L’Indépendance de la Corée et la Paix/Le Pays et le Peuple

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Bureau d’information coréen
(pp. 5-7).

Le Pays et le Peuple





TOPOGRAPHIE. — La Corée, le Pays du Matin calme, est une contrée située entre la Chine, le Japon et la Russie. Elle a une superficie de 220.000 kilomètres carrés formant une péninsule qui sépare la mer Jaune de la mer du Japon. C’est le pont qui relie le Japon au continent Asiatique.

La côte mesure à peu près 2.910 kilomètres variant dans sa configuration. Les principaux ports sont : Wonsan (Gensan) sur la côte nord-est, Fusan et Masanpo, à la pointe sud de la péninsule, et Mokpo, Chemulpo, Chinnampo et Yongampo sur la côte ouest.

Il n’y a pas de puissants cours d’eaux en Corée. Le Yalu, le plus long des fleuves coréens, coule de la montagne de Pak Tu (Tête Blanche) à la baie de Corée, dans la mer Jaune, et il forme la frontière entre la Corée et la Mandchurie. On le considérait comme le « Rubicon » de l’Orient dont le passage par les armées fut le signal de nombreuses guerres du passé. Le fleuve Tuman prend sa source dans la même montagne, et, coulant du nord à l’est, se jette dans le golfe de Pierre-le-Grand, dans la mer du Japon. Il sépare la Corée de la Mandchurie du nord-est et de la Sibérie.

Le climat de la Corée est excessivement agréable. Les hivers sont secs, clairs et frais, quoique les étés soient chauds. Située entre les 34e et 43e parallèles de latitude, le climat est celui d’une zône tempérée du nord, ressemblant à celui de Nebraska et Kansas. La quantité de pluie moyenne, d’environ 91 centimètres par an fait croître en abondance une végétation de zône tempérée et met en pleine valeur l’agriculture intensive. La Corée a toujours produit plus de grain que son peuple ne pouvait en consommer et elle subit dans le passé moine de famine qu’aucune contrée de l’est.

Le pays n’est pas moins riche en ressources minérales. L’or, l’argent, le tungson, le graphite, le cuivre, le fer, le charbon et la chaux ont été trouvés en Corée, quelques-uns d’entre eux en gisements abondants. La « Unsan mine » seule, une mine d’or contrôlée par une maison américaine, une douzaine d’années environ après l’octroi de la concession datant de 1896, produisit 1.637.591 tonnes de minerais évalués à 53.565.785 francs.



ETHNOGRAPHIE. — L’origine et la classification de la race Coréenne constituent un problème qui déroute les ethnologistes du monde. Les savants Coréens eux-mêmes sont incertains sur l’origine de leurs ancêtres. On trouve des caractéristiques de races malaise, mongole et caucasienne parmi le peuple de Corée.

Il est intéressant de noter l’opinion, à cet égard, des observateurs occidentaux, l’ethnologiste Keene, de Grande-Bretagne, maintient que le peuple Coréen est issu de souche caucasienne mélangée de race mongole. Le professeur Homer B. Hulbert, un ancien éducateur américain, après un séjour en Corée de plus de vingt ans dit, en ce qui concerne les indigènes : « Ils sont éclipsés par la Chine d’un côté, quant au nombre, et, de l’autre par le Japon, quant à la culture. Ils ne sont ni bons marchands, comme le Chinois, ni bons combattants comme le Japonais et pourtant ils sont beaucoup plus que d’autres de tempérament anglo-saxon, et ils sont à beaucoup près le peuple le plus facile à vivre de l’Extrême-Orient ».

Il est bien certain que les aborigènes de Corée se mélangèrent aux autres races asiatiques : les Mandchous, les Mongols, les propres habitants de Chine et les Arians du l’Indoustan. Ils étaient pénétrés du sentiment profond de race et de la solidarité nationale Coréenne bien avant la naissance des nations modernes d’Europe et d’Amérique.



HISTOIRE. — L’histoire légendaire de la Corée date de sa constitution en royaume par Tan-Koon en 2333 avant J.-C. Ce royaume fut fondé dans le bassin du fleuve Sungari, qui est maintenant connu sous le nom de Mandchurie du Sud. L’établissement du royaume Fuyu par ce roi mystique est très controversé par la critique historique, mais la venue du roi Kija de Chine, en 1122 avant J.-C. est attestée par un témoignage écrit. Jusqu’à ce jour, les habitants de Pyung-Yang ont pris soin, comme d’un reliquaire sacré, de la tombe de ce sage Chinois, qui leur donna les lois et la civilisation, et les pèlerins visitent annuellement cette Mecque de Corée.

L’histoire de la Corée n’est pas pacifique ; il y eut des invasions et contre-invasions de la Chine et du Japon, telles que la conquête du pays par Gangis-Yhan en 1218, et l’invasion Japonaise sous Hideyoshi en 1592. Mais tôt ou tard la Corée réussit à refouler les invasions étrangères et maintint le pays libre et indépendant.

La dynastie de Yi, qui finit le 29 août 1910 fut fondée par Yi Taijo en 1392. Il commandait l’armée Coréenne envoyée pour envahir la Chine. Mais l’ambitieux général tourna ses forces contre son suzerain, usurpant ainsi le trône de Corée. Il conclut promptement une alliance avec la Chine et reconnut la suzeraineté nominale de cette dernière, afin de se réserver l’amitié et l’appui de l’Empire Chinois. Depuis lors la Corée vécut en État nominal de vasselage avec son grand voisin, mais elle fit des traités avec d’autres nations, et s’administra d’après ses propres lois, indépendantes de la Chine.

La Corée fit son premier traité avec le Japon en 1876, en voici le premier article : « Chosen, étant un état indépendant, jouit des mêmes droits souverains que le Japon ». Le traité Coréen-Américain fut fait en 1882 ; celui entre la Corée et la Grande-Bretagne en 1883, et un fut conclu avec l’Allemagne la même année ; avec l’Italie en 1884 ; avec la France en 1886. Tous ces traités avec les principales puissances occidentales furent faits et exécutés avant que la Chine eut reconnu la complète indépendance de la Corée en 1895, quand le roi de Corée assuma le titre d’Empereur.

En 1882, le roi de Corée écrivit au président des États-Unis : « Maintenant que les gouvernements des États-Unis et de Corée sont sur le point de se lier par un traité, les rapports entre les deux nations seront établis en tous points sur un pied d’égalité et de courtoisie et le roi de Corée s’engage formellement à ce que tous les articles du traité soient reconnus et accomplis suivant la loi des états indépendants.

Ainsi il est clair que la Corée a toujours maintenu son indépendance et son entité nationale durant les quarante siècles de son histoire jusqu’à ce que le protectorat lui fut imposé par le Japon en 1905 et que, subséquemment elle fut annexée à l’empire Japonais en 1910.



CIVILISATION. — La Corée durant la dynastie de Tan-Koon, semble avoir atteint à un degré de civilisation rarement constaté parmi les peuples primitifs, notamment dans l’art d’écrire, la culture du sol et l’apprivoisement des animaux. Mais cette civilisation fut submergée par celle des Chinois apportée par Kija, en 1122 avant J.-C. Ce noble Chinois introduisit un nouveau langage écrit, les idéographes Chinois établirent un gouvernement stable, édictèrent des lois sages et développèrent en général une civilisation qui fut même supérieure à celle qui existait en Chine à cette époque.

« Au temps de Samuel » dit un écrivain occidental, « le prophète d’Israël et de Tiglath-Pileser, roi d’Assyrie, 500 ans avant que Nabopolassar eut fondé la dynastie chaldéenne, tandis qu’Athènes était un village obscur, que l’on n’avait pas encore entendu parler de Rome et que l’Europe était un pays inculte habité seulement par des tribus sauvages ; on dit que le noble Chinois d’une aussi haute culture, posa les fondations de l’ordre social dans la Corée du Nord. Sa figure colossale domine la première histoire des Coréens, autant que Abraham domine celle des Hébreux ».

Pendant la période de la dynastie de Sila, le peuple absorba beaucoup de la civilisation hindoue à travers le Bouddhisme, qui était alors la religion dominante de la péninsule. Il cultiva les arts, bâtit des murs autour de ses cités, fortifia des points stratégiques, employa les chevaux, les bœufs et les wagons ; fit de la soie, fondit des minerais, manufactura du fer, et fit du commerce avec d’autres royaumes. Koradadheh, un géographe du xie siècle décrit les Coréens comme ayant fabriqué des clous, et établit qu’ils montaient à cheval sur des selles, portaient de la soie et manufacturaient de la porcelaine. Encore, d’après un écrivain occidental : « les archives Japonaises montrent que les Japonais eux-mêmes apprirent en premier des Coréens la culture des vers à soie, le tissage des vêtements, l’architecture, l’impression des livres, la peinture des tableaux, l’embellissement des jardins, la fabrication des harnais de cuir et le façonnage d’armes plus utiles… Tandis que les Chinois inventaient l’art d’imprimer avec des blocs de bois mobiles, les Coréens inventaient un caractère de métal en 1403. Ils employaient un alphabet phonétique au début du xve siècle. Ils employèrent le compas de marine en 1525. Ils inventèrent en 1550, un instrument astronomique qu’ils appelèrent à juste titre « une mesure céleste ». La monnaie était en usage comme moyen d’échange en Corée bien avant qu’elle le fut dans le nord de l’Europe. Ils firent usage des canons et des obus explosifs lors de l’invasion Japonaise en 1592. Le premier vaisseau de guerre cuirassé fut inventé par un Coréen, l’amiral Yi-Sun-Sin, au xvie siècle. Il l’appela « bateau tortue » à cause de sa forme, et il le dirigea avec tant d’efficacité contre les Japonais, qu’il détermina la défaite de la flotte de Hideyoshi…

« Tandis que les Japonais prouvaient qu’ils étaient les plus forts à la guerre, ils subissaient profondément l’influence des Coréens dans le domaine religieux et dans les arts de la paix. La Corée donna le Bouddhisme au Japon en 552 après J.-C.

« Ceux qui louent les Japonais pour leurs exquises porcelaines de Satsuma ignorent que les Coréens, il y a fort longtemps, enseignèrent aux Japonais l’art de sa fabrication ».

Des associations coopératives pour des entreprises d’affaires et des compagnies d’assurance pour la protection mutuelle sous forme de diverses corporations, fonctionnèrent en Corée de temps immémorial. Quelques lignes écrites par Mrs. Isabella Bird Bishop sur la Kyei (corporation) Coréenne, sont instructives :

« Ce penchant pour l’assistance mutuelle, par où, en Corée comme en Chine, le faible trouve en quelques mesures protection contre le fort, produit les plus utiles résultats. Cette Kyei, ou principe d’association, qui représente un des traits les plus remarquables de la Corée, se traduit sous forme de Compagnies d’assurance, d’associations de bénéfice mutuel, de syndicats de prêts d’argent, de tontines, d’agences de mariages et d’enterrements, de grandes corporations de commerce et beaucoup d’autres.

« Avec ses innombrables associations, dont je n’ai relevé qu’un petit nombre, la vie Coréenne est singulièrement complète et le monde des affaires Coréen est beaucoup mieux organisé que le nôtre, presque tous les commerçants du pays étant membres de corporations, puissamment liées ensemble et ayant le trait commun de secours mutuel en temps de besoin. Ces traditions d’action commune, et la stricte probité qui est essentielle pour le succès d’entreprises combinées, constituent la charpente sur laquelle reposent plusieurs compagnies coopératives dont une des plus importantes est une tannerie ».

William Elliot Griffis, un grand savant Américain, en fait d’histoire et de civilisation orientales, écrit ce qui suit sur le système d’éducation de Corée :

« Elle favorise l’éducation en créant des capacités scolaires, contrôlées dans les examens littéraires, d’où dépend leur nomination dans les bureaux (du gouvernement) », — et les Coréens sont tiers de leur aristocratie intellectuelle — ce « service civil de Réforme » fut établi à Chosen, par la dynastie qui règne actuellement, dès le xve siècle. L’éducation en Corée est publique et encouragée par le gouvernement, mais seulement parce que c’est un titre pour un emploi gouvernemental et une promotion officielle. En instituant des examens littéraires pour le service civil et militaire, en les ouvrant nominalement à tous compétiteurs, et en donnant toutes les places vacantes à des candidats victorieux, on a créé et maintenu un goût constant pour la culture.

« En réalité, la civilisation que les occidentaux trouvèrent en Corée quand elle fût ouverte pour la première fois au commerce occidental, était positivement inférieure à ce qu’elle avait été. Ceci, naturellement ne veut pas dire que la Corée fût en décadence. L’histoire d’Italie, de Grèce et d’Égypte, montre que la civilisation d’un peuple a son flux et son reflux. Le génie virtuel de la Corée de nos jours s’éveille sous l’influence directrice de la culture occidentale et de la démocratie chrétienne. Voilà l’esprit de la nouvelle Corée. »