L’Otage (Claudel)/Notice
NOTICE
L’OTAGE A ÉTÉ JOUÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS PAR LA TROUPE DE L’ŒUVRE, À LA SALLE MALAKOFF, LE 5 JUIN 1914, AVEC L’INTERPRÉTATION SUIVANTE :
À propos de la « Variante » qui terminait le drame, on joint ici un extrait d’une lettre adressée à M. de Pawlowski, Rédacteur en Chef de COMOEDIA :
« … Sygne, d’ailleurs mourante et déjà enveloppée des ombres de l’agonie, si elle laisse sans réponse l’offre qu’on lui fait d’appeler le prêtre qui lui imposerait le pardon, c’est ainsi qu’on a pris soin de l’indiquer, parce qu’elle n’a plus aucune force et que tout est épuisé, jusqu’à la dernière goutte. Vivante elle a fait tous les sacrifices que Dieu lui demandait, sa vie même elle vient de la donner pour son indigne époux. Maintenant elle n’en peut plus, elle est « épuisée », elle est « exprimée jusqu’au fond », elle n’a plus la force nécessaire pour faire, ni comprendre même, quoi que ce soit de plus ; elle est comme morte. Et pourtant elle ressuscite, quand Turelure, qui, tout en triomphant et en se moquant d’elle, a tout de même le sens de la race et de la religion, lui rappelle, à la fois ironique et scandalisé, le grand devoir féodal, la foi, la prestation de toute la personne au Suzerain, — dans cette donation de la main droite qui résume toute la pièce et dans un grand élan de confiance, d’espérance et d’amour qui, à ce que nous pouvons espérer, la sauve ! Je répète ici encore une fois ce que j’ai dit pour « l’ANNONCE » : ce ne sont pas des saints que j’ai voulu présenter, mais des faibles créatures humaines aux prises avec la Grâce ».