L’Humanité/1933/mars/14/Karl Marx, chef et théoricien du prolétariat

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Jacques Duclos
Karl Marx, chef et théoricien du prolétariat
L’Humanité (p. 6).

Karl Marx, chef et théoricien du prolétariat


Aujourd’hui, à travers le monde, les ouvriers révolutionnaires commémorent le cinquantième anniversaire de la mort de Karl Marx.

Nombreux sont ceux qui ont essayé de démontrer que Marx s’était trompé, mais les affirmations des Tardieu, Herriot et tutti quanti ne font que souligner l’impuissance des bourgeois à comprendre la théorie révolutionnaire du prolétariat qui abattra leur régime.

Dans, le désarroi actuel consécutif à la crise, la bourgeoisie se livre aux explications les plus antiscientifiques sur l’état présent des choses.

Système après système, la philosophie idéaliste et religieuse tente de donner une définition du monde qui aboutit à faire tout tourner autour d’un « esprit » unique régissant l’univers, essayant ainsi de déterminer parmi les masses exploitées le sentiment de l’impuissance et de la résignation.

Par contre, le matérialisme dialectique de Marx, soigneusement chassé des universités, donne la clé de tous les problèmes posés devant les hommes et, appliqué à l’histoire, il démontre que la société capitaliste porte en elle les éléments d’une autre forme de société.

Le point central de la théorie marxiste révolutionnaire réside dans la lutte des classes, expression des antagonismes de classe qui se développent et s’accentuent au sein de la société capitaliste au fur et à mesure que le capitalisme lui-même se développe.

Les falsificateurs de Marx qui ont, au contraire, essayé de démontrer que les antagonismes de classe s’atténuent avec le développement du capitalisme, donnant ainsi des armes idéologiques à la bourgeoisie contre le prolétariat, voient leurs théories s’effondrer lamentablement.

Jamais n’est apparue avec autant de force qu’aujourd’hui la justesse de la théorie de Marx sur la paupérisation du prolétariat. Les Bernstein et les Kautsky qui, sous des formes un peu différentes, ont soutenu le contraire, laissent leurs partisans en fâcheuse posture devant les événements.

Rien d’étonnant à ce que les falsificateurs de Marx, qui abondent dans les rangs de la social-démocratie, se bornent aujourd’hui à sortir des généralités sur la théorie marxiste, à disserter sur les termes « évolution » et « révolution », tentant d’écarter de l’horizon du prolétariat la nécessité de la transformation révolutionnaire de la société.

Rien d’étonnant à ce que, après avoir vidé le marxisme de son contenu révolutionnaire, la social-démocratie se fasse le champion de la défense de la démocratie, c’est-à-dire de l’État, présenté comme une sorte d’arbitre et de conciliateur entre les classes alors qu’en régime capitaliste l’État n’est que le moyen de domination de la bourgeoisie sur le prolétariat.

Rien d’étonnant non, plus, dans de telles conditions, à ce que le rôle du parti prolétarien, avant-garde de la classe ouvrière ayant les mêmes intérêts qu’elle et se distinguant d’elle par la connaissance de la théorie révolutionnaire, soit déformé et caricaturé dans les rangs de la social-démocratie.

C’est parce que le marxisme révolutionnaire a été répudié par la social-démocratie que nous la voyons substituer à la conception du parti de classe indépendant de la bourgeoisie la théorie et la pratique de la collaboration avec la classe bourgeoise.

Seul, le Parti communiste représente la théorie marxiste. Seul, il exprime la politique de la révolution prolétarienne qui découle du marxisme, seuls les communistes sent aujourd’hui les continuateurs de Marx.

Sur un sixième du globe, le marxisme a triomphé. À la première tentative de dictature du prolétariat réalisée par la Commune de Paris succède, depuis quinze ans et demi, le premier État prolétarien, expression de la dictature du prolétariat. C’est l’œuvre du parti bolchevik qui, sous la direction de Lénine, a puisé sa doctrine et sa tactique aux sources du marxisme.

Et aujourd’hui, quand, avec la réalisation du deuxième plan quinquennal, se pose la marche en avant vers la disparition des classes en Union soviétique, le parti bolchevik et son chef Staline apparaissent en pleine lumière comme les réalisateurs de ce qu’avait prévu Marx, de même que l’Internationale communiste guide les masses exploitées de l’univers dans la route tracée par lui, au bout de laquelle se trouve le triomphe de la révolution prolétarienne.

Quel abîme entre les résultats de la politique des marxistes-léninistes et les résultats de l’activité de ceux qui, affublés de l’étiquette « marxiste », ont conduit de chute en chute le prolétariat aux pires déceptions, comme c’est le cas pour la social-démocratie allemande présentée comme étant la plus riche en matière de connaissances marxistes.

En s’enlisant dans la collaboration des classes, la social-démocratie a trahi le marxisme, et cela explique pourquoi l’Internationale communiste est apparue sur la scène de l’histoire portant en elle la science marxiste et la pratique révolutionnaire.

Karl Marx n’a pas été seulement, comme certains voudraient le faire croire, un savant ayant bâti une théorie pour le prolétariat. Il a été un militant révolutionnaire qui, pour préparer la réalisation de la révolution prolétarienne prévue par lui, a créé l’instrument de cette réalisation le parti du prolétariat.

À ce titre, Marx n’est pas seulement le théoricien du prolétariat, il en est le chef. Il nous a donné l’exemple de la lutte à mener contre les courants qui se manifestent dans le mouvement ouvrier. Il a montré comment se poursuit la lutte sur les deux fronts pour maintenir le parti du prolétariat dans la voie juste de l’action révolutionnaire, pour entraîner les masses dans la lutte quotidienne, sans jamais perdre de vue la perspective de l’écrasement de la bourgeoisie.

C’est ainsi qu’au sein de la Ire Internationale Marx mena la lutte contre les éléments réformistes, essayant de faire pénétrer l’idéologie petite-bourgeoise dans les rangs du prolétariat et contre les éléments anarchistes pour qui l’action se bornait à répéter des formules révolutionnaires.

L’activité politique de Marx, en tant que chef de parti, est pour nous, communistes, d’un grand enseignement, ainsi que la lutte menée plus tard par son meilleur disciple, Lénine, pour forger le parti bolchevik.

À nous, communistes de France, qui associons le nom glorieux de Marx à l’expérience inoubliable de la Commune de Paris, de multiplier nos efforts pour rassembler les masses et les entraîner dans l’action révolutionnaire contré la bourgeoisie, nous montrant ainsi les fidèles disciples de Karl Marx.

Jacques DUCLOS.