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L’héritière d’un millionnaire/15

J.A. David, éditeur,  (p. 42-45).


VI.


1534-1543. — Le premier voyage transatlantique de Jacques Cartier fut signalé par la découverte du St. Laurent.

La seconde expédition se composait d’une escadre portant 110 hommes.

Jacques Cartier remonta le fleuve, cette fois, à une distance de plus de deux cents lieues de l’Océan, et s’arrêta à une île, aujourd’hui l’Île d’Orléans. Il s’aboucha avec les naturels du pays qui le reçurent cordialement. Il prit ses quartiers d’hiver dans la rivière St. Charles qu’il nomma Ste. Croix, dans le voisinage de la bourgade Stadaconé (Québec).

Le 29 Septembre, il mit à la voile, et poussa la reconnaissance du fleure jusqu’à Hochelaga (Montréal).

Les sauvages de cette dernière bourgade, à l’instar de ceux de Stadaconé, l’accueillirent d’une manière également favorable.

Son expédition à Hochelaga terminée, Cartier retourna à la rivière St. Chartes.

Malgré les procédés bienveillants des sauvages, il comprit néanmoins qu’il serait sage de parer à toutes les éventualités possibles. Il fortifia ses vaisseaux du mieux qu’il put, à l’aide d’un mur circulaire de palissades. Ses canons compléteraient ses moyens de défense dans un cas d’attaque.

Mais son ennemi bien autrement puissant que l’indien du désert l’attendait.

Dès le mois de décembre, le scorbut commença à sévir avec une extrême violence parmi ses hommes

La petite colonie ne fut pas à un pouce d’une destruction complète par le terrible fléau. Cartier lui même en fut atteint. Vingt-six personnes moururent. Enfin, un remède que lui indiqua un sauvage, joint aux rayons vivifiants du soleil d’avril ramena la santé à bord des vaisseaux de Jacques Cartier.

Le 16 mai, il mit à la voile pour la France, abandonnant un de ses vaisseaux faute d’hommes pour le manœuvrer.

Il trouva la France aux prises avec Charles-Quint.

Jusqu’en 1540, les occupations de l’extérieur forcèrent le gouvernement français à ajourner la colonisation des terres découvertes en Amérique.

En 1541, on voit Cartier traverser de nouveau l’Atlantique avec le titre de capitaine-général.

Il jeta l’ancre à trois lieues de Québec, dans l’embouchure de la rivière du Cap-Rouge.

Un des hommes qui avaient plaidé le plus éloquemment la cause de la colonisation du Canada, était un certain seigneur de Roberval, François de la Roque. François Ier qui tenait en haute estime M. de la Roque, pour sa bravoure et sa fidélité, lui confia, en 1542, trois vaisseaux portant 200 personnes des deux sexes. Les vaisseaux de ce dernier rencontrèrent ceux de Cartier à St. Jean de Terreneuve, retournant en France. L’attitude menaçante des sauvages, et le manque de secours opportuns avaient engagé les colons et leur chef dans cette détermination.

Cartier, pour des motifs dont l’histoire ne donne pas le secret, ne voulut pas retourner sur ses pas, et accompagner le gouverneur qui continua jusqu’au Cap-Rouge. Ces hardis pionniers devaient payer eux aussi, leur tribut à l’inclémence du climat. Plus de 50 moururent pendant l’hiver.

En 1543, la guerre s’étant de nouveau allumée entre François Ier et Charles-Quint, Monsieur de la Roque fut rappelé, afin de pouvoir être utile au roi en Picardie, pays qui allait devenir le théâtre de la lutte, et où Monsieur de la Roque exerçait une très glande influence personnelle. La colonie entière, d’après les suppositions les plus vraisemblables, aurait aussi fait voile pour la France.

Ainsi finit la première tentative de notre ancienne mère-patrie de coloniser cette partie de l’Amérique que nous habitons.

De ces commencements de notre histoire se dégage la grande figure de Jacques Cartier. En effet, est-ce que l’imagination ne nuit pas avec intérêt et émotion ce sublime aventurier dirigeant ses vaisseaux à travers les périls de l’Océan, côtoyant les côtes désolées du Labrador, longeant Terreneuve et les Îles de la Magdeleine ? Il lui faut compter avec la périlleuse navigation du golfe St. Laurent, avec les brumes qui enveloppent sa frêle embarcation et qui lui masquent les écueils ; mais il y a quelque chose qui voit clair dans la brume, dans la bourrasque, c’est l’œil du génie. Il s’aventure lui, presque seul au milieu du désert du nouveau monde, au milieu des tribus barbares. D’un moment à l’autre, la flèche ou le casse tête de l’indien farouche peut l’atteindre, son vaisseau peut être saisi et brûlé, et lui torturé de la manière la plus horrible. Il comprend tout cela ; mais ne comprend-il pas aussi qu’il n’est qu’un instrument dans les mains de Dieu ? et que cette main le protège !