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L’Ombre des jours/La Musique

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 119-120).


LA MUSIQUE


Voici le son du cor rude et divin, allons
Sur le char bondissant et clair de la musique,
Au pays de la gloire et de l’orgueil physique,
Où la joie est traînée aux dents des violons.

Les cymbales, les voix, les trompettes, les flûtes,
Faites monter dans l’air les beaux déchirements,
Que les dieux, les guerriers, les héros, les amants
S’épuisent avec nous en d’inhumaines luttes.


Mais quel vertige amer et quel trouble profond !
Le livide plaisir s’emplit d’ombre et d’angoisse ;
Musique, qui nous tient, nous lie et nous terrasse,
Que tes jeux sont aigus et quel mal ils nous font.

Ton cœur contre nos cœurs sonne comme des armes,
Ô haineuses amours, ô batailles d’argent,
Comme la force, en nous, est un mal exigeant,
Et comme sa détresse a d’impossibles larmes.

Ah l’extase, ce feu qui ne peut pas sortir,
Cette maison qui brûle et dévore sa flamme…
Alors éclate et crie et tombe au fond de l’âme
Tout l’écartèlement de l’humain ressentir.