L’héritière d’un millionnaire/12
III.
En 1435, un enfant naquit à Gênes. Le père étant pauvre, l’enfant apprit à lire, on ne sait trop comment. Il apprit de plus la géographie. Il entra dans la carrière périlleuse de la marine, à 14 ans. De cette époque de sa vie jusqu’à ce qu’il soit devenu homme, l’ombre se fait autour de son existence.
Que fait-il ? où va-t-il ? qu’apprend-il ?
Triple mystère !
Il surgit tout-à-coup, combattant sous Jean d’Anjou dans la guerre de Naples, puis plus tard sous Louis XI. En 1477, on le voit avec quelques navigateurs portugais, parcourir les côtes de la Guinée et de l’Islande. Vers cette époque, il conçoit l’idée d’atteindre les Indes en cinglant droit à l’Ouest. Devançant Copernic, il s’était convaincu que la terre est un globe. Cet homme du hasard, cet aventurier superbe commençait le démolissement du système de Ptolémée. Dévoré du désir de tenter sa gigantesque entreprise, il demande du secours à Jean II, roi du Portugal.
Il est refusé.
Il se dirige du côté de la cour d’Espagne. Ferdinand et Isabelle le qualifient d’hérésiarque.
Le génie étant patient et convaincu, cet homme ne s’impatiente pas.
Il persiste, il sollicite, il s’humilie, il prie. Enfin, plutôt pour se débarrasser de ses tenaces importunités, que dans tout autre but, on lui accorde trois petits vaisseaux dont deux sans pont.
Savez-vous ce que voulait cet homme ? L’enfant génois ayant appris à lire et ayant appris la géographie, une fois devenu grand, s’était pénétré de l’idée qu’il n’est pas absurde pour un homme seul de combattre l’Océan.
Avec cette colossale conviction, la proue de ses vaisseaux allait bientôt labourer les rivages du Nouveau-Monde. Cet enfant né à Gênes en 1435, d’un homme du peuple, devait être plus tard Christophe Colomb !