning locks, like a snow-peak above its fringe of fir trees. His knowledge was greater than his wisdom, and his powers were far superior to his character. The small bright eyes, buried deeply in his fleshy face, twinkled with intelligence and an unabated curiosity of life, but they were the eyes of a sensualist and an egotist. Enough of the man, for he is dead now, poor devil, dead at the very time that he had made sure that he had at last discovered the elixir of life. It is not with his complex character that I have to deal, but with the very strange and inexplicable incident which had its rise in my visit to him in the early spring of the year '82.

I had known Dacre in England, for my researches in the Assyrian Room of the British Museum had been conducted at the time when he was endeavoring to establish a mystic and esoteric meaning in the Babylonian tablets, and this community of interests had brought us together. Chance remarks had led to daily conversation, and that to something verging upon friendship. I had promised him that on my next visit to Paris I would call upon him. At the time when I was able to fulfil my compact I was living in a cottage at Fontainebleau, and as the evening trains were inconvenient, he asked me to spend the night in his house.

"I have only that one spare couch," said he, pointing to a broad sofa in his large salon; "I hope that you will manage to be comfortable there."

It was a singular bedroom, with its high walls of brown volumes, but there could be no more agreeable furniture to a bookworm like myself, and there is no scent so pleasant to my nostrils as that faint, subtle reek which comes from an ancient book. I assured him that I could desire no more charming chamber, and no more congenial surroundings.

"If the fittings are neither convenient nor conventional, they are at least costly," said he, looking round at his shelves. "I have expended nearly a quarter of a million of money upon these objects which surround you. Books, weapons, gems, carvings, tapestries, images—there is hardly a thing here which has not its history, and it is generally one worth telling."

He was seated as he spoke at one side of the open fireplace, and I at the other. His reading table was on his right, and the strong lamp above it ringed it with a very vivid circle of golden light. A half-rolled palimpsest lay in the center, and around it were many quaint articles of bric-à-brac. One of these was a large funnel, such as is used for filling wine casks. It appeared to be made of black wood, and to be rimmed with discolored brass.

"That is a curious thing," I remarked. "What is the history of that?"

"Ah!" said he, "it is the very question which I have had occasion to ask myself. I would give a good deal to know. Take it in your hands and examine it."

I did so, and found that what I had imagined to be wood was in reality leather, though age had dried it into an extreme hardness. It was a large funnel, and might hold a quart when full. The brass rim encircled the wide end, but the narrow was also tipped with metal.

"What do you make of it?" asked Dacre.

"I should imagine that it belonged to some vintner or maltster in the middle ages," said I. "I have seen in England leathern drinking flagons of the seventeenth century—'black jacks' as they were called—which were of the same color and hardness as this filler."

"I dare say the date would be about the same," said Dacre, "and no doubt, also, it was used for filling a vessel with liquid. If my suspicions are correct, however, it was a queer vintner who used it, and a very singular cask which was filled. Do you observe nothing strange at the spout end of the funnel."

As I held it to the light I observed that at a spot some five inches above the brass tip the narrow neck of the leather funnel was all haggled and scored, as if some one had notched it round with a blunt knife. Only at that point was there any roughening of the dead black surface.

"Some one has tried to cut off the neck."

"Would you call it a cut?"

"It is torn and lacerated. It must have taken some strength to leave these marks on such tough material, whatever the instrument may have been. But what do you think of it? I can tell that you know more than you say."

Dacre smiled, and his little eyes twinkled with knowledge.

"Have you included the psychology of dreams among your learned studies?" he asked.

"I did not even know that there was such a psychology."

"My dear sir, that shelf above the gem case is filled with volumes, from Albertus Magnus onward, which deal with no other subject. It is a science in itself."

"A science of charlatans!"

"The charlatan is always the pioneer. From the astrologer came the astronomer, from the alchemist the chemist, from the mesmerist the experimental psychologist. The quack of yesterday is the professor of to=morrow. Even such subtle and elusive things as dreams will in time be reduced to system and order. When that time comes the researches of our friends on the book-shelf yonder will no longer be the amusement of the mystic, but the foundations of a science."

"Supposing that is so, what has the science of dreams to do with a large black brass-rimmed funnel?"

"I will tell you. You know that I have an agent who is always on the lookout for rarities and curiosities for my collection. Some days ago he heard of a dealer upon one of the Quais who had acquired some old rubbish found in a cupboard in an ancient house at the back of the Rue Mathurin, in the Quartier Latin. The dining-room of this old house is decorated with a coat of arms, chevrons, and bars rouge upon a field argent, which prove, upon inquiry, to be the shield of Nicholas de la Reynie, a high official of King Louis XIV. There can be no doubt that the other articles in the cupboard date back to the early days of that king. The inference is, therefore, that they were all the property of this Nicholas de la Reynie, who was, as I understand, the gentleman specially concerned with the maintenance and execution of the Draconic laws of that epoch."

"What then?"

"I would ask you now to take the funnel into your hands once more and to examine the upper brass rim. Can you make out any lettering upon it?"

There were certainly some scratches upon it, almost obliterated by time. The general effect was of several letters, the last of which bore some resemblance to a B.

"You make it a B?"

"Yes, I do."

"So do I. In fact, I have no doubt whatever that it is a B."

"But the nobleman you mentioned would have had R for his initial."

"Exactly! That's the beauty of it. He owned this curious object, and yet he had someone else's initials upon it. Why did he do this?"

"I can't imagine; can you?"

"Well, I might, perhaps, guess. Do you observe something drawn a little farther along the rim?"

"I should say it was a crown."

"It is undoubtedly a crown; but if you examine it in a good light, you will convince yourself that it is not an ordinary crown. It is a heraldic crown—a badge of rank, and it consists of an alternation of four pearls and strawberry leaves, the proper badge of a marquis. We may infer, therefore, that the person whose initials end in B was entitled to wear that coronet."

"Then this common leather filler belonged to a marquis?"

Dacre gave a peculiar smile.

"Or to some member of the family of a marquis," said he. "So much we have clearly gathered from this engraved rim."

"But what has all this to do with dreams?" I do not know whether it was from a look upon Dacre's face, or from some subtle suggestion in his manner, but a feeling of repulsion, of unreasoning horror, came upon me as I looked at the gnarled old lump of leather.

"I have more than once received important information through my dreams," said my companion, in the didactic manner which he loved to affect. "I make it a rule now when I am in doubt upon any material point to place the article in question beside me as I sleep, and to hope for some enlightenment. The process does not appear to me to be very obscure, though it has not yet received the blessing of orthodox science. According to my theory, any object which has been intimately associated with any supreme paroxysm of human emotion, whether it be joy or pain, will retain a certain atmosphere or association which it is capable of communicating to a sensitive mind. By a sensitive mind I do not mean an abnormal one, but such a trained and educated mind as you or I possess."

"You mean, for example, that if I slept beside that old sword upon the wall, I might dream of some bloody incident in which that very sword took part?"

"An excellent example, for, as a matter of fact, that sword was used in that fashion by me, and I saw in my sleep the death of its owner, who perished in a brisk skirmish, which I have been unable to identify, but which occurred at the time of the wars of the Frondists. If you think of it, some of our popular observances show that the fact has already been recognized by our ancestors, although we, in our wisdom, have classed it among superstitions."

"For example?"

"Well, the placing of the bride's cake beneath the pillow in order that the sleeper may have pleasant dreams. That is one of several instances which you will find set forth in a small brochure which I am myself writing upon the subject. But to come back to the point, I slept one night with this funnel beside me, and I had a dream which certainly throws a curious light upon its use and origin."

"What did you dream?"

"I dreamed—" He paused, and an intent look of interest came over his massive face. "By Jove, that's well thought of," said he. "This really will be an exceedingly interesting experiment. You are yourself a psychic subject—with nerves which respond readily to any impression."

"I have never tested myself in that direction."

"Then we shall test you to-night. Might I ask you as a very great favor, when you occupy that couch to-night, to sleep with this old funnel placed by the side of your pillow?"

The request seemed to me a grotesque one; but I have myself, in my complex nature, a hunger after all which is bizarre and fantastic. I had not the faintest belief in Dacre's theory, nor any hopes for success in such an experiment; yet it amused me that the experiment should be made. Dacre, with great gravity, drew a small stand to the head of my settee, and placed the funnel upon it. Then, after a short conversation, he wished me good-night and left me.

* * *

I sat for some little time smoking by the smouldering fire, and turning over in my mind the curious incident which had occurred, and the strange experience which might lie before me. Skeptical as I was, there was something impressive in the assurance of Dacre's manner, and my extraordinary surroundings, the huge room with the strange and often sinister objects which were hung round it, struck solemnity into my soul. Finally I undressed, and, turning out the lamp, I lay down. After long tossing I fell asleep. Let me try to describe as accurately as I can the scene which came to me in my dreams. It stands out now in my memory more clearly than anything which I have seen with my waking eyes.

There was a room which bore the appearance of a vault. Four spandrels from the corners ran up to join a sharp, cup-shaped roof. The architecture was rough, but very strong. It was evidently part of a great building.

Three men in black, with curious top-heavy black velvet hats, sat in a line upon a red-carpeted dais. Their faces were very solemn and sad. On the left stood two long-gowned men with portfolios in their hands, which seemed to be stuffed with papers. Upon the right, looking toward me, was a small woman with blonde hair and singular, light-blue eyes—the eyes of a child. She was past her first youth, but could not yet be called middle-aged. Her figure was inclined to stoutness, and her bearing was proud and confident. Her face was pale, but serene. It was a curious face, comely and yet feline, with a subtle suggestion of cruelty about the straight, strong little mouth and chubby jaw. She was draped in some sort of loose white gown. Beside her stood a thin, eager priest, who whispered in her ear, and continually raised a crucifix before her eyes. She turned her head and looked fixedly past the crucifix at the three men in black, who were, I felt, her judges.

As I gazed the three men stood up and said something, but I could distinguish no words, though I was aware that it was the central one who was speaking. They then swept out of the room, followed by the two men with the papers. At the same instant several rough-looking fellows in stout jerkins came bustling in and removed first the red carpet, and then the boards which formed the dais, so as to entirely clear the room. When this screen was removed I saw some singular articles of furniture behind it. One looked like a bed with wooden rollers at each end, and a winch handle to regulate its length. Another was a wooden horse. There were several other curious objects, and a number of swinging cords which played over pulleys. It was not unlike a modern gymnasium.

When the room had been cleared there appeared a new figure upon the scene. This was a tall thin person clad in black, with a gaunt and austere face. The aspect of the man made me shudder. His clothes were all shining with grease and mottled with stains. He bore himself with a slow and impressive dignity, as if he took command of all things from the instant of his entrance. In spite of his rude appearance and sordid dress, it was now his business, his room, his to command. He carried a coil of light ropes over his left forearm. The lady looked him up and down with a searching glance, but her expression was unchanged. It was confident—even defiant. But it was very different with the priest. His face was ghastly white, and I saw the moisture glisten and run on his high, sloping forehead. He threw up his hands in prayer, and he stooped continually to mutter frantic words in the lady's ear.

The man in black now advanced, and taking one of the cords from his left arm, he bound the woman's hands together. She held them meekly toward him as he did so. Then he took her arm with a rough grip and led her toward the wooden horse, which was little higher than her waist. On to this she was lifted and laid, with her back upon it, and her face to the ceiling, while the priest, quivering with horror, had rushed out of the room. The woman's lips were moving rapidly, and though I could hear nothing, I knew that she was praying. Her feet hung down on either side of the horse, and I saw that the rough varlets in attendance had fastened cords to her ankles and secured the other ends to iron rings in the stone floor.

My heart sank within me as I saw these ominous preparations, and yet I was held by the fascination of horror, and I could not take my eyes from the strange spectacle. A man had entered the room with a bucket of water in either hand. Another followed with a third bucket. They were laid beside the wooden horse. The second man had a wooden dipper—a bowl with a straight handle—in his other hand. This he gave to the man in black. At the same moment one of the varlets approached with a dark object in his hand, which even in my dream filled me with a vague feeling of familiarity. It was a leathern filler. With horrible energy he thrust it—but I could stand no more. My hair stood on end with horror. I writhed, I struggled, I broke through the bonds of sleep, and I burst with a shriek into my own life, and found myself lying shivering with terror in the huge library, with the moonlight flooding through the window and throwing strange silver and black traceries upon the opposite wall. Oh, what a blessed relief to feel that I was back in the nineteenth century—back out of that medieval vault into a world where men had human hearts within their bosoms. I sat up on my couch, trembling in every limb, my mind divided between thankfulness and horror. To think that such things were ever done—that they could be done without God striking the villains dead. Was it all a fantasy, or did it really stand for something which had happened in the black, cruel days of the world's history? I sank my throbbing head upon my shaking hands. And then, suddenly, my heart seemed to stand still in my bosom, and I could not even scream, so great was my terror. Something was advancing toward me through the darkness of the room.

It is a horror coming upon a horror which breaks a man's spirit. I could not reason, I could not pray; I could only sit like a frozen image, and glare at the dark figure which was coming down the great room. And then it moved out into the white lane of moonlight, and I breathed once more. It was Dacre, and his face showed that he was as frightened as myself.

"Was that you? For God's sake what's the matter?" he asked in a husky voice.

"Oh, Dacre, I am glad to see you! I have been down into hell. It was dreadful."

"Then it was you who screamed?"

"I dare say it was."

"It rang through the house. The servants are all terrified." He struck a match and lit the lamp. "I think we may get the fire to burn up again," he added, throwing some logs upon the embers. "Good God, my dear chap, how white you are! You look as if you had seen a ghost."

"So I have—several ghosts."

"The leather funnel has acted, then?"

"I wouldn't sleep near the infernal thing again for all the money you could offer me."

Dacre chuckled.

"I expected that you would have a lively night of it," said he. "You took it out of me in return, for that scream of yours wasn't a very pleasant sound at two in the morning. I suppose from what you say that you have seen the whole dreadful business."

"What dreadful business?"

"The torture of the water—the `Extraordinary Question,' as it was called in the genial days of `Le Roi Soliel.' [sic!] Did you stand it out to the end?"

"No, thank God, I woke before it really began."

"Ah! it is just as well for you. I held out till the third bucket. Well, it is an old story, and they are all in their graves now anyhow, so what does it matter how they got there. I suppose that you have no idea what it was that you have seen?"

"The torture of some criminal. She must have been a terrible malefactor indeed if her crimes are in proportion to her penalty."

"Well, we have that small consolation," said Dacre, wrapping his dressing-gown round him and crouching closer to the fire. "They were in proportion to her penalty. That is to say, if I am correct in the lady's identity."

"How could you possibly know her identity?"

For answer Dacre took down an old vellum-covered volume from the shelf.

"Just listen to this," said he; "it is in the French of the seventeenth century, but I will give a rough translation as I go. You will judge for yourself whether I have solved the riddle or not."

"The prisoner was brought before the Grand Chambers and Tournelles of Parliament, sitting as a court of justice, charged with the murder of Master Dreux d'Aubray, her father, and of her two brothers, MM. d'Aubray, one being civil lieutenant, and the other a counsellor of Parliament. In person it seemed hard to believe that she had really done such wicked deeds, for she was of a mild appearance, and of short stature, with a fair skin and blue eyes. Yet the Court, having found her guilty, condemned her to the ordinary and to the extraordinary question in order that she might be forced to name her accomplices, after which she should be carried in a cart to the Place de Greve, there to have her head cut off, her body being afterwards burned and her ashes scattered to the winds."

The date of this entry is July 16, 1676."

"It is interesting," said I, "but not convincing. How do you prove the two women to be the same?"

"I am coming to that. The narrative goes on to tell of the woman's behavior when questioned. `When the executioner approached her she recognized him by the cords which he held in his hands, and she at once held out her own hands to him, looking at him from head to foot without uttering a word.' How's that?"

"Yes, it was so."

"`She gazed without wincing upon the wooden horse and rings which had twisted so many limbs and caused so many shrieks of agony. When her eyes fell upon the three pails of water, which were all ready for her, she said with a smile, "All that water must have been brought here for the purpose of drowning me, Monsieur. You have no idea, I trust, of making a person of my small stature swallow it all."' Shall I read the details of the torture?"

"No, for Heaven's sake, don't."

"Here is a sentence which must surely show you that what is here recorded is the very scene which you have gazed upon to-night: `The good Abbé Pirot, unable to contemplate the agonies which were suffered by his penitent, had hurried from the room.' Does that convince you?"

"It does entirely. There can be no question that it is indeed the same event. But who, then, is this lady whose appearance was so attractive and whose end was so horrible?"

For answer Dacre came across to me, and placed the small lamp upon the table which stood by my bed. Lifting up the ill-omened filler, he turned the brass rim so that the light fell full upon it. Seen in this way the engraving seemed clearer than on the night before.

"We have already agreed that this is the badge of a marquis or of a marquise," said he. "We have also settled that the last letter is B."

"It is undoubtedly so."

"I now suggest to you that the other letters from left to right are, M, M, a small d, A, a small d, and then the final B."

"Yes, I am sure that you are right. I can make out the two small d's quite plainly."

"What I have read to you to-night," said Dacre, "is the official record of the trial of Marie Madeleine d'Aubray, Marquise de Brinvilliers, one of the most famous poisoners and murderers of all time."

I sat in silence, overwhelmed at the extraordinary nature of the incident, and at the completeness of the proof with which Dacre had exposed its real meaning. In a vague way I remembered some details of the woman's career, her unbridled debauchery, the cold-blooded and protracted torture of her sick father, the murder of her brothers for motives of petty gain. I recollected also that the bravery of her end had done something to atone for the horror of her life, and that all Paris had sympathized with her last moments, and blessed her as a martyr within a few days of the time when they had cursed her as a murderess. One objection, and one only, occurred to my mind.

"How came her initials and her badge of rank upon the filler. Surely they did not carry their medieval homage to the nobility to the point of decorating instruments of torture with their titles?"

"I was puzzled with the same point," said Dacre, "but it admits of a simple explanation. The case excited extraordinary interest at the time, and nothing could be more natural than that La Reynie, the head of the police, should retain this filler as a grim souvenir. It was not often that a marchioness of France underwent the extraordinary question. That he should engrave her initials upon it for the information of others was surely a very ordinary proceeding upon his part."

"And this?" I asked, pointing to the marks upon the leathern neck.

"She was a cruel tigress," said Dacre, as he turned away. "I think it is evident that like other tigresses her teeth were both strong and sharp."